Quelques œuvres lyriques et orchestrales de Valentin Neuville
vues par la critique


 

 

 

Valentin Neuville, né le 12 avril 1863 à Rexpoëde (Nord), décédé le 23 juin 1941 à Lyon, fils d'un facteur d'orgues, fit ses études musicales auprès de Lemmens à Malines, puis de Mailly au Conservatoire royal de musique de Bruxelles (1er prix d'orgue 1884). Après un passage à Brioude (Haute-Loire), il se fixait à Lyon en 1890 et était nommé l'année suivante organiste titulaire à Saint-Nizier, puis en 1909 à Saint-François-de-Sales. Là, il succédait à Paul Widor, lui-même successeur de son frère Charles avant son installation à Paris et qui avait secondé quelque temps leur père dans cette tribune. Egalement professeur d'orgue au conservatoire de cette ville (1915-1933), on doit à Valentin Neuville des symphonies, des opéras, un oratorio (Notre-Dame de Fourvière), des pages pour piano, des mélodies, ainsi que des motets et des pièces pour orgue. Son frère Georges Neuville (1878-1973), longtemps professeur de musique à Lons-le-Saulnier (Jura), a tenu l'orgue de l'église des Cordeliers de cette ville durant 68 ans. [D.H.M.]

 

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« A l'Opéra d'Anvers, on a représenté avec un grand succès Tiphaine, drame lyrique de Louis Payen, traduit en flamand par M. Keurwels chef d'orchestre de l'Opéra, musique de Valentin Neuville. »

(L'Oeuvre d'art, 15 février 1899, np).

 

« NEUVILLE (V.). Tiphaine, épisode dramatique en deux parties. Poème de Louis Payen. (Trad. flamande de E. Keurvels, allemande de Th. Rehbaum). (Leipzig, Breitkopf et Härtel. Piano et chant en allemand et français, 8fr.) […]

Beau drame, bien court peut-être en ses deux tableaux, qu'on pourrait jouer d'ailleurs sans baisser le rideau. Musique claire, simple et chantante, pleine de ressouvenirs de ballades et de légendes. Musique intime. La tristesse de Tiphaine, son ennui, ses « laissez-moi seule », ses « j'aurais dû mourir » sont marqués de motifs expressifs et troublants, mieux que la passion sauvage où la musique s'efforce. Des morceaux : la chanson de la bohémienne parmi des déclamations lyriques tout de même « morceaux », et le choeur funèbre sans accompagnement, des serviteurs, rappelant les chasses du vieux guerrier. Souvent banale, médiocre même, mais dramatique, facile, prenante, cette musique est toute parfumée de légende — vieux châteaux, forêts, crépuscules de gravures romantiques. — Un peu de Gustave Doré...

Ces qualités et ces défauts n'ont fait que s'exagérer dans la nouvelle oeuvre de M. Neuville : Les Willis.

NEUVILLE (V.). Les Willis, légende lyrique en cinq tableaux. Poème de E. Vial. (Leipzig, Breitkopf et Härtel. Piano et chant, 20 fr.)

Les Willis sont les fiancées mortes à la veille de leurs noces. Elles sortent la nuit du lac, qui dort dans la forêt, et tendent leurs bras vers les chasseurs maudits. Le drame a une jolie couleur de ballade allemande ou de Bohême, mais il a aussi une gaîté de chansons de guzlars, bruyante et facile, pas toujours distinguée. »

(L'Art dramatique et musical au XXème siècle, Paris, 1901, p. 201-203)

 

« GRAND THÉÂTRE DE LYON. — Première représentation de Tiphaine, drame lyrique de M. Valentin Neuville.

Parmi les grandes villes françaises de province, c'est incontestablement à Lyon que les essais de décentralisation, en matière de théâtre, et surtout de théâtre lyrique, se manifestent le plus fréquemment et de la manière la plus intéressante. Nous venons tout récemment d'en faire la constatation — une fois de plus — avec Tiphaine, drame lyrique en deux parties de M. Louis Payen, pour le livret, et de M.   Valentin Neuville pour la musique.

