Les orgues Cavaillé-Coll en Suisse


 

 

 

Chexbres (Vaud), Temple réformé

Cet orgue Mutin-Cavaillé-Coll a été construit en 1905 avec la particularité d'être doté d'une traction des notes pneumatique tubulaire (système assez rarement employé par la manufacture). La console est en fenêtre latérale. L'instrument, inauguré par Louis Vierne, a connu des relevages en 1919 et 1942 avant de connaître une transformation néo-classique de sa composition en 1955 et d'être rétabli dans son état d'origine en 1988.

 

Composition :

Grand Orgue (56 notes) : Bourdon 16', Montre 8', Flûte Harmonique 8', Salicional 8', Prestant 4'.

Récit Expressif (56 notes) : Cor de Nuit 8', Viole de Gambe 8', Voix Céleste 8', Flûte Octaviante 4', Nasard 2 2/3', Basson 16', Basson-Hautbois 8', Trompette 8'.

Pédale (32 notes) : Soubasse 16', Bourdon 8', Flûte 8', Basson 16'.

Accouplement du Récit au Grand Orgue, Accouplement du Récit au Grand Orgue Octave Grave, Accouplement du Récit au Grand Orgue Octave Aiguë, Tirasse Grand Orgue, Tirasse Récit.

 

Les jeux de pédale sont empruntés aux manuels.

 

 

Coupe du mécanisme des claviers de l'orgue Cavaillé-Coll de Mr. Marracci, 1864
(Gallica/BNF, musique, RES-VMA-MS-1423, dessin 35) DR.

Cologny (Genève), Villa de M. Maracci

Le magnifique Cavaillé-Coll qui se trouve à l'Abbaye de Royaumont (Asnières-sur-Oise, Val d'Oise, France) était à l'origine un orgue de salon commandé par M. Marracci pour sa demeure de Cologny (opus 247-226/689, livré le 10 octobre 1865). Il fut transféré sans son buffet par Victor Gonzalez à Royaumont en 1936-37 après avoir été racheté par le propriétaire de l'abbaye, François Lang (1908-1944). Le facteur lui fit subir plusieurs transformations malheureuses mais il finit par retrouver son état d'origine grâce à la restauration scrupuleuse effectuée entre 2002 et 2007 par Laurent Plet et Yves Koenig et qui lui permit de retrouver un buffet de style néo-gothique approprié à la partie instrumentale de grande valeur qu'il abrite désormais.

 

Composition actuelle :

Grand-Orgue (56 notes) : Principal 16', Bourdon 16', Montre 8', Violoncelle 8', Flûte Harmonique 8', Bourdon Doux 8', Prestant 4', Flûte Douce 4', Plein-Jeu Harmonique 4-6 rangs, Basson 16', Trompette 8', Clairon 4'.

Positif (56 notes) : Quintaton 16', Flûte Harmonique 8', Salicional 8', Unda Maris 8', Flûte Octaviante 4', Dulciane 4', Doublette 2', Piccolo 1', Cornet Harmonique 2-5 rangs, Trompette 8', Clarinette 8', Musette 8'.

Récit Expressif (56 notes) : Flûte Traversière 8', Quintaton 8', Gambe 8', Voix Céleste 8', Flûte Octaviante 4', Octavin 2', Trompette 8', Basson-Hautbois 8', Voix Humaine 8', Clairon 4', Trémolo.

Pédale (30 notes) : Soubasse 32', Contrebasse 16', Soubasse 16', Basse 8', Violoncelle 8', Bourdon 8', Octave 4', Bombarde 16', Trompette 8', Clairon 4'.

Accouplement du Positif au Grand-Orgue, Accouplement du Récit au Grand-Orgue, Accouplement du Récit au Positif, Tirasse Grand-Orgue, Tirasse Positif, Tirasse Récit, Octaves Graves Grand Orgue, Octaves Graves Récit, Octaves Supérieures Récit, Octaves Graves du Récit au Grand Orgue, Effet d'Orage, Appel Anches Grand Orgue, Appel Anches Positif, Appel Anches Récit, Appel Anches Pédale.

