La Maison Cavaillé-Coll et l'Océan indien


 

 

 

Île Maurice, chapelle à Port-Louis [1]

 

Ile Maurice, cathédrale de Port-Louis (DR.)

Un projet d'installation d'un orgue pour ce lieu de culte n'a jamais abouti. S'agissait-il réellement d'une « chapelle » ou bien ce vocable désignait-il, avec un peu de condescendance, la cathédrale de Port-Louis de l'époque, reconstruite entre 1812 et 1814 ? [2]

La correspondance de Cavaillé-Coll en fait mention de la façon suivante :

 

« 8 septembre 1853. A M. Boulanger. Port-Louis, Île-Maurice [3]

Monsieur,

M. Erard a bien voulu s'adresser à notre Maison pour nous demander de votre part le devis d'un petit orgue pour une chapelle de l'Île Maurice.

Nous avons par conséquent l'honneur de vous soumettre ci-inclus [devis 623 et 624 non retrouvés] :

Le devis n° 1 d'un petit orgue de 6 jeux, à 1 clavier à mains et 1 clavier de pédales à tirasse avec un buffet en chêne d'une architecture simple, dont le prix, livré à Paris, serait de 5 000 francs.

Le devis n° 2 d'un orgue de 8 pieds en montre composé de 10 jeux divisés sur 2 claviers à mains et un clavier de pédales en tirasse avec Bourdon de 16 pieds et un buffet en chêne sculpté dont le prix, livré à Paris, serait de 10 000 francs.

Veuillez, en attendant vos ordres, Monsieur, agréer nos très humbles salutations. »

(Lettre n° 2548 ark:/12148/btv1b84515578)

 

« 16 mai 1854. A M. Boulanger. Port-Louis, Île-Maurice.

Monsieur,

J'ai bien reçu votre honorée lettre du 7 février, en réponse à celle que j'ai [eu] l'honneur de vous adresser le 8 septembre 1853, relativement à deux modèles d'orgues dont je vous transmettais les devis sommaires et les prix les plus modérés de ces instruments payables à la livraison, à Paris.

Je viens aujourd'hui vous remercier, Monsieur, de vos bonnes dispositions à mon égard et j'espère que, grâce à votre bienveillant appui, nous aurons bientôt des relations suivies dont le résultat sera productif pour l'un et pour l'autre.

Je crois devoir vous dire à cette occasion que bien que les prix des deux orgues dont je vous ai envoyé les devis soient des prix nets, je n'y ferai pas moins une remise de 5 pour cent sur ce prix.

Il doit être bien entendu toutefois que l'emballage, le transport et la pose seront à la charge des acquéreurs.

Si vous pensiez devoir produire nos devis dans quelque circonstance et que vous ne vous trouviez pas suffisamment dédommagé avec la remise de 5 pour cent que nous vous offrons sur les premiers devis, veuillez-nous en aviser et nous tiendrons compte dans la fixation de nos prix d'une remise plus élevée.

Veuillez, en attendant vos ordres, agréer, Monsieur, les très humbles salutations de vos serviteurs. »

(Lettre n° 2754, ark:/12148/btv1b84515578)

 

 

Seychelles, cathédrale de l'Immaculée-Conception de Victoria (Port-Victoria)


Seychelles, cathédrale de Port-Victoria (DR.)

 

Si l'on en croit le catalogue Mutin de 1923 (Paris, Sénart, p. 31), un orgue de la manufacture de l'Avenue du Maine (construit entre 1900 et 1923), a été posé dans ce lieu de culte construit en 1874 :

 

« Port-Victoria, Cathédrale - Grand-Orgue. »

« L'église de Port-Victoria, centre de l'île Mahé, n'était point encore achevée, lorsque le T. R. P. Ignace arriva ; mais, manquant complètement de ressources, il entreprit le long voyage de l'Île Maurice afin d'obtenir des secours du gouvernement anglais, qui se montra bienveillant et généreux. Grâce aux subsides obtenus, il put terminer l'église, bâtir la tour du clocher, et plus tard, agrandir considérablement le choeur. »

(Les Missions catholiques : Bulletin hebdomadaire de l'Oeuvre de la Propagation de la Foi, tome 14, n° 657, Paris, Challamel, 1882, p. 130)

 

Comment cet instrument se présentait-il, quelle était la composition des jeux et à quelle époque a-t-il disparu ? A l'heure actuelle, nous n'avons pas de réponse à ces questions. Il semble qu'aujourd'hui la tribune soit dépourvue d'orgue à tuyaux et qu'un ersatz électronique accompagne les célébrations liturgiques en se faisant parfois entendre au-delà des environs de la cathédrale, aux dires des riverains.

 

Olivier Geoffroy

(décembre 2020)



[1] A l’Ile Maurice, deux organistes nous sont connus au XIXe siècle : Guillaume Bohrer, né c. 1795 à Riga (Lettonie), arrivé du Havre à Port-Louis en 1822 où il devient organiste de la cathédrale Saint-Louis dans les années 1830-1840 ; et Pierre Estourgies, né à Bruges (Belgique) en 1836, décédé à l’âge de 31 ans à l’Ile Maurice. Elève de Lemmens au Conservatoire de Bruxelles (1er prix 1859) il était organiste de cette même cathédrale depuis le début des années 1860. [NDLR]

[2] Il n’est pas impossible également qu’il puisse s’agir d’une chapelle d’un des collèges de Port-Louis : collège royal de Port-Louis, collège de Lorette, collège Saint-Joseph… [NDLR]

[3] Probablement Aristide Boulanger (1821-1893), pianiste, professeur de musique à Port-Louis, auteur de compositions pour piano publiées à Paris, notamment un caprice intitulé Follette, op. 34 (Leduc, 1887). [NDLR]

 

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