Fromental HALEVY
(1799 – 1862)

Fromental Halévy
( portrait gravé à l'eau-forte par L. Massard, 1873/coll. D.H.M. ) DR

par Victor Debay et Paul Locard (1914)
"L’École romantique française"
in Encyclopédie de la musique et Dictionnaire du Conservatoire
Fondé par Albert Lavignac
(Paris, Librairie Delagrave, 1931)

 

Fromental Halévy, romance Triste exilé extraite du 3e acte de l'opéra en 5 actes La Reine de Chypre, paroles de M. de Saint-Georges (J. Tallandier, éditeur/ Henry Lemoine & Cie)
( coll. Max Méreaux numérisation et Audio lecteur Windows Media fichier audio Max Méreaux ) DR


Halévy (Jacques-Fromental-Elie) naquit à Paris le 26 mai 1799. Son père, Elie Halévy, était un poète hébraïsant, très versé dans la science talmudique. Sa vocation fut, dit-on, déterminée par l'audition, à une distribution de prix, de l'ouverture du Calife de Bagdad de Boieldieu, jouée par un violon et une flûte qu'accompagnait le piano. Le fils de son maître de pension, Cazot, qui était titulaire au Conservatoire d'une classe élémentaire, remarqua alors les dispositions d'Halévy et l'admit parmi ses disciples en 1809. Il reçut simultanément les leçons de Lambert pour le piano, de Berton pour l'harmonie et de Cherubini pour la composition. En l'absence de ce maître, il travailla même quelques mois avec Méhul. Cherubini, qui s'intéressait beaucoup à lui, lui témoigna toujours beaucoup d'affection. Après trois concours il obtint le prix de Rome en 1819 pour sa cantate Hermione. Il avait, à cette époque, écrit sur le texte hébreu un De Profundis à grand orchestre pour la mort du duc de Berry et avait dédié à Cherubini cette œuvre, qui fut exécutée pour la cérémonie funèbre de ce prince. Pendant son séjour en Italie il composa, entre autres ouvrages qui ne furent jamais joués, Pygmalion sur un poème de Patin. Cet opéra antique faillit être reçu en 1827 par l'Opéra, où il fut présenté à un jury chargé de juger les envois. Habeneck conduisait l'orchestre, Mme Damoreau chantait Galatée, et Nourrit Pygmalion. Cet ouvrage fut refusé, parce qu'on pouvait établir une similitude entre lui et un Phidias de Jouy et de Fétis, qui ne fut d'ailleurs pas joué. Pendant son séjour en Italie Halévy avait encore écrit un ballet pour le théâtre San-Carlo et trois Canzonetti en style napolitain.

Après son retour d'Italie, l'Opéra-Comique joua en 1827 l’Artisan, petite œuvre en un acte dont le livret était de Pixérécourt et qui eut pour interprètes Chollet et Mme Casimir. On y remarqua une jolie romance avec refrains chantés par les chœurs, mais le reste de l'ouvrage était médiocre.

Citons encore deux ouvrages sans importance : en 1828, le Roi et le Batelier, en collaboration avec Brifaut, pièce de circonstance en l'honneur de Charles X, et le Dilettante d'Avignon, pour arriver au premier succès que remporta Halévy avec Clari, le 9 décembre 1828, sur la scène du Théâtre Italien, où il avait été nommé accompagnateur et chef de chant en remplacement d'Hérold, appelé à l'Opéra en la même qualité. La Malibran chanta le principal rôle de cet opéra. En 1830 Halévy donna à l'Opéra-Comique Attendre et courir, et à l'Opéra le ballet de Manon Lescaut, dont le livret était de Scribe ; en 1831, à l'Opéra-Comique, la Langue musicale qui, malgré la faiblesse du poème, réussit grâce à la musique. La faillite de ce théâtre en 1832 empêcha la représentation de Yella, opéra-comique en deux actes, demeuré manuscrit. Rappelons la Tentation, ballet en cinq actes à l'Opéra, qui contenait d'excellents chœurs. Puis Halévy acheva la partition de Ludovic, dont, avant de mourir, Hérold avait écrit en partie le premier acte. Cette œuvre fut représentée à l'Opéra-Comique le 28 mai 1833. Cette même année il fut nommé au Conservatoire professeur de fugue et de contrepoint en remplacement de Fétis. En 1834 l’Opéra-Comique donnait les Souvenirs de Lafleur, bluette en un acte écrite pour la rentrée de Martin, le célèbre baryton. Ce fut Halévy qui recueillit encore à l'Opéra la succession d'Hérold en y recevant les fonctions de chef de chant.

