la construction de l’orgue Laval-Thivolle de la cathédrale de Fort-de-France



L’orgue Roethinger installé dans le chœur de l’édifice dans les années 1960 dut être démonté en 1976 en raison de travaux effectués dans la cathédrale. Destiné à être posé de façon provisoire en tribune de l’église de Bellevue en attendant un retour à son affectation d’origine, il resta finalement dans l’église Notre-Dame et le père Huré, organiste de la cathédrale, monta un projet de construction d’un orgue plus important. Voyons ensemble les étapes qui ont jalonné la mise en place de ce nouvel instrument.

Voici tout d’abord un tableau qui présente la liste des instruments successifs de la cathédrale de Fort-de-France, « des » cathédrales, devrait-on dire, car en raison de diverses catastrophes, plusieurs reconstructions furent nécessaires :

Années

Facteurs

Remarques

1837

Daublaine

Orgue à cylindres (dit « orgue simplifié »). Le tremblement de terre de 1839 eut raison de lui

1855

Inconnu

Orgue de chœur (valeur : 12 000 fr, financé par une loterie)

Vers 1862 (ou années 1870)

Merklin

Sans certitude, orgue neuf ou agrandissement de l’orgue précédent. Vendu en 1881

1881

Cavaillé-Coll

32 jeux, trois claviers, transmissions mécaniques. Inauguré en 1882, détruit par l’incendie de 1890

1890-91

Henri Didier

Cathédrale provisoire, 4 jeux (valeur : 4000 fr), détruit par le cyclone de 1891

1895

Henri Didier

Nouvelle cathédrale, 12 jeux, cité par le père Huré qui cite lui-même le père Janin. Confusion probable avec l’orgue suivant

Entre 1895 et 1903

Henri Didier

8 jeux, deux claviers, transmissions mécaniques. Placé à l’entrée du chœur, transféré ensuite en tribune de l’église du Morne-Rouge

1922

Mutin-Cavaillé-Coll

26 jeux, deux claviers, transmissions mécaniques. Valeur : 80 000 fr (près de 100 000 en comptant divers nécessaires aménagements). Restauré en 1926 puis transféré à l’église Saint-Antoine des Terres-Sainville, Fort-de-France

1936

Haerpfer-Erman

51 jeux. Transmissions électriques. En 1953, tombe de la tribune latérale sur laquelle il reposait

1964 (1967 selon le père Huré)

Roethinger

26 jeux, deux claviers, transmissions électriques. Placé dans le chœur, inauguré par le père Huré, transféré en 1976 à l’église Notre-Dame de Bellevue, Fort-de-France

1977-1981

Laval-Thivolle

Placé dans le chœur, 37 jeux, trois claviers, transmissions électriques

Comme on le voit, les catastrophes naturelles et les incendies avaient conféré un destin tragique à plusieurs instruments et l’on ne peut que déplorer la perte de l’orgue Cavaillé-Coll de 1881, considéré à l’époque comme un modèle du genre, comment en témoignent les nombreux articles élogieux. L’aménagement de la tribune pour le recevoir avait été réalisé par Désir Bourra et avait coûté 3 857 francs. Un autre grand instrument Cavaillé-Coll, construit pour la cathédrale de Saint-Pierre de La Martinique en 1882 (trois claviers, 29 jeux) et monté notamment par Pierre Veerkamp (1849-1923), qui participa aussi à son inauguration, périt lors de l’éruption de la Montagne Pelée en 1902. L’abbé Simonet en avait été nommé titulaire en novembre 1885. Les autres églises de Saint-Pierre dotées d’un orgue avaient également été détruites par l’éruption volcanique. Il s’agissait de l’église Saint-Etienne du Centre (ancienne chapelle des sœurs ursulines construite vers 1745, orgue Didier), de l’église du Fort (ancienne chapelle des Jésuites dont la construction avait débuté autour de 1640, orgue de facteur inconnu) et de l’église Notre-Dame-de-la-Consolation avec sa façade rococo (orgue Didier, 1888) (cf. Gérard-Gabriel Marion, « La première cathédrale de la Martinique, le demi-siècle d’une existence mouvementée », texte aimablement communiqué par l’auteur, professeur des Universités, historien des facultés de Droit).

