Pierre-Octave Ferroud

petite revue de presse


 


(Comoedia, 10 septembre 1934) DR.

 

(Comoedia, 19 août 1936) DR.

 

Quelques articles relatifs à ce compositeur trop tôt disparu, ancien élève de Guy Ropartz, Edouard Commette et Florent Schmitt. Né le 6 janvier 1900 à Chasselay (Rhône), mort tragiquement dans un accident de voiture en Hongrie en compagnie du peintre Julien Dutilleul et du compositeur Laszlo Lajtha, le 17 août 1936 à l’âge de 36 ans, Pierre-Octave Ferroud est notamment le fondateur (1932), avec le concours de Henry Baraud, Emmanuel Bondeville, Jean Rivier et Filip Lazar, de la société de concerts de chambre « Le Triton » (trois tons). Celle-ci fut très active durant près d’une décennie pour stimuler la création et la diffusion d’œuvres contemporaines de musique de chambre.

 

 

« OPÉRA : Jeunesse, ballet en deux tableaux de MM. André COEUROY et Serge LIFAR, musique de M. Pierre-Octave FERROUD. -— CONCERTS STRARAM : oeuvres nouvelles de Mlle Jeanne LELEU et de Mlle Henriette ROGET.

M. Pierre-Octave Ferroud était le musicien qui, de toute évidence, pouvait le mieux réussir un ouvrage intitulé Jeunesse : il a l'âge où l'on est encore, pour ainsi dire, de plain-pied dans le sujet ; et pourtant il possède depuis longtemps déjà cette maturité d'esprit que beaucoup d'hommes, même, arrivés à la vieillesse n'acquièrent jamais. Car l'âge n'est pas tout dans l'affaire et le proverbe a raison. Il faut tout ce que nous révèle la partition de M. Ferroud pour parler congrûment de la jeunesse, et il y a dans cette musique une force expansive, un « dynamisme », comme on aime à dire aujourd'hui, une ardeur et une santé qui sont irrésistiblement convaincantes. Laissons-nous donc entraîner.

Au surplus, l'endroit où nous mène l'aimable trio Coeuroy, Lifar-Ferroud est agréable : une plage de sable blond, une mer bleue, un ciel étoile, de jolies filles court-vêtues de maillots de bains ou long vêtues de pyjamas transparents, des marins de Saint-Tropez qui pourraient être de Montparnasse, un dancing de casino, c'est, n'est-ce pas, plus qu'il n'en faut pour être heureux si l'on possède un peu d'or. Mais ici, pas besoin de métal jaune ou de billets : les oreilles et la vue suffisent. Mlle Lorcia qui porte une robe noire et blanche, Mlle Didion qui porte un maillot et montre des bras et des jambes brunies par le hâle, et d'un galbe parfait, Mlles M. Biriois, Grellier et Brunet — avenantes bouquetières, — Serge Peretti, capitaine de yacht expert à l'abordage et sa troupe de yachtmen, enfin M. Serge Lifar lui-même, jeune sportif bondissant et si souple, si agile, qu'il semble affranchi des lois de la pesanteur — vingt ballerines et des danseurs vont s'agiter pour nous plaire dans les décors lumineux de M. Godebski. Il faudrait que vous fussiez bien morose — et bien injuste — pour leur refuser vos bravos. Le spectacle rappelle les meilleures réussites de Serge de Diaghileff, et la musique est du meilleur Ferroud. Il y a tel pas que danse (et avec quelle grâce, quelle perfection) Mlle Lorcia, que l'on aimerait réentendre aussitôt qu'elle finit. Jamais musique plus essentiellement chorégraphique n'a cependant semblé moins assujettie à quelque dépendance. On l'a fort applaudie. Quelques-uns même l'ont sifflée. Rien n'a manqué à son succès. »

(L'Esprit français, 7 janvier 1933, p. 180-181)

 

« Concerts Pasdeloup. Dimanche 11 février.

