Notes à propos du chanoine Auguste Fauchard (1881-1957)

Auguste Fauchard
Auguste Fauchard aux claviers de son orgue de Laval
( Coll. DHM ) DR


Le chanoine Fauchard fut un organiste et compositeur de premier plan du XXè siècle. Quelques enregistrements récents ont permis de sortir de l'oubli ce musicien que son état ecclésiastique a peut-être contribué à effacer des mémoires au-delà de la Mayenne.

Né à Laval le 5 mars 1881, Auguste Fauchard  découvre très vite la musique grâce à la maîtrise paroissiale et en suivant des cours de piano et d'harmonium. Dès l'âge de 11 ans, il est en mesure de tenir l'orgue et d'accompagner les offices au petit séminaire. Il poursuit ses études théologiques au grand séminaire et le 11 octobre 1903 se voit conférer l'ordination sacerdotale. Se destinant à la musique, il suit cette même année et également durant l'année suivante les cours d'écriture et d'orgue de Louis Vierne (1870-1937) et, en tant qu'auditeur au conservatoire de Paris, la classe d'orgue d'Alexandre Guilmant (1837-1911). Peu après, il est nommé vicaire et organiste à Notre-Dame de Mayenne et ce jusqu'en 1925 (avec une parenthèse durant la Première Guerre mondiale où il accomplit un service d'infirmier au Mans).

Désireux de parfaire sa formation musicale, il obtient de son évêque le droit de suivre à Paris les cours de la Schola Cantorum de 1925 à 1927. L'enseignement complet qu'il reçoit en orgue, improvisation, écriture musicale et composition auprès de Louis Vierne, Vincent d'Indy (1851-1931) et André Marchal (1894-1980) lui permet d'obtenir la médaille d'or d'organiste-improvisateur ainsi que des certificats en composition.
 
Dès son retour en Mayenne, il est nommé organiste titulaire du Cavaillé-Coll de la Cathédrale de La Trinité de Laval (instrument sur lequel il fit faire quelques modifications) et directeur de la musique sacrée pour son diocèse. Parallèlement à ses fonctions musicales, il est secrétaire de l'évêché. En 1929, il est nommé chanoine honoraire et, le 5 juin 1953, est reçu chevalier de la Légion d'Honneur (croix remise par Marcel Dupré). Il donne de nombreux récitals (plus de 200), inaugure des orgues nouvellement construites et fait oeuvre de pédagogue en formant de nombreux musiciens. Il compose également de belles pages pour orgue dans un langage fortement apparenté à celui de son maître Louis Vierne.

En mauvaise santé depuis 1954, victime d'une congestion cérébrale, le chanoine Fauchard décède le 26 septembre 1957. Un an avant sa mort, il avait rédigé ses souvenirs. Son nom a été donné à une rue de Laval.

Olivier Geoffroy

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Quelques œuvres :

Première Symphonie en mi pour orgue (1925)
Deuxième Symphonie en ré pour orgue (1928-29)
Le Mystère de Noël pour orgue, variations sur «Jesu redemptor omnium» (1940)
Troisième Symphonie pour orgue dite «Symphonie mariale» (1941)
Quatrième Symphonie pour orgue dite «Symphonie eucharistique», sur des thèmes grégoriens au Saint-Sacrement (1944-45)
Messe Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus pour choeur et orgue (1947)
Choral pour orgue (publié en 1951)
Choral et fugue sur Ave maris stella
Vexilla regis pour orgue
In memoriam pour orgue

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Cathédrale de Laval, dans les années 1920
Laval, cathédrale Sainte-Trinité, années 1920
( coll. O. Geoffroy ) DR

Composition de l'orgue Aristide Cavaillé-Coll de la Cathédrale Sainte-Trinité de Laval:

Commandé à Cavaillé-Coll grâce à une souscription lancée en 1852 et achevé un an plus tard, remanié par son constructeur en 1870 et en 1893 puis par Gloton, cette fois à la demande du chanoine Fauchard, dans une optique néo-classique et enfin restauré par Renaud en 1980 dans son état originel à quelques concessions près.

Grand-Orgue: Montre 16', bourdon 16', montre 8', bourdon 8' (avec dessus de flûte harmonique à l'origine), salicional 8', prestant 4', flûte 4' (dulciane 4' à l'origine), doublette 2', cornet V rangs, fourniture IV rangs, cymbale III rangs, bombarde 16', trompette 8', cromorne 8', clairon 4'.

