JEAN BONATO

Regard sur une carrière de jeune premier fantaisiste,
baryton d’opérette et comédien


 

 

 

 

 

BONATO, Jean, Raoul, La Vie parisienne, Lausanne 1973

 

Jean Bonato (Raoul Gardefeu), La Vie parisienne, Théâtre Municipal, Lausanne, 1973

Photo D.R. (Operabilia/Fonds musical Claude-Pascal Perna, Bruxelles ©)

 

 

 

 « La réussite dépend de 10% de talent et 90% de travail »

Jean Bonato

 

 

TEMOIGNAGES D’ARTISTES

 

« Jean Bonato aura été pour moi un professionnel accompli, à l’élégante silhouette de jeune premier. Interprète consciencieux, ses rôles étaient fouillés dans les moindres détails et grâce à son physique avantageux, il s’adaptait instinctivement au répertoire de premier fantaisiste ou de comédien. Si je devais me permettre de comparer Jean à d’autres fantaisistes, je dirais qu’il possédait ce ‘je-ne-sais-quoi’ de plus et de différent, ce qui constitue un gage de réussite dans le métier. Il conférait à ses personnages un réalisme saisissant, grâce à une évidente aisance scénique, recherchant la juste adéquation entre la musique, le texte et l’action. Sa musicalité et ses dons d’acteur en ont fait un partenaire idéal. Plus tard, Jean changea de cap et c’est en directeur de croisière que je le retrouvai avec plaisir. Je donnai des concerts à ses côtés, mais cette fois-ci, sur la scène de rutilants paquebots transatlantiques et non plus au théâtre. Je conserve de lui un rayonnant souvenir et une amitié indéfectible. »

Mathé ALTERY

Soprano, divette, chanteuse et actrice

 

 

« J’ai rencontré Jean Bonato en ma qualité de metteur en scène à Reims, dans L'Auberge du Cheval-Blanc puis dans Le Pays du sourire. Notre première rencontre dans le cadre d’une production de l’opérette de Benatzky fut cocasse. En effet, Jean menait alors de front une double carrière de fantaisiste et de directeur de croisière. Un voyage ayant dû se prolonger, il arriva au théâtre avec un jour de retard, alors que les répétitions avaient déjà commencé. Visiblement gêné et embarrassé, il s’intégra pourtant immédiatement dans l’équipe, assimilant instinctivement une mise en scène qu’il ignorait totalement et recréant son rôle avec un naturel confondant, se fondant facilement dans le travail de mon équipe d’artistes. Il me laisse le souvenir d’un interprète abouti et réellement doué. »

Carlo DI ANGELO

Ténor et metteur en scène

 

 

BOST-BONATO, Sola-Gerville, Coup de roulis, Toulon 1980

 

Monique Bost (Sola Myrrhis) et Jean Bonato (Commandant Gerville), Coup de roulis, Toulon, 1980

Photo Philippe Benoît, Toulon (Operabilia/Fonds musical Claude-Pascal Perna, Bruxelles ©)

 

 

« J'ai souvent collaboré avec Jean Bonato, d’abord comme divette, puis en tant que productrice. Avec mon mari, Willy Decart, nous avions créé le T.O.B. (Théâtre d'Opérette de Bruxelles), aujourd'hui disparu. Combien de spectacles n'avons-nous pas produits ? L'opérette avait alors le vent en poupe et Jean a régulièrement œuvré au succès de cette belle entreprise, en particulier dans L'Auberge du Cheval-Blanc pour ne citer qu'un exemple et où il y était parfait, autant en Léopold qu’en Guy Florès. Exquis, charmant et charismatique, il personnifiait avec panache le jeune premier d'opérette. Fantaisiste et baryton à l'indéniable présence et tenue scénique, il excellait dans les opérettes modernes, tout comme dans les comédies musicales. Nous avons d'ailleurs signé ensemble de nombreuses créations, notamment Coup de roulis à Toulon, puis ailleurs en France et en Belgique. Notre collaboration s'est prolongée jusqu'à mes dernières interprétations d'Irene Molloy dans Hello Dolly !, d'abord à Lille, puis à Saint-Etienne et dans le nord de la France. Je conserve un souvenir rayonnant de notre sympathique partage artistique qui a désormais évolué vers une solide amitié. »

Monique BOST

Divette et productrice

 

 

DEMOULIN, Richard

 

Richard Demoulin, souvenir de Chansons de Paris, Alhambra, Bruxelles, 1950

Photo Studio Emilio, Bruxelles (Operabilia/Fonds musical Claude-Pascal Perna, Bruxelles ©)

 

« J’ai partagé l’affiche avec Jean Bonato, notamment dans La Vie parisienne, Monsieur Beaucaire, Valses de Vienne, Chansons de Paris ou encore, Les Trois valses. Comme on aime à le dire dans le métier, c’est un excellent ‘copain de scène’. Mieux, c’est un fidèle camarade que j’estime énormément. Baryton et premier fantaisiste talentueux, je salue aussi son irrésistible verve de comédien. Dans tous ses personnages, que ce soit en opérette ou au théâtre, où j’ai eu le plaisir de l’applaudir, il est remarquable. Habile organisateur de concerts et directeur de croisières, combien de cordes n’a-t-il pas eues à son arc ? C’est un artiste au sens noble du terme, rare et profondément attachant. »

Richard DEMOULIN

Baryton

 

 

FRANCOIS-BONATO, Gabriele-Morton, Sang Viennois, Liège 1981

 

Andrée François et Jean Bonato (Gabriele-Morton), Sang viennois, O.R.W., Liège, 1981

Photo D.R. (Operabilia/Fonds musical Claude-Pascal Perna, Bruxelles ©)

 

 

« Mes premières rencontres avec Jean Bonato eurent lieu à l’Opéra Royal de Wallonie (Liège), non sur les planches, mais chez le coiffeur et au restaurant de l’Opéra, notre ‘mess du personnel’ ! Elégant et distingué, souriant et charmeur, nos contacts furent toujours agréables. Doté d’une belle voix naturelle et d’une diction impeccable, Jean savait quasiment tout faire chanter, danser, valser tout en jouant la comédie avec conviction et panache ! Comme il faisait partie des solistes fréquemment invités pour interpréter l’opérette à Liège, il nous fut donné de partager une production de Sang viennois, dont je conserve un beau souvenir et où il se montra un baryton accompli et un brillant acteur : un artiste complet. »

Andrée FRANCOIS

Soprano

 

« Tout dans la carrière de Jean Bonato aura brillé. Son talent, sa minutieuse préparation musicale et son aisance scénique auront été de précieux atouts et gages de réussite. Sa jolie voix de baryton parfaitement maîtrisée mettait en exergue ses caractérisations de jeune premier fantaisiste. Quant à son don inné de comédien, couplé un sens de l’humour décapant, il nous aura valu des moments inoubliables. Nous avons souvent tenu l’affiche dans Coquin de printemps, l’opérette de Guy Magenta. Malgré son énergie débordante, Jean parvenait à préserver son calme en toute situation et souvent, en grand seigneur. Artiste charmeur et infiniment doué, il détient une place importante dans le firmament des artistes avec lesquels j’ai pu collaborer et qui aujourd’hui encore, m’inspirent une sincère admiration. »

Maïté IZAR

Comédienne et fantaisiste

 

MAY, Line

 

Line May

Photo Hélène Lapaille, Bruxelles (Operabilia/Fonds musical Claude-Pascal Perna, Bruxelles ©)

 

 

 

MAY-BONATO

 

Line May et Jean Bonato, Bruxelles, ca. 1949-1950

Photo D.R. (Operabilia/Fonds musical Claude-Pascal Perna, Bruxelles ©)

 

 

« Jean Bonato : le meilleur fantaisiste qu’il m’ait été donné de côtoyer. Jean est mon ‘Jeannot’ belge et quand je me fâche – oui, il m’arrive de me fâcher, c’est ‘Coco’ ! Fringuant et séduisant jeune premier baryton, notre rencontre à Bruxelles fut décisive, puisqu’elle déboucha sur une fructueuse collaboration artistique et une franche amitié. Il achevait à peine ses études au Conservatoire, mais s’était déjà forgé un nom dans le métier. Ma carrière m’avait conduite à Liège, Namur, Mons puis à Bruxelles, notamment à l’Alhambra et à la Gaîté où j’ai passé plus de six ans en saison. Avide d’apprendre et de s’améliorer, je devins sa marraine de théâtre. Une confiance absolue et une forte connivence nous ont permis de bâtir une rare complicité artistique. Jean possédait un physique avantageux, l’âge du rôle, la voix et une musicalité aiguisée, le tout combiné à un sens aigu de la scène. Je l’aidai à perfectionner ses pas de danse et à peaufiner les chorégraphies : en l’espace de deux répétitions, tout fut parfaitement assimilé. Il eût été un resplendissant meneur de revues ! Nous avons notamment partagé l’affiche dans Colorado, Le Pays du sourire, L’Auberge du Cheval-Blanc, La Danseuse aux étoiles, Passionnément, Les Trois valses, Coquin de printemps, Violettes impériales, etc. Sans oublier la première mondiale de Hello Dolly ! en français à Liège en 1971 ; un retentissant succès ![1] Jean a jalonné mon parcours artistique et je lui dois des moments de bonheur irremplaçables et inégalés. »

Line MAY

Danseuse, fantaisiste, comédienne et metteur en scène

(extraits d’entretiens, 2012-2016)

 

« Je nourris une sincère estime pour Jean Bonato et je voue à l’artiste complet et sérieux qu’il représente, beaucoup de respect. Nous n’avons pas souvent chanté ensemble, mais je me souviens d’une longue série de La Chaste Suzanne en Belgique. J’en conserve le souvenir d’une parfaite collaboration, chaleureuse et empreinte de respect mutuel. Puis, vint une opérette chère à nos cœurs : L’Auberge du Cheval-Blanc, représentée au Théâtre de l’Eldorado à Paris et en province. Rayonnants souvenirs où Jean excellait comme à son accoutumée avec son talent et son indéniable présence à la scène ! Interprète hors-pair, à la préparation musicale aboutie et fouillée, il porte une totale attention aux moindres détails de la partition. Brillant comédien et habile danseur, il est doté d’une rare élégance. Surtout, il n’aura pas cherché l’effet facile, tout comme il ne tentera pas d’aller au-delà du répertoire pour lequel il était taillé. Artiste rare et précieux, il était toujours à la hauteur. Ami constant à l’insatiable curiosité intellectuelle, Jean fait indéniablement partie de ces Etres d’exception qui jalonnent trop rarement notre parcours terrestre. »

Bernard MURACCIOLE

de l’Opéra

 