Jusque-là, Haévy, musicien estimé, n'avait pas encore donné la mesure de ce qu'il pouvait produire. L'année 1835 vit paraître ses deux œuvres maîtresses, la Juive, le 24 février, à l'Opéra, et l'Eclair, le 10 décembre, à l'Opéra-Comique. Il se révélait à la fois le rival de Meyerbeer et le continuateur de Boieldieu et d'Hérold. Si Halévy n'a rien écrit de supérieur à la Juive, dont nous parlerons à propos de l'opéra, il n'a rien produit de plus gracieux que l'Eclair, ce petit drame intime à quatre personnages et en trois actes qui offrait alors cette particularité qu'il ne contenait pas de chœur. Dans cette œuvre élégiaque il rappelait la manière charmante d'Hérold. Les mélodies y sont empreintes d'une mélancolie qui, à cette époque, gagna tous les cœurs sensibles. La romance de l’Eclair a fait les délices de toute une génération, dont elle exprimait la sentimentalité. Il faut encore citer, parmi les meilleures pages de cette partition, l'étincelante ouverture, le duo des deux sœurs, l’air du ténor : « Partons, la mer est belle », la scène pathétique de l'orage, etc. Le succès triomphal remporté par la Juive et par l'Eclair ouvrit à Halévy les portes de l'Institut, dont il fut nommé membre (2 juillet 1836) à la mort de Reicha. En 1838 il donna à l'Opéra Guido et Ginevra [Un air de Guido et Ginevra : « Quand renaîtra la pâle aurore », présente cette singularité de se terminer un demi-ton plus haut qu’il n'a commencé ; ce dont l'auteur a tiré un effet charmant et très neuf]. En 1839, l'Opéra-Comique représenta les Treize et le Schérif. En 1840 le Drapier ne réussit pas à l'Opéra. La même année Halévy fut nommé professeur de composition lyrique au Conservatoire. En 1841 il fit jouer, le 21 janvier, à l'Opéra-Comique, le Guitarero, et le 22 décembre, à l'Opéra, la Reine de Chypre, suivi de Charles VI (1843). Citons en 1844 le Lazzarone, opéra bouffe en deux actes ; le 3 février 1846, à l'Opéra-Comique, les Mousquetaires de la Reine, une de ses plus charmantes partitions ; le 22 mai 1846, la cantate les Plages du Nil, œuvre de circonstance exécutée dans les salons du ministère de l'instruction publique en l'honneur du vice-roi d'Egypte, Ibrahim Pacha ; le 11 novembre 1848, à l'Opéra-Comique, le Val d'Andorre, dont la Chanson du Vieux Chevrier est demeurée au répertoire des basses chantantes ; en octobre 1849, au même théâtre, la Fée aux roses, opéra féerie. La même année Halévy fit entendre au Conservatoire Prométhée enchaîné, scène lyrique d'après Eschyle. Dans la composition de ce morceau il s'était proposé, prétend son frère, de donner une idée de l'effet que pouvait produire l'emploi du quart de ton, élément caractéristique de la gamme enharmonique des Grecs. On y remarqua des récitatifs intéressants et le chœur des Océanides. Cette œuvre ne paraît pas avoir apporté grande lumière à l'obscure question de la musique ancienne.

Halévy écrivit pour le théâtre de Londres un opéra italien, la Tempesta, d'après Shakespeare, qui y fut représenté en 1850 et à Paris en 1851. Cette partition sans caractère avait été composée pour Labiache, chargé du rôle de Caliban. L'Opéra-Comique monta la même année la Dame de Pique. Le 23 avril 1852, le Juif errant, opéra fantastique, ne remportait à l'Opéra qu'un succès de curiosité. Le héros en était le légendaire Ahasverus. On y remarque le joli ballet des abeilles. Pour clore la longue liste des œuvres lyriques d'Halévy, rappelons en 1853 le Nabab à l'Opéra-Comique ; le 14 mai 1855, au Théâtre-Lyrique, Juguarita l’Indienne ; en 1856, à l'Opéra-Comique, Valentine d'Aubigny, que desservait un mauvais poème, et enfin, le 18 mars 1858, à l'Opéra, la Magicienne, dont le beau 5e acte ne parvint pas à intéresser le public, qu'avait ennuyé l'action fabuleuse.