L'œuvre est de belle tenue littéraire, de facture musicale d'un caractère réellement élevé et aussi de « présentation » artistique tout à fait remarquable, ainsi qu'on le pouvait attendre du distingué directeur de l'Opéra municipal de Lyon, M. Broussan, qui avait déjà fait ses preuves en montant les Girondins et Armor, de façon à donner satisfaction aux plus difficiles, et qui vient de mettre en scène Tiphaine, avec un soin, un souci du détail, une science et une habileté auxquels il convient de rendre hommage, et qui placent l'Opéra de l'antique Lugdumum au rang des plus brillants entre les grands théâtres lyriques de l'Europe.     La partition de Tiphaine fait le plus grand honneur au compositeur averti qui en est l'auteur. Respectueux de la forme wagnérienne, très initié aux progrès qu'a accomplis depuis quelques années la science de l'instrumentation, M. Neuville appuie sur une technique éminemment solide les ressources mélodiques d'une imagination largement et heureusement inspirée, et son œuvre a été, on peut le dire, une révélation pour les dilettantes et pour la critique. »

(La Lanterne, 29 janvier 1906, p. 2)

 

« On annonce que MM. Flon et Landouzy ont reçu pour être créé en janvier prochain, Madeleine, drame lyrique en trois actes et quatre tableaux de M. Valentin Neuville, sur un poème de M. Louis Payen. Souhaitons à cette oeuvre plus de succès qu'à Tiphaine. »

(Revue musicale de Lyon, 15 juin 1906, np)

 

« Lyon. La Revue d'Art dramatique et musical publie un compte-rendu détaillé de Tiphaine, épisode dramatique en deux parties, dont la première représentation en France a été donnée au grand Théâtre de Lyon le 23 janvier dernier. Le livret, en prose rythmée et assonancée, est de M. L. Payen, un Lyonnais, et la musique est de M. Valentin Neuville, Lyonnais d'adoption. Tiphaine avait déjà vu le feu de la rampe à Anvers et à Stockholm, où il avait été accueilli avec le succès qu'il a encore rencontré à Lyon. Ce qui prouve une fois de plus qu'il n'est pas impossible à un auteur dramatique ou lyrique de réussir sans se soumettre à la loi de Paris. »

(L'Action régionaliste, 1906, p. 389)

 

« M. Valentin Neuville veut faire mentir le proverbe Nul n'est prophète en son pays. Flamand d'origine, il est devenu tout à fait Lyonnais depuis plus de quinze ans, et il a fait entendre assez souvent ses oeuvres dans notre ville. C'est ainsi que l'on a pu applaudir, il y a quelques années, une charmante musique de scène pour une pièces d'ombres, le Trèfle à quatre feuilles ; en 1906, au Grand-Théâtre, Tiphaine, drame lyrique en trois actes ; le mois dernier, aux Grands-Concerts, son triptyque de Fourvière, Mardi dernier, 1e Grand-Théâtre représentait Madeleine, pièce rustique en trois actes et quatre tableaux, dont le poème est dû à M. Louis Payen, librettiste de Tiphaine. Le livret de M. Louis Payen, disons-le tout de suite, n'est pas bon. On peut en résumer en quelques mots la languissante action, renouvelée de l'histoire touchante de la mère Renaud et de Balthazar dans l'Arlésienne. […]

L'intérêt du drame est presque nul, et la plus belle musique du monde ne pourrait galvaniser les cadavres de personnages que sont Prosper, Madeleine ou Jean.

La plus belle musique du monde... La musique de M. Neuville n'est, hélas ! pas celle-là, et j'ai grand déplaisir à l'affirmer, d'autant plus que je vais apporter une note discordante dans le concert d'éloges que tous les journaux quotidiens, sauf un, ont fait entendre mercredi. J'ai, tout récemment, lors de l'audition de Fourvière, déclaré le peu de sympathie que j'éprouve pour l'art très personnel, très sincère et très probe du distingué organiste de Saint-Nizier ; il y a deux ans, j'avais eu à rendre compte de Tiphaine, non pas dans la Revue Musicale, dont j'avais alors confié la chronique théâtrale à un de mes collaborateurs, mais dans une publication aujourd'hui défunte, la Revue de Lyon et du Sud-Est ; j'avais écrit alors un article très dur, d'apparence injuste, sur cette oeuvre lyrique que beaucoup de nos compatriotes estiment ; j'ai relu ce vieil article; je pourrais le reproduire sans y rien changer, car il s'applique aussi bien à Madeleine qu'à Tiphaine, et il pourrait convenir aussi au triptyque orchestral de Fourvière. J'y notais la pauvreté mélodique, la ressemblance des thèmes entre eux, leur monotonie, leur absence de développement, la faiblesse de l'instrumentation et le caractère d'improvisation de la partition tout entière. Toutes ces désobligeantes remarques doivent reparaître dans un compte rendu impartial de la nouvelle oeuvre lyrique de M. Neuville. […]