« Jean Bonato aura été l’un de mes partenaires de scène préférés : brillant jeune premier fantaisiste, il insufflait à ses personnages un réalisme saisissant, au-delà d’une parfaite maîtrise musicale et scénique. Styles, époques et genres opposés ne l’effrayaient pas, bien au contraire ! Léopold cédait avec une déconcertante facilité le pas à Guy Florès dans L’Auberge du Cheval-Blanc. Je conserve de notre collaboration artistique un précieux souvenir. »

Janine RIBOT

Soprano lyrique et divette

 

« Artiste aux mille facettes, Jean Bonato personnifie à la perfection l’art du chanteur, du fantaisiste, du comédien et de l’acteur. Nous avons souvent chanté ensemble : sa préparation musicale était impeccable et en qualité de fantaisiste, il abordait ses personnages avec panache, mordant et surtout, dans une totale adéquation avec les exigences du rôle. Tour à tour baryton, comédien, danseur, imitateur, il était un programme à lui tout seul ! Nous avons pris part à de nombreuses émissions radio-télévisées, notamment Chansons-Souvenirs : il y était admirable. Précieux et fidèle camarade, il aura apporté à ses caractérisations les mêmes qualités qu’il a préservées à la ville : charme, partage, humour et élégance. Même si le temps imprime son inexorable empreinte, Jean conserve une surprenante mémoire et une étonnante vivacité d’esprit, couplées à un rafraîchissant sens de l’humour ! Ils ne font qu’enrichir encore davantage notre longue et inaltérable amitié. Aujourd’hui encore, il nous arrive de chanter l’un ou l’autre duo de nos succès d’antan !»

Lise ROLLAN

Soprano puis vedette internationale du disque et de la télévision

 

 

SENECHAL, Michel

 

Michel Sénéchal

Photo Fanchon (Operabilia/Fonds musical Claude-Pascal Perna, Bruxelles ©)

 

 

« A l’évocation heureuse de Jean Bonato, je remonte le fil du temps, jusqu’à mes premières saisons à Bruxelles, d’abord à la Monnaie, puis dans divers théâtres de la capitale et à la radio. C’était la belle époque où nos contrats prévoyaient des rôles d’opéra-comique, d’opéra, mais aussi d’opéra bouffe et d’opérette ! Surtout, grâce aux troupes théâtrales, nous composions une grande famille unie, tout le contraire d’aujourd’hui ! Je retrouvai mes partenaires de scène à la radio ou lors de concerts. C’est ainsi que j’ai fait la connaissance de Jean au Théâtre de l’Alhambra, où nous avons chanté dans Le Chant du désert, saison 1952-1953. Je le retrouvai dans ce même théâtre à deux reprises, notamment pour une représentation de gala de Le Pays du sourire avec Lina Dachary, Lisette Denié et Georges Davray. Puis, nous nous sommes furtivement croisés au Palais des Beaux-Arts de Charleroi. Séduisant garçon, au charisme indéniable, élégant et un tantinet ‘dandy’, Jean est un partenaire de scène rêvé. Il fait partie de ces fantaisistes possédant maintes cordes à leur arc et Jean savait en jouer ! Sa voix de baryton était fort jolie et magnifiquement placée. Embrassez-le pour moi, car je ne l’oublie pas. »

Michel SENECHAL

Ténor de l’Opéra

(extraits d’un entretien en 2015)

 

TAYLES, Mia, Tyrolienne, L'Auberge du C

 

Mia Taylès (La Tyrolienne), L’Auberge du Cheval-Blanc, Alhambra, Bruxelles, 1952.

Mia Taylès, mère de Jacques Taylès Jr. et femme du Trial belge Jack Taylès.

Photo D.R. (Operabilia/Fonds musical Claude-Pascal Perna, Bruxelles ©)

 

« Comme Jean Bonato était sensiblement mon aîné, je rêvais d’incarner certains de ses rôles, car autant notre vocalité que notre répertoire étaient identiques. Cependant, nous étions complémentaires et n’avons jamais été concurrents.  Jean était emblématique du jeune premier méditerranéen typé au regard de braise, contrastant avec moi qui étais blond et de trait résolument plus nordique. Opérette et opérette à grand spectacle, comédie musicale et théâtre, nos parcours se sont finalement croisés : Liège, Charleroi, Verviers, Namur, Mons et bien-sûr, la France, toujours en parfaite harmonie. Nous avons tenu l’affiche dans Dédé, Vienne chante et danse, Toi, c’est moi, No, no Nanette et au théâtre dans Le Chapeau de paille d’Italie… Au faîte de sa gloire, l’opérette constituait une vaste famille autour de laquelle nous tissions de solides liens d’amitié, à l’instar de celle qui nous lia avec le regretté baryton et fantaisiste Jacques Roman (1929-2016)[2] Puis, avec le déclin de celle-ci, Jean orientera sa carrière vers des cieux plus cléments et je reprendrai quelques-uns de ses rôles ! Bel artiste complet à l’élégance rare et à l’impeccable préparation musicale, il est en outre un comédien hors-pair et un habile danseur. »

Jacques TAYLES

Premier Trial, fantaisiste, metteur en scène et directeur de l’opérette,

Palais des Beaux-Arts (Charleroi)

 

 

« J’ai eu le plaisir de rencontrer Jean Bonato à Reims, pour une série de Le Pays du sourire où je chantais le Prince Sou-Chong. Nos origines italiennes et siciliennes ont spontanément noué un lien chaleureux entre nous. Artiste complet à la préparation musicale aboutie, il excellait dans le rôle de Gustave avec une belle générosité d’interprète et un sens aigu de la scène. Il me laisse le souvenir d’un magnifique fantaisiste avec lequel j’aurais souhaité poursuivre mon partage artistique, mais je m’éloignai de l’opérette pour rejoindre l’Opéra. Je suis particulièrement heureux de m’associer à votre clin d’œil à Jean. »

José TODARO

Ténor de l’Opéra

 

 

« L’évocation de Jean Bonato est pour moi synonyme de réminiscences heureuses, étapes-clés dans ma carrière et mes années passées en Belgique où je chantais l’opéra bouffe, l’opéra-comique, l’opéra, l’opérette et la comédie musicale ! Jean fut un partenaire de la première heure et je n’oublie pas aujourd’hui, après tant d’années, ses innombrables qualités. Je n’aime guère la catégorisation de fantaisiste, selon moi, elle est source d’une connotation trop générique, voire réductrice. Jean était plus qu’un fantaisiste : beau baryton-Martin, il était un magnifique jeune premier et comédien de talent. Charmeur, racé et distingué, sa conscience professionnelle était exemplaire. Il était aussi un comédien hors-pair, doté d’un style très sûr. Artiste complet, il aura toujours été un compagnon des plus agréables. »

Michel TREMPONT

Baryton de l’Opéra

 

 

« J’ai rencontré Jean Bonato lors de la création à Liège de Trois chambres à Manhattan, comédie musicale de Claude Lombard basée sur la pièce de Georges Simenon. Je suis issue du milieu théâtral et de la chanson-cabaret, un monde différent de celui de Jean. Pourtant, ces deux univers se sont bien rencontrés et ont fusionné! Il y eut une osmose spontanée entre nous, en tant que personnes mais également comme artistes. Une extraordinaire osmose nous lia et nous guida dans notre travail, débouchant sur une solide amitié. Jean est un chanteur, mais aussi un comédien fort doué, au talent sûr et aux multiples talents. Sur une note plus personnelle, Jean s’était lié d’une profonde affection pour ma mère, qui le lui rendait bien. Il ne manquait jamais, de passage à Liège, d’aller déguster une de ses légendaires … salades liégeoises ! De nombreux souvenirs, tous très lumineux, me lient à Jean. Merci à lui. »

Lucienne TROKA

Comédienne

 

 

« J’ai rencontré Jean Bonato dans le cadre de nos tournées de L'Auberge du Cheval-Blanc organisées par mon mari, le ténor et producteur Nick Varlan ; il avait engagé ce jeune premier fantaisiste dans le rôle de Léopold. J’incarnais Sylvabelle et hélas, nous n'avions qu'une scène à interpréter ensemble. Je suis ensuite passée au rôle de Josépha: je retrouvai alors Jean, mais sous les traits de Guy Florès. La cocasserie se répéta, puisque nous n’avions qu’une seule et unique scène à partager. Enfin arrive le jour où nous sommes réunis, formant le tandem Léopold-Josépha, qu'ensuite nous allions beaucoup interpréter. Mais cette Josépha était bien trop sotte pour voir les yeux de velours de son maître d'hôtel amoureux et il fallait attendre le dénouement pour qu'après l'avoir renvoyé puis supplié de revenir, elle tombe enfin, conquise, dans ses bras ! Sa présence scénique était indéniable, et il était parfait dans tous ses rôles : dans Méditerranée en chanteur lyrique adulé, dans Quatre Jours à Paris en jeune premier fantaisiste … élégant, séduisant, charmeur et … charmant ! Dans Hello Dolly ! je lui apprenais à danser et c'était pour moi un régal. Son Cornélius, timide et maladroit, était réellement très doué ! A la ville, Jean est chaleureux, attentionné. Je l'aime beaucoup et, dans mes souvenirs de théâtre, ce délicieux et talentueux artiste occupe une place de choix. »

Arta VERLEN

Divette et productrice

 

 

COUP DE ROULIS, part

 

Extraits choisis de Coup de roulis, opérette d’André Messager

Document D.R. (Operabilia/Fonds musical Claude-Pascal Perna, Bruxelles ©)

 

 

« Jean Bonato … le metteur en scène de mes débuts à l’Opéra Royal de Wallonie ! J’avais à peine 20 ans, c’est donc un souvenir particulier pour moi. Jean me dirigea dans une opérette plutôt méconnue d’André Messager, Coup de roulis. J’y chantais Béatrice aux côtés de Nicole Broissin, Dominique Tirmont, Maurice Bogeat, sous la direction d’un chef hautement respecté à Liège, Robert Bléser. Je ne pouvais rêver de meilleur début. Au faîte de sa carrière, Jean symbolisait l’artiste affirmé dans toute sa splendeur, charmant et charmeur, connaissant l’œuvre sur le bout des doigts, ayant par ailleurs chanté le rôle de Gerville à Toulon avec Monique Bost. Impressionnée et intimidée ; oui, je l’étais. Cela étant dit, il savait mettre les artistes à l’aise. Alors qu’il sillonnait déjà les mers comme directeur de croisière tout en poursuivant sa carrière de baryton et de metteur en scène, Jean nous gratifiait volontiers de ses talents d’imitateur et de comique sur scène. De retour des Etats-Unis, sa prononciation volontairement facétieuse de la ville de ‘Miami’, se transformait en ‘maille-à-maille’ : elle nous aura valu d’irrésistibles  fous rires! Jean est un tout grand artiste et il compte beaucoup pour moi ».