L’orgue Haerpfer-Erman de 1936 représentait un élément patrimonial de valeur au sein de la cathédrale de Fort-de-France avec ses 51 jeux, ses trois claviers et sa composition très complète. Malheureusement, lui aussi connut une fin prématurée en 1953. Pour le remplacer, la maison Roethinger, de Strasbourg, avait expédié depuis la métropole un instrument de 26 jeux sur deux claviers manuels, à traction électrique, qui avait été posé derrière le maître-autel. Il était sous-dimensionné par rapport aux vastes proportions de la cathédrale mais remplissait toutefois son office.

Les organistes successifs de la cathédrale nous sont connus par différentes sources parmi lesquelles l’ouvrage du R.P. J. Janin, La Ville et la paroisse de Fort-de-France, Trois siècles d’une ville coloniale française (Avignon, Aubanel Frères, 1924).

Le premier fut M. Antzenberger, engagé en 1868. « Son engagement était de cinq ans. Il était chargé de l’orgue et de la maîtrise à qui il devait enseigner la musique. Son traitement était de 2 000 francs. Il avait le droit de donner des leçons en ville autant qu’il voulait. » Lui succéda Charles Pornain, ancien organiste de Saint-Pierre de La Martinique. Il fut remplacé en 1903 par le frère Félix, professeur au séminaire-collège. Le père Bruno, également professeur au séminaire-collège prit ses fonctions en 1922, à l’arrivée de l’orgue Mutin-Cavaillé-Coll et fut secondé par le père Julien Le Léal (1882-1934). Le maître de chapelle et organiste suivant fut le père Baumann. Depuis la fin des années 1940, enfin, l’organiste de la cathédrale était le R.P. Robert Huré. Les archives spiritaines donnent à son sujet les précisions suivantes :

« Le 4 août 1914 est né au Havre Robert Huré. La famille comptait quatre enfants, dont une fille qui deviendra religieuse. Quatre ans plus tard, ses parents iront s'installer à Mantes-la-Jolie. Robert fit ses études au petit séminaire de Versailles et entra au noviciat d'Orly en 1934. La guerre fit qu'il fut ordonné prêtre à Quimper en 1934, qu'il enseigna deux ans à Casablanca et ne put rejoindre la Martinique qu'en 1944.

Sa vie se passera à la cathédrale de Fort-de-France. Ses talents d'organiste l'amèneront à réorganiser la chorale, à affiner l'exécution du chant grégorien : qui ne se souvient des concerts donnés dans une cathédrale archicomble. Il s'occupe d'autre part de la Légion de Marie et des organismes de la Sécurité Sociale du Clergé. Ses services sont reconnus de tous et c'est ainsi qu'il est décoré de l'Ordre du Mérite National.

Sa santé se dégrade en 1981. Soigné sur place, il devra cependant quitter la Martinique en 1988 et venir à l'infirmerie de Chevilly, où brusquement Robert est parti chanter la gloire de Dieu, le soir du 27 janvier 1989. » (http://spiritains.forums.free.fr/defunts/hurer.htm)

Cette notice contient deux erreurs. D’une part, l’Etat civil conservé aux Archives Départementales de Seine-Maritime donne la date du 5 août 1914 (et non du 4 août) pour la naissance de Robert Henri Huré, au domicile de ses parents, 36, rue de Normandie au Havre, « 2ème jumeau », père : Henri Edmond Octave Huré, ingénieur, 25 ans, mère : Jeanne Marie Lécureur, 32 ans. D’autre part, concernant son ordination, La Semaine Religieuse de Quimper-et-Léon de 1940, p. 219, donne la date du 7 juillet 1940 (et non 1934), « en la chapelle de l’Evêché ».

Remontons le temps avec le Père Huré jusqu’en 1976. Lorsque la municipalité de Fort-de-France l’informa de la nécessité d’engager des travaux à l’intérieur de l’édifice, celui-ci envisagea tout d’abord de faire protéger l’orgue par un caisson. Mais il s’avéra bien vite qu’un démontage seul pourrait assurer la préservation de l’instrument. Voici les explications relatives au transfert - présumé temporaire - de l’orgue Roethinger que l’abbé donna aux paroissiens :

« L'Orgue de la Cathédrale

L'organiste de la Cathédrale s'est fait bien des soucis au sujet de l'orgue, se sentant responsable de ce bel instrument d'une valeur actuelle de plus de 50 millions d'anciens francs. Les paroissiens de la Cathédrale suppliaient l'organiste de sauver cet orgue, de l'enlever à tout prix de ce chantier infernal qu'est l'intérieur de la Cathédrale, mais certains, par contre, lui reprochaient de vouloir faire transférer l'orgue à l'église de Bellevue, sous prétexte que l'instrument ne reviendrait jamais à la Cathédrale.