L'indigence mélodique, voilà d'abord ce qui frappe à l'audition de Madeleine, M. Billiet avait relevé dix-huit thèmes dans Tiphaine ; il en a remarqué seize seulement dans Madeleine. Ce n'est pas beaucoup assurément, mais si je ne les avais pas vus, dans l'étude thématique, clichés d'après l'autographe de M. Neuville, j'aurais affirmé qu'il y en a beaucoup moins. Tous ces thèmes se ressemblent étrangement, et ils rappellent, par leur air de famille, par leur brièveté et leur faible valeur expressive, ceux de Tiphaine ; ils sont pourtant plus étendus que ces derniers. […]

Cette indigence mélodique initiale des thèmes n'est certes pas un vice rédhibitoire. Certains compositeurs se sont plu à tirer des oeuvres entières et débordantes de| mélodie, d'une cellule rudimentaire : voyez plutôt le second quatuor de Vincent d'Indy avec son épigraphe de quatre notes ornées de trois clefs différentes. Mais à cette pauvreté d'idées s'ajoute une impuissance de développement qui, vraiment, tient du prodige ; je suis certain d'ailleurs qu'elle est voulue et recherchée. Je ne blâme pas M. Neuville ; je constate simplement que son esthétique s'éloigne des idées courantes et de nos habitudes. Le développement mélodique, le compositeur le remplace par la répétition, répétition incessante, qui fait entendre inlassablement le même dessin, dix, vingt ou trente fois de suite, sans modification de rythme ou de timbre. […]

Le rythme, du reste, voilà encore un élément qui, dans la partition de Madeleine, fait défaut, à tel point que, au bout de deux heures de spectacle, on entendrait avec ravissement quelque rythme joyeusement marqué, même de contredanse. Je voudrais bien ne pas avoir à continuer cet article qui semble tourner de plus en plus au réquisitoire haineux, alors que je n'éprouve que de la sympathie pour M. Neuville, en tant qu'homme, en tant qu'organiste et en tant qu'artiste. Peut-être vais-je trouver matière à éloges. Les critiques de la presse quotidienne n'ont-ils pas parlé de la maîtrise de M. Neuville comme symphoniste et orchestrateur ? N'ont-ils pas parlé, arec éloge, de son wagnérisme ? Le wagnérisme de Madeleine ? Mes remarqués sur le développement des thèmes me dispensent d'insister.

Ce qu'il y a de fécond dans le système musical de Wagner, ce n'est pas le thème-étiquette que les personnages, en entrant en scène, vous font remettre par l'orchestre comme une carte de visite ; c'est le leitmotiv, le véritable thème conducteur, transformable à volonté, comme Alberich muni de son Tarnhelm, mais reconnaissable pourtant, élément vivant, mobile, essentiellement actif ; les thèmes de M. Neuville sont impassibles, immobiles, morts. L'art du symphoniste et le maniement de l'orchestre ne sont guère plus louables. Un journaliste intérimaire, qui, à défaut d'autres qualités, possède au plus haut point le sens de la famille, nous a annoncé, dans L'Express, que, « comme M. Amédée Reuchsel, organiste de l'Eglise réformée, M. Neuville est premier prix d'orgue et d'harmonie du Conservatoire de Bruxelles, dont l'enseignement, on le sait, est réputé dans le monde entier. » M. Neuville n'a pas dû être extrêmement flatté de se voir associé avec le Tondichter de l'Ode à la République, de joyeuse mémoire ; mais là n'est pas la question, je suis très convaincu que l'excellent organiste de Saint-Nizier connaît parfaitement l'harmonie et qu'il l'enseigne fort bien ; il a certainement la pratique du contrepoint double ou quadruple, et, en fait « d'imitations », personne ne pourrait lui en remontrer. L'« imitation », voilà la caractéristique du travail symphonique de Madeleine. Des imitations incessantes, mais trop souvent rigoureuses, exaspèrent l'auditeur. Pas un thème qui se présente sans se répéter de suite ; pas un dessin qui ne se reflète immédiatement à un instrument de l'orchestre. L'écriture de M. Neuville, c'est l'application minutieuse à la musique du principe des échos. Et ces répétitions de chaque instant et de chaque mesure accusent encore le peu d'intérêt des thèmes. Ces pauvres corps mélodiques, étriqués et souffreteux, nulle harmonie vraiment intéressante ne les vêt. Et l'orchestration est bien celle de l'organiste. Tout l'orchestre marche par paquets. […]