Alexise YERNA

Mezzo-soprano et divette

 

 

BONATO, Jean 01

 

Jean Bonato

Photo D.R. (Operabilia/Fonds musical Claude-Pascal Perna, Bruxelles ©)

 

 

REGARD SUR UNE CARRIERE …

 

Artiste aux multiples talents, Jean Bonato est l’un des meilleurs jeunes premiers fantaisistes, baryton d’opérette et comédiens de sa génération.

 

Tour à tour chanteur, récitant, imitateur, comédien, acteur, organisateur de concerts, metteur en scène, mannequin et directeur de croisière, sa carrière est résolument atypique. Il défend son métier avec un engagement et un dynamisme prodigieux. Aujourd’hui encore, il fait preuve d’une étonnante énergie, jetant sur son parcours un regard réaliste, résolument moderne et emphatique avec la dure réalité du métier d’artiste. Si son jugement peut parfois être sévère, il est juste. Portant sur le milieu artistique contemporain un regard critique, il ne verse pas pour autant dans une forme de passéisme occasionnellement coutumier aux artistes de sa génération. Source encyclopédique de connaissances, sa mémoire est prodigieuse et regorge d’intarissables et truculentes anecdotes de carrière.

 

A l’heure où l’opérette est moribonde, il porte sur sa carrière et sur le panorama musical et théâtral actuel, un regard étonnamment réaliste et judicieux.

 

 

Un contexte familial au diapason des goûts musicaux de l’époque

 

D’ascendance italienne, Jean Bonato est issu d’un milieu familial au sein duquel la musique est omniprésente. Son père est violoniste amateur, le foyer accordant une place de choix à la musique : les émissions radiophoniques égrènent le quotidien, avant même la démocratisation des émissions télévisées à caractère culturel.

 

Dans une Europe en pleine reconstruction économique se remettant péniblement des tragédies de la seconde guerre mondiale, la radio se fait l’écho de genres musicaux nouveaux. La « T.S.F. (télégraphie sans fil) », diffuse tour à tour une multitude de genres musicaux marquant un renouveau significatif : après la Belle Epoque et les Années Folles, la relative vulgarisation de l’opérette à grand spectacle (l’opérette traditionnelle amorce déjà une forme de déclin), le music-hall, le jazz, puis les variétés et la musique « pop » dite « yéyé » prennent progressivement le relais sur les goûts musicaux d’une société en quête de davantage de légèreté et d’insouciance.

 

Ce nouveau répertoire égrène chansons et airs insouciants se mêlant aux « happy endings » des comédies musicales rutilantes importées des Etats-Unis ou d’Angleterre. Le livret fait souvent preuve d’une invraisemblable légèreté, le sujet défie toute logique, l’orchestration est occasionnellement incohérente, mais après tout qu’importe ? Les rythmes effrénés, les mélodies brillantes, les décors imposants, les costumes aguichants et les chorégraphies savantes ouvrent la voie à un renouveau musical (marquant les prémisses de la comédie musicale actuelle), que la télévision finira par relayer en l’établissant de manière définitive. Qu’importent alors la faiblesse du livret, la pauvreté du texte et l’incohérence dramatique ?

 

C’est l’époque où ce répertoire élargi consent à une pléiade d’artistes d’atteindre les auditeurs de tous horizons. Plus besoin de se déplacer au théâtre : les vedettes viennent à vous, d’abord par le truchement magique du poste de radio, puis par le biais du petit écran.

 

Jean Bonato découvre les talents divers d’artistes tels que Alibert, Danielle Brégis, Maurice Chevalier, André Claveau, Henri Garat, Georges Guetary, Rina Ketty, Francis Lemarque, Mireille, Patachou, Edith Piaf, Yvonne Printemps, Tino Rossi, Jean Sablon, Charles Trénet qui font désormais partie du quotidien familial. Des chanteurs d’opérette abordent un répertoire plus populaire: André Baugé, Gérard Boireau, Willy Clément, Lina Dachary, André Dassary, Michel Dens, Marta Eggerth, Edmée Favart, Guy Fontagnère, Rudi Hirigoyen, Marina Hotine, José Janson, Jan Kiepura, Henri Legay, Luis Mariano, Line May, Marcel Merkès, Paulette Merval, Mady Mesplé, Georges Milton, Maria Murano, Lise Rollan, Joseph Schmidt, Michel Sénéchal, Richard Tauber, Willy Thunis, Alain Vanzo et tant d’autres (dont certains partageront l’affiche avec Jean Bonato). Quant au cinéma, il se prête volontiers à la comédie musicale, intronisant des succès importés d’outre-Atlantique avec les incontournables Fred Astaire, Nelson Eddy, Jeanette MacDonald ou encore Ginger Rogers …

 

 

Un cursus académique technique, puis musical …

 

Une telle atmosphère artistique prédispose naturellement Jean Bonato à envisager des études musicales plus sérieuses. Alors que personne dans sa famille n’est proche du monde du spectacle, ses parents se montrent tout de même enclins à le laisser poursuivre sur cette voie, mais lui imposant par prudence des études techniques. Il les réussit haut la main, décrochant un diplôme de technicien en électricité (mathématiques supérieures), assorti d’un brevet en dessin industriel.  

 

Il n’abandonne pas pour autant l’objectif qu’il s’était fixé d’entreprendre un cursus musical complet. Il est ainsi admis à l’Académie de musique de Morlanwelz (sa ville natale, dans la province belge du Hainaut)[3]. Entre 1948 et 1950, il y acquiert les premières bases de son éducation musicale, puis étudie les préceptes techniques du chant classique auprès du soprano Marthe Roulez-Dumont. Il découvre sa voix de baryton, légère, souple et étendue, qu’il développe progressivement en voix de baryton-Martin. A la rentrée académique, après avoir passé une audition, il est admis au Conservatoire Royal de musique de Bruxelles, où son deuxième professeur de chant est la légendaire basse belge Albert Huberty (1881-1955) qui, au terme d’une exemplaire carrière internationale, prodigue ses conseils et éclairages à des élèves parfois décontenancés, intimidés de se retrouver face à un tel monstre sacré. Des artistes tels que Diane Lange, Jean Lescanne, Yetty Martens, Lydia Sariban ou encore, Jacqueline Vallière ont tous étudié ou se sont perfectionnés auprès de la basse Albert Huberty.

 

HUBERTY, Albert, Méphisto, Montréal 1912

 

Albert Huberty (Méphistophélès), Faust, Opéra de Montréal, 08/08/1912

Photo D.R. (Operabilia/Fonds musical Claude-Pascal Perna, Bruxelles ©)

 

 

Des débuts inespérés …

 

Alors même qu’il poursuit son cursus académique et avant même l’obtention de son diplôme de chant, grâce à une recommandation de son professeur à la direction du Théâtre de l'Alhambra (Bruxelles), il débute en 1951 comme « jeune premier fantaisiste » dans Ferry (Victoria et son hussard, opérette hongroise de Paul Abraham, après avoir obtenu une autorisation du Conservatoire. En qualité de jeune premier d’opérette, il incarne des rôles brillants et enjoués, alliant le chant à la comédie. Très vite, il se fait remarquer.

 

 

BONATO, Jean, D'Estillac, La Vve joyeuse, Alhambra 1952

 

Jean Bonato (d’Estrillac), La Veuve joyeuse, Alhambra, Bruxelles, 1952

Photo D.R. (Operabilia/Fonds musical Claude-Pascal Perna, Bruxelles ©)

 

 

JANSEN, Jacques

 

Jacques Jansen, souvenir de Nina-Rosa, Alhambra, Bruxelles, 1951

Photo Harcourt, Paris (Operabilia/Fonds musical Claude-Pascal Perna, Bruxelles ©)

 

 

C’est à cette même époque qu’il signe ses premiers engagements qu’il étend aux rôles de comédien, jouant les classiques et des œuvres contemporaines. Grâce à son style moderne alliant le chant et la danse dans l’esprit de la comédie musicale à l'américaine – combinaison rare pour l'époque -, Jean Bonato est vite propulsé dans le tourbillon des tournées du répertoire d'opérette (près de 90 titres), tout d’abord en Belgique et au Luxembourg, puis en France, en Suisse et en Allemagne.  Si, sagement, il débute par des seconds plans, tout en acceptant des rôles de composition et des prestations occasionnelles dans les choeurs, ses qualités interprétatives et son « âge du rôle » jouent indéniablement en sa faveur. Il capte alors l’attention par la conjugaison de ses talents : tour à tour chanteur, imitateur, danseur et comédien, sans oublier une prestance physique séduisante …

 

Tout en étant déjà actif sur les planches, il poursuit ses études au Conservatoire, une situation inhabituelle qui retarde l'obtention de son Premier prix. Toutefois, l'expérience scénique acquise s'avère inégalée pour un jeune élément. A l’occasion, il remplace une vedette au pied levé, acceptant d’être la doublure de premiers solistes (son remplacement d’un Gérard Boireau indisposé dans La Danseuse aux étoiles, une production du Théâtre Mogador) le propulse en tête d'affiche). Jean Bonato est remarqué par des organisateurs de concerts et des impresarii : le travail dans une capitale qui se plaît à « faire la fête » ne manque pas. Bruxelles, en effet, offre une ample brochette d'opérettes, de galas et revues musicales, dans une programmation riche et variée, faisant la part belle à des gloires nationales et internationales. L’après-guerre consent des libertés artistiques nouvelles et même si Bruxelles n’est ni Paris, ni Londres, l’opérette puis l’avènement de l’opérette à grand spectacle, ouvrent les portes de théâtres qui font salle comble.

 

 

LEGAY, Henri, Mârouf savetier du Caire

 

Henri Legay (Mârouf, savetier du Caire), Monnaie, 1952

Photo Robert Marchand, Bruxelles (Operabilia/Fonds musical Claude-Pascal Perna, Bruxelles ©)

 

 

Dans ce contexte, c’est une chance inespérée pour l’artiste de côtoyer des interprètes tels que Willy Clément, Michel Dens, Guy Fontagnère, Jacques Jansen, José Janson, Henri Legay ou encore, la pétillante danseuse et fantaisiste Line May, veuve de Willy (François) Fratellini. Ils figurent au rang de ses premiers inspirateurs, leur présence tutélaire guidant ses premiers pas sur scène. Aujourd'hui, Jean Bonato se plaît à reconnaître combien cette expérience scénique aura formé son métier d'artiste.