Fromental Halévy, qui avait été nommé secrétaire perpétuel de l'Académie des Beaux-Arts, mourut à Paris le 18 mars 1862. Il laissait deux opéras presque terminés, Noë ou le Déluge et Vanina d'Ornano. Bizet, son gendre et son élève, acheva cette dernière œuvre. En dehors de son œuvre dramatique, Halévy a peu composé. On connaît de lui des morceaux de musique religieuse, des chœurs pour orphéons, un rondo, un caprice, une sonate pour piano à quatre mains, des chants pour le temple israélite. Esprit cultivé, Halévy a publié différents travaux touchant la musique et l'art : au Moniteur une étude sur "Gregorio Allegri" ou "Les Miserere de la chapelle Sixtine", une étude sur "Cherubini", son maître vénéré, une étude sur Mozart, de nombreux articles dans différents journaux. Le 28 décembre 1852 il lisait à la séance publique des cinq Académies une étude sur "Britton le charbonnier", piquant tableau des mœurs anglaises au XVIIe siècle, et le 25 octobre 1853 une notice sur "l'organiste Froberger". En 1861 ces différents travaux furent réunis en un volume ayant pour titre Etudes et Portraits.

Victor Debay et Paul Locard
(1914)
(saisie et numérisation Max Méreaux)


par Fétis (1866)

 

HALÉVY (Jacques – FRANÇOIS – FROMENTAL – ÉLIE), compositeur dramatique, secrétaire perpétuel de l'Académie des Beaux-Arts de l'Institut de France et professeur de composition au Conservatoire impérial de musique, est né à Paris, le 27 mai 1799, de parents israélites. Admis an Conservatoire comme élève de solfège, le 30 janvier 1809, Il fut placé sous la direction de Cazot, et se fit remarquer par la rapidité de ses progrès. L'année d'après, il devint élève de Charles Lambert pour le piano, eut en 1811 Berton pour maître d'harmonie, et reçut ensuite des leçons de contrepoint de Cherubini pendant cinq ans. L'Académie des Beaux-arts de l’Institut de France l'admit au concours pour le grand prix de composition en 1816, et à peine avait-il atteint l’âge de vingt ans lorsque le premier prix lui fut décerné. Le sujet du concours était une cantate intitulée Herminie. L’année suivante, il se rendit à Rome, comme pensionnaire du gouvernement, demeura en Italie pendant deux années, et ne revint à Paris qu'au mois de septembre 1822. Pendant son séjour à Rome, Halévy fit preuve d'une grande activité dans ses travaux, et écrivit non seulement la partition d’un opéra, mais de grands ouvrages de musique classique. Déjà avant son départ pour l'Italie, Il avait été chargé de mettre en musique le texte hébreu du De Profundis, pour la mort du duc de Berry. La partition de cet ouvrage à été publiée à Paris. Après son retour, tous ses efforts eurent pour but de se faire connaître par des succès au théâtre ; mais les obstacles qui se multiplient en France au début de la carrière d'un compositeur dramatique ne lui furent pas épargnés. Déjà, avant son départ pour l'Italie, il avait pour l'Opéra un ouvrage intitulé Les Bohémiennes ; il ne fut jamais représenté. De retour en France, il y obtint les poèmes de Pygmalion, grand opéra, et des Deux Pavillons, opéra-comique ; mais, après qu'il en eut composé la musique, il employa vainement plusieurs années à en solliciter la représentation. Il lui fallut chercher autre chose ; enfin, il réussit à faire jouer au théâtre Feydeau, en 1827, L'Artisan, opéra-comique en un acte. Cette Pièce eut peu de succès ; le sujet manquait d'intérêt, et la musique était faible d'invention. A cet ouvrage succéda Le Roi et le Batelier, pièce de circonstance, composée pour la fête du roi Charles X, et qui fut représentée en 1828. Halévy en avait composé la musique avec la collaboration de Rifaut. En 1829, il écrivit pour le théâtre Italien Clari, opéra en trois actes, dont le rôle principal fut joué par madame Malibran. Il y avait de belles choses dans cette partition, et déjà on pouvait juger par quelques morceaux que l'auteur était destiné à prendre un rang honorable parmi les meilleurs compositeurs de la scène française. Dans la même année, Le Dillettante d'Avignon fut représenté à l’Opéra-Comique. Le sujet bouffon de ce petit opéra fournit à Halévy l'occasion de faire quelques bons morceaux d’ensemble. L'ouvrage est resté au théâtre et a été joué partout avec succès. Dans les premiers mois de 1830, on joua à l’Opéra Manon Lescaut, grand ballet en trois actes dont Halévy avait composé la musique ; cet ouvrage, arrangé pour piano, a été publié dans la même année. Yella, opéra-comique en un acte, fut mis en répétition peu de temps après, mais ne fut pas représenté, le théâtre ayant été fermé par suite du dérangement des affaires de l'entrepreneur. Une nouvelle entreprise ayant été organisée, Halévy fit jouer, en 1831, La Langue musicale, pièce froide dans laquelle le compositeur a placé quelques jolis morceaux. L'année suivante, il donna, en société avec M. Gide, La Tentation, ballet-opéra en cinq actes, où l'on remarque de belles choses, particulièrement des chœurs remplis d'effets dramatiques. La rentrée de Martin à l’Opéra-Comique, en 1834, fournit à Halévy l'occasion d’écrire un petit opéra intitulé Les Souvenirs de Lafleur. Cet ouvrage, joué avec succès, renfermait de jolis morceaux qui ont malheureusement subi le sort des œuvres d'art composées pour des circonstances spéciales, et qui n'ont pas survécu à la retraite de l'acteur pour qui ils avaient été écrits.

