Prosper de GINESTET

Mousquetaire noir du roi Louis XVIII

et compositeur de musique



 

Prosper de Ginestet, Audio lecteur Windows Media Pièce pour orchestre en forme d'introduction,
1ère page du manuscrit autographe.
(BnF-Gallica)
Fichier audio par Max Méreaux (DR.)
Prosper de Ginestet
(© Archives départementales de l'Hérault, 203 J 236
- reproduction interdite ) DR.

 

Né le 19 pluviôse an II (7 février 1794) à Saint-Gervais-sur-Mare (Hérault), le vicomte François Régis Prosper Espic de Ginestet est issu d’une ancienne famille de robe qui a donné des Conseillers et des Présidents aux Cours souveraines du Languedoc. Son père, Joseph Espic de Ginestet (1764-1850), originaire de Toulouse, est Conseiller du Parlement de Toulouse, et plus tard Président de chambre à la Cour Royale de Montpellier. Mais, Prosper entreprend une carrière militaire : entré au service en 1814 comme Mousquetaire noir du roi avec le grade de lieutenant de cavalerie, il est nommé en 1816 lieutenant, attaché à l’Etat-major de la place de Paris, puis en août 1817 affecté au 2ème Régiment d’infanterie de la Garde royale. En juin 1821, il est déplacé comme sergent de 1ère classe dans la Compagnie des Gardes à pied du Roi avant d’y être nommé capitaine, puis chef de bataillon en juin 1829 et enfin licencié le 19 août 1830 au moment des évènements révolutionnaires de juillet 1830. Il se retire alors à Paris, 27 rue de l’Université. Fétis, qui lui consacre une notice dans sa Biographie universelle des musiciens (1866) dit qu’il « donna sa démission, pour ne pas manquer au serment de fidélité qu’il avait fait à la famille royale de la branche ainée », ajoutant « attaché au parti de l’opposition légitimiste, il prit part alors à la rédaction de l’Avenir, journal de cette opposition, et y fit les articles du feuilleton de l’Opéra, le Théâtre italien, l’Opéra-Comique et les concerts. » Néanmoins ce quotidien, dont le premier numéro paraît le 16 octobre 1830 pour défendre le catholicisme libéral, ne paraît qu’un temps : il cesse en effet de paraître en novembre de l’année suivante. Henri Lacordaire et Charles de Montalembert en étaient les principaux rédacteurs.

 

Concernant la musique, art auquel il se livre depuis sa jeunesse en parallèle à ses activités militaires, on ignore qui furent ses professeurs. On sait néanmoins que ses parents fréquentaient le milieu musical : à sa naissance à Saint-Gervais, en 1794, les deux témoins sont Jean-Pierre Albouy, né vers 1749, musicien, et surtout Hyacinthe Azaïs « instituteur âgé de vingt-huit ans ». Celui-ci est en réalité organiste, violoniste et plus tard philosophe (1766-1845), fils du Maître de musique du Collège de Sorèze (Tarn) et professeur de composition à Toulouse, mort en 1796. Hyacinthe Azaïs avait été un temps organiste de l’abbaye bénédictine de Villemagne (Hérault), située à seulement quelques kilomètres de Saint-Gervais, puis après la Révolution professeur d’histoire et de géographie au Prytanée militaire de Saint-Cyr en région parisienne. Quant à Albouy, sans doute est-il de la même famille que Jean Albouy (c.1708-1788) de Toulouse, haute-contre à la Maîtrise de Saint-Sernin et ordinaire de la musique des Etats du Languedoc. Au vu de ces éléments, on peut penser que ces musiciens ont pu orienter le jeune Prosper vers la musique et peut-être lui enseigner ; c’est certainement à Toulouse que la famille de Ginestet eut l’occasion de faire la connaissance des familles Albouy et Azaïs.