Alors, que faire ? L'organiste de la Cathédrale n'a eu en vue qu'une seule chose : SAUVER l'orgue ! C'est pourquoi, répondant à la proposition du Père Gauthier, curé de Bellevue, qui offrait de prendre à sa charge tous les frais, l'organiste a finalement décidé que l'orgue serait démonté, puis remonté en l'église de Bellevue.

Le 16 janvier est arrivé à la Martinique un spécialiste M. Jean-Louis Laval, accompagné de Mlle Fançoise Conte. Ils ont vraiment battu un record : en cinq jours, l'orgue a été complètement démonté et transporté à Bellevue.

En démontant l'instrument, on a constaté qu'il était en mauvais état malgré les apparences. Les vers ont rongé un certain nombre de pièces en bois, même plusieurs pièces en acajou ! La rouille a attaqué plusieurs pièces importantes. Si l'orgue n'avait pas été démonté, il serait peut-être devenu irréparable dans quelques années.

Actuellement l'instrument est en pièces détachées à la tribune de Bellevue et il faudra sept à huit semaines pour le remonter. Car chaque pièce de bois devra être traitée au xylophène, tous les contacts électriques soigneusement nettoyés, tous les tuyaux (1358) nettoyés un par un pour enlever la poussière qui s'est accumulée à l'intérieur, puis chaque tuyau devra être harmonisé en fonction de l'accoustique [sic] de l'église de Bellevue. Enfin on procédera à l'accord général de l'orgue.

Il reste bien entendu que l'orgue retournera à la Cathédrale quand celle-ci sera complètement restaurée. Dans combien de temps ? Seule la Municipalité peut nous le dire… et encore ! L'organiste et les paroissiens de la Cathédrale remercient chaleureusement le Père Gauthier et les paroissiens de Bellevue à qui ils doivent que l'orgue soit sauvé, et ils expriment leurs vœux de bon séjour et surtout de bonne santé à Jean-Louis Laval et Françoise Conte pour qui le travail est rendu plus pénible en raison de la chaleur à laquelle ils ne sont pas habitués.

Père Robert HURE

Organiste de la Cathédrale »

(Aujourd'hui dimanche, hebdomadaire chrétien de la Martinique F-Pn/ FOL-JO-15627 Numéro du 30 janvier 1977, p. 3 [article aimablement communiqué par Anne Delvare, docteur en musicologie])

Une fois l’orgue posé dans l’église de Bellevue, un concert d’inauguration y fut donné :

« Annonce de concert

Lundi 28 février en l'église de Bellevue à 20 heures, récital d'orgue par le R. Père Robert Huré. Entrée gratuite, quête pour la rénovation et le transfert de l'orgue. »

(Aujourd'hui dimanche, hebdomadaire chrétien de la Martinique F-Pn/ FOL-JO-15627 Numéro du 20 février 1977, p. 10)

La manufacture Laval-Thivolle appelée pour effectuer le démontage et l’installation de l’orgue à Notre-Dame-de-Bellevue était issue de la collaboration entre Jean-Louis Laval, facteur formé chez Athanase Dunand et des frères Thivolle, ébénistes de formation. Installée dans la Drôme, à La-Motte-de-Galaure, elle a pris ensuite le nom de « Laval-Lemercier » puis « SARL Lemercier », lorsque Thierry Lemercier a repris l’entreprise au moment du départ en retraite de Jean-Louis Laval. (Jean-Robert Cain, Robert Martin, L’Orgue dans la ville, Marseille, éd. Parenthèses, 2004, p. 327 et Olivier Soularue, « Entretien avec Jean-Louis Laval et Thierry Lemercier » in L’orgue normand, n° 32, 1997-1998, Association Connaissance de l’orgue, Le Havre, p. 13-16).

Durant un an, les responsables religieux et l’organiste menèrent une réflexion au sujet de l’avenir de l’orgue transféré. Fallait-il le laisser en place à l’église de Bellevue et construire un instrument neuf pour la cathédrale ou bien procéder à un nouveau transfert ? La question a finalement été tranchée, ainsi qu’on le voit dans cet article :

« Autour d’un orgue.