Hérold avait laissé en mourant une partition inachevée, celle de Ludovic, opéra en deux actes. Il n'en avait écrit que l'ouverture et les quatre premiers morceaux ; car les derniers mois de sa vie, passés dans les souffrances, ne lui avaient pas permis de travailler ; mais l’intérêt qui s'attachait à ce compositeur, particulièrement à cause de ses derniers ouvrages (Zampa, et Le Pré aux Clercs), fit considérer par les entrepreneurs de l'Opéra-Comique la représentation de Ludovic comme une bonne spéculation, et Halévy fut chargé de terminer cet opéra, qui fut joué avec succès en 1834, et qui depuis lors est resté au théâtre.

Au commencement de 1835, La Juive, grand opéra en cinq actes, fut représenté à l'Académie Royale de musique. Les soins consciencieux donnés par Halévy à cette importante partition, le retentissement de l'ouvrage, l'éclat de ses succès dans toute l'Europe, tout doit faire considérer cette époque comme la plus significative de la carrière du compositeur. Dans cette composition, son talent a un caractère plus ferme, plus grand que dans ses ouvrages précédents ; le style a plus d'élévation, l'instrumentation indique un maître expérimenté, il y a transformation du talent de l'artiste à dater de ce moment. Des péripéties semblables se sont fait remarquer dans la carrière de quelques compositeurs célèbres ; cette transformation indique une sorte de crise où le génie développe toutes ses facultés et prend son caractère spécial. Bien des critiques ont été faites de la Juive à son apparition ; on attribuait son succès au luxe de sa mise en scène, tandis que ce luxe était l'obstacle le plus considérable à l'appréciation du mérite de la musique. Toutes ces critiques sont maintenant oubliées, et la partition de la Juive est considérée à juste titre comme une des plus belles productions dramatiques de l'école française.

