L'orgue de la basilique Saint-Epvre de Nancy
à travers la presse et les ouvrages du XIXe siècle

 

Nancy, cathédrale Saint-Epvre
(coll. O. Geoffroy) DR.

 

 

Voici quelques extraits d'articles et de monographies copiés par ordre chronologique et qui traitent de l'orgue Merklin-Schütze de la basilique Saint-Epvre de Nancy, présenté à l'Exposition Universelle de 1867.

 

 

Le Constitutionnel (Paris) du 5 août 1867 :

 

« Nous sommes allés visiter au Champ-de-Mars le grand orgue destiné à l'église Saint-Epvre de Nancy. Les perfectionnements ingénieux qui le tirent de pair, ont valu à M. Merklin la Légion d'honneur.

C'est M. Renaud de Vilbac, l'organiste de Saint-Eugène, qui a fait parler devant nous cet immense instrument.

En considérant cette forêt de tuyaux, cette multitude de jeux, ces pédales, ces nombreux claviers, ces soufflets gigantesques sur lesquels, comme des vendangeurs foulant le raisin, dansent les souffleurs chargés de remplir de vent les poumons de ce monstre harmonieux, nous pensions à la syrinx, à la modeste flûte de pan qui fut, dit-on, le point de départ de l'orgue et qui, aujourd'hui complètement délaissée, ne sert plus qu'à donner le torticolis à quelques joueurs de vielle, engoncés dans une cravate thermidorienne. [...]

En écoutant l'improvisation si intéressante et si variée de M. Renaud de Vilbac, nous nous rappelions aussi ces anciens organistes qui, sous leurs poings serrés par des lanières, comme par un ceste, faisaient résonner à grands coups les touches, larges de six pouces, des orgues primitives.

Grâce aux derniers perfectionnements obtenus par la maison Merklin, les touches de l'orgue de Saint-Epvre sont aussi douces et aussi faciles à faire parler que les doubles détentes de ces pistolets sur lesquels il suffit, dit-on, de souffler pour les faire agir. […]

A l'exposition universelle, le souffleur et l'organiste s'entendaient fort bien et le disciple d'Eole a soufflé à M. de Vilbac une fantaisie charmante et un morceau fugué qui méritait bien de figurer parmi les envois de l'art contemporain car, quoi que fugué et classique, il n'a pas été ennuyeux un seul instant. [...] »

 

 

La France musicale du 5 janvier 1868 (Paris, p. 145-146) :

 

« Parmi les grandes orgues placées à l'exposition, le jury a particulièrement distingué le grand orgue destiné à l'église Saint-Epvre, de Nancy, tant à cause de son importance au point de vue de la puissance sonore que du mérite de conception et d'exécution de ses différentes parties. Construit dans les ateliers de la Société anonyme pour la fabrication des grandes orgues (établissement Merklin-Schütze), ce bel instrument composé de quarante-quatre jeux est disposé comme suit :

1° - Un clavier dit de positif, de 56 notes composé de 10 jeux.

2°-          --       dit grand orgue, de 56 notes, composé de 15 jeux.

3°           --       dit récit expressif, de 56 notes, composé de 10 jeux.

4°           --       dit pédalier, de 27 notes, composé de 9 jeux.

                                                                            TOTAL : 44 jeux.

5° - Une série de 15 pédales d'accouplement et de combinaison.

Dans cette disposition des jeux ou registres, le choix des timbres est fait avec intelligence, les basses n'étouffent pas les voix supérieures, défaut trop ordinaire dans la plupart des grandes orgues. L'organiste peut trouver des moyens de variété presque inépuisables pour ses inspirations, bien que les jeux ne soient pas multipliés à l'excès dans cet instrument comme dans d'autres grandes orgues, où ils sont au nombre de soixante-dix, quatre-vingt et même jusqu'à cent. Ce luxe inutile de l'ancienne facture ne s'obtenait que par le redoublement des mêmes jeux, de grosse et de petite taille, ainsi que par l'abus des jeux de mutation tels que les mixtures, cymbales, cornets à tous les claviers, nasards et tierces, dont les harmoniques multipliées anéantissaient la véritable harmonie de l'orgue.

