Le Père Lucien Deiss et le chant liturgique

(1921 – 2007)


(photo X..., in www.csspchevilly.com/index_6.htm) DR.

 

 

 

« Missionnaire de la beauté », c'est un peu la manière dont on peut concevoir la vie et l'œuvre du père Deiss. Les chants qu'il a composés sont universellement connus et appréciés (« Fille de Sion », « Souviens-toi de Jésus-Christ », « Peuple de prêtres, peuple de rois » etc.). C'est à Eschbach, dans le Bas-Rhin qu'il est né en 1921, mais il passe une partie de son enfance dans les Landes. De retour à Strasbourg, il reçoit une solide éducation de la part de sa famille, au collège Saint-Etienne, puis chez les Spiritains, au collège Saint-Florent de Saverne. Comme il souhaite devenir prêtre, c'est dans cette congrégation missionnaire qu'il fait ses études en vue du sacerdoce, les poursuivant à Rome où il obtient une licence de théologie, se spécialisant dans l'exégèse.

 

 

Ordonné à la fin de la Seconde Guerre mondiale, après une brève expérience pastorale dans une paroisse de banlieue, il est envoyé en 1947 au Congo, afin de fonder le grand séminaire de Brazzaville où il est nommé professeur d'Ecriture sainte. Pour raisons de santé, il est obligé de rentrer en France un an plus tard et devient professeur au noviciat spiritain de Chevilly-Larue. Durant son enfance ainsi qu'à Rome (Institut de Musique sacrée), il avait appris la musique et très vite, il se voit chargé du chant pour les offices. Il se met à composer des chants dont le texte est directement inspiré de la Parole divine (psaumes, hymnes néotestamentaires). En tant que maître de chœur, il enseigne le chant grégorien aux quelques 150 séminaristes que compte la maison de formation spiritaine. Quelques messes télévisées ont lieu à Chevilly, au cours desquelles il fait entendre ses premières compositions. Il décide de poursuivre cette œuvre de composition et de l'enregistrer (Editions du Levain, Studios SM). Pour cela, il fait appel au chœur des séminaristes auxquels il adjoint les voix féminines de la célèbre chorale Elisabeth Brasseur. Comme soliste, il choisit le père Maurice Fréchard (futur supérieur du séminaire français de Rome puis archevêque d'Auch) dont il apprécie la voix claire et timbrée. Il fait également appel à Marie-Claire Alain (1926-2013) qui accompagne les choristes à l'orgue Haerpfer-Erman de la chapelle de Chevilly qu'il a fait restaurer, électrifier et agrandir autour de 1949 (inauguration par Gaston Litaize). Lorsque Marie-Claire Alain est indisponible, Elisabeth Brasseur, Georges Delvallée ou Lucien Deiss lui-même tiennent l'orgue. Ses chants sont traduits dans différentes langues et le succès est énorme aux Etats-Unis, notamment, où il se rend fréquemment pour des conférences et où certains chants dépassent les 5 millions d'exemplaires vendus.

 

Au cours de son existence, il compose plus de 460 chants. Les refrains sont de facture classique, la plupart du temps en forme de chœur homorythmique, mais les couplets sont souvent plus mélismatiques et complexes, ce qui lui vaut parfois quelques critiques, en partie justifiées, sans faire de lui pour autant un compositeur liturgique élitiste :

 

« Le R. Père Lucien Deiss se situe à mi-chemin entre le chant religieux populaire et la composition musicale parfaitement originale, c'est dire l'inconfort et les dangers de cette position. Sans doute, on rencontre un certain nombre d'antiennes accessibles aux fidèles, mais bien des versets multiplient les vocalises, à la manière grégorienne et sans nécessité apparente. Nous avons recueilli les confidences de certains prêtres déconcertés, qui en sont réduits à faire chanter les antiennes sans leurs versets ou à leur en substituer d'autres. De plus, l’écriture musicale utilise des registres souvent trop élevés ; ceci est particulièrement sensible dans les harmonisations [...] Pourquoi, enfin, cette volonté de changer de mélodie avec chaque psaume ? Ne serait-ce pas possible de corriger ces défauts d'un style souvent précieux, voire maniéré, qui engendre infailliblement une grande uniformité ? Ces chants, donc, sont réservés à des chorales bien entraînées, ce qui est dommage. Ce n'est sans doute pas par hasard que le R. P. Deiss a recours à la participation féminine de la chorale E. Brasseur. Nous ne contestons nullement à ces œuvres leur place dans l'effort liturgique actuel ; mais, de grâce, un effort de simplicité. Exécution et enregistrement remarquables.

« Musique et liturgie » in : revue Etudes, Paris, juin 1961, p. 430.

 

Mais dans l'ensemble, la qualité de ses chants est saluée comme exemplaire.

 

Il fait appel – rarement - à une écriture plus contemporaine, où l'on retrouve la gamme par tons ou certains accords très riches (ex « Voici qu'apparut dans le ciel »).

 

Il dirige la revue liturgique Assemblée nouvelle, continue d'enregistrer ses œuvres et de nombreuses pièces grégoriennes ainsi que des motets polyphoniques anciens, obtient plusieurs prix (Grand Prix de l'Académie Charles Cros, prix du meilleur musicien pastoral - en 1992 -) et participe avec le père Joseph Gélineau (1920-2008) et d'autres compositeurs liturgiques à la fondation de l'Association Saint-Ambroise. Le père Gélineau avait permis aux assemblées de chanter les psaumes de la Bible de Jérusalem en français. Le père Deiss écrit des chants pour les étudiants du pèlerinage de Chartres mais n'oublie pas sa fonction première de professeur et publie également différents livres de théologie (parmi lesquels une Synopse des évangiles très appréciée) sur les psaumes, la prière chrétienne, les personnages du Nouveau Testament, les pères apostoliques.

 

Le Père Deiss passe sa retraite à Chevilly et retourne au Père le mardi 9 octobre 2007. Au cours de la célébration d'obsèques du samedi 13 octobre, c'est bien entendu Mgr Fréchard qui prononce l'homélie.

 

Olivier Geoffroy

(mars 2018)

 

Chevilly-Larue, Séminaire des Missions, Congrégation du Saint-Esprit (Spiritains), dans les années 1920
(coll. O. Geoffroy) DR.

 

 

Composition de l'orgue Haerpfer-Erman de la chapelle de Chevilly-Larue (Val-de-Marne) :

 

Grand-Orgue : Bourdon 16', montre 8', flûte ouverte 8', flûte douce 8', prestant 4', nazard 2 2/3', doublette 2', fourniture IV rangs, trompette 8', hautbois 8' (emprunt récit).

 

Récit expressif : Bourdon 8', quintaton 8', salicional 8', voix céleste 8', flûte à cheminée 4', flageolet 2', tierce 1 3/5', cymbale III rangs, hautbois 8', cromorne 8'.

 

Pédale : Soubasse 16', bourdon 16', principal 8', flûte 4', trompette 8' (emprunt GO), basson 8' (emprunt récit).

 

Tir I, tir II en 8 et 4, acc II/I en 16, 8, 4, I en 4, II en 16 et 4, tremblant récit, crescendo, 2 combinaisons libres.

 

Traction électro-pneumatique (pneumatique tubulaire à l'origine).

 

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