 

 

RHODES, Jane

 

Jane Rhodes, Alhambra, Bruxelles, 1953

Photo Henri Demay (Operabilia/Fonds musical Claude-Pascal Perna, Bruxelles ©)

 

 

Dans la capitale belge, des succès des théâtres parisiens ou londoniens sont repris, mais avec des adaptations dues à la relative exiguïté des plateaux. On y programme l’incontournable succès de Ralph Benatzky, L’Auberge du Cheval-Blanc, mais aussi Pour Don Carlos, Le Chanteur de Mexico, Vienne chante et danse, Violettes impériales, Rose-Marie, La Belle de Cadix, Andalousie, Colorado, Rose de Noël ou encore, La Danseuse aux étoiles, des genres mélangeant l’opérette traditionnelle à l’opérette à grand spectacle. Outre l'Alhambra, il chante notamment au Théâtre de la Bourse, au Théâtre de la Gaité, au Théâtre du Marais et aux Folies-Bergère.

 

DENS, Michel, Marquis, Les Cloches de C

 

Michel Dens (le Marquis Henri), Les Cloches de Corneville, Alhambra, Bruxelles, 1951

Photo Gregorius, Bruxelles (Operabilia/Fonds musical Claude-Pascal Perna, Bruxelles ©)

 

 

C’est le moment où Jean Bonato rejoint des troupes d’opérettes et se produit quasiment partout en Belgique, plus rarement dans la région flamande et parfois, dans des conditions difficiles, à l’opposé des fastes de l’Alhambra, de Mogador ou du Châtelet à Paris.[4]  La Belgique se remet péniblement des conséquences de la seconde guerre mondiale et les budgets culturels sont limités. Si Bruxelles et la plupart des grandes villes tablent sur une programmation musicale diversifiée grâce à des théâtres-phares, la province doit se contenter de petites productions souvent proposées au rabais. Les Tournées Welfare et les Tournées Lucien Noël jouent un rôle important dans la diffusion de l'opéra-comique, de l'opéra bouffe et de l'opérette dans des petites villes du pays. Souvent, de simples éléments stylisés de décors réadaptables juxtaposent les places inconfortables de salles des fêtes ou "maisons de la culture", dans des lieux reculés du pays. Premiers plans (dont des solistes des principaux théâtres bénéficiant d’une dispense exceptionnelle) se produisent aux côtés d’interprètes locaux, soutenus par un orchestre réduit à peau de chagrin et au mieux, à un piano réaccordé en dernière minute. Pourtant, les spectacles consentent aux artistes de renouer avec un public venu nombreux.

 

 

Et l’obtention d’un Premier prix de chant

 

Malgré ses premiers succès sur les planches, Jean Bonato doit achever ses études musicales, alors qu'il est déjà l’un des jeunes artistes les plus en vogue. Rétrospectivement, le baryton admet ne pas avoir été un élève fort assidu. Au-delà de ses engagements, il suit des cours de comédie, ceux-ci s'ajoutant au programme déjà chargé du Conservatoire. Il avoue avoir été contraint de travailler énormément, peut-être plus que quiconque, ne possédant pas une voix naturelle, à l’instar d’autres artistes ou de son professeur Albert Huberty.

 

Il poursuit alors son cursus académique auprès du ténor-concertiste belge Frédéric Anspach (1908-1977), qui après avoir vite oublié les chimères et défaites d’une carrière lyrique, se spécialise dans la musique ancienne et baroque (superbe interprète de Bach et du répertoire de mélodies classiques). Pour le jeune comédien et baryton, c’est une expérience pédagogique de tout premier plan et en 1955, il décroche enfin un Premier prix de chant. C’est avec des extraits d’opéras comiques et des mélodies qu’il passe son examen : un air de Bach, le grand air de Figaro du Barbier de Séville, Mârouf savetier du Caire, Pelléas et Mélisande (unique incursion lyrique de son professeur avec Werther) et des mélodies de Poulenc et Roussel. Un programme peu représentatif de son répertoire de l'époque.

 

« Je ne possédais pas un instrument naturel. Pour acquérir une bonne technique, puis peaufiner l’émission vocale, il me fallait étudier plus assidûment, ce que mon professeur peinait à comprendre. Après qu’il eût quitté le Conservatoire pour prendre sa retraite, je fus admis au cours de Frédéric Anspach. Lui-même dut patiemment construire sa voix et à l’opposé d’Albert Huberty, il se montra particulièrement patient et compréhensif ; nous pûmes travailler la technique, mais aussi l’interprétation.  Je conserve une excellente mémoire de ce travail pédagogique et humain. »

 

L’artiste déplore le fait de n’avoir pu disposer de suffisamment de temps pour se perfectionner en piano, ni même d’avoir été en mesure d’entreprendre une carrière de baryton-concertiste, la mélodie ne consentant guère de gagner sa vie correctement, encore moins sur le long terme, répertoire et modes obligent.

 

 

BONATO, Jean, Miguelito, Le Chant

 

Jean Bonato (Miguelito), Le Chanteur de Mexico, Palais des Beaux-Arts, Charleroi

Photo Jean Brichaux, Charleroi (Operabilia/Fonds musical Claude-Pascal Perna, Bruxelles ©)

 

 

L’appel d’une carrière diversifiée

 

Ce parcours initial atypique pour un jeune artiste l’incite à relever de nouveaux défis. En quelques années, Jean Bonato se forge une réputation de sérieux dans son travail, glanant une reconnaissance précoce. Il se distingue dans l’opérette, l’opéra comique, les tours de chant, les revues, le cabaret, la comédie musicale et la comédie, élargissant son répertoire. Les critiques reconnaissent en lui un artiste consciencieux et discipliné, maîtrisant une parfaite connaissance des œuvres. En outre, il collabore en pleine symbiose avec les chefs d’orchestre et les metteurs en scène respectueux de l’œuvre et de ses interprètes, une gageure qui aujourd’hui mériterait d'être soulignée …

 

 

BAQUET, Maurice, violoncelle, PHAS

 

Maurice Baquet

Photo Star, Paris (Operabilia/Fonds musical Claude-Pascal Perna, Bruxelles ©)

 

 

A ce tournant de sa carrière, il interprète des opérettes telles que No no Nanette, La Chaste Suzanne, Il Faut marier Maman, L’Auberge du Cheval-Blanc, Phi-Phi, Quatre jours à Paris, La Vie parisienne, Le Pays du sourire, Les Trois valses, Méditerranée, Dédé, etc. Il participe également à des créations en langue française : Hello Dolly ! (première mondiale en français à Liège le 26 mars 1971, rôle de Cornelius, aux côtés de Line May incarnant Dolly Gallagher-Levy), The Boyfriend, La Mélodie du bonheur, Pour toi (devenue L'Inconnue de Saint-Moritz, opérette de Georges Prêtre), Kiss me Kate, Princesse Czárdas, Trois Chambres à Manhattan, Valses de Vienne, Véronique, etc.

 

 

HIRIGOYEN, Rudy, civil

 

Rudy Hirigoyen, ca. 1950

Photo Hélène Lapaille, Bruxelles (Operabilia/Fonds musical Claude-Pascal Perna, Bruxelles ©)

 

 

Il se produit dans de nombreuses villes belges, ainsi qu’en Allemagne, France, Pays-Bas, en Suisse et au Luxembourg. S'il est fréquemment invité par la plupart des théâtres de la capitale belge, il reste longtemps associé avec le Palais des Beaux-Arts de Charleroi, inauguré en octobre 1957. Il y recruté par l’ex-ténor et metteur en scène belge Marcel Claudel (1900-1981) qui après l’avoir remarqué en concert au Casino de Knokke-le-Zoute, l’invite à Charleroi. Liège joue également un rôle important dans le parcours de Jean Bonato qui s’y produit à l’invitation du baryton belge Raymond Rossius (1926-2005), ancien condisciple de Conservatoire, désormais à la tête de l’Opéra Royal de Wallonie.

 

 

BONATO, Jean, Gustave, LePaysduS

 

Jean Bonato (Gustave von Pottenstein), Le Pays du sourire, Palais des Beaux-Arts, Charleroi, 1959

Photo D.R. (Operabilia/Fonds musical Claude-Pascal Perna, Bruxelles ©)

 

 

JANSON, José, Prince Sou-Chong, LePduS

 

José Janson (Prince Sou-Chong), Le Pays du sourire, 1952

Photo Alban, Bruxelles (Operabilia/Fonds musical Claude-Pascal Perna, Bruxelles ©)

 

 

Au gré des représentations, des liens se tissent, éphémères ou non, établissant parfois de belles amitiés franches et durables. Les tournées, avec leur lot de représentations et galas, permettent à l'artiste de côtoyer des célébrités, mais aussi, des artistes moins connus. Les distributions d'opérettes, en particulier les opérettes à grand spectacle, incluent un nombre substantiel de seconds plans, chantés ou joués par des artistes mineurs, gloires de quelques soirs, tombées dans l'oubli une fois les saisons terminées. Certaines rencontres s'avèrent particulièrement gratifiantes, grâce à des artistes issus de la génération précédente et hissés au rang d’exemples, d’inspirations et parfois de modèles.

 

 

STRAKOSCH, Giulia, Missa Palmieri, La Vve joyeuse, 1910

 

Giulia Strakosch (Missia Palmieri), La Veuve joyeuse, pour la création, Théâtre des Galeries, Bruxelles, 1910.