Six mois étaient à peine écoulés depuis que la Juive avait vu le jour, quand Halévy fit représenter l'Eclair, opéra-comique en trois actes qui fut accueilli par le public avec beaucoup de faveur. Elégante et légère, la musique de l’Eclair forme un contraste remarquable avec celle de la Juive. Ce contraste, et le peu de temps qu’il y avait eu entre la représentation des deux ouvrages, contribuèrent à consolider la réputation du compositeur, en prouvant qu'il avait le travail facile, et qu'il savait prendre plus d'un ton. Nonobstant les brillants succès de la Juive et de l'Eclair, deux ans et demi s'écoulèrent avant que leur auteur abordât de nouveau la scène, car ce fut seulement au mois de mars 1838 qu'il fit représenter à l'Opéra Guido et Ginevra, ou la Peste de Florence. Halévy avait compris la nécessité de se soutenir à la hauteur du mérite des deux ouvrages précédents, et il avait écrit avec amour sa nouvelle partition. Abondante en mélodies expressives, élégante dans la forme, écrite et instrumentée avec un rare talent, elle aurait dû, semble-t-il, rencontrer dans le public la même sympathie que ses aînées ; il n'en fut néanmoins pas ainsi ; après un nombre borné de représentations, l’ouvrage disparut de la scène. D'où vint cette défaveur ? Il faut le dire : de la nature du sujet, qui est plus triste que dramatique. La teinte sombre répandue sur l'ouvrage fut la cause qui nuisit au succès de la musique et lui porta un coup fatal. Il n'est resté pour le public que quelques morceaux, de Guido et Ginevra qu'on entend dans les concerts ; mais pour les connaisseurs cette partition sera toujours une belle œuvre, digne d'un meilleur sort. Les Treize, ouvrage représenté à l'Opéra-Comique en 1839, et le Drapier, en trois actes, joué à l'Opéra, dans l'année suivante, ne furent point heureux, quoiqu'il s'y trouvât de fort bons morceaux. Mais Halévy se releva brillamment dans la Reine de Chypre, grand opéra en cinq actes composé pour Mme Stolz, qui y fit preuve d'un talent très dramatique. La valeur de cette partition est bien supérieure à ce qu'on croit généralement : le second acte est un chef-d'œuvre de couleur locale, d'entente de la scène et d'expression sentimentale ; le troisième brille par la verve et le cinquième est simple et touchant. A vrai dire, Halévy, bien que placé très-haut dans l'opinion des artistes, n'a pas, dans la population de France, une renommée égale à son mérite. La presse lui a été souvent peu favorable, et s'est montrée ou hostile, on incapable d'apprécier la distinction de formes qui se montre partout dans sa musique à des yeux clairvoyants, à des oreilles délicates. La plupart de ses ouvrages, Charles VI, les Mousquetaires de la Reine, le Val d'Andorre, la fée aux roses, la Dame de pique, le Nabab, la Magicienne, etc., renferment des morceaux d'élite où se fait reconnaître la main d'un maître de premier ordre : malheureusement pour sa popularité, sa pensée est souvent complexe : elle est mélodique, mais elle se combine avec tant de détails et de recherches d'harmonie et d'instrumentation, que l'intelligence vulgaire, c'est-à-dire celle de la foule, est insuffisante pour saisir l'ensemble de ces choses. Moins riche, plus simple, Halévy eût eu de plus grands succès.

La liste complète des ouvrages de cet artiste se compose de la manière suivante : 1° Les Bohémiennes, grand opéra (1819). — 2° Pygmalion, idem (1823). — 3° Les deux Pavillons, opéra-comique (1824). Ces trois opéras n'ont pas été représentés. — 4° L'Artisan, opéra-comique en un acte, au théâtre Feydeau (1827). — 6° Le Roi et le Batelier, opéra en un acte, en collaboration avec Rifaut, à l'occasion de la fête du roi Charles X, an même théâtre (1828). — 6° Clari, opéra en trois actes, au Théâtre-Italien (1829). — 7° Le Dilettante d'Avignon, en un acte au théâtre Feydeau (1829). — 8° Manon Lescaut, ballet en trois actes, à l’Opéra (1830). — 9° Yella, opéra-comique en un acte, mis en répétition au théâtre Feydeau, mais non représenté, parce que le théâtre fut fermé. 10° La langue musicale, un un acte, à l'Opéra-Comique (1831) : iI y avait dans cet ouvrage un remarquable morceau d'ensemble. — 11° La Tentation, ballet-opéra en cinq actes, en collaboration avec M. Gide, à l'Opéra (1832). — 12° Les Souvenirs de Lafleur, en un acte, à 1'Opéra-Comique (1834). — 13° La Juive, en cinq actes, à I'Opéra (1835). — 14° L’Eclair, en trois actes, à l’Opéra-Comique (1835). — 15° Guido et Ginevra, ou la Peste de Florence, en cinq actes, à l’Opéra (1838). —16° Les Treize, en trois actes, à l'Opéra-Comique (1839). — 17° Le Drapier, en trois actes, à l’Opéra (1840). — 18° La Reine de Chypre, en cinq actes, à l'Opéra (1841).— 19° Le Guitarero, en trois actes, à l’Opéra-Comique (1841). — 20° Charles VI, en cinq actes, à l’Opéra (1843). — 21° Le lazzarone, en deux actes, idem (1844). 22° — Les Mousquetaires de la Reine, en trois actes, à l'Opéra-Comique (1846). — 23° le Val d'Andorre, en trois actes, idem (1848). — 24° La Fée aux roses, en trois actes, idem (1849). — 25° La Dame de pique, en trois actes, idem (1850). — 26° La Tempesta, opéra italien en trois actes, écrit pour le théâtre de la Reine, à Londres, et représenté dans cette ville en 1850, puis à Paris (1851). — 27° Le Juif errant, en cinq actes, à l'Opéra (1852). — 28° Le Nabab, en trois actes, à l'Opéra-Comique (1853). — 29° Jaguarita, en trois actes, au théâtre lyrique (1855). — 30° Valentine d’Aubigny, en trois actes, à 1'Opéra-Comique (1858). — 31° La Magicienne, en cinq actes, à l’Opéra (1857).

