Arsène Muzerelle

Petite revue de presse


 

Arsène Muzerelle
(photo X...) DR.

 

« Un beau concert d'orgue eut lieu dimanche à la Cathédrale [de Reims] :

M. Arsène Muzerelle, organiste à la Cathédrale, diplômé de l’Ecole César Franck de Paris donnait dimanche à 16 heures, à la Cathédrale, un très beau concert d’orgue consacré à J. S. Bach et aux musiciens français.

Le programme, qui fut commenté par M. le Chanoine Lartilleux, titulaire des grandes orgues était ainsi composé : 1. Toccata en fa majeur de Bach. 2. Tu Salus Altissimus, dialogue en trio du cornet et de la tierce et Récit de « Cromorne, pour le Christe » de Couperin. 3. Récit de Nazard, récits de cromorne et de cornet, séparés en dialogue de Clérambault. 4. Duo, dialogue en fa majeur, Grigny ; 5 Chorale en Mi majeur de Franck. 6. Trois pièces de Fantaisies, de Vierne. 7. Sicilienne extrait de la Suite pour orgue, op. 5 de Maurice Duruflé. 8. Berceuse et Fileuse, extraites de la Suite Bretonne, op. 21 de Marcel Dupré. 9. Final de la 1ère Symphonie pour orgue, de Louis Vierne.

Tous les grands organistes français étaient représentés. Couperin connu pour ses pièces de clavecin représentait le XVIIe siècle. Clérambault, d’une famille comptant plusieurs organistes et de Grigny, qui fut organiste à Reims et dont on possède le Livre d’orgue copié de la main de J. S. Bach, représentant le XVIIIe. Ils furent brillamment interprétés par M. Muzerelle qui en fit valoir comme dans son exécution de la Toccata en fa majeur de Bach la pureté de la construction et la science contrapuntique. L’artiste rendit également à la perfection le mysticisme inspiré et la sérénité de César Franck. Les grands organistes contemporain, Louis Vierne, Duruflé et surtout Marcel Dupré malgré leur hardiesse dans le choix des registres séduisirent l’auditoire.

M. Muzerelle les interpréta en grand artiste. Grâce aux sobres commentaires de M. le Chanoine Lartilleux, grâce au grand talent de l’organiste les amateurs rémois de belle musique ont pu dimanche après-midi découvrir ou redécouvrir des musiciens français qui ont su par leur science musicale, par leur génie trouver dans l'orgue l'expression lyrique idéale de leur ferveur religieuse. »

(Le Nord-Est, 25 octobre 1943, p. 2)

 

« 10 juin 1949 : La conférence que fit M. Marcel Aubert, de l'Institut, sur les problèmes de la construction de la cathédrale de Reims, sur le symbolisme de sa décoration intérieure et du revers du grand portail, avait attiré un nombre très important d'auditeurs, heureux de s'instruire en écoutant le savant et attachant professeur d'archéologie. Pendant une heure et demie, il fit valoir, mieux que quiconque, les beautés de notre, cathédrale et nous intéressa à son histoire, à sa décoration en nous la faisant mieux apprécier et davantage aimer.

Au cours de la visite, M. Arsène Muzerelle, organiste titulaire des grandes Orgues, fit entendre des pièces de Nicolas de Grigny et de Henry Purcell. »

(Annuaire-Bulletin de la Société des Amis du vieux Reims, 1945-1950, p. 13)

 

« A la cathédrale, comme nous l’avons annoncé, a été chantée entièrement la messe « Veni Sancte Spiritus », à 4 et 5 voix mixtes et deux orgues de M. le chanoine H. Doyen. Plusieurs familles soissonnaises assistaient à cet office pontifical qui se déroule toujours dans la cathédrale des sacres, avec une majesté et un éclat incomparables.

La première audition intégrale de l’œuvre de M. le chanoine Doyen a été, à Reims, une splendeur : voix d’or des soixante enfants de la maîtrise, belle chorale d’hommes renforcée encore par les élèves du Grand Séminaire (au total une centaine de chanteurs) puissance du grand orgue (le troisième de France, avec ses 87 jeux) dialoguant avec les chœurs ou les renforçant à l’infini ; tout fut parfait.