Photo Marc Galuzzi, Bruxelles (Operabilia/Fonds musical Claude-Pascal Perna, Bruxelles ©)

 

 

RIOUAL-BATTEL-RAZADOR-PAULE-BONATO, LePaysduS

 

Armelle Rivoal (Lisa), Armand Battel (Tchang), Hubert Meens (Ful-Li), José Razador (Sou-Chong), Sylvia Paule (Mi) et Jean Bonato (Gustave),

Le Pays du sourire, Grand-Théâtre de Verviers, ca. 1970

Photo Frenay, Verviers (Operabilia/Fonds musical Claude-Pascal Perna, Bruxelles ©)

 

 

La collaboration avec les metteurs en scène

 

Selon Jean Bonato, il est capital de souligner combien une étroite collaboration avec le metteur en scène est essentielle :

 

« Un artiste doit non seulement être en accord avec la psychologie du personnage, mais il est tenu de lui conférer une vraisemblance physique. Il est donc capital d’être en phase avec les indications du metteur en scène, qui a la responsabilité de rendre autant l’action que les rôles, crédibles et réalistes, tout en tenant compte des impératifs techniques, physiologiques et physiques du chant … Il est le maître d’œuvre, il doit pouvoir guider et ses indications respectées, un peu à l’instar d’un chef d’orchestre. Mais il ne doit pas réinventer la musique ! Ce n’est pas son rôle ! Il insuffle le rythme, le ton et la dynamique. Une grande part du succès d’un spectacle peut lui être attribuée, à condition que son action soit totalement vraisemblable et uniquement à cette condition ! Ce n’est plus le cas actuellement et nombre de spectacles sont boudés : la cause en est la plupart du temps l’ingérence du metteur en scène. Il arrive que certaines de ses décisions soient contestées, mais tout doit se régler dans un seul but : la satisfaction du spectateur, tout en préservant la nature intrinsèque de l’œuvre. Heurter de front un metteur en scène est toujours préjudiciable pour l’ambiance et la réussite d’un spectacle ! »

 

Le baryton collabore avec des metteurs en scène tels que Louis Boxus (Bruxelles), Georges Chevalier (Liège), Marcel Claudel (Palais des Beaux-Arts, Charleroi), Georges Davray (Bruxelles), Werner Degan (Bruxelles), Jacques Destoop (Bruxelles, Paris), Georges Douking (Paris), Louis Ducreux (Nancy), Edgard Duvivier (Lille), Claude Etienne (Bruxelles), Raymond Gérôme (Bruxelles), Fernand L’Huillier (Nice, Nîmes, Montpeller, Toulon), Robert Manuel (Paris), Henri Serval (Théâtre du Châtelet, Paris), Jacques Valeur (Dijon), Henri Varna (Théâtre Mogador, Paris), Michel Vitold (Paris), Raymond Vogel (Genève) etc.

 

Ce respect de Jean Bonato pour les metteurs en scène de l’époque est sérieusement mis à mal depuis une trentaine d’années. Hélas, l’incompétence, l’ignorance, la cupidité, l’ingérence et le règne sans partage d’une partie de ceux-ci sur le panorama dramatique et lyrique, sont inacceptables. Les directeurs de théâtre (avec des exceptions tout de même) font partie intégrante de cette débandade. Ils la cautionnent, ils la financent et finissent par la propager. La plupart d’entre eux ne sont que de simples gestionnaires : ils pourraient tout aussi bien gérer les portefeuilles de clients d’une banque d’affaires ou diriger une entreprise de dératisation dans une ville de banlieue … Mais où sont donc passés les Jacques Rouché, les Giulio Gatti-Casazza, les Frères Isola, les Raoul Gunsbourg, les Corneil de Thoran[5]? Au secours !

 

 

T'HEZAN-BONATO, Phi-Phi, Aspasie-Ardimédon, Nancy 1973

 

Helia T’Hézan et Jean Bonato (Aspasie et Ardinémon), Phi-Phi, Opéra de Nancy, 1973

Photo D.R. (Operabilia/Fonds musical Claude-Pascal Perna, Bruxelles ©)

 

 

Tristement, les pièces de théâtre et les opéras deviennent les bouc-émissaires de metteurs en scène frustrés et en désarroi psychanalytique, se croyant investis d’une mission divine qui leur imposerait de « revisiter » le théâtre et l’opéra … S’il faut dépoussiérer le répertoire, ne le massacrons pas. L’opéra est un genre à part, sui generis : préservons son essence féerique et magique. Conçu pour susciter une part de rêve, il se doit de laisser à ses interprètes le soin de briller, véhiculer un ample spectre de sensations, une palette d’émotions : elles ne peuvent être systématiquement entravées et vulgarisées par de grotesques absurdités scéniques comme elles le sont à l’heure actuelle.

 

Combien de maisons d’opéra (et non des moindres) ne sont-elles pas contraintes d’offrir des places au vu de la désertification actuelle ou de les vendre au tarif « de groupe » à leur clients institutionnels (« corporate clients » en bon français) ? Nombreux théâtres, jadis prestigieux (la Monnaie), se sont eux-mêmes rabaissés au rang de « théâtre expérimental » (donc, de deuxième zone) pour servir d’écrin au « travail » de ses metteurs en scène ? On voit le résultat … En Belgique, seuls l’Opéra Royal de Wallonie et progressivement, le Palais des Beaux-Arts de Charleroi (qui renaît de ses cendres), semblent vouloir éviter les pièges tendus par cette gabegie généralisée. Les autres théâtres suivent le courant, qui finira bien par s’épuiser et se tarir …

 

 

Bouleversements et nouveaux horizons …

 

Soudainement en 1963, de retour d'une série de représentations à Paris, un grave accident d’automobile vient interrompre toute activité, éloignant Jean Bonato de la scène pendant près d'un an pour lui consentir une longue et pénible rééducation physique. Grâce à sa force de caractère et sa détermination, il reprend progressivement ses activités, enchaînant des présentations de galas, des spectacles de variétés et des revues, sans omettre des prestations télévisées. Il signe également des mises en scène (opérette puis théâtre), fait des apparitions au cinéma, tout en assurant des présentations de mode masculine en qualité de mannequin … 

 

 

BONATO-HUISMAN, L'Invitation au château, TN 1963

 

Jean Bonato et Jacqueline Huisman (Patrice Bombelles-Lady India), L’Invitation au château,

Théâtre National de Belgique, 1961

Photo Cayet, Bruxelles (Operabilia/Fonds musical Claude-Pascal Perna, Bruxelles ©)

 

 

Au théâtre, il incarne des personnages allant des classiques au répertoire contemporain. Peu à peu, Jean Bonato reprend le goût des planches et l’étude de nouveaux rôles. C’est une longue période de huit années qui marque une parenthèse : il ne chante plus une seule note. En délaissant quelque peu l’opérette, il se focalise sur des rôles de comédien, débutant au Théâtre Royal du Parc (Bruxelles) dans Frédéric (L’Arlésienne) et poursuivant son parcours dans la filière des théâtres de comédie, où il incarne des emplois classiques, mais aussi contemporains. Il est invité au Théâtre National, au Théâtre Royal de Namur, au Théâtre Royal du Parc, au Molière et au Théâtre du Vaudeville, au Rideau de Bruxelles, au Théâtre de Poche et à la Comédie Claude Volter (Bruxelles).

 

Raymond Rossius le recontacte, saison 1967-1968 et lui offre le rôle de Boni (Princesse Czárdas) aux côtés de la rayonnante et lyrique Janine Ribot et du distingué Bernard Sinclair : ces représentations marquent pour Jean Bonato son retour en qualité de baryton. La chance lui sourit doublement : un impresario français présent dans la salle est séduit par ses prestations et il l’engage pour des saisons en France, où il poursuit sa carrière dans le registre de l'opérette jusqu’à la moitié des années 1970, période marquant le déclin du genre (cf. entretien ci-dessous). Progressivement, les productions subissent de plein fouet la crise qui impacte l'opérette : les spectacles sont moins fastueux, les partenaires ne répondent plus aux exigences du rôle car la relève est quasi inexistante. Les moyens commencent à faire cruellement défaut. Le genre se meurt. D’ailleurs, le public le boude et s’en désintéresse. C’est à ce moment-là qu’il songe à changer de cap …

 

 

BRASSENS, Georges

 

Georges Brassens

Photo Harcourt pour Philips (Operabilia/Fonds musical Claude-Pascal Perna, Bruxelles ©)

 

 

Le déclin de l'opérette et une nouvelle orientation …

 

En 1976 survient un virage à 180 degrés ! Grâce à son expérience artistique et la pratique de cinq langues (français, italien, allemand, anglais et espagnol), l’infatigable artiste entame une nouvelle carrière de directeur de croisière. A l’instar de son ami et partenaire de scène Jacques Roman (Romano)[6], il vogue désormais sur les océans. Responsable des divertissements, de l’organisation de galas, des relations publiques à bord de prestigieux paquebots croisant au long cours, il visite une multitude de pays, s’empreignant d’innombrables cultures. Quitte-t-il pour autant la scène ? Pas tout à fait, puisqu’il continue à se produire face à un public certes différent, mais féru de musique et de divertissements. Il retrouve des artistes qu’il avait pu côtoyer et avec lesquels il est heureux de pouvoir collaborer.

 

S’impliquant pleinement dans cette activité, il l’exerce pendant 25 années, dépassant allégrement l’âge de la retraite légale, rétrospectivement avec un plaisir à peine dissimulé et un regard malicieux !

 

A l’heure actuelle, l’artiste porte un regard réaliste et particulièrement judicieux sur l’actualité musicale et théâtrale, se rendant régulièrement aux spectacles et continuant de prodiguer ses conseils à la jeune génération d’artistes, étant finalement resté lui-même un éternel … jeune premier qui aura fait battre plus d’un cœur.

 

Jean Bonato est un membre actif de l’Union des Artistes du Spectacle (Belgique.) Il laisse des enregistrements radiophoniques et télévisuels.

 

 

BONATO, Jean 02

 

Jean Bonato

Photo D.R. (Operabilia/Fonds musical Claude-Pascal Perna, Bruxelles ©)

 

 

 

EXTRAITS D’ENTRETIENS AVEC JEAN BONATO[7]

 

 

Q. Que de métiers artistiques n’avez-vous pas pratiqués ! Quel aura été le déclencheur de cette vocation pour la scène ?

R. « A l’exception de mon père qui jouait du violon, ma famille n’était pas musicienne. Elle m’a poussé à entreprendre des études techniques pour la sécurité de l’emploi. Cependant, elle n’a jamais entravé mon cursus musical, voyant qu’il s’agissait d’une véritable vocation. Je n’ai jamais réellement envisagé de faire autre chose que de la scène et des spectacles. C’est un attrait irrésistible et inexplicable »

 

Q. Quel devrait être le parcours pédagogique idéal d’un jeune talent ?

R. « Commencer sagement au bas de l’échelle, suivre la filière traditionnelle sans brûler les étapes, ne travailler que sur des bases sûres et beaucoup travailler. La réussite, c’est 10% de talent et 90% de travail. Si le facteur chance parfois pour jouer un rôle, mieux vaut ne pas trop y compter. »

 

Q. L’opérette et la fantaisie : histoire d’amour ou simple ‘flirt’ ?

R. « Une véritable histoire d’amour ! Une parfaite osmose avec mon tempérament. »

 

Q. Dans quelles circonstances avez-vous débuté ?

R. « Des premiers pas dans les chœurs, puis des petits rôles m’ont grandement aidé à mes débuts. J’avoue que je suis arrivé à point nommé où mon emploi de jeune premier fantaisiste était très demandé, répertoire oblige. Progressivement, j’ai évolué et doublé les grandes vedettes, ce qui représenta une magnifique chance : c’est ce qui m’aura permis de me faire remarquer et de sortir du lot! « 

 