Signature de Fromental Halévy
Signature de Fromental Halévy

On connaît aussi de Halévy la musique de quelques scènes du Prométhée enchaîné d'Eschyle, traduites par son frère, M. Léon Halévy : elles ont été executées, le 18 mars 1849, au Conservatoire, par la Société des concerts. Le même artiste a écrit une cantate intitulée les Plages du Nil, avec chœur et orchestre, plusieurs messes, le De Profundis, en langue hébraïque, dont il a été parlé précédemment, beaucoup de romances, nocturnes, une sonate pour piano à quatre mains, un rondo ou caprice (Vienne, Diabelli), et quelques autres compositions légères. Ce n'est pas seulement par ses ouvrages que cet excellent artiste a conquis sa renommée ; les services qu'il a rendus à la musique par son enseignement lui assurent aussi un rang élevé parmi les maîtres. Dès 1816 il entrait dans cette carrière par ses leçons dans une classe de solfège au Conservatoire ; en 1827, il succéda à M. Daussoigne en qualité de professeur d'harmonie et d'accompagnement ; et lorsque l'auteur de cette notice donna, au mois d'avril 1833, sa démission de sa place de professeur de composition pour le contrepoint et la fugue, ce fut Halévy qui lui succéda : depuis lors il n'a pas quitté cette position. Au nombre de ses élèves les plus distingués, on remarque MM. Gounod, Victor Massé, Bazin, Pottier, Eugène Gauthier, Deldevez, Deffès, Gastinel, Mathias et Galibert. L'enseignement élémentaire de la musique lui est redevable d'un livre adopté pour les écoles de Paris, et qui a été publié sous ce titre: Leçons de lecture musicale ; Paris, Léon Escudier, 1857, gr. in-8°. Après avoir occupé, pendant les années 1827 a 1829, la place de maestro al cembalo, au Théâtre-Italien, il 1'abandonna pour celle de chef du chant à l'Opéra, dont il remplit les fonctions jusqu'en 1845. Appelé à l’Institut, en 1836, après la mort de Reicha, Halévy a échangé, en 1854, sa position de membre de l'Académie des beaux-arts de cette institution, pour celle de secrétaire perpétuel de la même Académie. Cette nouvelle situation lui a fourni l'occasion d'ajouter à ses succès de musicien ceux de littérateur, par les éloges des académiciens morts qu'il a été appelé à prononcer aux séances publiques de l'Académie des beaux-arts. C’est ainsi qu'il a lu, en 1854, l'éloge de l'architecte Pierre Fontaine, et dans les années suivantes ceux d'Onslow, d'Abel Blouet, du sculpteur David d'Angers, de Paul Delaroche, et d'Adolphe Adam. Ces morceaux, écrits d'un style élégant et spirituel, ont été réunis avec d'autres sortis de la même main, et publiés sous le titre de Souvenirs et Portraits. Etudes sur les beaux-arts ; Paris, Michel Lévy frères, 1861, 1 vol. in-16. Halévy est commandeur de la Légion d'honneur et décoré de plusieurs autres ordres.

François-Joseph Fétis
Biographie universelle des musiciens
et bibliographie générale de la musique
tome IV, pp. 205-207 (1866)
(saisie et numérisation Max Méreaux)

 


Relancer la page d'accueil du site MUSICA ET MEMORIA

Droits de reproduction et de diffusion réservés
© MUSICA ET MEMORIA

tumblr hit counter