C'est sans grand plaisir que nous avons réentendu l'écho des grandes confusions d'hommes tel que le perçoit M. Pierre-Octave Ferroud dans son poème symphonique Foules, qui porte largement ses quelque dix ans d'âge. On conçoit que l'idée soit venue à un musicien maître de ses moyens de dégager des vastes mouvements humains leur vrai sens, qu'expriment si mal les mots de leurs porte-paroles habituels. Mais il nous semble qu'un musicien attentif eut dû entendre des voix plus élémentaires, plus profondes, chargées de plus de souffrance et de gloire, s'élever de ces foules anxieuses aujourd'hui en gésine d'avenir. »

(Le Ménestrel, 16 février 1934, p. 61)

 

« Second Concert « Triton » (16 février). Sous l'influence, directe ou indirecte, de Strawinsky, maintes recherches actuelles s'orientent vers les rapports entre sonorités des « bois ». Deux des « premières auditions » de ce même soir étaient de la sorte deux Trios pour hautbois, clarinette et basson : l'un de M. Pierre-Octave Ferroud, l'autre de M. Filip Lazar. Pages, de part et d'autre, ingénieuses et franches ; sans mièvrerie, boursouflure, ni feinte ; mais avec trop de fidélité à une esthétique préexistante et attendue. Ainsi, malgré la diversité initiale des tempéraments (celui de M. Ferroud plus malicieux, celui de M. Lazar plus sombre et tourmenté), rop peu sensibles apparurent les dissemblances entre les deux oeuvres, et trop considérable en chacune d'elles l'élément de conformisme. Un conformisme secret, mais dont est anémiée sans cesse une curiosité qui se voudrait réfractaire. »

(Le Ménestrel, 23 février 1934, p. 71)

 

« — Le prix de musique de la Fondation Blumenthal (20.000 francs) a été attribué à M. Pierre-Octave Ferroud. »

(Le Ménestrel, 22 juin 1934, p. 236)

 

« CHIRURGIE (Pierre-Octave Ferroud). — Composé en 1927, à l'instigation de M. Raoul Gunzbourg, Chirurgie fut créé au printemps 1928 à l'Opéra de Monte-Carlo, et joué depuis lors à Paris et sur de nombreuses scènes de province et de l'étranger.

Cet opéra-bouffe en un acte, écrit sur un livret de MM. Denis Roche et André-G. Block, d'après une nouvelle de Tchékov, ne comporte que deux personnages, une grande brute d'infirmier et un malheureux et chétif sacristain. Ce dernier, en l'absence du médecin, vient imprudemment au dispensaire pour se faire arracher une dent. Mais comme la maladresse de l'autre est égale à. sa prétentieuse bonne volonté, l'opération n'ira pas toute seule...

Un bref prélude, suivi d'un mélodrame, précède le dialogue. Un autre épisode symphonique, au milieu de la partition, accompagne, sur un rythme syncopé, les premiers essais infructueux d'extraction de la molaire. Tout au long de l'ouvrage, les allusions les plus transparentes se font jour, à des motifs russes qui n'étaient point originellement voués à un tel usage, et qui tâchent de faire contre mauvaise fortune bon cœur. »

(L'Art musical, 14 février 1936, p. 365)

 

« TYPES (Pierre-Octave Ferroud). — Composés peu après Au Parc Monceau, c'est-à-dire entre 1922 et 1925. Types se situe logiquement à la suite de ce recueil, avec, dans l'esprit de l'auteur, une intention très nette de virtuosité, aussi bien dans la réalisation pianistique initiale que dans l'instrumentation. Cette dernière fut effectuée durant l'automne 1931 avec le dessein d'obtenir le meilleur rendement d'un orchestre considéré non point pour sa valeur polyphonique, mais essentiellement comme un ensemble de solistes.

