Marcel Lanquetuit

Organiste, pianiste, chef d’orchestre, professeur


 

Rouen, 1937, Marcel Lanquetuit au grand orgue de l'église Saint-Godard
(coll. DHM) DR.

Né le 8 juin 1894 à Rouen, Marcel Lanquetuit a été à huit ans élève d’orgue de Marcel Dupré (1906 à 1912) et de son père Albert Dupré pour le piano, ainsi que pour l’apprentissage de l’accompagnement du chant grégorien d’Edouard Latouche, titulaire du grand orgue de Saint-Godard, avant d’entrer au Conservatoire de Paris dans la classe d’Eugène Gigout. Là, il décrochera un premier prix d’orgue en 1914. En 1910, à Rouen, alors âgé de 16 ans, il est nommé organiste de chœur de l’église Saint-Godard, où son père Charles Lanquetuit est Maître de chapelle. Puis, il succède en 1920 à Edouard Latouche au grand orgue. C’est à cette époque, en 1926, qu’il faisait une tournée triomphale aux Etats-Unis, notamment à l‘orgue du célèbre Wanamaker Auditorium de Philadelphie. En avril 1938, c’est à Henri Beaucamp qu’il succède au grand orgue Merklin de la cathédrale Notre-Dame de Rouen, poste qu’il va occuper durant 40 ans, jusqu’à sa retraite prise en 1978, tout en restant « titulaire honoraire » jusqu’à son décès survenu à Rouen, le 21 mai 1985. En 1944, il avait vécu avec grande peine la destruction de cet orgue dans des bombardements sur la ville de Rouen. Ce n’est qu’en 1956 qu’il put regagner sa tribune avec un grand orgue neuf Jacquot-Lavergne. Durant cette période (1946-1959), il enseigne le déchiffrage et l’orgue au Conservatoire de Rouen et continue de diriger la Société symphonique de Rouen « La Symphonie », ainsi que la chorale « L’Accord Parfait de Rouen » (120 chanteurs), au sein de laquelle chante comme soliste son épouse née André Lacombe. Egalement l’un des assistants de 1939 à 1971 de Marcel Dupré à l’église Saint-Sulpice de Paris (parmi lesquels on peut aussi citer Jean-Jacques Grünenwald, Jeanne Demessieux, Rolande Falcinelli et Françoise Renet), il le remplace aussi dans sa classe d’orgue du Conservatoire de Paris lors de ses tournées de concerts. L’Académie des Sciences, Belles-lettres et Arts de Rouen l’accueillait en son sein en mars 1934 avec son discours de réception portant sur « L’improvisation musicale de Titelouze à Marcel Dupré » En décembre 1932, il reçut la distinction d’Officier d’académie pour « services rendus à l’art musical », en 1958 fut fait chevalier de la Légion d’honneur et en 1961 chevalier de l’ordre de Saint Grégoire le Grand. En tant que compositeur, Marcel Lanquetuit n’a laissé que deux pièces pour orgue : un Intermezzo en sol majeur (« L’Orgue moderne », Leduc, 1923) et une Toccata en ré majeur (id., 1926) et quelques pages de musique vocale sacrée : un Tantum ergo, solo et chœur (1912), un O Salutaris, soprano ou ténor (1916), un autre O Salutaris, chœur et orgue, un Agnus dei pour soprano (1936) et un Choeur en l’honneur de Jeanne d’Arc, ainsi qu’une transcription pour orgue de la Berceuse d’Albéniz (Leduc, 1923). Notons parmi ses élèves au Conservatoire de Rouen, entre autres, Pierre Labric, Odile Pierre et Marie-Thérèse Duthoit qui lui succédera en 1978 à la cathédrale de Rouen.

[pour en savoir davantage, voir « Témoignage sur un grand maître de l’orgue : Marcel Lanquetuit » par Jean-Jacques Lechartier, in L’Orgue normand, n° 10, 2ème semestre 1985, p. 3  à 14]

Denis Havard de la Montagne

 

Petite revue de presse

 

« Le 12 décembre, dans la Cathédrale de Rouen […] au grand orgue M. Marcel Lanquetuit joua la Pièce héroïque, la Pastorale, et M. Henri Beaucamp la Prière et le Final. Il est rare d'entendre dans une même audition deux organistes de premier ordre jouer sur le même instrument. Les œuvres qu'ils choisirent sont de caractères opposés : la Pièce héroïque et la Pastorale empruntent des rythmes variés et se prêtent à des contrastes brillants, tandis que la Prière, méditation toute de confiance résignée, et le Final, malgré la dernière partie qui peut supporter plus de brio, sont d'un rythme que toute altération trahirait. L’interprétation de ces œuvres correspondit parfaitement à ces formes diverses et permit encore d’admirer l’art que ces deux artistes déployèrent dans leurs derniers récital l’œuvre de Louis Vierne, par M. H. Beaucamp, récital Bach-Mendelssohn, par M. M. Lanquetuit. Il ne saurait être question de technique : quand il s’agit de talents aussi élevés que ceux de MM. H. Beaucamp, M. Lanquetuit, L. Panel, M. Dupré, l’attention de l'auditeur est toute à la pensée qu’ils traduisent : leur langage est la perfection. »