L'établissement Merklin-Schütze se distingue spécialement par ce mérite de produire autant d'effet et d'avoir autant de puissance, par la réunion de quarante à quarante-cinq jeux, que d'autres facteurs avec un tiers de plus.

Les divers perfectionnements introduits dans la facture moderne des orgues se trouvent tous réunis dans l'instrument sorti des ateliers Merklin-Schütze (Paris), à savoir :

1° - Soufflerie à diverses pressions, avec réservoirs et régulateurs indépendants.

2° - Application du système des doubles layes aux sommiers.

3° - Application du levier pneumatique, complet au grand-orgue et spécial à chaque clavier.

4° - Simplicité et promptitude des mouvements dans le mécanisme.

5° - Disposition par groupes et par série des pédales d'accouplement et de combinaison.

6° - Réunion de jeux de divers systèmes de facture et perfection de leur harmonie.

[…] Ces diverses familles de jeux exigent des pressions de vent différentes pour la bonne harmonie de leur ensemble ; c'est ainsi que dans l'orgue Merklin-Schütze la pression est de 0,10 m pour les jeux de fonds et de 0,12 m pour les jeux d'anches et de mutation. Pour le fonctionnement des appareils pneumatiques la pression est de 0,14 m. […]

Toutefois, il a été reconnu que le levier pneumatique seul n'est pas suffisant pour triompher complètement de la résistance, lorsque tous les claviers sont accouplés. MM. Merklin-Schütze ont fait disparaître cette imperfection par l'application d'une série de soufflets pneumatiques à chaque sommier à double laye, lesquels ont pour effet d'imprimer aux mouvements de chaque clavier autant de légèreté que de précision. […]

Les facteurs de l'orgue de Nancy ont classé avec ordre les pédales d'accouplement et de combinaison à l'aide desquelles l'organiste dispose, sans peine et sans ôter les mains du clavier, de toutes les ressources de puissance, d'expression et de variété que lui offre l'instrument. En les rangeant par groupes d'effets analogues, ils ont rendu faciles les mouvements des pieds de l'artiste exécutant et soulagé sa mémoire concernant la place destinée à l'effet spécial qu'il veut produire.

Le jury a reconnu avec satisfaction que les facteurs de ce grand instrument lui ont conservé le caractère de l'orgue d'église, conformément à sa destination, au lieu de le surcharger d'effets de fantaisie, dans lesquels le génie du mécanicien peut se faire admirer, mais qui n'entreront jamais dans l'art sérieux. […] En écoutant un très habile artiste, M. Renaud de Vilbac, dans l'exécution des grandes pièces de Bach, sur l'instrument sorti des ateliers Merklin-Schütze, le jury a constaté que cet orgue a toutes les qualités désirables de puissance, de majesté et de variété. L'examen auquel il a été soumis dans ses détails, a démontré qu'il ne laisse rien à désirer pour le fini du travail ainsi que pour les dispositions intérieures, qui rendent facile l'abord de toutes les parties de l'instrument. [...] »

 

 

Le Ménestrel du 10 avril 1869 (Paris, Heugel, p. 158) :

 

« Le grand orgue qui a été couronné à l'exposition de 1867 vient d'être installé dans la nouvelle et magnifique église de Saint-Epvre, à Nancy, qui s'achève grâce au zèle et au dévouement de son curé, M. l'abbé Trouillet. L'inauguration solennelle qui est fixée aux 28 et 29 avril, sera une véritable fête musicale. Des organistes célèbres de la France, de la Belgique et de l'Allemagne ont promis leur concours pour faire apprécier ce bel instrument qui a été jugé si favorablement et qui a valu les plus hautes distinctions à ses auteurs, la Société anonyme des grandes orgues, établissement Merklin-Schütze. »

 

 

L'Univers (Paris) du 23 avril 1869 :

 

« M. l'abbé Trouillet, curé de Saint-Epvre, dont le zèle infatigable a doté la ville de Nancy de la magnifique église qui s'achève sous le vocable de Saint Epvre, vient de compléter l'ornementation de cet édifice par de magnifiques vitraux, déjà posés en grande partie, une chaire à prêcher et un maître-autel remarquable.

Le grand orgue est installé. Cet instrument, sorti des fabriques de M. Merklin-Schütze, est le même qui a figuré à l'exposition universelle de 1867, et pour lequel, M. Merklin a obtenu une grande médaille d'or et la décoration de la Légion d'honneur.