C'est, d'un bout à l'autre, de la registration ; de la véritable orchestration, jamais. Telles sont les remarques générales qu'on peut faire, sans parti-pris d'admiration ou de dénigrement, au sujet de Madeleine. Si ce compte rendu n'était déjà si long, et si je ne craignais d'accumuler les critiques, je remarquerais la négligence de la déclamation et de la prosodie, mal perceptible du reste par suite de la diction des interprètes ; mais j'ai hâte, après tant d'observations critiques, d'en arriver aux éloges.

Au milieu de la languissante tristesse de la partition, Quelques pages se détachent, d'un relief peu accusé, mais qui, isolées de l'oeuvre, révéleraient sans doute tout leur charme réel et leur inspiration : on a remarqué surtout la chanson aux étoiles, malheureusement déplacée dans la bouche d'un berger, et l'hymne solennel à la terre, renouvelé de Zola-Bruneau, que Prosper chante avec ampleur. Le duo d'amour du deuxième acte présente aussi des passages d'une indiscutable valeur ; mais ces quelques phrases s'atténuent, au point de passer presque inaperçues, dans la monotone grisaille de l'oeuvre tout entière. Je parlais de la sincérité et de la probité artistiques de M. Neuville : l'une et l'autre sont admirables. Le musicien a voulu ce qu'il a fait ; il l'a réalisé parce qu'il le croit bon ; il n'a rien fait pour attirer les applaudissements du public ; il a méprisé les succès faciles. Il sera indifférent aux rares critiques qui lui ont été adressées par la presse, et il mettra sur je compte de l'incompréhension le long article que l'on vient de lire ; mes critiques, il les considérera comme on doit les considérer, c'est-à-dire non comme des reproches, que je n'ai pas le droit de faire, mais comme des observations manifestant clairement que lui et moi ne parlons pas la même langue, ou avons sur l'art des idées diamétralement opposées. Il continuera certainement à écrire, avec hâte de nombreux drames que nous n'entendrons peut-être plus à Lyon, Mais si le Grand-Théâtre représente encore, quelque jour, une nouvelle Madeleine, je répéterai les mêmes observations, en continuant à considérer la manière de M. Neuville comme une erreur théâtrale et musicale, de même que M. Neuville tiendra les articles de la Revue Musicale pour des manifestations maladroites et regrettables de la plus pitoyable incompréhension artistique. Léon VALLAS »

(Revue musicale de Lyon, 16 février 1908, p. 513-521)

 

« Le Grand-Théâtre de Lyon a donné, le 11 février, la première représentation d'un opéra inédit en trois actes et quatre tableaux, Madeleine, paroles de M. Louis Payen, musique de M. Valentin Neuville, dont les principaux rôles ont pour interprètes Mlle Claessens et de Wailly et MM. Gaidan et Faure Fernet. M. Valentin Neuville, qui a fait son éducation musicale au Conservatoire de Bruxelles, où il a obtenu les premiers prix d'harmonie et d'orgue, est depuis longtemps fixé à Lyon, où il remplit les fonctions d'organiste à l'église Saint-Nizier. Il a déjà fait représenter au Grand-Théâtre, en 1906, un premier ouvrage intitulé Tiphaine, et il a fait exécuter le mois dernier, aux Grands-Concerts, un « triptyque » musical sous le titre de Fourvières.

(Le Ménestrel, 22 février 1908, p. 64)

 

« Un quatuor de Mozart, délicatement interprété, pour commencer la séance ; un quatuor de Beethoven pour la terminer ; dans cet encadrement redoutable, une « Suite inédite (les Cloches) pour deux violons, alto, et deux violoncelles » due à notre compatriote d'adoption, M. Valentin Neuville.