(La Revue normande, janvier 1923, p. 21-22)

 

« Inauguration d'orgues. — L'antique église de Saint Mélaine de Morlaix possède maintenant un magnifique instrument. L'inauguration a eu lieu le 17 décembre. Le jeune et brillant organiste de Saint-Godard de Rouen, M. Marcel Lanquetuit, premier prix d'orgue de Conserva toire de Paris, a donné une audition de pièces de Bach, Franck, Louis Vierne, Widor. Un groupe choral, sous la direction éclairée de M. l'abbé Le Berre, a chanté l'Oratorio de Noël de Saint-Saëns et divers motets de Palestrina. »

(Le Ménestrel, 12 janvier 1923, p. 20)

 

« Au Wanamaker Auditorium, récital de l'organiste français Marcel Lanquetuit. Très bon accueil du public et de la presse. »

(Le Ménestrel, 3 décembre 1926, p. 519)

 

« M. Marcel Lanquetuit en Amérique, New-York—Princeton—Philadelphie :

Parti de Cherbourg le 29 septembre à bord du Majestic, M. Marcel Lanquetuit arrivait à New-York le 4 octobre ; il était engagé par M. Alexander Russell (directeur des concerts Wanamaker) pour donner une série de concerts d''orgue à l’Auditorium Wanamaker de New-York, à l’Université de Princeton, à Philadelphie. A son retour, nous lui avons demandé ses Impressions.

Pour la musique, les Américains veulent posséder la première place. Leur richesse, leurs énormes agglomérations leur permettent de construire des instruments d’une puissance unique et d’avoir les salles de concerts les plus vastes. Sur leurs orgues, la commande des claviers et de la registration est uniquement électrique. Ces instruments possèdent des ressources multiples qui permettent à l’organiste d’obtenir immédiatement les sonorités qui lui conviennent. Par exemple, quand un orgue français (pourtant de premier ordre) a quatre flûtes, sur un orgue américain on en trouve trente Si le système électrique donne une émission immédiate des sons (alors que sur certains orgues il s’écoule quelques fractions de seconde entre le toucher et l'audition), il permet d’obtenir des perfectionnements curieux. Ainsi, à New-York, dans l’Auditorium de Wanamaker, l’ensemble des claviers et du pédalier est mobile. A volonté l’exécutant peut jouer face ou en tournant le dos au public. Les salles de concerts sont énormes. A New-York, le Carnegie Hall, l’Æollian Hall peuvent contenir 5,000 personnes. Les salles de cinéma, qui sont également utilisées pour les concerts, contiennent 6,000 personnes (The Capitol, Paramount, etc.…) A Philadelphie, les magasins de M. Wanamaker (magasins analogues au Printemps ou aux Galeries Lafayette) peuvent être, en une heure, transformés en salles de concerts et abriter, dans leurs huit étages, de 7 à 8,000 auditeurs Là se trouve l’orgue le plus puissant du monde. Il possède actuellement 245 Jeux (et l’an prochain, il en comptera 400. Dans ces magasins, où l’on peut acheter de tout, on entend des concerts d’orgue à heure fixe : à 9 heures, 11 heures, 12 heures, 4 heures 3/4. A 5 heures, la fermeture est annoncée par des sonneries de trompettes, du haut de la coupole. Mais si les salles de concerts sont très vastes, elles sont fréquemment pleines. Ainsi, M. Marcel Lanquetuit joua son premier concert devant 5,000 personnes, le second devant 6,000.

Nous n'avons pas besoin de présenter M. Marcel Lanquetuit à nos lecteurs. Ils ont pu entendre ses remarquables récitals d’orgue, ses improvisations. Elève de M. Marcel Dupré, qui, lui aussi, laissa en Amérique une impression considérable, il remporta le premier prix d’orgue au Conservatoire en 1914, (classe Gigout) et est titulaire du prix Guilmant. En 1919, il fut nommé organiste du grand orgue de Saint-Godard. Maintes lois, son éblouissante technique et sa grande facilité pour improviser ont été remarquées. Au cours de sa tournée en Amérique, il interpréta des œuvres de Bach, Franck, Saint-Saëns, Wldor, Guilmant, Marcel Dupré, et un intermezzo, une Toccata de sa composition. Le succès de ses concerts fut complet. Pour le prouver, nous n’avons qu’à choisir parmi les nombreux articles élogieux que la presse américaine leur consacra :

« Le jeu de M. Lanquetuit le marque comme un virtuose de l'orgue du plus grand talent... Ce fut dans l'improvisation, cependant, que M. Lanquetuit étonna littéralement son auditoire... L’audition de ce dernier soir fut rien de moins qu’une révélation musicale », (The Brooklyn Standard Union).