 

Composition avant la restauration de 2002-2007 :

Grand-Orgue (56 notes) : Montre 16', Bourdon 16', Bourdon 8', Flûte Harmonique 8', Prestant 4', Flûte Douce 4', Doublette 2', Plein-Jeu 5 rangs, Basson 16', Trompette 8', Clairon 4'.

Positif (56 notes) : Quintaton 16', Principal 8', Bourdon 8', Flûte 8', Dulciane 4', Flûte 4', Doublette 2', Piccolo 1', Cornet 4 rangs, Plein-Jeu 4 rangs, Cromorne 8', Musette 4'.

Récit Expressif (56 notes) : Flûte 8', Gambe 8', Voix Céleste 8', Principal 4', Quarte 2', Plein-jeu 4 rangs, Cymbale 3 rangs, Sesquialtera 2 rangs, Trompette 8', Basson-Hautbois 8', Voix Humaine 8', Clairon 4', Tremblant.

Pédale (30 notes) : Bourdon 32', Contrebasse 16', Soubasse 16', Basse 8', Bourdon 8', Violoncelle 8', Octave 4', Bombarde 16', Trompette 8', Clairon 4'.

 

Voici la transcription du marché passé entre Cavaillé-Coll et M. Marracci (Archives Cavaillé-Coll) :

 

« 2 avril 1864.

Entre les soussignés, M. Marracci, propriétaire demeurant à Lille, d'une part et MM. A. Cavaillé-Coll Cie, facteurs d'orgues demeurant à Paris, rue de Vaugirard, 94 et 96, d'autre part, a été convenu et arrêté ce qui suit :

 

Article 1er : MM. A Cavaillé-Coll et Cie s'engagent à construire un grand orgue à trois claviers et un pédalier complets de quarante-deux jeux dont un réservé et composé de deux mille deux cent quarante-six tuyaux, conforme aux règles de l'art et au devis joint aux présentes conventions.

Le dit orgue sera d'abord monté dans leurs ateliers à Paris puis démonté et posé par leurs soins à Cologny près Genève dans la maison de M. Marracci.

Le prix de cet orgue y compris les frais de pose à Cologny est évalué et fixé à la somme de soixante mille francs.

Les facteurs s'obligent à établir le dit orgue dans leurs ateliers, de manière qu'il puisse être essayé au complet dans le mois de mars 1865 et ensuite à le démonter et à en faire la livraison à destination, pose et accord compris pour le 30 juin 1865, l'expédition se faisant par petite vitesse sous peine d'une retenue de vingt-cinq francs par jour de retard à partir du 15 août suivant.

 

Article 2ème : La réception des travaux aura lieu aussitôt après la livraison par des experts choisis par M. Marracci. En cas de contestation, chacune des parties nommerait un expert, lesquels nommeraient un troisième, pour les départages, s'il y a lieu.

 

Art. 3ème : MM. A. Cavaillé-Coll et Cie garantissent leur ouvrage de tous les vices de construction qui viendraient à se déclarer pendant dix années et s'obligent à y remédier à leurs frais. Il est entendu toutefois que cette garantie ne comprend pas l'entretien de l'accord et du mécanisme nécessaires à tout instrument de musique ni les accidents qui pourraient survenir par le fait de tiers ou de force majeure.

 

Art. 4ème : En retour des obligations qui précèdent, M. Marracci s'oblige à payer à MM. Cavaillé-Coll et Cie, ou à leur ordre, la somme de soixante mille francs à laquelle a été fixé le prix du dit instrument, de la manière suivante :

 

Une somme de vingt mille francs durant l'exécution des travaux et en deux paiements de dix mille francs à 4 et à 8 mois de la date du marché : 20 000

Une somme de quinze mille francs dans les trois semaines qui suivront l'arrivée de l'orgue à Cologny : 15 000

 

A reporter : 35 000

Une somme de quinze mille francs après la livraison et réception définitive de l'orgue : 15 000