Q. Quels étaient selon vous les avantages et les inconvénients d’une troupe ?

R. « Je suis un nostalgique de la troupe telle que je l’ai connue. Il est difficile de se frayer un chemin tout seul. En qualité de membre d’un ensemble permanent, on est entouré, épaulé et parfois aidé. J’ai été en mesure de bénéficier de l’éclairage avisé de mes aînés. Mais la troupe a ce défaut qu’elle fige les premiers plans dans toutes les productions, quelles qu’elles soient et ce, indifféremment des styles respectifs et de la vocalité spécifique aux rôles. Certains chanteurs s’en sont bien tirés, d’autres en revanche en auront fait les frais. Voix et style inadéquats, physique et dons d’acteur décalés, quant à l’âge du rôle … il vivait son crépuscule ! Enfin, la troupe représente un coût financier fixe important, difficile à assumer de nos jours. Néanmoins, elle consent un travail collégial et constructif. »

 

Q. Que pensez-vous des mises en scène contemporaines et du rôle des chanteurs dans celles-ci ?

R. « En toute franchise : j’en pense beaucoup de mal ! Le metteur en scène devrait être un ‘encadreur’, un peintre : il n’est qu’un maillon d’une longue chaîne ! Il doit mettre une pièce en valeur, la servir et non se servir d’elle – respecter le travail de l’auteur et du compositeur – sans le déformer ! Le public aime le dépaysement et veut être charmé, et non agressé ou choqué par des incohérences dramaturgiques et autres laideurs scéniques … Le public a certes soif d’évasion, mais pas de scandale et de noirceur gratuite. Les œuvres doivent être représentées dans le contexte d’époque et non ‘revisitées’ ou ‘modernisées’. Si elles sont ‘revisitées’, cela doit se fonder sur le respect absolu de la charpente d’ensemble de la pièce : drame, musique, voix, action et cadre. » 

« Hélas, l’ingérence des metteurs en scène est devenue telle, que de nos jours, on n’ose plus se rendre à l’opéra, ni au théâtre, de peur de devoir repartir avant le premier entracte ! »

 

Q. Si vous disposiez d’une baguette magique, que souhaiteriez-vous changer dans l’opérette, l’opéra et le théâtre ?

R. « En disposant de moyens financiers suffisants, produire des spectacles avec tout l’apparat requis. Le théâtre lyrique coûte très cher : les costumes, les décors, les solistes, les figurants, les chœurs et l’orchestre. Il est actuellement impossible sans subsides ou actions de mécénat de réaliser ce souhait. Nous ne sommes pas aux Etats-Unis, où le financement participatif privé, bien qu’ébranlé par les attentats du 11 septembre 2001 et par la crise financière de 2008, joue encore un rôle capital dans le financement des théâtres. J’octroierai des fonds substantiels aux conservatoires et académies spécialisées afin de mieux formes les jeunes talents : matières fondamentales, solfège, harmonie, diction et j’imposerai sans hésiter la déclamation lyrique. Si je le pouvais, je créerais un festival d’opérette présentant les grands classiques du répertoire. Un rêve ! »

 

Q. Qu’est-ce au juste qu’un fantaisiste ?

R. « Tout est dans le mot : la fantaisie. Il est un amuseur, à l’instar des bouffons de cour de jadis. C’est l’opposé du comédien dramatique ou du tragédien de verve classique. Il doit savoir traiter avec élégance et légèreté les sujets plus sérieux, sans verser dans le gros comique ou la vulgarité facile. Enfin, il doit faire preuve d’un talent d’improvisation et de souplesse dans toutes les situations ».

 

Q. Comment se prépare-t-on à un nouveau rôle ?

R. « Le choix d’un rôle dépend de critères importants. Pour les chanteurs lyriques, la tessiture vocale du personnage prise dans sa globalité, est capitale : le chanteur doit pouvoir évaluer si sa propre voix naturelle s’y sent à l’aise ou non, surtout dans le medium et dans les deux registres extrêmes. Il est essentiel de bien mesurer la tessiture centrale : c’est le fondement. Avec une bonne technique, les registres grave et aigu se développent progressivement grâce au travail. Puis, l’âge du personnage, sa personnalité évoluant d’acte en acte, sa psychologie et son tempérament. Une fois ces critères réunis et en adéquation avec vos moyens, il faut passer à l’étude. Le livret est primordial, il est le filigrane de l’œuvre. Le texte joue un rôle primordial : il faut être en mesure de le maîtriser à la perfection (en cela, tous conservatoires devraient imposer l’art de la déclamation, autant lyrique, que dramatique). Il est aussi utile de mémoriser le texte des répliques de ses collègues, c’est un précieux conseil qui aura rendu un service salvateur à mes partenaires à court de mémoire ! Puis vient le déchiffrage à proprement parler et l’étude de la partition. Dans l’idéal, un artiste doit s’attacher à respecter les volontés des auteurs et approfondir le personnage pour l’interpréter au plus près. Hélas, ce travail est désormais entravé par les metteurs en scène ».

 

Q. Quelle importance a joué le théâtre dans votre développement artistique ?

R. « La rude école des tréteaux m’aura enseigné une certaine forme d’humilité et de discipline du travail, allié au respect des textes, de la musique et des partenaires de scène. Le théâtre m’a également soutenu dans l’approfondissement de ma culture, tout en m’apprenant à se montrer sérieux, mais sans se prendre au sérieux ! »

 

Q. Que vous ont apporté les artistes qui ont jalonné votre carrière, sur les plans artistique et personnel ?

R. « Les aînés – comme j’aime à les appeler -, les grands artistes que j’ai côtoyés m’ont entouré de leur expérience et de la maîtrise de leur art, et parfois de leur amitié. Surtout, ils m’ont instillé leur amour du métier. »

 

Q. Selon vous, quel devrait être le moteur du succès populaire d’une œuvre ?

R. « Les raisons sont largement imprévisibles et parfois surprenantes. La réputation déjà établie pour les grands classiques draine le public et pour une ample partie du répertoire, ce sont les vedettes ou les « stars », qui attirent les spectateurs. Je songe à Luis Mariano, Georges Guetary, Bourvil, André Dassary, José Janson, Marcel Merkès et Paulette Merval, etc. Les théâtres ont aussi leur réputation : due à leur style caractéristique, leur « esprit maison » ou encore, la beauté ou le côté insolite de leur architecture.  Je songe au Théâtre Mogador et au Théâtre du Châtelet pour leur excellence dans l’opérette à grand spectacle. Le moteur du succès, c’est la conjugaison et l’adéquation entre l’engagement total d’artistes et choristes talentueux, un chef d’orchestre attentif, des décors et costumes de qualité, en symbiose avec l’époque et le style de l’œuvre. Enfin, cette charpente doit être soutenue et non entravée, par une mise en scène dynamique, mais respectueuse de l’esprit originel de l’œuvre. »

 

 

BROISSIN-BONATO, Les Trois valses, Toulon 1974

 

Nicole Broissin (Fanny/Yvette/Irène) et Jean Bonato (Octave/Philippe/Gérard de Chalencey)

Les Trois valses, Opéra de Toulon, 1974

Photo Philippe Benoît, Toulon (Operabilia/Fonds musical Claude-Pascal Perna, Bruxelles ©)

 

 

Q. Vous avez défendu un ample répertoire : quels ont été vos rôles préférés ?

R. « J’ai éprouvé de grandes joies en interprétant le répertoire de jeune premier fantaisiste, mais aussi certains rôles de composition ou plus ‘sérieux’, comme Frédéric ou encore, El Novio (le Fiancé) dans Les Noces de sang de F. Garcia Lorca. Oui, j’ai quelques rôles-fétiches : Bobinet ou Raoul Gardefeu (La Vie parisienne), Ardimédon (Phi-Phi), Hubert (La Chaste Suzanne), de Chalencey (Les Trois valses), Ferdinand (Quatre jours à Paris), Tom (No no Nanette), Charley (Pas sur la bouche!), Jacques (Il faut marier Maman), Gustave von Pottenstein (Le Pays du sourire) ou encore, André (Dédé) ».

« Mes goûts allaient surtout vers une écriture et un style plus moderne et dynamique, là où la danse occupait pareillement une place de choix. J’ai appris presque tous les emplois de jeune premier, grâce à la troupe dirigée par Lucien Noël qui se produisait en Belgique et en France. Ce fut une belle expérience formatrice. »

 

Q. Quelques étapes-clés de votre carrière …

R. « C’est un long parcours, mais je nourris un souvenir particulier pour certaines réalisations. Je citerai la création absolue en langue française à Liège en 1971 de Hello Dolly ! un an avant la première parisienne à Mogador avec Annie Cordy. Line May incarnait le rôle-titre : cette magnifique fantaisiste aura joué un rôle important dans mes premiers pas sur les scènes d’opérette, me guidant, me conseillant et parfois, me chaperonnant. Je nourris aussi une affection particulière pour L’Auberge du Cheval-Blanc où le rôle de Léopold semble avoir été conçu pour moi, mais j’ai également chanté en alternance Guy Florès. J’ai pris part à la création de la comédie musicale de Claude Lombard, Trois chambres à Manhattan, sur un roman de Georges Simenon à l’Opéra de Liège. Dans ce même théâtre, j’ai créé le rôle de l’oncle Max dans La Mélodie du bonheur. Au Théâtre de Poche (Bruxelles), j’ai été de la première de la comédie musicale The Boyfriend où j’incarnais Tony. Pour la télévision belge, j’ai incarné Tom, Dick ou Harry dans Kiss me Kate, également une première, sans oublier Amahl or the Night Visitors, l’opéra de de Giancarlo Menotti ».

 

Q. Actuellement, la catégorisation vocale tend à être gommée au profit de voix uniformisées et éloignées du style exigé par l’ouvrage …

R. « Erreur ! Les voix possèdent toutes leur caractéristique propre et leur tessiture. Le chanteur doit guider son choix selon son goût et son instinct musical, mais toujours en fonction de ses possibilités vocales. Il ne devrait jamais altérer ces deux piliers physiologiques pour se plier à tel ou tel opus et altérer la couleur naturelle de son instrument. Ce principe-clé repose sur la maîtrise de l’art de l’interprétation et bien-sûr, sur une solide technique de chant. »

 

Q. Quelle serait la formation musicale idéale que vous préconiseriez à un jeune talent lyrique ?

R. « Je lui rappellerais les principes développés dans votre question précédente. Je lui recommanderais de choisir sa voie en fonction de ses dons naturels et de ses qualités. Ne jamais forcer ni fatiguer, rester soi-même sans brûler les étapes et ne jamais imiter les autres artistes. Il est capital de chanter avec sa propre voix et de longuement et patiemment la travailler pour le rendre souple et soumise à sa volonté. Je le répète : interpréter des seconds plans au début de sa carrière est une bonne formation et finalement, une preuve d’humilité ».

