A propos des orgues d'Augustin Brisset (Reims)


 

 

 

Voici quelques témoignages relevés dans des périodiques spécialisés au sujet des instruments construits par Augustin Brisset.[1]

 

« Une cérémonie d'un caractère particulièrement doux et imposant réunissait, le dimanche 22 mars, dans l'église de Balan, une foule empressée et recueillie ; on y célébrait l'inauguration de l'orgue. Grâce au zèle du pieux curé de Balan, cette solennité fut une manifestation religieuse ; d'habiles artistes, M. Grison, organiste à la cathédrale de Reims, et M. et Mme Coussette avaient bien voulu prêter à cette fête le concours de leur talent ; la fanfare de Balan s'y était également associée. […]

Nous ne devons pas oublier d'adresser nos félicitations à M. Augustin Brisset, de Reims. Elève et successeur de M. Déjardin, le facteur d'orgues bien connu dans tout le diocèse de Reims, M. Brisset se recommandera, nous en sommes sûrs, par les qualités qui distinguaient son prédécesseur, et nous souhaitons que l'inauguration du premier orgue sorti de ses ateliers soit pour lui d'un favorable augure. »

(Eglise de Reims, 3 janvier 1885, p. 161-162)

 

« Saint-Quentin. Restauration du grand orgue de la Basilique.

Le grand orgue de la basilique de Saint-Quentin, inauguré en 1703, peut être considéré comme un des plus beaux spécimens du genre.

Il était l'œuvre de Clicquot, le plus célèbre praticien de cette époque.

En 1847, une réfection complète fut ordonnée par le conseil de fabrique.

Depuis, l'humidité et récemment une chaleur exagérée attaquèrent les forces vives de l’orgue : soufflerie sans vent, sommiers disjoints, soupapes béantes. Bref, plus rien de possible.

Il fallait trouver un facteur habile et modeste dans ses prix ; on l'a trouvé.

M. Augustin Brisset, facteur d'orgues à Reims, se chargea de la restauration, et je me plais, écrit l'organiste de la basilique, à rendre hommage à sa patience et à son talent ; il nous a rendu notre superbe instrument et ses magnifiques sonorités.

Malgré cela, il est de toute évidence que le conseil de fabrique devra, dans un temps donné, prendre des mesures sérieuses pour une restauration plus complète du plus beau joyau de sa basilique.

M. Augustin Brisset, qui vient de mener à bien un travail aussi délicat, saura mieux faire encore, faire grand, quand on pourra faire appel à son habileté. »

(Eglise de Reims, 4 janvier 1890, p. 345)

 

« Réception du grand orgue.

Mercredi dernier, 3 mai, à deux heures de l'après-midi, a eu lieu la réception du grand orgue nouvellement restauré de l'église d'Hautvillers. […]

Ce bel instrument eut beaucoup à souffrir pendant la grande Révolution. En 1847, M. le comte Paul Chandon de Briailles le fit complètement réparer, remplaçant les anciens petits jeux qui y abondaient, par des jeux nouveaux de gambes de huit et de quatre pieds, euphone, basson de seize, pieds, etc.

Enfin, cette année, M. le comte Chandon a fait faire une nouvelle et complète restauration de cet orgue historique. Il l'a confiée à M. Augustin, Brisset, l'habile et consciencieux facteur d'orgues de Reims.

Tel qu'il est aujourd'hui, le grand orgue d'Hautvillers se compose de trente-cinq jeux, répartis sur quatre claviers, dont trois à main et un clavier de pédales indépendante.

C'est ce bel instrument que l'on recevait mercredi dernier, sous la présidence de M. Compant, vicaire général, avec le concours de MM. Grison ; organiste de la Cathédrale de Reims ; Ch. Pons, organiste de Notre-Dame de Nice ; Dufour, organiste d'Épernay ; Barotin, maître de chapelle d'Épernay, et de la maîtrise de la même église, tous artistes éminents dont l'éloge n'est plus à faire et qui ont magnifiquement tiré parti des ressources considérables du grand orgue. »

(Bulletin du diocèse de Reims, 7 janvier 1893, p. 210-211)

 

« RAPPORT SUR LE CONCOURS D'ART & D'INDUSTRIE Par M. CH. GIVELET, Membre titulaire.

L'Académie, en dehors des récompenses qu'elle accorde aux travaux qu'elle a mis au concours, accepte aussi ceux qui lui sont présentés, soit par l'auteur lui-même, soit par un des membres de la Compagnie. Elle est heureuse d'en reconnaître le mérite et ne manque pas d'encourager et de couronner ceux qu'elle juge dignes de l'être.

C'est plein de cette assurance que je viens aujourd'hui faire un rapport sur les travaux de M. Brisset, facteur d'orgues à Reims, dont les oeuvres, celles de ces derniers temps surtout, témoignent du succès toujours croissant de sa maison.

En 1846, M. Déjardin fonda à Reims une manufacture d'orgues qui, modeste à son origine, ne tarda pas à se développer ; l'état prospère de cette maison engagea le nouveau facteur d'orgues à transporter son établissement à Paris. C'est dans cette ville que M. Augustin Brisset, en 1869, se présenta à M. Déjardin qui l'accepta comme apprenti. Celui-ci était alors âgé de quinze ans. Il ne quitta jamais M. Déjardin, que son grand âge força à prendre sa retraite en 1883. Il céda alors sa clientèle, son établissement et tout son matériel à M. Brisset, qui déjà aidait son maître dans la direction de ses travaux. La retraite de M. Déjardin eut lieu cinq ans avant sa mort.