En février 1977, l’orgue de la cathédrale de Fort-de-France a été transporté et installé à Bellevue. Cette opération a été entreprise pour sauver un instrument actuellement évalué entre 40 et 50 millions d’anciens francs. Un séjour de deux anssans utilisation, même protégé par une caisse et des bâches aurait signifié sa destruction totale, à l’exception des tuyaux. La preuve en a été fournie lors de son déplacement. Certaines parties en bois se sont révélées sérieusement entamées par les poux de bois et ont dû être totalement remplacées.

Il n’a jamais été question pour Bellevue d’accaparer l’orgue de la cathédrale comme cela a été dit par certains. Il serait quand même pour le moins surprenant de voir de tels procédés utilisés par ceux-là mêmes qui prêchent l’honnêteté et le respect des biens d’autrui.

Le transfert de l’orgue a entraîné un ensemble de dépenses dépassant les 60000 F (six millions d’anciens francs) entièrement pris en charge par Bellevue. Les travaux de réfection de la cathédrale approchant de leur fin la question de l’orgue revient à l’ordre du jour. Deux solutions sont possibles :

1. Bellevue rend à la cathédrale ce qui a toujours été son bien : les frais de transport étant à la charge de l’église-mère. Bellevue commande un autre orgue. Ce qui représentera un démontage et deux remontages : soit une dépense de l’ordre de quinze millions d’anciens francs.

2. Bellevue acquiert moyennant espèces sonnantes et trébuchantes l’orgue de la cathédrale. La cathédrale avec l’argent versé achète un nouvel orgue. Avantages de cette solution :

- les dépenses inhérentes aux démontages et remontages sont réduites de deux tiers.

- la cathédrale se procure un orgue plus puissant mieux adapté à la grandeur de l’édifice.

Un comité rassemblé autour de Mgr l’Archevêque et comprenant les curés de la cathédrale et de Bellevue ainsi que les pères Huré et Ruscher ont [sic] opté pour la deuxième solution parce que présentant les meilleurs avantages économiques et artistiques.

On comprend très bien que les paroissiens veuillent défendre les intérêts de leur paroisse. C’est leur devoir. Mais par contre on s’étonnerait d’une position intransigeante et mal fondée dès lors que les intérêts en cours sont non seulement protégés mais accrus.

Si Bellevue peut payer l’orgue de la cathédrale il peut tout aussi bien avec la même somme s’offrir un orgue d’une valeur égale sinon supérieure. Seule la dépense sera majorée pour les deux paroisses. L’esprit de collaboration et de solidarité entre paroisses trouve là une occasion de s’exercer. Il serait regrettable qu’elle ne soit pas mise à profit.

Père G. GAUTHIER, curé de Bellevue

Père L. VERIN, curé de la cathédrale »

(Aujourd'hui dimanche, hebdomadaire chrétien de la Martinique, n° du 2 juillet 1978, p. 11, article aimablement communiqué par Anne Delvare).

Au fil des mois, cette décision entraina la commande d’un orgue neuf à la maison Laval-Thivolle :

« Les orgues de la Cathédrale

Au mois de mai dernier « Aujourd’hui Dimanche » faisait savoir à ses lecteurs qu’au cours d’une réunion rassemblant Mgr l’Archevêque, les Curés de la Cathédrale et de Bellevue, les Pères Ruscher et Huré, il avait été décidé que la paroisse de Bellevue achèterait l’orgue de la Cathédrale, et que celle-ci commanderait un nouvel orgue, plus puissant et mieux adapté à la grandeur de l’édifice.

Qu’en est-il de ce projet ? Il se concrétise peu à peu puisque depuis le mois de juillet les paroissiens de Bellevue ont commencé à participer généreusement à l’achat de l’orgue qui se trouve à la tribune de leur église et que récemment la paroisse de Bellevue a fait un premier versement de 200000 F (nouveaux) au facteur d’orgue qui va construire le nouvel orgue de la Cathédrale.

Car le nouvel orgue est commandé ! Durant le mois de septembre, j’ai parcouru en chemin de fer, en Métropole, plus de 2800 kilomètres, afin de m’informer auprès de plusieurs manufactures d’orgues avant de commander le nouvel orgue. Celui-ci aura 39 jeux (au lieu de 26 précédemment).