Une somme de dix mille francs pour solde un an après la réception de l'orgue, époque à laquelle MM. A. Cavaillé-Coll et Cie s'obligent à faire gratuitement une révision complète du mécanisme et l'accord général des jeux au diapason normal : 10 000

 

Ensemble : 60 000

 

Art. 5ème : MM. A. Cavaillé-Coll et Cie s'obligent à faire réviser et accorder l'instrument au complet moyennant deux cents francs chaque fois, toutes les fois que M. Marracci le demandera et au moins une fois par an, en été ; ils s'obligent à envoyer l'accordeur aussitôt la demande faite. Cette indemnité sera augmentée de vingt-cinq francs par jour, après deux jours de travail.

 

Il est entendu entre les parties que les frais de transport et de douane, de même que les frais de voyage des ouvriers et employés nécessaires à la pose de l'instrument restent à la charge de M. Marracci mais que MM. A. Cavaillé-Coll et Cie présideront au chargement et déchargement des marchandises dont ils restent garants jusqu'à destination.

 

Il est également entendu que le buffet d'orgue et l'enveloppe du clavier en console, non compris dans le devis de la partie instrumentale, seront établis par les soins de M. l'architecte et à la charge de M. Marracci, mais que MM. A. Cavaillé-Coll s'engagent à donner en temps utile toutes les indications nécessaires pour le bon ajustement du tout. Si M. Marracci les chargeait de ces fournitures, cela ferait l'objet d'une convention à part.

Les tuyaux de la montre qui doivent décorer le buffet seront fournis et établis par les facteurs, ainsi, du reste, que l'indique le devis.

A l'égard du moteur hydraulique qui sera employé pour la soufflerie, MM. A. Cavaillé-Coll et Cie promettent de s'entendre avec l'ingénieur pour faire cette application dans les meilleures conditions et à donner à M. Marracci toutes les indications nécessaires pour en préparer l'installation.

A l'égard des frais de voyage des ouvriers, il est entendu que ces frais ne dépasseront pas cinq mille francs.

Fait double à Paris, le 2 avril 1864.

Signé M. Marracci et MM. A Cavaillé-Coll et Cie. »

 

 

A propos de cet orgue, on a pu lire dans La Semaine musicale du 4 mai 1865 :

« SEANCE D'ORGUE ET DE CHANT.

Dimanche dernier, à quatre heures, M. et Mme Lemmens-Sherrington ont donné, dans les ateliers de M. Cavaillé-Coll, facteur d'orgues, rue de Vaugirard, une séance à laquelle assistaient nombre de notabilités dans tous les genres. L'orgue, sur lequel M. Lemmens s'est fait entendre, a été commandé par M. Marracci pour son château de Cologny, près Genève. C'est un instrument considérable, qui figurerait très bien dans une église. On le destine à un salon. Il n'y sera pas déplacé, attendu que tous ses jeux sont d'une délicatesse exquise et que les trompettes, tout en offrant la plus grande et la plus belle sonorité, sonnent à l'oreille avec beaucoup de charme. Le buffet est d'un très-bon goût. Bien que la dernière main n'ait pas encore été mise à la plupart des jeux, on a pu apprécier les qualités de premier ordre qui distinguent la facture du facteur renommé. M. Lemmens a exécuté divers morceaux écrits et des improvisations qui ont produit les sensations les plus vives et les plus variées. On a retrouvé, dans le talent de l'organiste, cette clarté, ce bon goût, cette distinction d'idées qui lui assigne une place à part parmi les organistes de notre temps. Les applaudissements, qu'on ne peut se permettre à l'église, il les a recueillis dans cette salle. Chacun se demandait si le grand orgue ne serait pas un auxiliaire utile et d'une puissance souveraine dans nos salles de concerts. On s'imaginait les grandes œuvres des maîtres, œuvres sérieuses ou de fantaisie, exécutées sur un pareil instrument par un artiste comme M. Lemmens. A son tour, Mme Lemmens est venue nous dire quelques-uns des plus beaux morceaux de son répertoire : Le grand air de l'ombre du Pardon de Ploërmel, des mélodies de Schubert, les variations d'Adolphe Adam sur Ah ! vous dirai-je Maman et les variations de Rode. Nous avons dit le charme, la pureté, l'étendue et la fécondité de ce beau talent, mais ce que nous ignorions c'est le sentiment dramatique dont Mme Lemmens sait donner la preuve au besoin. Après la séance, elle a bien voulu, pour quelques nouveaux venus et pour ceux qui ne se lassaient pas de l'entendre, puiser de nouveau dans le trésor de Schubert pour nous faire entendre le Secret, Marie, la Vision et son image. Cet excès de bonne grâce nous a procuré une de ces rares faveurs dont le souvenir ne saurait se perdre. Quelle vérité dans les accents de la cantatrice ! Quelle mimique intelligente ! Comme elle s'inspire à la souille du grand poète élégiaque ! Sait-on bien ce qu'il y a dans une mélodie de Schubert ? Si l'âme est un abîme, Mme Lemmens nous en a montré toutes les profondeurs. Elle est allée des sources transparentes de l'amour aux plus effroyables agitations du cœur. On était ravi, transporté, ému jusqu'aux larmes sans trop savoir ce qu'il fallait le plus admirer du génie de Schubert ou de la traduction vivante de son interprète. Il ne manquait à cette fête de l'art qu'un public immense, le peuple du forum proclamant avec émotion l'empire du sentiment. »