Devenu propriétaire, M. Brisset transféra immédiatement (1883) ses ateliers à Reims. Le départ de M. Déjardin pour Paris avait laissé un grand vide dans notre ville, au point de vue de l'entretien des orgues. Depuis son arrivée à Reims, M. Brisset a vu croître et prospérer son établissement, grâce aux soins journaliers si nécessaires pour la réussite de cette importante industrie à laquelle il a voué toute son existence.

La maison Déjardin-Brisset ne compte pas moins de cinquante-cinq ans depuis sa fondation. Aujourd'hui, M. Brisset, unique facteur d'orgues dans la contrée, peut satisfaire à toutes les exigences modernes de son industrie qui a tant progressé depuis un demi-siècle.

Nous devons à notre facteur rémois des améliorations et des réparations considérables aux orgues de notre cathédrale ; la réfection à peu près complète du grand orgue de la collégiale de Saint-Quentin, instrument de premier ordre, qui comprend 56 jeux, dont deux de 32 pieds, 3 claviers à mains, 1 de pédales indépendant, une série de 17 pédales de combinaisons, etc., etc. Ajoutez à ces grandes orgues un nombre considérable d'instruments neufs d'importances diverses ; ne parlons que pour mémoire des améliorations et des réparations faites à de nombreux et anciens instruments.

Le plus notable des travaux récents de M. Brisset est le grand orgue de la basilique de Saint-Remy à Reims, qui compte 50 jeux, 3 claviers à mains, 1 de pédales et 14 pédales de combinaison.

Lors de la réception de ce magnifique instrument, M. Verneuil, organiste de la basilique de Saint-Quentin, si compétent en la matière, fut nommé rapporteur par la Commission d'expertise. Cet artiste, après un examen sérieux et minutieux des jeux, de leur mécanisme et de leur harmonisation surtout, n'a pas craint d'écrire dans son rapport que M. Brisset venait de se révéler artiste d'un mérite réel, et pouvant lutter avec les facteurs renommés de France et de Belgique.

Plusieurs membres de la Commission qui connaissent M. Brisset depuis de longues années ont déclaré que notre facteur, doué à la vérité d'une grande intelligence, n'avait pu arriver au résultat obtenu à Saint-Remy que par un travail opiniâtre, qui finit toujours par vaincre et triompher des obstacles et des difficultés qui, de prime abord, avaient paru insurmontables.

On peut sans crainte appliquer à M. Brisset ce fragment de vers du grand poète Virgile : Labor omnia vincit Improbus

Pour ces motifs, je propose à la Commission d'Art et d'Industrie de vouloir bien accorder à M. Augustin Brisset une médaille d'argent de première classe. »

(Travaux de l'Académie nationale de Reims, Vol. 109, T1, Reims, 1900, p. 51-53)

 

Quelques travaux des ateliers d'Augustin Brisset (constructions ou relevages) :

 

-       Balan (Ardennes), église Notre-Dame, 1885, deux claviers et pédalier, 11 jeux (10 jeux réels).

-       Bouzy (Marne), église Saint-Basle, déplacement de l'orgue Ducroquet en 1891.

-       Châlons-en-Champagne (Marne), église Saint-Alpin, relevage de l'orgue Jean Dupont en 1914.

-       Cormicy (Marne), église Saint-Cyr-et-Saint-Julitte, reconstruction de l'orgue en 1902 (détruit par les bombardements de la Première Guerre mondiale).

-       Dombasle-sur-Meurthe (Meurthe-et-Moselle), église Saint-Basle, 1904, deux claviers et pédalier, 16 jeux.

-       Hautvillers, église Saint-Sindulphe, relevage de l'orgue en 1893.

-       Hirson (Aisne), église Notre-Dame-de-Lourdes, installation après transformations d'un orgue Anneessens provenant de la chapelle des Jésuites de Reims.

-       Reims (Marne), basilique Saint-Rémy, restauration de l'orgue.

-       Reims (Marne), cathédrale Notre-Dame, relevage du grand orgue en 1886.

-       Reims (Marne), Synagogue, 1901, deux claviers et pédalier, 14 jeux.

-       Ribemont (Aisne), église Saint-Pierre-et-Saint-Paul, 1880, deux claviers et pédalier, 19 jeux.

-       Saint-Germainmont (Ardennes), église Saint-Germain, relevage de l'orgue Déjardin en 1898.

-       Saint-Quentin (Aisne), basilique, restauration de l'orgue en 1888-1890.

-       Soissons (Aisne), cathédrale Saint-Gervais-et-Saint-Protais, agrandissement de l'orgue de choeur en 1920 (juste avant le décès d'Augustin Brisset).

-       Ville-Dommange (Marne), église Saint-Lié, restauration de l'orgue Déjardin en 1895.

 

Collecte : Olivier Geoffroy

(juillet 2021)



[1] NDLR. : Augustin Brisset est né le 11 novembre 1851 à Sedan (Ardennes) et décédé le 13 août 1920 à Paris, 68 rue Blomet. Son père Jean-Pierre Brisset (1810-1896), originaire de Reims, aveugle, était organiste à Sedan (Ardennes) où il exerça durant une quarante d’années jusque vers 1886, époque où il prit sa retraite et s’installa à Donchery (Ardennes). [DHM]

 

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