Le jeune Français laissa une impression particulièrement bonne, donnant un exposé du jeu de l’école français dans une manière qui se compare favorablement aux auditions des meilleurs nommés dans ce pays. La ferveur qu’il mit dans la Pièce héroïque, de Franck, et le charme avec lequel il joua le Noël de Daquin révélèrent son tempérament... Le visiteur tissa une improvisation dans laquelle l'Adagio, en particulier, eut des endroits de remarquable beauté et le final termina avec tout l’éclat dont l’étonnant orgue Wanamaker est capable ». (The Diapason, Chicago. Journal officiel de l’Association Nationale des organistes).

Nous terminerons ces citations en traduisant un article du New-Yorker Zeitung, Journal rédigé en allemand : « Comme virtuose de l’orgue d’un talent supérieur se révéla à l’Auditorium Wanamaker M. Marcel Lanquetuit, originaire de Rouen, qui peut se vanter de son succès perçant. On admira sa maîtrise artistique pleine d’intelligence et de vie qui, basée sur une imposante technique, s’élance avec enthousiasme jusqu’aux plus hauts sommets. Le Jeu de l’artiste qui improvise est un don tout à fait particulier qu’on peut rarement admirer dans une telle variété riche de fantaisie. Sur des thèmes fournis par d’éminents chefs d’orchestre. [...]

M. Marcel Lanquetuit joua des compositions achevées d’une facture réellement musicale... L’artiste fut fêté avec enthousiasme ». Quand on sait la place importante qu’occupent les Allemands aux Etats-Unis, ce témoignage prend une valeur particulière. Nos organistes servent magnifiquement le prestige de la France à l’étranger. »

(Rouen-Gazette, 8 janvier 1927, p. 1 et 4)

 

« Le 20 décembre, sur rapport de M. Henri Hie, a été élu M. Marcel Lanquetuit, organiste de Saint-Godard de Rouen, premier prix d'orgue du Conservatoire national de Musique. »

(Précis analytique de l'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Rouen, janvier 1929, p. 47)

« Une promotion d'organistes à Rouen :

Le Chapitre Métropolitain de Rouen vient de nommer titulaire du grand orgue de la Cathédrale M. Marcel Lanquetuit en remplacement du regretté Henri Beaucamp. Premier prix d'orgue du Conservatoire national de Paris, M. Marcel Lanquetuit a rapidement conquis une place de choix parmi les organistes français. Il est en outre un disciple et un ami de M, Marcel Dupré, qu'il supplée parfois à la classe d'orgue du Conservatoire et au grand orgue de Saint-Sulpice. Tandis que M. Marcel Lanquetuit quittait l'église Saint-Godard, M. le chanoine Morin, curé de cette paroisse, appelait, pour le remplacer, Albert Beaucamp, fils du regretté organiste de la Cathédrale de Rouen. »

(Le Figaro, 12 avril 1938, p. 5)

 

« M. Marcel Lanquetuit, disciple et ami de M. Marcel Dupré, a été nommé titulaire du grand orgue de la cathédrale de Rouen, où il succède au regretté Henri Beaucamp. Le fils de ce dernier, M. Albert Beaucamp, est appelé à remplacer M. Lanquetuit à la tribune de l’église Saint-Godard. »

(L'Art musical, 29 avril 1938, p. 760)

 

« Le 26 octobre 1941, Marcel Dupré inaugurait le grand orgue de Saint-Ouen, restauré après cinquante années d'éclatants services. Widor l'avait fait chanter pour la première fois le 17 avril 1890 avec sa Symphonie gothique spécialement composée. Marcel Dupré y joua une Evocation dédiée à la mémoire de son père Albert Dupré qui, longtemps, avait été le titulaire du clavier magnifique. Le 11 avril 1943 Georges Brun fit exécuter son œuvre Golgotha à la Cathédrale : l'auteur était au pupitre, MM. Marcel Lanquetuit et Jules Lambert à l'orgue, le père Sertillanges en chaire. Le 20 juin le grand orgue de Notre Dame fêtait sa restauration, au pied de la grande rosace éteinte ; son titulaire habituel, M. Marcel Lanquetuit, céda volontiers sa place à Marcel Dupré, son maître et son ami. Le 20 août suivant, Wilhem Stollenwerk donnait un concert d'orgue avec choeurs : Bach et Mozart en fournissaient les éléments principaux. »

(Rouen désolée, 1939-1944, Marseille, 1949, p. 203)

Collecte : Olivier Geoffroy

(décembre 2025)

Rouen, cathédrale, concert du 6 juillet 1943 avec Marcel Lanquetuit dirigeant l'orchestre
(coll. DHM) DR.
 

Relancer la page d'accueil du site MUSICA ET MEMORIA

Droits de reproduction et de diffusion réservés
© MUSICA ET MEMORIA

Web Analytics