Récit expressif: Flûte harmonique 8', gambe 8', voix céleste 8', flûte octaviante 4', octavin 2', trompette 8', basson-hautbois 8', voix humaine 8'.

Pédale: Soubasse 32' (non d'origine), flûte 16', flûte 8', bombarde 16', trompette 8'.

Pédales de combinaison : Tirasse I et II, accouplement II/I, octave grave I, anches I, II et pédale., trémolo II.

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La Symphonie eucharistique du Chanoine Fauchard


par Gaston Roussel (1972)
in Stella Maris, n° 16 (coll. DHM)


Qui connaît aujourd'hui ce prêtre modèle qui fut longtemps l'organiste prestigieux et effacé de la cathédrale de Laval ? Son nom est oublié comme l'est celui de son brillant, cordial et pittoresque contemporain le Chanoine Courtonne, organiste de la cathédrale de Nantes. Et pourtant, en 1946, j'avais assisté à Notre-Dame de Paris à un concert intime : mon Maître L. de Saint-Martin avait mis ses claviers à la disposition de M. Fauchard qui venait d'écrire sa Symphonie eucharistique et venait l'interpréter en présence de Marcel Dupré, André Marchal et de quelques autres organistes de renom. Deux évêques étaient là, Mgr Richaud, Evêque de Laval et Mgr Brot, Evêque de Saint-Dié. L'auteur, d'apparence plutôt frêle, avait coiffé, une calotte de clerc de notaire et chaussé des lunettes de grand-mère. Mais dès le premier "mouvement" on apprécia un jeu clair, sans bavure, un "coup de patte" net dans l'attaque et une virtuosité sans ostentation, mais de très grande classe. J'étais ébloui et j'avais raison. La Symphonie produisit un effet tel que j'entendis Marcel Dupré dire à l'Evêque de Laval : " Monseigneur, il fallait un prêtre-musicien pour écrire une oeuvre aussi belle en l'honneur du Saint-Sacrement."

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Le temps a passé. Nous sommes à l'église paroissiale de Lourdes, le mercredi 6 septembre dernier [1972], dans le cadre de notre session annuelle de l'Association des Choeurs et Organistes Liturgiques de France (A.C.O.L.F.) Monsieur le Chanoine Louis Aubeux donnait un des trois concerts d'orgue prévus au programme. Il avait inscrit, en final, la Symphonie eucharistique de son Maître le Chanoine Fauchard. Ce soir-là, notre ami nous a révélé un véritable chef-d'œuvre et j'écris cela sans l'ombre d'une hésitation. Louis Aubeux traduisit le tout avec une ferveur mystique et filiale fort émouvante. Mais quel feu d'artifice dans le dernier mouvement où triomphe le thème du "Lauda Sion" et quelle éblouissante virtuosité en ces pages qui exigent une assurance technique fort au dessus de la moyenne !

C'est pourquoi en adressant au vieux Maître de Laval une pensée admirative et émue, j'écris ce que j'avais depuis longtemps au bout de la plume ; et je sais de quoi je parle : Louis Aubeux, en pleine possession de ses moyens techniques et de sa personnalité musicale, est un des très grands organistes de l'Ecole française contemporaine. Hormis les inévitables pisse-vinaigre, ceux qui l'ont entendu ou iront l'écouter partageront le jugement que je porte aujourd'hui avec conviction et fierté.

Gaston ROUSSEL (1913-1985)
Maître de chapelle de la cathédrale de Versailles,
de Saint-Louis de Port-Marly
et de la chapelle du château de Versailles.




In memoriam, sacerdoce et musique
Auguste Fauchard

Signature d'Auguste Fauchard, en 1953.
Signature autographe du Chanoine Fauchard, 1953
( Coll. DHM ) DR


par son ancien élève Louis Aubeux (1957)
in Musique sacrée, n° 48 (coll. DHM)

« M. Fauchard ? Qui est M. Fauchard ? » C'est la question que se poseront sans doute quantité de jeunes organistes ; notre siècle ne les a-t-il pas habitués à juger du talent d'un artiste d'après la propagande dont il s'entoure ou dont on l'entoure. M. le Chanoine Fauchard était un humble ; il fuyait toute la popularité, et sans les brèves informations de la presse régionale, sa mort survenue le 27 septembre dernier [1957] serait presque passée inaperçue.

