Armand MERCK

corniste, violoniste, chef d'orchestre, compositeur

(1883 - 1962)

Armand Merck
Armand Merck
( coll. A. Galpérine ) DR


Armand Merck, enfant.
Armand Merck enfant
( coll. A. Galpérine ) DR
Armand-Charles-Louis Merck est né à Bruxelles le 22 juillet 1883 et décédé à Meudon (Hauts-de-Seine), le 9 septembre 1962 1. Il commença des études de cor et d'écriture dans la ville de Liège avant de s'établir à Paris pour suivre les cours de Vincent d'Indy à la Schola Cantorum. Auteur de plusieurs opéras, dont Tarass Boulba d'après Gogol, de cycles de mélodies, d'oeuvres symphoniques et d'une abondante production de piano et de musique de chambre, il s'inscrit dans la lignée de l'école post-franckiste, dont l'influence, déclinante après la Grande Guerre, ne s'est pas moins propagée assez loin dans la première partie du XXème siècle. La fidélité à des principes constructivistes que la modernité, dans le sillage de Debussy, semblait avoir définitivement condamnés, fut souvent payée, chez nombre de compositeurs au prix de la disgrâce. Merck, de ce point de vue, n'échappa pas totalement à cette destinée cruelle, mais il fut aussi défendu par des musiciens très divers, tels Florent Schmitt, Francis Poulenc, Georges Auric et même Olivier Messiaen ; et on est en droit de penser que sa musique, servie en son temps par des interprètes comme Walter Straham, Jose Iturbi, Yvonne Astruc, Yvonne Loriod et l'Ensemble Marie-Thérèse Ibos (création du Quintette avec piano) ne saurait tomber dans l'oubli.


Ces grands interprètes – c'est le moins qu'on puisse dire – ne lui apportèrent ni gloire, ni fortune, et il finit sa vie pauvrement, dans un petit pavillon de Meudon en région parisienne ; une solitude troublée ici et là par de régulières invitations au jury du Conservatoire2. Il n'eut pas la joie d'entendre de larges extraits de son Tarass Boulba, donnés en 1966 en version de concert par l'Orchestre et les Choeurs de la Radio Française placés sous la direction de Marcel Couraud. Cette exécution fut rendue possible grâce à une intervention décisive de Georges Auric, Charles Münch et Yves Nat, et du grand organiste Edouard Souberbielle, ami de longue date, dont le généreux activisme n'a jamais faibli.


Les liens avec la famille Souberbielle remontent au début du siècle. Merck, alors tout jeune disciple de d'Indy, rencontra le poète Alfred Pouthier qui l'introduisit dans le cercle des intimes de Léon Bloy. La rencontre fut importante à plus d'un titre. Outre le fait qu'il fit connaissance, chez les Bloy, de Georges Auric, Félix Raugel, Ricardo Vines et Madeleine Bloy, violoniste et future épouse d'Edouard Souberbielle, il se vit remettre un exemplaire en français de Ambroise, œuvre du poète et dramaturge danois Christian Molbech (1821-1888), père de Jeanne-Léon Bloy. On doit à cette dernière la traduction de plusieurs ouvrages de son père, dont le célèbre Ambroise, très populaire au Danemark et qui tint longtemps l’affiche au Théâtre royal de Copenhague. Un projet d'opéra est né à l'époque et une superbe copie des deux premiers tableaux du drame est de la main même de Léon Bloy. Jeanne écrivit le livret de l'opéra qu'Armand Merck acheva probablement (les dates sont incertaines) à la fin des années 1930.


Le contraste est poignant entre certains succès de chef d'orchestre, de chef de choeur et de compositeur, en début de carrière, notamment quand Merck occupa des fonctions au Casino de Dieppe (Seine-Maritime), à un poste où Saint-Saëns s'était fait connaître de la haute société anglaise, et une marginalisation presque complète à l’approche de la mort. Des heures fastes (créations à Bruxelles dans le cadre des Concerts Ysaÿe, exécution en 1947 de ses Variations symphoniques par Yvonne Loriod et l'Orchestre de la R.T.F.) alternent avec des moments particulièrement sombres, quand les voies nouvelles de la musique paraissaient reléguer son esthétique dans un lointain passé.


Personnalité difficile mais singulièrement attachante, Armand Merck ne cultiva jamais l'amertume de la Réaction, et jusqu'au bout il put compter sur de grandes amitiés, au premier rang desquelles figurent les Souberbielle. Ces derniers devaient emménager dans sa maison de Meudon quelque dix années après sa disparition, et c'est dans ces lieux qu'est, encore aujourd'hui, conservée une partie de ses archives.


Les sonates pour violon semblent retracer le parcours du compositeur, depuis la première sonate des années liégeoises, dédiée à Eugène Ysaÿe, et la troisième, une des pages ultimes, dédiée à Madeleine Bloy-Souberbielle.

Alexis Galpérine


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1 NDLR : fils de Louis Merck (1831-1900), professeur de cor au Conservatoire de Bruxelles et l'un des fondateurs en 1884 de la Société de Musique de Chambre pour Instruments à Vent, et de Jeanne-Joséphine-Catherine Vanderfeesten. Louis, ami d'Ysaÿe, né à Landau (Allemagne) était lui-même issu d'une dynastie de musiciens allemands. Armand Merck, marié à Denise Vasselin, n'a pas laissé de postérité. Il avait acquis la nationalité française par décret du 26 juin 1929.

2 On fit souvent appel à lui pour les concours de cor. Il était resté un virtuose de l'instrument et ses œuvres pour cuivres, ou pour vents en général, sont d'une qualité remarquable.




“Catalogue des oeuvres d’Armand Merck jusqu’à 1942“, dressé par ses soins (coll. A. Galpérine) DR.

Catalogue des oeuvres d’Armand Merck jusqu’à 1942Catalogue des oeuvres d’Armand Merck jusqu’à 1942Catalogue des oeuvres d’Armand Merck jusqu’à 1942Catalogue des oeuvres d’Armand Merck jusqu’à 1942Catalogue des oeuvres d’Armand Merck jusqu’à 1942



Concert du 7 mai 1934 à Gaveau, programme, annonce dans La Semaine à Paris du 4 mai, critiques dans Le Populaire du 18 mai et dans Le Temps du 2 juin, signée Florent Schmitt
( coll. A. Galpérine )


16 septembre 1947, critique de R. Lagae
sur les Variations symphoniques de Merck
( coll. A. Galpérine )
Article nécrologique signé R. Barbier, 1962
( coll. A. Galpérine )


Denise Merck
Armand Merck au piano
Armand Merck avec son épouse
Armand Merck aux côtés de sa femme et d’Edouard Souberbielle
Denise Merck
( coll. A. Galpérine )
Armand Merck au piano
( coll. A. Galpérine )
Armand Merck avec son épouse
( coll. A. Galpérine )
Armand Merck aux côtés de sa femme et d’Edouard Souberbielle
( coll. A. Galpérine )


 


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