A mon retour de France, j’ai entendu cette réflexion : « Père, vous nous avez ramené un orgue ? »… On ne ramène pas un orgue dans ses bagages ! Le facteur d’orgue auquel je me suis adressé a fait ses preuves à la Martinique où il a démonté l’orgue de la Cathédrale et l’a remonté à Bellevue, a restauré l’orgue des Terres-Sainville et monté un orgue neuf à Trinité. C’est un artisan très compétent et qui a des commandes pour plusieurs années. Le nouvel orgue de la Cathédrale aura 3866 tuyaux… Cela ne se fabrique pas en un jour !

Compte tenu de deux orgues importants que ce facteur d’orgue aura à livrer fin 78 et fin 79, l’orgue de la Cathédrale ne pourra être terminé et monté que fin 1980, début 1981… Certes, si je m’étais adressé à une manufacture d’orgue plus importante, nous aurions pu avoir l’orgue dans des délais légèrement plus brefs [.] Mais cela aurait coûté beaucoup plus cher, et plusieurs de ces manufactures importantes ont déposé récemment leur bilan. Ce serait donc risqué de s’adresser à l’une d’elles, car, à la commande, il faut verser le tiers du prix de l’orgue.

Il semble donc beaucoup plus sage de patienter pour doter la Cathédrale d’un orgue qui offrira toutes les garanties de durée. En attendant l’arrivée de cet orgue, il est prévu qu’à l’ouverture de la Cathédrale, un orgue électronique assurera l’accompagnement des chants. Ainsi, peu à peu, se concrétise le projet d’un nouvel orgue pour notre Cathédrale. Que les paroissiens de la Cathédrale se rassurent : ils ne regretteront pas leur ancien orgue, car le nouvel instrument sera le plus beau qu’ait jamais connu la Cathédrale… et si depuis près de deux ans et demi ils attendent impatiemment la réouverture de la Cathédrale… l’organiste de la Cathédrale lui attend avec non moins d’impatience, que soit monté dans la Cathédrale ce nouvel orgue… mais, attendre deux ans et quelques mois… cela en vaudra bien la peine !

Père Robert HURE
Organiste de la Cathédrale »
(
Aujourd'hui dimanche, hebdomadaire chrétien de la Martinique, n° du 22 octobre 1978, p. 10, article aimablement communiqué par Anne Delvare)

L’orgue « neuf » monté à Trinité ne l’était pas tant que ça. Il s’agissait en réalité d’un petit instrument mécanique d’occasion de neuf jeux sur un clavier manuel et un pédalier construit en 1961 par le facteur Paul Adam.

La cathédrale fermée depuis le mois de juin 1976 rouvrit ses portes le 15 décembre 1979 :

« La Cathédrale a rouvert ses portes »
[…]
Il manque l’orgue, disait-on. Mais l’orgue électronique, sous les doigts du Père Huré, n’a pas trop fait regretter l’autre. »  
(
Aujourd'hui dimanche, hebdomadaire chrétien de la Martinique, n° du 23 décembre 1979, p. 8, article aimablement communiqué par Anne Delvare)

Après deux ans sans donner de nouvelles précises dans le périodique religieux, on trouve dans le numéro du 4 octobre 1981 les réjouissantes informations suivantes :

« Les nouvelles orgues de la Cathédrale
Chers paroissiens de la Cathédrale,
Sans cesse on me pose la question : « Quand les nouvelles orgues de la Cathédrale vont-elles enfin arriver ? » Je suis heureux d’être en mesure de vous répondre maintenant.

Arrivée de l’orgue

En juillet dernier, en compagnie du P. Gauthier, je me suis rendu dans la Drôme, à la Motte de Galaure où j’ai pu voir dans les ateliers de M. Laval notre orgue à peu près terminé. En principe il devait être démonté à la fin du mois de septembre, puis rangé dans deux containers de 30 mètres cube chacun ! Ensuite, ces containers seront acheminés sur le Hâvre [sic] où ils seront embarqués pour la Martinique. 

Ce transport de l’orgue depuis la Drôme jusqu’à la Martinique, via le Havre, demandera un certain temps. Si tout se passe bien, on peut être assuré que l’orgue arrivera vers la fin de l’année. Ensuite, il faudra compter deux mois pour le monter et 6 semaines pour harmoniser et accorder les quelque 2.500 tuyaux.

