Pierre de Bréville
(1861 - 1949)


 

Pierre de Bréville
(coll. DHM) DR.
" Profil de mousquetaire, où l'arête droite et ferme du nez et le retroussis de la moustache accentuent l'allure soudainement adoucie, estompée, quand, de face, l'expression rêveuse du regard, auquel l'arc un peu surélevé des sourcils ajoute de l'indécision, montre l'aspect double de cette sympathique figure de musicien-poète. "    (Marcel Rémy, 1895)

 

 

Admirateur de César Franck dont il fut l’élève, modeste, désintéressé, ayant en horreur « l’esprit d’intrigue et la réclame tapageuse, aussi n’a-t-il pas occupé dans les manifestations musicales de notre époque la place à laquelle sa valeur artistique lui donnait droit » (Marcel Labey). Ses œuvres, d’une facture très personnelle, sont empreintes d’une grande sensibilité et savamment écrites avec beaucoup d’élégance. Victime du succès de ses premières mélodies, presque toutes étant « des petits chefs-d’œuvre de vérité expressive, de délicatesse et d’émotion », qui l’a fait classer un peu trop rapidement comme « charmant musicien de salon », Pierre de Bréville est en réalité l’auteur d’une œuvre variée et abondante, comportant en outre des pages pour orchestre, des pièces pour piano, de la musique de chambre, des chœurs avec ou sans accompagnement, des œuvres pour le théâtre et de la musique religieuse.

 

Né lé 21 février 1861 à Bar-le-Duc (Meuse), au domicile de ses grands-parents maternels, Pierre Eugène Onfroy de Bréville est issu d’une vieille famille de Gavray (Manche), dont les descendants s’installèrent à Nantes puis à Beauvais. Son père, Georges, magistrat, conseiller à la Cour d’Appel de Paris, et sa mère, née Robertine du Val d’Eprémesnil, lui firent effectuer des études de droit en vue d’embrasser une carrière diplomatique, bien que ses goûts le poussaient vers la musique. C’est ainsi que, parallèlement à ses études, il entrait au Conservatoire de Paris où il suivait les cours d’harmonie de Théodore Dubois (1880-1882), puis ceux d’orgue de César Franck durant deux années. Dans cette dernière classe il fit la connaissance de Bordes, Chausson et Duparc avec lesquels il va se lier d’amitié. Il abandonna bientôt tout projet d’intégrer les Affaires étrangères et débutait une carrière d’organiste, qu’il abandonnera par la suite, se disant lui-même "organiste à Paris" en 1883 et 1884, années au cours desquelles il fut primé à plusieurs reprises par la "Société internationale des organistes et maîtres de chapelle" (membre du jury : Th. Dubois, Franck, Gigout, Guilmant, Lefèvre-Niedermeyer, Loret, Steenmann) pour des œuvres religieuses, dont une Messe à 2 voix égales avec accompagnement, et un Ave verum (solo avec accompagnement d’orgue) qui lui valut le 1er Prix devant Léon Boëllmann. De cette époque datent également ses premières mélodies (Extase, Epitaphe). En 1886, année où il composa son oratorio Sante Rose de Lima, scène mystique pour soprano solo, chœur de femmes et orchestre, sur une poésie de Félix Naquet (1888, Hamelle), il tentait vainement le Concours de Rome. Mais, n’étant plus alors élève du Conservatoire qu’il avait quitté depuis 1884, l’académisme régnant de cet établissement placé sous la férule d’Ambroise Thomas, fit que ses « velléités présomptueuses furent vite réduites à néant : au concours préparatoire, le fâcheux obtint deux voix seulement, malgré les concessions consenties d’une fugue « centre gauche », comme il dit lui-même. Bréville n’insista point. » (Marcel Rémy). Il était en effet inconcevable qu’un candidat, non élève de composition du Conservatoire, puisse prétendre à remporter un quelconque prix à ce prestigieux Concours !

 

En 1888, en compagnie de son ami le ténor léger Maurice Bagès de Trigny, il se rendait au Festival de Bayreuth. Là, il fit la connaissance de Vincent d’Indy, grand admirateur de Wagner, qui lui prodigua des conseils et lui dédicaça cette même année sa mélodie Les cloches du soir, paroles de Daudet (Bruneau). Quelques années plus tard, peu après la création de la Schola Cantorum (1894) par Charles Bordes, Alexandre Guilmant et d’Indy, ce dernier fit appel à de Bréville pour tenir la classe de contrepoint (1898 à 1902).