L'inauguration solennelle de cet instrument est fixée aux 28 et 29 de ce mois.

Des organistes célèbres de la France, de l'Allemagne et de la Belgique promettent à M. le Curé leur concours désintéressé, afin de lui procurer par ces belles séances musicales, de nouvelles ressources pécuniaires, si nécessaires à l'achèvement de cette grande œuvre. »

 

 

Le Petit Journal du 24 avril 1869 (Paris, p. 3) :

 

« L'inauguration du grand orgue de la magnifique église de Saint-Epvre, à Nancy, aura lieu les 28 et 29 avril.

On se rappelle que c'est l'orgue qui a valu les plus hautes distinctions à la Société anonyme Merklin-Schütze à l'exposition de 1867 et qui a été acquis grâce au dévouement de M. l'abbé Trouillet, curé de Saint-Epvre. »

 

 

Dans l'ouvrage Etudes sur l'exposition de 1867 (Paris, Lacroix, 1869), on lit page 145 :

 

« Section de France. L'orgue le plus considérable qu'on puisse voir à l'exposition est celui de l'établissement Merklin-Schütze. Il se compose de 42 jeux répartis entre trois claviers et un pédalier. Quinze pédales d'accouplement ou de combinaison viennent aider l'organiste dans l'exécution. Le jeu qui donne la note la plus grave est une sous-basse gigantesque de 32 pieds qui résonne au pédalier.

Ce qui contribue surtout à l'excellence des sons de cet instrument, c'est que le facteur y a réuni les meilleurs jeux de la facture des divers pays. C'est donc un orgue essentiellement éclectique, si je puis m'exprimer de la sorte. C'est un mélange surtout de jeux allemands et français ; d'ailleurs la maison Merklin-Schütze ayant une succursale en Belgique, n'a fait que remplir ainsi les traditions de son double établissement. Les deux jeux qui ont été le plus appréciés sont le cor anglais à anches battantes [ ? confusion avec le hautbois ?] et la clarinette à anches libres. Dans cet orgue destiné à l'église Saint-Epvre de Nancy, le facteur a cherché à éviter les complications inutiles et à rendre le mécanisme le plus simple possible, ce qui peut être regardé sans contredit, comme un véritable perfectionnement. [...] »

Ouvrons ici une parenthèse au sujet de l'orgue de choeur (Merklin-Schütze, 9 jeux réels à l'origine, auxquels une gambe 8' de récit s'est ajoutée par la suite). Composition :

Grand-orgue (56 notes) : Bourdon 16', montre 8', bourdon 8', salicional 8', prestant 4', trompette 8' (Bet D).

Récit expressif (44 notes) : Bourdon harmonique 8', flûte harmonique 4', basson-hautbois 8'.

Pédale (27 notes) : Soubasse 16'.

Acc II/I, tir. I, appel anches I, expression par cuiller (trémolo ajouté en même temps que la gambe du récit par Kühn au début du XXè siècle).

 

 

Le Ménestrel du 10 mars 1872 :

 

« On écrit de Nancy : Jeudi 21 février a eu lieu l'expertise de l'orgue du choeur de Saint-Epvre. MM. Hess, père et fils, Marteau et Helmer, ont successivement fait valoir les qualités de ce bel instrument. De son côté, M. Hellé [maître de chapelle] dans le but de faire ressortir la sonorité comme instrument d'accompagnement a fait exécuter deux morceaux de chant. La commission d'expertise, après un examen détaillé, a constaté en termes élogieux, dans un procès-verbal, que cet orgue qui sort, ainsi que le grand orgue, des ateliers de la Société anonyme pour la fabrication des grandes orgues et harmoniums à Paris et à Bruxelles (ancien établissement Merklin et Schütze), réunit toutes les qualités et ressources d'un excellent instrument et répond parfaitement à son but. »

Enfin, dans l'ouvrage La vérité sur la reconstruction de la basilique de Saint-Epvre à Nancy (Nancy, Vagner, 1891, p. 142 sq.), on lit ce qu'il est convenu d'appeler un réquisitoire en règle :