Types comporte trois parties : un Vieux Beau, de caractère peu évolué, l'espèce ayant plutôt tendance à se fossiliser ; une Bourgeoise de qualité, à l'image de la notairesse romanesque dont Toulet a fait l'héroïne de la Jeune fille verte ; enfin, un Businessman... d'avant la crise, c'est-à-dire qui ne lésine pas sur le nombre de ses dactylos. »

(L'Art musical, 14 février 1936, p. 366)

(Le Petit Journal, 18 août 1936) DR.

 

« Hier, en l'église Notre-Dame d'Auteuil, ont été célébrées les doubles obsèques du, compositeur Pierre-Octave Ferroud et de son ami, l'artiste peintre Julien Dutilleul, victimes d'un accident d'automobile à Debreczen (Hongrie).

La levée du corps a été faite, la messe dite et l'absoute donnée par le R. P. Ferroud, S. J., oncle du compositeur.

Des couronnes étaient adressées par le service de radiodiffusion du ministère des P.T.T., l'Association Florence-Blumenthal la direction et la rédaction de Paris-Soir, etc.

Au cours de la cérémonie funèbre, l'Adagio du quatuor à cordes du regretté compositeur défunt a été exécuté. La maîtrise était sous la direction de M. Noyon, maître de chapelle, et M. Commette, organiste de la Primatiale de Lyon, était à l'orgue.

Le deuil était conduit par Mme Pierre-Octave Ferroud, veuve du compositeur ; Mme Paul Ferroud, sa, mère ; Mme Albert Coullet, sa belle-mère ; le comte et la comtesse de Feffevalle, ses sœur et beau-frère.

Du côté de M. Julien Dutilleul, par M. et Mme Ernest Dutilleul-Brasme, ses père et mère ; M. et Mme Gustave Dutilleul-Baigts, ses frère et belle-sœur. »

(Le Figaro, 30 août 1936, p. 2)

[NDLR : Julien Dutilleul, artiste peintre, né le 22 juin 1905 à Beuvry (Pas-de-Calais), trouva la mort dans ce même accident à l’âge de 30 ans. Un autre passager, le compositeur, chef d’orchestre et pédagogue hongrois Laszlo Lajtha (1892-1963) ne fut quant à lui que blessé.]

 

« Pierre-Octave Ferroud (lauréat 1934). Personnalité vigoureuse où l'intelligence fait corps avec la sensibilité, où l'humour le dispute à l'esprit de combinaison et d'architecture. La Symphonie en la de Ferroud est l'un des monuments les plus solides de la musique contemporaine. - Son bagage est déjà fort abondant et son acuité critique, son esprit à l'emporte-pièce, en ont fait rapidement un journaliste redouté. »

(L'Art et les artistes, mars 1936, p. 308)

 

« Pierre-Octave FERROUD, né en 1900 à Chasseley (Rhône), décédé en Hongrie vers la mi-août 1936 des suites d'un accident d'automobile ; musicien de la jeune école française qui avait abordé tous les genres de composition ; critique musical à Paris-soir. »

(Revue des lectures, 1936, p. 1039)

 

« Concerts Poulet-Siohan. Samedi 24 octobre. — Entre Glazounow, Respighi et Pierre-Octave Ferroud qui sont morts cette année, notre ferveur va davantage au dernier. Nulle pensée chauvine ne vient certes altérer le souvenir de l'auteur de cette Symphonie qui promettait tant encore à notre admiration déjà comblée, dont la vie et l'ardeur ne connaissaient nulle limite, bâti et doué pour oeuvrer profondément dans la musique, que la mort attriste sans remède. Glazounow laisse en effet derrière lui une carrière complète, dont nous ne pouvions plus espérer de surprise, Respighi avait donné lui aussi ses œuvres maîtresses, mais le Ferroud de demain nous manque, et la joie qu'on éprouvera à entendre ses pièces sera sans cesse limitée par le sentiment de ce devenir irréalisable. »

(Le Ménestrel, 30 octobre 1936, p. 301)

 