 

En cette fin du XIXe siècle, il est déjà un membre très actif de la Société Nationale de Musique, dont il ne tardera pas à en devenir le président (succédant à d’Indy). Durant la Grande Guerre, il enseigne la musique de chambre au Conservatoire de Paris. Jusqu’alors il n’avait pas été attiré par ce genre musical, ayant principalement produit des mélodies, des œuvres pour orchestre (La Nuit de décembre, Stamboul, Sans pardon), pour piano, pour orgue, ainsi qu’un conte lyrique Eros vainqueur, une scène lyrique La Tête de Kenvarc’h, un opéra La Princesse Maleine, et de la musique pour le théâtre (Le Pays des fées, Les Sept Princesses). Mais, « brusquement, en 1915, sous l’empire des émotions de patriote et à la suite de la mort d’un ami tué en avion, il écrivit sa 1ère Sonate pour violon et piano (1918, Rouart-Lerolle), à la mémoire d’un être très cher. Cette Sonate fut une révélation : énergique et guerrière, tendre et pathétique, elle est l’expression d’une poignante tristesse, tempérée par la sérénité d’une âme croyante. » A la suite, Pierre de Bréville composa d’autres œuvres de chambre, qui toutes, issues de la même veine, ont une grande valeur. Parmi cette production, citons plus particulièrement quatre autres Sonates pour violon et piano (1927, Rouart et Lerolle ; 1942, inédit ; 1943, inédit ; 1947, inédit), une Sonate pour alto et piano (1949, Eschig), une Sonatine pour hautbois (ou flûte, ou violon) et piano (1925, Rouart et Lerolle), un Concert à trois pour violon, violoncelle et piano (1945, inédit), et une Suite pour le quintette instrumental et pour quatuor de saxophones, ainsi que 5 oeuvres pour violoncelle et piano : Sonate (1930, Rouart et Lerolle), Fantaisie appasionata (1934, Sénart), Poème dramatique (1924, Rouart et Lerolle), Pièce (transcription de Théodore Doney pour hautbois, flûte ou violon, 1923 Leduc) et Prière, d'après le Cantique de Molière (1924, Salabert), enregistrées en 2009 par la violoncelliste Nadine Deleury et la pianiste Mary Siciliano.

 

« Un des plus purs et des plus distingués dans cette pléiade d’élite formée autour du vieux père Franck » (Marcel Rémy), « esprit distingué qui se plaît aux nuances, aux délicates colorations » (Jules Combarieu), Pierre de Bréville est mort subitement le 23 septembre 1949 en son domicile parisien de la rue du Dr Germain-See après une inaction forcée de 18 mois, à la suite d’une chute. Indépendamment de ses activités de compositeur, il fut encore critique musical au Mercure de France, à la Revue Blanche, à la Revue Internationale de Musique et au Courrier Musical, et resta longtemps membre du jury d’examen au Conservatoire, tout en collaborant à la direction de la Schola Cantorum puis à celle de l’Ecole César-Franck. On lui doit également d’avoir terminé l’orchestration du drame lyrique en 4 actes Ghisèle de Franck en compagnie d’autres élèves du Maître, et écrit une Histoire du théâtre lyrique en France (Paris, s.d.). Signalons encore à son actif la publication de ses souvenirs sur le Pater seraphicus, sous le titre de : Les Fioretti du Père Franck parus dans le Mercure de France (sept. 1935-janv. 1938) et un d’ouvrage Sur les chansons populaires françaises (Ed. de la Schola Cantorum, 1901).

 

Son frère aîné, Jacques Onfroy de Bréville (1858-1931), dit « Job », peintre et dessinateur, a donné de nombreux dessins dans des journaux de l’époque (l’Illustration, La Caricature, La Lune…), et illustré des livres d’enfants et des albums historiques (Le Tambour-major Flambardin, Histoire d’une page de Napoléon Ier, Flamberge au vent, Les Marins de la Garde, Le Bon Roi Henri…). Son Murat et ses livres sur Napoléon sont les plus connus.

 

Denis Havard de la Montagne
 (2009, mis à jour en mai 2020)

 

 

Relancer la page d'accueil du site MUSICA ET MEMORIA

Droits de reproduction et de diffusion réservés
© MUSICA ET MEMORIA

tumblr hit counter