M. le chanoine Hess, dont la valeur artistique n’a d’égales que sa modestie et son dévouement (on sait sa récente décoration par le président de la République), dirigeait avec dynamisme et maîtrise. Aux grandes orgues, M. Arsène Muzerelle, artiste de grand talent avait, par une délicate attention, joué au cours de l’office, la « Communion » composée en 1930 par le maître Louis Vierne, pour la première messe de M l’abbé Doyen, à Notre-Dame de Paris, ainsi que les variations sur le « Veni Creator », de Maurice Duruflé et le final de la « Seconde Symphonie » de Vierne. L’auteur de la messe qui avait été invité à cette audition et que M. l’Archiprêtre de Reims avait délicatement salué au prône, nous a dit à l’issue de cette grandiose cérémonie, sa fierté et sa joie : « C’est la première fois, déclare M. le chanoine Doyen, que j’entends cette composition interprétée dans le cadre et avec l’éclat et la puissance que j'avais rêvés ». Nous lui redisons, ainsi qu’à ses excellents interprètes, nos sincères et vives félicitations et nous lui souhaitons le plus tôt possible un grand orgue qui lui permette de goûter, à Soissons, des joies artistiques de même ordre et de même qualité. »

(L'Eclaireur soissonnais, 2 juin 1950, np)

 

« Un dix-huitième concert de l’œuvre pour orgue de Jean-Sébastien Bach a permis d'admirer la maîtrise d’Arsène Muzerelle. Il s’est attaqué à la 6e Sonate et aux préludes et fugues les plus grandioses, qui semblaient d'une limpidité extrême sans rien perdre de leur puissance. A la cathédrale de Reims, où Arsène Muzerelle exerce, il a su développer un talent hors de pair. En dehors de J.-S. Bach aucun artiste ne pourrait alimenter ainsi pendant des mois une rubrique radiophonique par sa production consacrée à un seul instrument. W.-L. Landowski. »

(France-Illustration, 12 août 1950, np)

 

« Le choix de la cité rémoise pour centre de la session fut particulièrement heureux. Les sessionnistes eurent l'avantage d'entendre dans le magnifique décor de la cathédrale un récital d’orgue joué par l’organiste titulaire, M. Arsène Muzerelle, élève de M. Marchal. Le mitre distingué nous fit lui-même la description de son instrument, le troisième de France, qui comporte 87 jeux et 4 claviers.

Au programme figurèrent des œuvres de Bach, Daquin, Vierne, C. Franck, etc. Harmonie des sons dans cette autre harmonie des lignes d’une pure architecture gothique : ce fut un régal. »

(La Croix, 7 septembre 1950, p. 3)

 

« Claude Ballif, Prière à la Sainte Vierge, Chapelet, Les Battements du cœur de Jésus, Prière au Seigneur, Ensemble vocal Arsène Muzerelle, ARN 31.934.

Je ne saurais trop recommander l'écoute de ce disque. Un style s'affirme dans ces pages d'une puissante originalité. Un style qui échappe à toute catégorie et introduit plutôt au cœur d'une expérience paradoxale ici, rigueur et liberté, simplicité et complexité, violence et douceur, sérieux et humour forment le mouvement unique et unifié d'une musique qui nous conduit bien au delà de ces contradictions. Cette musique se nourrit d'une nécessité intérieure. C'est là que s'origine une pensée et un langage musical des plus féconds d'aujourd'hui. A chacun d'écouter comment se dérober à pareille aventure ? L'Ensemble vocal Arsène Muzerelle domine les difficultés techniques de ces pages avec aisance. Son style vocal très dépouillé convient admirablement à cet art sensible et délicat. On sera particulière ment touché par l'articulation des durées multiples de ces œuvres, que cette interprétation restitue avec fidélité et intelligence. Une très belle réalisation. »

Philippe Charru

(Etudes, 1er mai 1981, p. 720)

Collecte : Olivier Geoffroy

(décembre 2025)

 

NOTES BIOGRAPHIQUES

 