« Le regretté Pierre-Octave Ferroud, qui trouva cet été dans un accident d'auto en Hongrie la mort affreuse que l'on sait, avait été pendant une période de service militaire à Strasbourg, l'élève de M. Ropartz, qui ne cessa de lui témoigner depuis une vive sympathie. Son Quatuor à cordes posthume, qu'on ne relit pas sans émotion, attesta certes une fois de plus la technique accomplie que ce jeune musicien avait su acquérir, ces qualités de mouvement, de dynamisme un peu brusque, auxquels la mode, pendant un temps, a réservé ses faveurs. Mais l'Andante par son sentiment concentré, dramatique par endroits, décèle une recherche d'expression sensible nouvelle chez l'auteur, et d'excellent augure pour' un avenir qu'il ne lui aura hélas ! pas été donné de réaliser. Tel quel, ce Quatuor mérite de retenir l'attention des compagnies intéressées qui se plairont j'espère, en l'inscrivant sur leurs programmes, à rendre hommage à une destinée que le sort capricieux, après avoir semblé la combler de ses faveurs, devait si tragiquement interrompre. »

(L'Art musical, 6 novembre 1936, p. 310)

 

« Le Triton (18 janvier). — Le Triton se devait bien, pour son premier concert de la saison, d'honorer la mémoire de Pierre-Octave Ferroud et de Filip Lazar, morts l'été dernier dans des circonstances navrantes.

Le programme composé d'oeuvres significatives des deux musiciens, le Trio pour hautbois, clarinette et basson, la Sonate pour piano et violoncelle, le Quatuor à cordes de Ferroud, des Mélodies et une Suite pour instruments à vent de Lazar, fait mesurer la perte que nous sentons dure et encore irréparable. Il est bien permis à la critique de juger sans rien sacrifier du respect dû à l'amitié qui unissait si fort deux hommes ; et il est bien évident que le musicien dont nous pleurons la grande oeuvre interrompue en plein vol, en plein heureux effort vers la maîtrise et la haute clarté, c'est Ferroud. Celte surabondance de vie, cette veine inventive, cette puissance mélodique, celte prise joyeuse sur le monde des sons et des formes, qui ne semblaient rien devoir aux tentatives abstraites mais procéder et jaillir de la nature, animent l'exubérante Symphonie, comme ce beau Quatuor dont les deux derniers mouvements vont si loin. Est-ce un hasard qu'on ait placé à la fin du concert quatre motets de Florent Schmitt, dont tous les fidèles du Triton ont pu imaginer la détresse ? Tous les interprètes méritent des louanges : Mme Suzanne Peignot, Hélène Pignari-Salles, le Quatuor Ortambert, le Trio d'Anches de Paris, M. Pierre Fournier. »

Michel-Léon Hirsch

(Le Ménestrel, 29 janvier 1937, p. 37)

[NDLR : né le 6 mai 1894 à Craiova (Roumanie), mort subitement le 3 novembre 1936 dans son domicile parisien de l’avenue de Breteuil, Filip Lazar, l’un des fondateurs du « Triton », a laissé une œuvre importante de musiques symphonique et de chambre.]

 

« […] Dans ce dernier sens, il me paraît significatif que, parmi les têtes de séries de la jeune musique française, les deux compositeurs français qui ont peut-être retiré le plus de profit de la connaissance de l'œuvre de Florent Schmitt ont été deux natures aussi dissemblables que Pierre-Octave Ferroud et Henry Barraud.

Le premier d'entre eux, hélas, tragiquement disparu, n'aura pas eu le temps de mener jusqu'à leurs dernières conséquences les solides principes de son maître. On trouve dans sa musique un dynamisme, un sens du discours équilibré, une maîtrise dans le maniement de l'orchestre, dont Schmitt lui avait, sans nul doute, inculqué le goût. »

(L'Art musical, 8 janvier 1937, p. 312)

 

Collecte : Olivier Geoffroy

(février 2021)

(Le Figaro, 19 août 1936) DR.
 

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