La Société des Quatuors à tout à fait raison d'inscrire à ses programmes des oeuvres inédites comme celle de M. Savard, jouée le mois dernier, ou comme celle de M. Gustave Samazeuilh, annoncée pour le prochain concert, et je la féliciterais volontiers d'avoir fait entendre la Suite de M. Neuville si cette estimable composition ne détonnait dans un concert réservé à la musique de chambre, à une forme d'art à laquelle elle ne ressortit pas du tout. Son étrange constitution instrumentale, le décousu de sa forme que ne vient pas expliquer et justifier un programme littéraire dont pourtant l'existence semble indispensable, son esprit qui n'est pas celui de la musique pure, ses intentions descriptives et pittoresques, sa couleur parfois dramatique, tout son style choque et déplaît quand on vient d'entendre du Mozart ou du Beethoven. Il me paraît fort difficile de juger sainement une oeuvre inédite, entendue une seule fois, pour laquelle, dès les premières notes, je n'ai pu me défendre d'éprouver un sentiment très différent de la sympathie, et dont l'étrangère formelle blesse le goût traditionaliste ou réactionnaire qu'il convient d'apporter à une séance de quatuors. Aussi me contenterai-je de noter de simples impressions d'audience dont je déplore d'avance le ton un peu agressif.

Les Cloches, tel est le titre de l'ouvrage de M. Neuville. Cloches « cycliques » qui sonnent dans, les différents morceaux leur glas obstiné. Ces cloches-là n'ont rien de moderne ; elles ne réalisent pas leurs riches harmoniques et n'éveillent pas ces accords exquis qu'un Debussy ou qu'un Ravel n'eût pas manqué de noter précieusement; elles sonnent selon la formule la plus ordinaire leurs quelques notes inlassables et imposent le fâcheux souvenir du thème du devoir qui, dans Madeleine, s'affirmait sans discrétion; elles constituent une simple et banale formule d'accompagnement. Au cours des différents mouvements, apparaissent des idées d'un dramatisme superficiel comme la phrase d'introduction qui semble échappée de la Navarraise, ou comme diverses autres mélodies qui s'organisent volontiers et s'épanchent à la façon de Massenet ; çà et là d'aimables trouvailles comme le thème de scherzo qui, dans le premier mouvement, s'élance pour s'arrêter presque de suite, et comme l'agréable Scherzando en sourdine, dont la première partie, vive et joyeuse se fleurit de pizzicati, et dont la seconde, reste mystérieuse et grave. Souvent, un style populaire s'affirme, des basses qui s'obstinent semblent imiter le bourdon de la cornemuse ou de la vielle. Le plus souvent, l'oeuvre conserve le caractère gémissant et plaintif qui fait le charme ou l'ennui de Tiphaine et de Madeleine. Tout cela s'enchaîne ou plutôt se juxtapose au hasard, semble-t-il. De cohérence, point. Du désordre, sans cesse. Incohérence et défaut d'ordre imposés sans doute par le programme inédit que l'auteur a dû suivre. Si nous avions su que la Suite de M. Neuville nous retrace, comme je le suppose, la poétique épopée des Cloches sonnant, joyeuses ou tristes, du baptême au mariage ou aux funérailles, si nous avions pu être éclairés sur les pittoresques intentions de l'auteur par une analyse littéraire, l'honorable composition du distingué musicien nous serait peut-être apparue sous un jour différent; ne se serait-elle pas imposée à nos esprits comme une oeuvre analogue à ces poèmes descriptifs écrit pour quatuor à cordes par M. Paul Dupin, en lesquels, si nous en croyons l'effarante conclusion de la récente Histoire de la Musique de M. Paul Landormy, il sied de deviner et de pressentir le radieux avenir de la musique, art d'aristocrates enfin devenu populaire !...

L'exécution des Cloches, pour laquelle la Société des Quatuors s'était adjoint M. L. Allard, fut, est-il besoin de le dire ? fort brillante. M. Neuville, suivant la familiale tradition récemment inaugurée dans la salle Béai, vint saluer le public qui l'acclamait. »

(Revue musicale de Lyon, 15 avril 1910, p. 786-788)

 

Documentation rassemblée par Olivier Geoffroy

(août 2020)

 

 

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