Qu'il soit permis à l'un de ses confrères dans le sacerdoce, qui a profité durant cinq années de ses judicieux conseils et de sa longue expérience, de rendre hommage à ce prêtre, conscient de sa haute mission d'organiste et doué d'un tempérament d'artiste de tout premier ordre. Il le fera en toute simplicité et en toute discrétion, mais aussi en toute franchise, au risque de heurter certaines opinions du moment. Mais n'est-ce pas du choc des idées que jaillit souvent la lumière ?

A. Fauchard naît à Laval le 5 mars 1881. Aussitôt après son ordination — octobre 1903 — il passe un an à Paris ; son talent lui permet déjà d'être accepté comme auditeur à la classe de Guilmant au Conservatoire. Il reçoit en même temps les conseils de Widor. Revenu dans son diocèse, il est nommé vicaire à la paroisse Notre-Dame de Mayenne ; il y restera vingt et un ans et continuera durant tout ce temps de travailler son art : il compose à cette époque son Oratorio de Noël. En 1925, son évêque le nomme chanoine honoraire et l'envoie à Paris à la Schola Cantorum, dans les classes de Vincent d'Indy pour la composition et de Vierne pour l'orgue. Deux ans après, une symphonie pour orgue lui vaut son diplôme de composition ; en même temps il obtient le diplôme d'orgue du cours supérieur en exécution et improvisation. Il est alors nommé secrétaire à l'Evêché de Laval en 1927, puis, il est chanoine titulaire en 1934, vice-chancelier en 1937 et archiprêtre du Chapitre de Laval en 1952. Un an après, il reçoit le ruban de la Légion d'Honneur des mains de M. Dupré.

Enumération sèche en apparence, mais qui pourtant dévoile la ligne de force qui dirigera toute cette vie exemplaire : celle de son sacerdoce. Avant tout, M. Fauchard fut prêtre et sans doute est-ce le sacerdoce qui donna à cette nature sensible un si parfait équilibre ?

Il n'était pas de ceux qui profitent de la musique sacrée pour échapper à tout ministère pastoral, quitte à se renfermer dans une véritable tour d'ivoire. A Mayenne, il est vicaire et organiste ; à Laval, il est vice-chancelier, il a son confessionnal à la cathédrale et il est organiste. N'est-ce pas le rôle du musicien d'église de présenter à Dieu la louange des fidèles et de les aider à s'approcher de leur Créateur ? Pour cette tâche, ne faut-il pas les connaître ?

Prêtre, M. le Chanoine Fauchard le fut aussi, et surtout dans son apostolat musical. Nous ne pouvons, en cet article, que présenter quelques aspects de cette personnalité accusée. Distinguons en lui l'organiste, le compositeur, le professeur, le conseiller.

C'est surtout à son talent d'organiste que M. Fauchard devra sa réputation. Au cours de sa vie, il a donné 208 récitals, parmi lesquels figurent 54 inaugurations. En possession d'un vaste répertoire qui allait des primitifs à Alain, il mettait son point d'honneur à choisir les pièces rarement jouées, à moins qu'il ne se permette, comme dans une série de mémorables concerts agrémentés de commentaires très personnels, d'exécuter à la cathédrale de Laval toutes les grandes œuvres de Bach, toutes les œuvres pour orgue de Franck, toutes les symphonies de Widor et de Vierne, et les œuvres de M. Dupré. De Tournemire il n'aimait que les courtes pièces : « Ces longs morceaux, disait-il, c'est de la musique écrite au courant de la plume ! » Sans doute ces fantaisies sur des mélodies grégoriennes, fruit d'une imagination débordante à peine canalisée, étaient peu faites pour toucher son esprit épris d'ordre et de méthode ; doit-on lui en tenir rigueur quand on voit les disciples de ce même Tournemire ériger trop souvent la dissonance en principe de la première note à la dernière ? Avec force, il réagissait contre toute anarchie, qu'elle existât dans l'harmonie, dans les formes d'improvisations ou dans l'exécution (avec ces notes piquées multipliées souvent comme à plaisir). Pas plus d'ailleurs que l'anarchie, la dictature ne trouvait grâce à ses yeux et, pour lui, vouloir bannir, parce qu'elle n'est pas grégorienne, la musique de Vierne ou de Franck de nos offices religieux dans nos paroisses, était de l'étroitesse : « Nous ne sommes pas chez les moines ! » disait-il. Qui penserait le contraire ?