 

 

MERKES, Marcel, Frank Butler, Annie du Far-West

 

Marcel Merkès (Franck Butler), Annie du Far-West, Marseille, ca. 1950.

Photo Studio Canali, Marseille (Operabilia/Fonds musical Claude-Pascal Perna, Bruxelles ©)

 

 

Q. Quelles sont, selon vous, les causes du déclin de l’opérette ?

R. « Premier constat : le théâtre (dramatique et surtout, lyrique, comme la plupart des formes de spectacle), coûte cher. Sans subsides et financements parallèles, il ne peut survivre. Or, les budgets ont été supprimés ou considérablement restreints. Les théâtres, y compris les grandes maisons d’opéra, ont été contraints à s’adapter et leurs directeurs forcés à présenter des pièces peu coûteuses, avec une réduction des effectifs (personnages secondaires, chœurs et figurants, danseurs), d’où des productions ‘au rabais’ ou souvent, en version concertante. Le déclin de l’opérette, comme vous l’avez développé dans votre article consacré à l’opérette et à l’opérette à grand spectacle[8] est en partie dû à un changement de modes et courants musicaux, à la relative faiblesse structurelle et musicale de certaines opérettes, mais pas seulement … Les édiles, les dirigeants détenant les cordons de la bourse ont, sans doute par snobisme ou par mépris du genre et du goût ‘populaire’, décidé que l’opérette ou le ‘lyrique léger’ n’était pas suffisamment culturel et se sont évertués à décréter sa mort ! Les théâtres et représentations ayant été réduits, les habitués ont perdu le chemin des salles de spectacle, une tradition qui se transmettait de génération en génération. Arrive ensuite l’époque ‘pop’, le ‘yéyé’ ou encore le ‘techno’ avec son mauvais goût facile, ses rythmes tonitruants qui se sont imposés chez les jeunes – je suis à peine plus clément avec le ‘disco’, au détriment de références mélodiques classiques ou de verve plus romantique ».

« Le monde multimédia et trop hyper-connecté actuel propage cette forme de vulgarisation. Il formate irrémédiablement la jeune génération, creusant davantage le fossé entre les repères fondamentaux et classiques, et cette forme d’uniformisation des styles. La banalisation des genres ! Qu’il suffise d’endurer les émissions télévisées, ambassadrices de miroirs aux alouettes trop prometteurs piégeant des aspirants-vedettes et autres ‘artistes’ d’un soir ! »

 

Q. Toutes les opérettes ne brillent pas par la qualité de leur livret ou de leur orchestration …

R. « En effet, mais cela ne devrait pas suffire à mettre au pilori tout un répertoire, à le juger simpliste et désuet. L’opéra bouffe puis l’opérette ont tout de même consenti des succès magistraux pour les compositeurs, avec des factures musicales diverses, mais qui ont rempli des salles et non des moindres. Même si la plupart des opérettes, y compris celles dues aux talents de Planquette, Ganne, Audran, Hervé, Lecocq et Varney souffrent de mièvrerie et de livrets frôlant l’invraisemblable, Offenbach – qui évolue entre l’opéra bouffe, l’opéra comique et l’opérette - jouit encore d’une relative bonne cote, bien que déjà de son vivant, seule une partie de ses abondants opus étaient représentés. Quant à l’opérette viennoise et hongroise, elles sont encore représentées, mais le plus souvent, dans leur pays d’origine, car les pouvoirs publics ont tout entrepris pour préserver ce patrimoine ; non seulement les œuvres, mais également les théâtres qui les abritent ! Pour conclure, oui, au-delà de ses faiblesses, l’opérette a subi le courant des modes : espérons qu’un jour, elle sera remise, au-moins en partie, au goût du jour. » 

 

Q. Vous possédez tant de cordes à votre arc 

R. « Mon parcours fut des plus diversifié. En plus de l’opérette, de la comédie musicale et du théâtre, j’ai été tour à tour soliste de revues musicales, imitateur, mannequin, organisateur de galas artistiques, directeur de croisières. Avec le déclin de l’opérette, la raréfaction des programmations et la fermeture de certains théâtres, j’ai compris que je devais m’orienter ailleurs. A l’instar de mon ami et collègue, le baryton, fantaisiste et régisseur Jacques Roman (Romano)[9], j’ai choisi l’animation, puis la direction de croisières au long cours à bord de grands paquebots. L’aisance de mes aptitudes relationnelles et ma pratique de plusieurs langues étrangères m’ont spontanément attiré vers cette nouvelle profession qui offrait un travail à temps plein, avec une multitude de contacts intéressants ! »

 

Q. Vous avez donc continué à mener la danse …

R. « Absolument, car j’ai produit des spectacles mêlant tous les styles de chant à de la danse et au réglage chorégraphique, avec des artistes provenant de tous horizons. Les croisières étaient de haut standing, donc la clientèle était plutôt ‘select’ : j’ai ainsi pu rencontrer des personnalités issues des milieux artistiques, intellectuels, sportifs, politiques, industriels, etc. J’ai créé mon propre ‘show’, mon ‘one man show’ à moi ! Son et lumière se fondaient sur l’univers de Jacques Brel, notamment avec son Homme de la Mancha : j’ai pu l’interpréter dans le monde entier, voguant sur tous les océans. J’ai été en mesure de poursuivre ce pour quoi j’étais fondamentalement taillé : la scène ».

 

Q. Sans aucuns regrets pour l’opérette ?

R. « J’ai quitté la scène lyrique au moment opportun, lorsque ce genre musical tombait en désuétude et où l’âge m’aurait contraint à changer de répertoire. Le théâtre et la scène m’ont manqué, je ne saurais le nier. Comme directeur de croisière, j’ai poursuivi cette seconde part de mon rêve avec d’immenses satisfactions et, permettez-moi de le préciser, une compensation financière substantielle et régulière, qui pour un artiste et une véritable aubaine. Je le répète : si l’opérette nécessite des moyens financiers importants (tout comme l’opéra, le théâtre et le ballet – qu’il suffise de totaliser les énormes moyens alloués à Maurice Béjart à la Monnaie pour comprendre), certaines d’entre elles ne nécessitent pas autant de capitaux que l’opérette à grand spectacle ou que la comédie musicale. Des classiques de l’opérette pourraient être remis au goût du jour – de belles initiatives semblent poindre à l’horizon -, car l’opérette à grand spectacle a cédé le pas à la comédie musicale, ce que je regrette. »

 

« Pour conclure, si je ne nourris guère de regrets liés à mon parcours artistique, je ne peux que déplorer la raréfaction de l’opérette, elle qui avait drainé les foules et émerveillé un public nombreux venu applaudir des spectacles rutilants et magiques. Au-delà même d’un courant musical, l’opérette aura été un fantastique moteur fédérateur de paix, de partage et de bonheur. Dommage qu’il ait été incompris. »

 

Claude-Pascal Perna

tous droits réservésã

SABAM, CAE 620435975

novembre 2017

 

 

LECOCQ, Charles, La Fille de Mme A

 

Document D.R. (Operabilia/Fonds musical Claude-Pascal Perna, Bruxelles ©)

 

 

 

UN APERCU DU REPERTOIRE DE JEAN BONATO (OPERETTE ET COMEDIE MUSICALE, PAR ŒUVRE ET DANS L’ORDRE ALPHABETIQUE)

 