Emplacement de l’orgue

La question de l’emplacement de l’orgue suscite des critiques de la part de quelques-uns. Plusieurs voudraient le voir placé à la tribune. Impossible, car après avoir pris les mesures à la tribune, je me suis rendu compte que l’ancien orgue (qui est à Bellevue) n’aurait pu tenir à la tribune. Or le nouvel orgue sera plus grand que l’ancien. Nous devrons donc placer le nouvel orgue, comme l’ancien, derrière l’autel.

Financement de l’orgue

Où en sommes-nous dans le paiement de l’orgue ? Jusqu’ici j’ai pu faire face aux divers versements à effectuer :

195.000 F (à la commande, en septembre 1978) ;
147.500 F (9 septembre 1980) ;
215.639 F (25 juin 1981), soit un total de 558.139 F, versés jusqu’à ce jour !

Si j’ai pu verser cette somme énorme, c’est grâce à la générosité des paroissiens de Bellevue qui ont actuellement payé intégralement l’ancien orgue… c’est grâce aussi à la générosité des « Ami [sic] de l’orgue de la Cathédrale de Fort-de-France [ »] dont les cotisations ont dépassé un peu plus de 180.000 F.

Que tous en soient remerciés sincèrement et cordialement ! Actuellement, je n’ai plus que 17.464,31 F en banque, au compte de l’Association des Amis de l’orgue. Or, c’est plus de 200.000 F qu’il me faudrait, car je dois prévoir 100.000 F à verser comme dernier acompte au moment où l’orgue sera terminé. Mais en plus, il y aura les frais énormes de transport et de taxes à l’arrivée (plusieurs millions A.F.), sans compter le voyage des trois spécialistes qui viendront monter l’orgue, leurs hébergement et nourriture pendant deux à trois mois. Enfin il y aura le réajustement des prix selon les indices de l’INSEE, en raison de l’augmentation des salaires et du prix des matériaux depuis septembre 1978, date à laquelle a été commandé le nouvel orgue pour le prix de 600.000 F et qui finalement atteindra au moins 800.000 F !

Comment arriverons-nous à finir de payer l’orgue ?

a) Prochainement un tronc spécial sera installé au fond de la Cathédrale qui recevra les plus humbles offrandes, car depuis 37 ans que je suis organiste de la Cathédrale, je sais par expérience que « Graines duriz qui ka plein sac ».
b) De nouvelles inscriptions à l’Association des Amis de l’orgue de la Cathédrale de Fort-de-France doivent absolument être faites, vu que cette association ne comporte actuellement que 355 membres, ce qui n’est pas mal, certes, mais assez peu si l’on considère le nombre de paroissiens de la Cathédrale !
c) La Cathédrale n’est pas seulement le lieu de culte des paroissiens de Fort-de-France, mais le siège, l’église de l’archevêque de la Martinique, où sont célébrées des cérémonies qui concernent le diocèse tout entier de la Martinique. C’est pourquoi je me permets de faire appel, pour le financement du nouvel orgue, non seulement aux paroissiens de la Cathédrale, mais aussi à tous les fidèles du diocèse de la Martinique.

Association des Amis de l’orgue de la Cathédrale de Fort-de-France

Créée le 6 octobre 1978, cette association a été déclarée au Journal Officiel du 27 octobre 1978. Elle comporte trois catégories de membres :
1. Membres actifs : versent une cotisation annuelle de 50,00 F ;
2. Membres d’honneur : versent une cotisation annuelle de 250,00 F ;
3. Membres bienfaiteurs : font une fois pour toutes un don exceptionnel.

Je me permets de faire remarquer que ces cotisations n’ont pas été relevées depuis 1978 ! Pour s’inscrire à l’Association, demander un formulaire à remplir à la sacristie de la Cathédrale. Libellez vos chèques barrés à l’ordre suivant : Association des Amis de l’orgue de la Cathédrale de Fort-de-France »… vous les envoyez à l’adresse suivante :

Père Huré - Noviciat - Route de Didier - 97200 Fort de France.