« Comme l'architecte ne sut pas réserver dans la tour un emplacement susceptible de recevoir un orgue en rapport avec l'importance du vaisseau, il fallut sacrifier une travée pour loger l'instrument. […] On le jucha stupidement près de la voûte, tout en l'asseyant sur un plancher qui tremble lorsque la soufflerie est en mouvement et vibre au moindre son émis par les tuyaux. En sorte que ceux qui sont appelés à l'orgue s'imaginent à chaque instant qu'ils vont se voir précipités sur le pavé avec la tribune, ses lourds pendentifs et ce qui se trouve dessus. Il faut toujours éviter qu'un grand orgue d'église soit installé sur une tribune relativement surélevée par rapport aux proportions du monument […], il est de toute nécessité qu'une tribune soit parfaitement ferme. […] S'il avait été tenu compte de ces principes spéciaux, l'orgue de Saint-Epvre eût fourni d'autres résultats. […]

Pour en revenir à l'orgue de Saint-Epvre, disons qu'un autre, mieux avisé et plus au courant, quoi qu'on ait écrit, des choses d'église que le fut jamais Morey [architecte], se serait arrangé de manière à ce que les principaux tubes acoustiques figurassent au premier plan dans la montre d'un beau buffet. Tout, de ce côté-là, serait à recommencer. […]

Or, quand il [l'abbé Trouillet] parle de l'orgue, il nous le donne comme étant un trente-deux pieds. Un trente-deux pieds ! Quelle exagération, quelle erreur complète ! […] à Saint-Epvre, les plus grands tuyaux visibles n'ont pas trois mètres et encore ne compte-t-on que 63 tuyaux, grands et petits distribués dans la montre, pas davantage. De plus, il n'y a en tout que 44 jeux dont un seul registre résonnant le 32 pieds qui n'est ici réellement qu'un 16 pieds bouché et huit 16 pieds tant ouverts que fermés. Ce qui veut dire que cet orgue n'est en somme, en y mettant de la complaisance qu'un petit seize pieds ou un beau huit pieds. […]

Cet orgue se trouve loti d'un buffet de mauvais goût, mal compris et d'un genre différent que le reste du mobilier. On se rend bien compte en l'examinant que Morey n'en fut pas l'inventeur ; le dessin est certainement l'oeuvre du facteur Merklin, peut-être, si l'on veut, revue par l'architecte, mais il n'y a rien de moins sûr, car on saisit de suite la ressemblance qu'il présente avec les types des buffets courants indiqués dans les prospectus des organiers. D'ailleurs, M. Morey, qui n'entendait strictement par un mot à ces sortes de travaux, a du simplement s'en remettre au facteur du soin d'arranger la façade. »

 

D'autres périodiques et ouvrages ont traité de l'instrument au cours du XXè siècle mais cela nous éloigne des limites temporelles fixées à la présente recherche.

 

Olivier Geoffroy

(juillet 2017)

 

 

Composition actuelle du grand orgue Merklin-Schütze :

 

Positif intérieur (56 notes) : Bourdon 16', Principal 8', Rohrflûte 8', Salicional 8', Gambe 8', Prestant 4', Flûte harm. 4', Clochette II rangs, Trompette 8', Clarinette 8'

 

Grand-Orgue (56 notes) : Principal 16', Bourdon 16', Montre 8', Bourdon 8', Flûte harm. 8', Dulciana 8', Gambe 8', Prestant 4', Flûte octaviante. 4', Quinte-Flûte 3', Grand Cornet V rangs, Fourniture V-VI rangs, Bombarde 16', Trompette 8', Clairon 4'

 

Récit expressif (56 notes) : Bourdon 8', Flûte harm. 8', Gambe 8', Voix céleste 8', Flûte octaviante. 4', Flageolet 2', Basson 16', Trompette 8', Basson-Hautbois 8', Voix humaine 8'

 

Pédale (27 notes) : Soubasse 32', Grosse flûte 16', Soubasse 16', Octavebasse 8', Violoncelle 8', Flûte 4', Bombarde 16', Trompette 8', Clairon 4'

 

Accouplements : Positif/G.O., Récit/G.O. en 16' et 8'. Machine G.O. Tirasses : Pos., G.O., Récit. Appels d'anches : G.O., Positif, Récit, Pédale Forte.

 

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