Le répertoire français pour clavecin du XXe siècle


Durant tout le XIXè siècle, le prestige du clavecin a été éclipsé par le piano, en raison du caractère expressif de cet instrument à cordes frappées capable de rendre les émotions et sentiments des compositeurs romantiques et à la suite de la Révolution française qui voyait dans le clavecin le reflet de la noblesse, ordre alors largement décrié.

A l'aube du XXè siècle, cependant, les rancoeurs étaient oubliées et l'on redécouvrait tout à la fois le charme de la facture et des timbres de cet instrument et un répertoire laissé en sommeil mais qui ne manquait pas de qualités et d'intérêt. Wanda Landowska (1879-1959), pianiste polonaise a largement contribué à la remise à l'honneur du clavecin, par ses recherches sur la musique ancienne, ses concerts et l'appui qu'elle a pu donner à la construction d'instruments neufs – celui qu'elle commande à la société Pleyel et qu'elle jouera sa vie durant est un prototype assez imparfait et qui ne pouvait que partiellement rendre compte de la sonorité et du toucher des clavecins baroques, mais les facteurs ont progressivement amélioré leurs connaissances à l'aide de plans anciens, notamment, et les copies ou constructions neuves possèdent à présent et depuis plusieurs décennies toutes les qualités requises – Ce nouvel engouement n'allait pas tarder à faire émerger des vocations de musiciens et susciter l'ouverture de classes spécialisées dans les conservatoires et écoles de musique.

Le répertoire exécuté, au départ concentré sur la musique antérieure au XIXè siècle, a été peu à peu augmenté par des compositions originales dédiées au clavecin, soit comme instrument soliste soit en accompagnement. Voici quelques-unes de ces contributions du XXè siècle dont la liste non exhaustive est ici limitée à la France.

Un des premiers noms à citer est celui de Francis Poulenc (1899-1963). Ce compositeur, membre du « Groupe des Six », connaissait et fréquentait Wanda Landowska et c'est pour elle qu'en 1927-28, il composa son Concerto champêtre pour clavecin et orchestre. L'oeuvre comportant trois mouvements principaux fut créée par la dédicataire le 3 mai 1929 à la salle Pleyel.

De Georges Migot (1891-1976), on peut retenir un Concerto pour clavecin et orchestre de chambre.

Marcelle Soulage (1894-1970) a écrit une Ronde villageoise pour clavecin ainsi que des mélodies avec accompagnement de clavecin, piano ou harpe.

L'organiste de Saint-Sulpice de Paris, Jean-Jacques Grünenwald (1911-1982) a composé plusieurs musiques de films ainsi que des oeuvres de genres divers parmi lesquelles une Suite de danses pour clavecin ou piano (1948), une Fantaisie-arabesque pour clavecin (ou piano), hautbois, clarinette en la et basson (1950) ainsi que des Variations sur un thème de Machaut pour clavecin (1957).

Le compositeur Jean Françaix (1912-1997) a composé un Concerto pour clavecin, flûte et cordes (1959). On lui doit plusieurs autres pièces pour clavecin : en 1953 il écrit une oeuvre, Insectarium , qui compte six mouvements (Scolopendre, Coccinelle, Argyronète, Talitres, Scarabée, Fourmis) ; en 1977, Deux pièces pour clavecin ; en 1988, Quintette avec flûte à bec et clavecin.

André Ameller (1912-1990) a écrit une Suite pour claviers dans le style ancien en 1969 (op. 40), restée malheureusement inédite (c.f. François Sabatier, « Histoire de l'orgue en France au XXè siècle, deuxième partie (1926-1970) » in : L'Orgue, n° 307-308, 2014-III-IV, p. 359). Non publiée, on peut également mentionner son Invention à deux voix pour clavecin ou piano (op. 29) de 1946.

A Henri Dutilleux (1916-2013), l'instrument est redevable d'une Pièce pour clavecin, hautbois, basson et percussions écrite en 1991.

Organiste aveugle de Sainte-Clotilde à Paris et compositeur fécond, Jean Langlais (1907-1991) a écrit son Premier Concerto pour orgue ou clavecin et orchestre en 1948-49 (op. 61).

Professeur d'orgue au Conservatoire de Paris, Rolande Falcinelli (1920-2006) a composé des oeuvres pour des effectifs variés. En 1950, elle écrit un Prélude et fugue sur le nom de Jean-Sébastien Bach pour voix (baryton) et piano ou clavecin (op. 27). Son opus 35 de 1955-56 est une suite en cinq mouvements pour clavecin ou piano intitulée Mémorial W.-A. Mozart (1756). En 1973-75, elle compose son opus 54, Résonances romantiques, consistant en sept pièces pour clavecin. En 1945, les Editions ouvrières publient ses Inventions pour clavecin (op. 58). Quelques autres pièces pour cet instrument ont été écrites pour la lecture à vue.

De Marius Constant (1925-2004), la littérature pour clavecin retient les Moulins à Prières de 1969 ainsi que Siletes, datant pour sa part de 1973.

Iannis Xenakis (1922-2001), d'origine roumaine mais assez tôt réfugié en France, laisse une pièce pour clavecin intitulée Khoai (1976).

L'année 1966 voit Jean-Michel Damase (1928-2013) composer ses Variations sur un thème de Rameau pour clavecin et orchestre de chambre.

Né en 1945, Premier Grand Prix de Rome, Alain Louvier a écrit plusieurs pièces pour le clavecin ou son cousin le virginal : Etudes pour agresseurs (plusieurs recueils de 1969 à 2007), Le clavecin non tempéré (1973-78), Livre pour virginal (1987-1993).

Même si au sein de la production des différents compositeurs cités, les pièces pour clavecin apparaissent de façon marginale, la démonstration est faite de leur curiosité pour un instrument qui retrouvait alors une nouvelle jeunesse et de leur volonté de prolonger le travail d'écriture de leurs prédécesseurs et d'enrichir le répertoire hérité des siècles passés.

Olivier Geoffroy



Marguerite Roesgen-Champion
Marguerite Roesgen-Champion
( coll. DHM ) DR

NDLR : nous nous devons de mentionner ici le nom de Marguerite Roesgen-Champion (1894-1976). De nationalité Suisse, mais installée à Paris où elle donnait de nombreux récitals et enseignait à l'Ecole Normale de Musique, cette claveciniste et compositeur est l'auteur de plus de 300 œuvres, dont plusieurs pour clavecin, parmi lesquelles un Concerto moderne créé par ses soins à Paris en 1931 et cinq concertinos pour clavecin et orchestre. Parmi ses élèves, notons plus particulièrement la claveciniste et organiste Elisabeth Havard de la Montagne (1927-1980) ; elle la prit en affection et composa spécialement à son intention plusieurs pages, notamment un Tango pour clavecin et guitare, et une Chanson joyeuse pour clavecin et harpe.


 


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