Arsène Muzerelle, né à Marseille le 21 mai 1919 et décédé le 15 janvier 2016 à Pertuis (Vaucluse), débute enfant, dès 1927, l’étude de la musique à la Maîtrise de la cathédrale Notre-Dame de Reims, alors dirigée par le chanoine Lucien Hess. Il étudie également l’orgue auprès de l’abbé Jules Lartilleux, le titulaire du grand orgue de cette église. Entré ensuite à Paris à l’Ecole supérieure de musique César-Franck, il y suit les cours d’orgue d’Abel Decaux et Edouard Souberbielle et de piano avec Marie-Hélène Bonnet. Il en ressort diplômé en 1942. Parallèlement, dans la capitale, il se perfectionne avec André Marchal et Gaston Litaize. A Reims, où il est déjà suppléant de l’orgue de choeur de la cathédrale depuis 1938, il devient suppléant du grand orgue en 1945, avant d’en être nommé titulaire en 1947, succédant-là à son maître Jules Lartilleux décédé. A partir de 1959, il occupe également le poste de directeur de la Maîtrise. Avec elle et son chœur mixte « Les Alouettes de Champagne » puis son « Ensemble vocal et instrumental Arsène Muzerelle » il va donner de nombreux concerts, près de 450, bien souvent avec de grandes œuvres, telles celles de Bach (les Passions, Messe en si) et de Mozart (des Messes) entre autres, mais aussi des pages profanes (Ravel, Debussy, Poulenc…), ainsi que des œuvres de compositeurs contemporains, notamment l’intégrale de la musique chorale de Claude Ballif qu’il enregistre chez Arion en 1972. A ses claviers de la cathédrale, ses récitals sont courus (une centaine) avec entre autres des œuvres de Couperin, Franck, Messiaen… et l’intégrale de l’oeuvre d’orgue de Bach.

 

Parallèlement, à partir de 1947 au décès de Jules Hansen, il enseigne l’orgue au Conservatoire de cette ville, et ce jusqu’en 1985. Parmi ses élèves, on peut citer Francis Albou, Jean-François Baudon, Gérard Fève, Jean-Philippe Gélu, Louis Legin, Jeanne Maître, Thierry Malette, Vincent Paulet, Jean-Louis Petit, Nicole Pillet-Wiener, Marc Pinardel, Maurice Pinsson, Pascale Rouet, Vincent Paulet, Nicole Wild…

 

En juin 1998, après l’arrivée récente d’un nouvel archevêque voulant prendre la main autoritairement sur la Maîtrise et de multiples démarches toujours inabouties pour faire restaurer l’instrument dont il est titulaire depuis 55 ans, Arsène Muzerelle démissionne et prend sa retraite. C’est Pierre Méa lui succède à l’orgue et Olivier Latry à la classe d’orgue du Conservatoire de Reims. Il se retire alors en 2004 dans le Lubéron, à Pertuis (Vaucluse). Là, en 2008 va disparaître son épouse, née Marie Coqueret (« Mita »), ancienne professeur d’anglais, et huit ans plus tard, c’est à son tour de la rejoindre dans la tombe, le 14 janvier 2016, alors âgé de 96 ans.

 

« Anticonformiste, exigeant envers lui-même comme avec ses élèves, riche d’un humour caustique mais d’une grande bonté, Arsène Muzerelle ne se laissait guère bercer par les vapeurs du modernisme ambiant. Dans la tourmente musicale postconciliaire, il soutint avec panache et efficacité la tradition musicale au sein de sa cathédrale », a écrit le quotidien L’Union (www.lunion.fr )dans son édition de Reims du 18 janvier 2016.

 

Notons qu’on lui doit une dizaine d’enregistrements produits par Arion, Erato, Pavane, Evan, et Gueul’Ard (Mouzon) et qu’il est l’auteur d’un livre de souvenirs intitulé Arsène, ma vie, écrit en 2012 (114 pages), publié par les éditions Gueul’Ard de Mouzon ( http://orgue-mouzon.fr/ ), avec une préface de Jean-Philippe Gélu. Lors de sa retraite, plusieurs de ses anciens élèves lui ont rendu un bel hommage dans la revue trimestrielle Lettres d’orgues (n° 8, 1999, p. 1 à 4) …

Denis Havard de la Montagne

 

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