 

 

Et dans le numéro du 11 octobre 1866 de cette même revue (np) :

« Le 29 septembre on inaugurait chez M. Maracci, à Cologny près Genève, un véritable orgue de cathédrale, un chef-d'œuvre de la maison A. Cavaillé-Coll. Un organiste français, renommé entre tous, M. Lefébure-Wély, appelé pour faire entendre l'instrument, a établi aux yeux de l'aristocratie genevoise la suprématie de notre industrie artistique et de nos virtuoses. Dans une suite de morceaux, écrits ou improvisés, M. Lefébure-Wély a fait ressortir toutes les beautés de l'instrument. On a bissé sa fantaisie sur la Flûte enchantée, écrite pour l'orgue de Mustel. Une deuxième séance offerte à tous les habitants de Cologny, propriétaires et paysans, venus en foule, lui a valu un succès digne de son talent. »

 

 

Estavayer-le-Lac (Fribourg), Couvent des Dominicaines

Un petit orgue Mutin-Cavaillé-Coll d'accompagnement sans tuyaux de façade (jalousies d'expression apparentes) est disposé en tribune et dissimulé aux regards dans la chapelle de cet ordre religieux.

 

 

Genève, Théâtre

Un petit orgue Cavaillé-Coll de 6 jeux sur un clavier avait été livré le 5 octobre 1880 (opus 489/690) au Théâtre de Genève. Mais l'instrument a terminé sa carrière, brûlé, le 1er mai 1951.

 

 

Vevey (Vaud), église protestante

L'orgue Mutin-Cavaillé-Coll livré en 1911 à l'église protestante de Vevey - en partie payé par le pasteur Edouard Maury - a été transféré en 1984 (1978, selon d'autres sources) au Temple réformé de Desaignes (France, Ardèche) comme orgue de choeur. Ainsi qu'en témoigne sa traction électro-pneumatique et sa composition actuelle, il a fait l'objet de modifications au fil du temps. Entièrement mécanique, il possédait 10 jeux aux manuels et un jeu à la pédale, à l'origine.

 

Composition actuelle :

Grand Orgue (54 notes) : Bourdon 16', Montre 8', Flûte 8', Salicional 8', Prestant 4'.

Récit Expressif (54 notes) : Bourdon 8', Gambe 8', Voix Céleste 8', Flûte 4', Quarte 2', Sesquialtera 2 rangs, Fourniture 3 rangs, Trémolo.

Pédale : Soubasse 16'.

Accouplement du Récit au Grand Orgue, Accouplement du Récit au Grand Orgue en 16', Accouplement du Récit au Grand Orgue en 4', Tirasse Grand Orgue, Tirasse Récit.

 

Olivier Geoffroy

(mars 2021)

 

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