Conclusion

Quand les nouvelles orgues seront là, on pourra dire que la restauration de la Cathédrale sera complètement achevée, puisque l’orgue, le « Roi des instruments », pourra la faire résonner de ses sonorités à la fois douces, sentimentales et tonitruantes, selon les circonstances. Alors, merci à tous ceux qui m’ont aidé à pourvoir la Cathédrale d’un nouvel orgue qui pourra égaler les plus belles orgues des cathédrales de France !
Merci au Père Gauthier et aux paroissiens de Bellevue. Sans leur générosité jamais nous n’aurions pu doter la Cathédrale d’un orgue qui soit digne d’elle !
Merci à tous les membres de l’Association des Amis de l’orgue de la Cathédrale qui m’ont aidé à payer une partie de l’orgue.
Merci d’avance à tous ceux, paroissiens de la Cathédrale ou fidèles du diocèse, qui mettront leur offrande, si humble soit-elle, dans le nouveau tronc destiné à l’orgue !
Merci d’avance à ceux qui s’inscriront à l’Association des Amis de l’orgue de la Cathédrale !

Père Robert HURÉ
Organiste de la Cathédrale »

(p. 1 et 7, article aimablement communiqué par Anne Delvare)

Dans le numéro du 16 mais 1982, on pouvait lire comme une heureuse conclusion à cette aventure l’écho de l’inauguration de l’orgue par Georges Delvallée :

« Inauguration des orgues de la cathédrale

Le vendredi 7 mai, le nouvel orgue de la Cathédrale a été inauguré. Construit par les établissements Laval-Thivolle, il s’agit d’un instrument d’une trentaine de jeux aux belles sonorités. M. Georges Delvallée a présenté un choix très varié de musiques d’orgue : classique, romantique, moderne, qui a fait ressortir toutes les possibilités de ce bel instrument. Un hommage est à rendre au R.P. Huré qui, au prix de bien des difficultés, a assuré la conception, la commande de cet orgue et en a surveillé l’exécution. On a pu s’étonner de son prix qui a dépassé et de combien le devis initial. L’instabilité monétaire, l’inflation sans cesse croissante, l’achat en pays étranger sont à l’origine de cette augmentation surprenante. Mais quand il s’agit de la gloire du Seigneur, peut-on s’effrayer d’une telle dépense ? » (p. 1)

« Pour recevoir, il faut savoir donner. L’expérience en a été faite, puisque la générosité des fidèles a permis de couvrir l’ensemble – à quelques unités près - de cet achat. Nous souhaitons une longue carrière à ce nouveau serviteur du culte.

[pas de signature] »

(p. 12, article aimablement communiqué par Anne Delvare)

Voici la composition de l’orgue Laval-Thivolle de la cathédrale de Fort-de France une fois celui-ci achevé et inauguré. Celle-ci est restée inchangée :

Grand-Orgue : Bourdon 16', montre 8', bourdon 8', flûte harmonique 8', prestant 4', flûte 4', quinte 2 2/3', doublette 2', fourniture V rgs, trompette 8', clairon 4'.

Positif : Principal 8', flûte à cheminée 8', principal 4', flûte 4', quinte 2 2/3', flûte 2', tierce 1 3/5', cornet V rgs (appel collectif du jeu de tierce), cymbale III rgs, cromorne 8'.

Récit expressif : Diapason 8', cor de nuit 8', gambe 8', voix céleste 8', flûte octaviante 4', nazard 2 2/3', flûte 2', plein-jeu IV rgs, trompette 8', basson-hautbois 8'.

Pédale : Soubasse 16', principal 16' (bouché), basse 8', principal 4', Bombarde 16', trompette 8', clairon 4'.

Tir. I, II et III, acc. II/I, III/I en 16, 8 et 4, II/II en 16 et 4, III/III en 16 et 4, appels anches I, II, III et Péd, appels mixtures I, II et III, combinaisons fixes (pp, p, mf, f, ff et tutti), crescendo, tremblant récit, triple registration. Transmissions électriques des notes et des jeux.

En raison d’un accident vasculaire cérébral qui le frappa à la fin de l’année 1981, le père Huré n’eut malheureusement guère le temps de profiter du nouvel orgue de la cathédrale mais il connut au moins le soulagement de voir aboutir son projet, même si la qualité de la facture et la fiabilité de l’instrument ne manquèrent pas de soulever rapidement des inquiétudes. En effet, des dysfonctionnements réguliers se manifestèrent. De plus, l’homogénéité des timbres selon les plans sonores semblait peu convaincante. Un relevage eut lieu au début des années 1990 par le constructeur lui-même et des modifications furent apportées quelques années après par la maison Casavant. L’état actuel (2017) de l’instrument demeure préoccupant.

Olivier Geoffroy
(mai 2017)

 

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