1.             L'Amour masqué (Maître d’hôtel)

André Messager

2.             Andalousie (Baedeker)

Francis Lopez

3.             L’Auberge du Cheval-Blanc (Léopold, Guy Florès)

Ralph Benatzky

4.             Au Pays du soleil (jeune premier)

Vincent Scotto

5.             Balalaïka (Alexis)

Posford & Grün

6.             Le Baron vadrouille (jeune premier)

Walter Kollo

7.             La belle Arabelle (jeune premier)

Guy Lafarge

8.             La Belle de Cadix (Ramirez)

Francis Lopez

9.             La Belle Hélène (Oreste)

Jacques Offenbach

10.          Ma belle Marseillaise (jeune premier)

Vincent Scotto

11.          The Boyfriend (Tony)

Sandy Wilson

12.          Cabaret (Emcee ou “M.C.”)

Kander & Ebb

13.          Carmen (le Remendado)

Georges Bizet

14.          Les cent Vierges (Anatole de Quillembois)

Charles Lecoq

15.          C'est écrit dans les étoiles (jeune premier)

Jacques Ledru

16.          Chanson gitane (Philippe)

Maurice Yvain

17.          Chansons de Paris (Gaétan)

Max Alexis

18.          Le Chant du désert (Capitaine Charlie)

Sigmund Romberg

19.          Le Chanteur de Mexico (Miguelito, Cartoni)

Francis Lopez

20.          Un chapeau de paille d'Italie (le Capitaine)

Guy Lafarge

21.          La Chaste Suzanne (Alexis, Hubert)

Jean Gilbert

22.          La Chauve-souris (Prince Orlowsky)

Johann Strauss, II

23.          Ciboulette (Antonin de Mourmelon)

Reynaldo Hahn

24.          Les Cloches de Corneville (Le Tabellion/Notaire)

Robert Planquette

25.          Colorado (Alexis)

Jacques-Henri Rys

26.          Le Comte de Luxembourg (Brissard)

Franz Lehár

27.          Comte Obligado (Raoul de Moustier)

Raoul Moretti

28.          Comtesse Maritza (Baron Szupán

mmerich Kalman

29.          Les Contes d'Hoffmann (Franz, Cochenille, Pitichinaccio)

Jacques Offenbach

30.          Coquin de printemps (Jacques)

Guy Magenta

31.          Coups de roulis (Gerville)

André Messager

32.          La Danseuse aux étoiles (Ludo)

Vincent Scotto

33.          Dédé (André)

Henri Christiné

34.          Farandole d'amour (jeune premier)

Jacques Ledru

35.          My Fair Lady (Freddy)

Frederic Lowe

36.          La Fille de Madame Angot (Pomponnet, Trenitz)

Charles Lecoq

37.          Frasquita (Sebastiano)

Franz Lehar

38.          La Grande Duchesse de Gerolstein (Baron Puck)

Jacques Offenbach

39.          Hello Dolly ! (Cornelius)

Jerry Herman

40.          L'Homme de la Mancha (Don Quichotte)

Mitch Leigh

41.          Idylle à Capri (jeune premier fantaisiste)

Jacques Ledru

42.          Ignace (Serge)

Roger Dumas

43.          Il faut marier Maman (Jacques)

Guy Lafarge

44.          Kiss me, Kate (Tom-Dick-Harry)

Cole Porter

45.          Là-haut (Evariste)

Maurice Yvain

46.          La Margotton du bataillon (Désiré Chupin)

Casimir Oberfeld

47.          La Mélodie du bonheur (Oncle Max)

Rodgers & Hammerstein

48.          Les 28 jours de Clairette (Vibarel)

Victor Roger

49.          Méditérranée (Mario)

Francis Lopez

50.          Michel Strogoff (Blount)

Jacques Ledru

51.          Mon bel Ami (le Chambellan)

René d'Archambeau

52.          Monsieur Beaucaire (Nash)

André Messager

53.          Nina-Rosa (Bob Wilson)

Sigmund Romberg

54.          No No Nanette (Tom, Billy)

Vincent Youmans

55.          Nos folles années (Jacques)

Jacques Métehen

56.          Pampanilla (Alexis)

Jacques-Henri Rys

57.          Parade de printemps (-)

Robert Stolz

58.          Pas sur la bouche (Charley, Valandrey)

Maurice Yvain

59.          Passionnément (Robert Perceval)

André Messager

60.          Le Pays du sourire (Gustave de Pottenstein)

Franz Lehár

61.          Phi-Phi (Ardimédon)

Henri Christiné

62.          Les Pieds nickelés (jeune premier)

Bruno Coquatrix

63.          Pour Don Carlos (Lieutenant Sabradiel)

Francis Lopez

64.          Pour toi ou L'inconnue de St Moritz (Alexis)

Georges Prêtre

65.          Princesse Czárdas (Boni)

Emerich Kalman

66.          Le Printemps chante (Karl)

Robert Stolz

67.          Quand fleurissent les violettes (Willy)

Robert Stolz

68.          Quatre jours à Paris (Ferdinand, Hyacinthe)

Francis Lopez

69.          Rêve de valse (de Moussy)

Oscar Straus

70.          Rien qu'un baiser (jeune premier)

Raoul Moretti

71.          Rose de Noël (Sándor)

Franz Lehár

72.          Rose-Marie (Emile)

Rudolf Friml

73.          Les Saltimbanques (André de Langeac)

Louis Ganne

74.          Scaramouche (Le Bourreau)

Jacques Ledru

75.          Show Boat (-)

Jerome Kern

76.          Soir de réveillon (jeune premier)

Raoul Moretti

77.          Les Surprises d'une nuit d'amour (jeune premier)

Gustave Goublier

78.          Ta bouche (Bastien)

Maurice Yvain

79.          Toi c'est moi (Bob)

Moïse Simon

80.          Trois chambres à Manhattan (Lui)

Claude Lombard

81.          Trois de la marine (jeune premier)

Vincent Scotto

82.          Les Trois valses (Chalencey)

Oscar Straus

83.          Un de la Cannebière (Titin)

Vincent Scotto

84.          Valses de Vienne (Gogol)

Johann Strauss I et II

85.          Véronique (Loustot)

André Messager

86.          La Veuve Joyeuse

Franz Lehár

87.          Victoria et son hussard (Comte Ferry)

Paul Abraham

88.          La Vie parisienne (Bobinet, Raoul Gardefeu)

Jacques Offenbach

89.          Vienne chante et danse (Valdemar)

Jacques Ledru

90.          Violettes Impériales (Camard)

Vincent Scotto

91.          Wiener Blut (Sang viennois : Lord Morton)

Johann Strauss II

 

 

 

UN APERCU DU REPERTOIRE DE JEAN BONATO (ART DRAMATIQUE ET COMEDIE, PAR ŒUVRE ET DANS L’ORDRE ALPHABETIQUE)

 

1. L'Arlésienne (Frédéric)

Alphonse Daudet

2. Barbara (-) – T.V.

télévision

3. Le Barbier de Séville (comte Almaviva, Figaro)

Pierre-A. de Beaumarchais

4. Boulevard Durand (Guichard) – T.V.

télévision

5. Le Bourgeois gentilhomme (le Maître à danser)

Molière

6. La Ceinture de chasteté (Cassegueule)

Marcel Roels

7. Un Chapeau de Paille d’Italie (Lt. Emile Tavernier)

Labiche & Marc-Michel

8. Les Choutes (Georges)

Barillet & Grédy

9. Le Cocu magnifique (le Comte) 

Fernand Crommelynck

10. Dans un miroir (Officier italien) 

Claude Spaak

11. Deux verres de Barbera (Benale)

Kinds

12. Doit-on le dire? (Albert Fragil, l’Amant)

Eugène Labiche

13. Le Gant (Cottençon)

Bilhaud & Hennequin

14. Un Gendre à l’essai (Paul Dermaise)

Pierre Palau

15. Henri IV (le jeune Marquis Di Nolli)

Luigi Pirandello

16. L'Homme, cet animal étrange (le Fou)

Anton Tchekhov

17. L'Hôtel du Libre-échange (le bel Ernest) 

Georges Feydeau

18. L'Invitation au château (Patrice Bombelles) 

Jean Anouilh

19. J'ai bien l'honneur (Charlie)

Ph. Laçon

20. Madame Filoumé (le Gantier, le Chemisier)

Eduardo De Filippo

21. Madame Sans-Gêne (Neipperg)

Victorien Sardou

22. Malborough s'en va-t-en guerre (un Officier 

Marcel Achard

23. Maribel et l'étrange famille (Marcelin)

Miguel Mihura

24. Un Ménage en or (jeune Premier)

Valmy & Cab

25. Mon mari et toi (Jean)

Roger Ferdinand

26. Monsieur de Falindor (Saturnin)

Manoir & Verhylle

27. Nicotine et Guillotine (Maître Harmignies) 

Claude Volter

28. Les Noces de sang (le Fiancé)

Franciso Garcia Lorca

29. La petite Catherine ou Katiouchka (-)

Françoise Catteau

30. Les Pigeons de Venise (le Gondolier)

Albert Husson

31. La Puce à l'oreille (Chantebise, Poche)

Georges Feydeau

32. Les Trois valses (Chalencey): version T.V.

Oscar Straus

33. La Vie est un songe (-)

Pedro Calderón de la Barca

 

 

 

Des partenaires de parcours

 

Cathy Albert, Raymonde Allain, Mathé Altéry, Carlo Di Angelo, Luc Armon, Maurice Baquet, Tina Baritza, Luc Barney, Jules Bastin, Armand Battel, Nelly Béguin, Jean-Christophe Benoît, Stany Bert, Jacqueline Bir, Robert Bléser, Maurice Bogeat, Gérard Boireau, Christian Borel, Monique Bost, Louise Brachet, Georges Brassens, Danielle Brégis, Nicole Broissin, Jacqueline Chambard, Viviane Chantel, Willy Clément, Jeanne Coll, Serge Creuz, Jacqueline Danno, Sim Darly, Mario Darsac, André Dassary, Albert Delhaye, Ernest Delmarche, Raoul Demanez, Richard Demoulin, Michel Dens, Georges Douking, Josette Drouet, Marthe Dugard, Annie Dumas, Caroline Dumas, Jacques Henri Duval, Claude Etienne, Suzy Falk, Marie-Louise Floriaval, Guy Fontagnère, Geneviève Fontanel, Andrée François, Annie Frantz, Henri Garat, Henri Genès, Raymond Gérôme, Germain Ghislain, Janine Godinas, Andrée Grandjean, Irène Gromova, Christiane Gruselle, Georges Guétary, Victor Guyau, Lilian Harvey, Michèle Herbé, Marc Hetty, Rudy Hirigoyen, Jacqueline Huisman, Marina Hotine, Charles Immers, Maïté Izar, Lisette Jambel, Georges Jamin, José Janson, Jacques Jansen, André Jobin, Christian Juin, Patricia Jumelle, Jean Laffont, Dolores Laga, Josette Lahaye, Mireille Laurent, Henri Legay, Roland Léonar, Jean Lescanne, Yvonne Levering, Odette Lhost (Lost), Jacqueline Lussas, Robert Manuel, Jacques Mareuil, Luis Mariano, Robert Massard,  Jacquotte Mauray, Simone Max, Line May, Rita Mazzoni, Marcel Merkès, Yerry Mertz, Paulette Merval, Armand Mestral, Christian Méry, Mady Mesplé, Armand Mestral, Anna-Maria Miranda, Christine Moinet, Bernard Muracciole, Maria Murano, Gita Nobis, Pierre Nougaro, Sylvia Paule, Robert Picquet, Jean Pomarès, Tony Poncet, Tania Poscia, Fernand Raynaud, José Razador, Jane Rhodes, Janine Ribot, Dominique Rika, Armelle Rioual, Jean Rivart, Marcel Roels, Lise Rollan, Odette Romagnoni, Jacques Roman, Tino Rossi, Raymond Rossius, Michel Roux, Ginette Saissi, Fernand Sardou, Jacky Sardou, Jean Sauvenier, Louis Seigner, Christian Selva, Michel Sénéchal, Ginette Sente, Bernard Sinclair, Jacques Taylès (fils), Mia Taylès, Marcelle Terry, Hélia T’Hézan, Alberte Tinelli, Dominique Tirmont, José Todaro, Michel Trempont, Lucienne Troka, Jacqueline Vallière, Nick Varlan, Eliane Varon, Arta Verlen, Irène Vernal, Madeleine Vernon, Maryse Vidal, Robert Vernay, Jacques Verières, Liliane Vincent, Madeleine Vernon, Michel Vitold, Jacqueline Vitry, Albert Voli, Claude Volter, Jean Weber, Jany Will, Alexise Yerna, etc…

 



[1] C’est Line May et non Annie Cordy qui créera la version mondiale française de Hello Dolly ! En 1971 à l’Opéra Royal de Wallonie (Liège). Annie Cordy et le Théâtre Mogador devront patienter jusqu’en 1972.

[2] Cf. hommage de l’auteur : http://www.musimem.com/Romano.htm

[3] A proximité du Musée Royal de Mariemont (Belgique) : http://www.musee-mariemont.be/

[4] Cf. hommage de l’auteur à l’opérette et à l’opérette à grand spectacle : http://www.musimem.com/operette.htm

[5] Cf. portrait par l’auteur : http://www.musimem.com/Romano.htm

[6] Cf. portrait par l’auteur : http://www.musimem.com/thoran.htm

[7] Le répertoire d’opérette de Jean Bonato se rapprochant de celui du baryton et fantaisiste Jacques Roman (Romano), l’auteur a choisi de poser quelques questions similaires aux deux artistes. Cf. hommage à Romano : http://www.musimem.com/Romano.htm

[9] Cf. hommage de l’auteur: http://www.musimem.com/Romano.htm

 

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