 

Quoiqu’il en soit, l’écriture musicale lui était familière car plusieurs œuvres nous sont connues, notamment des opéras, composés sous le pseudonyme de « M. Prosper », qui n’obtinrent d’ailleurs jamais le succès escompté et dont les partitions manuscrites sont encore précieusement conservées aux Archives départementales de l’Hérault :

 

- Le Maréchal Fabert ou Le faux rendez-vous, opéra-comique en 1 acte, paroles de son frère Emilien, représenté par la 1ère fois le 2 août 1823 à l’Opéra Comique.

- L’Orphelin et le Brigadier ou la journée militaire, opéra-comique en 3 actes, paroles de Paul de Kock, créé le 13 octobre 1827 à l’Opéra Comique.

- François Ier à Chambord, opéra-comique en 2 actes, paroles du général Alexandre Moline de Saint-Yon et Fougeroux, donné pour la 1ère fois le 20 mars 1830 à l’Opéra.

- Le mort fiancé, opéra-comique en 1 acte, paroles de Vial et Adolphe d’Houdetot, créé le 16 février 1833 à l’Opéra Comique.

Mais, il ne faut pas oublier aussi d’autres compositions dans des genres différents, dont certaines ont été éditées à l’époque : 1er Nocturne pour piano et violoncelle, en collaboration avec son frère Emilien (Paris, Mme Benoist, marchande de musique, Palais-Royal, galerie de bois, n° 254), 2e Nocturne pour piano et violon (Paris, à la Lyre moderne, 6 rue Vivienne), Fantaisie pour piano et violoncelle ou violon (Paris, O. Legouix), Contredanses pour le piano (Paris, chez Laffillé, 6 rue et passage Vivienne , 1825), Nouveau Recueil de contredanses pour le piano (Paris, chez Laffillé, 1825), Concerts de famille, chants à 4 voix avec accompagnement de piano, ad libitum (Paris, C. Laffillé), et des mélodies : L’Abandon, paroles de Mlle Eliza Mercoeur (Paris, E. Troupenas), L’Amant discret, romance (Paris, Mme Benoist), Le Ménestrel aux abois (Paris, à la Lyre moderne), La Sérénade, paroles d’Emile Deschamps (Paris, chez Pacini, 11 boulevard des Italiens), ainsi qu’une Pièce pour orchestre en forme d’introduction (inédit).

 

Chevalier de la Légion d’Honneur le 29 décembre 1815, Prosper de Ginestet est mort le 1er décembre 1860 à son domicile parisien de la rue de l’Université, laissant une veuve. Celle-ci, née Jeanne Boscary, épousée à Paris le 26 décembre 1833, née à Lyon le 16 février 1798, lui survit une vingtaine d’années avant de décéder à son tour le 5 mai 1884 à Paris.

 

Un frère aîné, Emilien Espic de Ginestet, Conseiller à la Cour de Montpellier, « amateur distingué sur le violoncelle » se livra également à la composition. Né à Toulouse le 24 juin 1787, mort dans cette même ville le 4 janvier 1849, il est en effet l’auteur de plusieurs œuvres, parmi lesquelles on relève un 1er Nocturne pour piano et violoncelle écrit en collaboration avec son frère, comme mentionné supra, des Mélodies pour violoncelle avec accompagnement de piano, op. 18 (Paris, O. Legouix), un Air varié pour violoncelle, avec accompagnement de piano forte arrangé par J. Grenier (Paris, à la Lyre moderne) et des mélodies : Les Amis de Paris, paroles de Marc-Antoine Désaugiers, avec accompagnement de guitare ou lyre (et version avec accompagnement de piano ou harpe par J.-A. Moreau) (Paris, Mme Benoist), Mon Cœur soupire, romance (Paris, Mme Benoist).

 


Denis Havard de la Montagne

(novembre 2019)

Emilien de Ginestet avec l'une de ses filles
(© Archives départementales de l'Hérault, 203 J 236
- reproduction interdite) DR.
 

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