Il préparait ses auditions avec un soin extrême. Rien n'était laissé au hasard, ni dans son doigté, ni dans son toucher, ni dans sa registration. Avant toute exécution, l'œuvre avait été de nouveau travaillée et longuement repensée ; ce travail de réflexion, servi par une technique à toute épreuve, faisait sans doute de M. Fauchard l'un des meilleurs interprètes actuels. Dans les mouvements rapides, un jeu presque « perlé », très clair et nuancé de quelques légers appuis expressifs dans le sens du texte, gardait à la polyphonie toute sa limpidité ; dans les mouvements lents, le « legato hermétique » cher à Vierne, legato très clair et très lié, laissait à l'orgue toute sa souveraine grandeur. Dans la musique de Bach, il s'insurgeait contre les registrations à changements continuels dites « à lanterne magique » que prônent certains ou certaines organistes : « Sans doute ces dames sont très adroites, mais il leur marque parfois le sens de l'orgue ! » Qu'un élève trouve son bonheur à glisser quelque rubato dans les phrases de Franck, un bref rappel à l'ordre l'arrêtait : « Non, non et non ! Pas de froideur dans Franck, mais pas de mièvrerie non plus ! Dosez votre expression ! » S'étonnait-on de le voir jouer Widor ? « On se moque de Widor, répondait-il, on ne sait pas le jouer, voyez comme souvent on bouscule cette Toccata de la Ve Symphonie ! », et sa main gauche, très engourdie à la fin de sa vie, de marteler le rythme impérieux qui donne à cette pièce toute sa vie et sa noblesse. Quant à la musique de Vierne, qu'il avait travaillée avec l'auteur, il en gardait l'interprétation exacte, tantôt avec ses accents bien marqués, tantôt avec sa verve gouailleuse, tantôt avec sa grandiose majesté, toujours avec son véritable sens : « Quelle angoisse dans ces appels réitérés », expliquait-il au sujet du Final de la IVe Symphonie.

M. Fauchard avait une telle vénération pour son maître L. Vierne, qu'il avait fait sien le style de l'organiste de N.-D. de Paris dans ses improvisations comme dans ses exécutions. A la Ire Symphonie écrite à la Schola, devait en succéder une autre qui fut reçue à la Société Nationale, puis une Symphonie « Mariale » sur des thèmes de mélodies dédiées à la Vierge, enfin une Symphonie « Eucharistique » composée en 1944, lors des bombardements, et qui utilise des thèmes liturgiques. Entre temps avaient vu le jour [Mystère de Noël] un poème symphonique pour orgue sur l'hymne « Jesu Redemptor omnium », une messe en l'honneur de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus et un Choral pour orgue sur l'hymne « Vexilla Regis ».

A écouter ces œuvres, dont très peu sont éditées, on perçoit tout de suite la solide architecture qui leur sert d'assise. L'enseignement de l'école de la rue Saint-Jacques avait porté ses fruits. Les mouvements symphoniques sont de coupe classique, avec une certaine prédilection pour la forme « mouvement de sonate ». Les idées, nettement différenciées, sont traitées avec rigueur, parfois au risque de développements un peu longs. Le style rappelle les harmonies de Franck et de Vierne, utilisant le chromatisme de ce dernier dans ses premières grandes œuvres. Une flamme à laquelle nous ont habitué Widor et Dupré anime certains mouvements de symphonie et certaines variations du « Jesu Redemptor ».

On ne peut parler de M. Fauchard compositeur sans parler de la difficulté d'exécution de ses œuvres. Ses mains aux doigts très longs lui permettaient de grands écarts et les traits rapides assez gauches (variation de « l'étoile » dans le Mystère de Noël) sont une preuve du travail assidu qu'il s'imposait pour les exécuter. Fait curieux : lui si exigeant pour la musique des autres, l'était assez peu pour ceux qui jouaient la sienne ; à ce moment, sa modestie naturelle reprenait ses droits. Il croyait pourtant à la vérité de sa musique, témoin cette phrase qui peut devenir cinglante pour quelques compositeurs : « Je peux du moins me rendre ce témoignage : quand j'ai écrit de la musique, j'avais toujours quelque chose à dire ! »

M. Fauchard, professeur, demandait à ses élèves la soumission totale. Lui-même prêchait d'exemple à l'égard de ses anciens maîtres. Lui, si modeste, réclamait l'humilité de ses disciples. Il cherchait d'abord à leur donner de la technique ; lorsqu'il était parvenu à un résultat satisfaisant, il leur faisait acquérir du répertoire ; c'étaient alors les volumes de Bach, depuis la première page jusqu'à la dernière ; puis venait Franck (sans les chorals : « Vous les jouerez parfaitement, mais pour bien les interpréter, attendez d'avoir 40 ans ! »), ensuite venaient Widor, Vierne (de ce dernier toutes les symphonies), et Dupré. On juge qu'une telle formation évitant tout « bourrage » d'examen, sous la conduite méthodique d'un tel maître, était des plus profitables. L'élève exprimait-il le désir de jouer telle pièce trop difficile pour ses forces du moment ?... « Cela viendra en son temps » disait-il. L'élève voulait-il brûler les étapes dans la science de l'harmonie ?... Une correction sévère le ramenait à plus de sagesse. Voulait-il en finir rapidement avec le contrepoint ?... « Le contrepoint ne s'écrit pas au kilomètre ! Moins long et plus musical !»

Pour lui, tout enseignement musical devait être profond. On lui parle de tel séminaire où sont organisés des cours d'harmonie. Erreur ! pense-t-il, au lieu d'apprendre à des élèves à balbutier quelques basses chiffrées — quand on en est capable ! — ne ferait-on pas mieux de leur donner une solide formation de solfège qu'ils pourraient mener à bien et qui leur serait d'un meilleur usage dans le ministère pastoral ?... On lui parle de ces chants populaires qui sont destinés à faire chanter la foule, il sourit de la naïveté de ceux qui pensent y trouver parmi eux un seul chef-d'œuvre et il déplore la propagande dont ils jouissent. Dans le domaine de la composition, si un critique improvisé se permet de juger une œuvre : « Comme il est facile de parler d'autorité sur la valeur d'une œuvre lorsqu'on n'a jamais écrit une note de musique de sa vie ! » disait-il en souriant. Dans le domaine de la facture d'orgue où le sens de la mesure est si difficile à garder, ses idées étaient très nettes : « Aimez-vous les orgues à la vinaigrette ? » demandait-il... et de continuer : « Voyez-vous, cette tendance-là disparaîtra, un orgue a besoin d'avoir du corps, vous avez un Cavaillé-Coll, gardez les fonds et aussi les anches, mettez des mixtures, mais surtout qu'elles ne soient pas criardes. Ne cédez pas à la rage de ceux qui ne veulent plus voir une flûte harmonique. D'ailleurs ils en reviendront, ils en reviennent déjà... » Faut-il ajouter combien ces conseils étaient précieux pour des élèves toujours enclins à se laisser éblouir par tout courant nouveau et aguichant?

A parcourir ces lignes, on serait tenté de voir en l'ancien organiste de la cathédrale de Laval un musicien quelque peu batailleur. C'est pourquoi elles surprendront ceux qui ne l'ont connu qu'en dehors de son domaine musical ; chacun était alors gagné par sa simplicité et son accueil aimable. Mais dans son art sa personnalité était très accusée : homme de réflexion et de tempérament très modeste, il ne se dévoilait que lentement ; ses élèves découvraient alors sa riche nature de musicien et de prêtre, le musicien restant toujours soumis au prêtre. Faut-il rappeler sa ferme attitude dans la succession à l'orgue de N.-D. de Paris, lors de la mort de Vierne qu'il aimait tant : il a défendu et n'a cessé de défendre le Chapitre de N.-D. dans la décision qu'il avait prise...

A ceux qui l'ont entendu, M. le Chanoine Fauchard laisse le souvenir d'un organiste dont la riche musicalité et la grande profondeur de pensée se manifestaient aussi bien dans les exécutions que dans les œuvres ; en ce sens, il reste dans la véritable ligne de notre grande école d'orgue française.

A ceux qu'il a enseignés, il laisse le souvenir d'un maître exigeant certes, mais dévoué, plus soucieux de donner à ses élèves une large culture artistique que de les voir nantis de diplômes plus ou moins brillamment conquis.

A tous ceux qui l'ont connu, il laisse le souvenir d'un prêtre d'une grande simplicité, d'une haute valeur sacerdotale, chez qui les dons artistiques restaient toujours au service de la louange divine, à laquelle il voua la majeure partie de sa vie.

Louis AUBEUX (1917-1999)
organiste de la cathédrale d'Angers


 


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