Autour des projets Cavaillé-Coll et Mutin pour la basilique Saint-Pierre de Rome


 

 

Voici quelques articles de périodiques et de presse publiés à la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle au sujet de ces deux impressionnants projets qui n'ont malheureusement l'un et l'autre pas abouti.

 

Buffet imaginé par l'architecte A. Simil pour le projet d'orgue monumental
Cavaillé-Coll de Saint-Pierre de Rome

(in A. Cavaillé-Coll, Projet d'orgue monumental pour la basilique de
Saint-Pierre de Rome
, Bruxelles, Rossel, 1875) DR.

Projet Cavaillé-Coll :

 

« Après avoir fait connaître le facteur d'orgues et le savant, citons encore un passage du journal le Monde qui nous montrera l'homme, l'artiste et le chrétien. Lors de l'inauguration de l'orgue de Saint-Sulpice, cet organe sérieux des intérêts catholiques et de l'art sacré contenait ce qui suit :

« Aristide Cavaillé-Coll est de ces hommes dont le cœur et le génie n'ont qu'une ambition peut-être trop désintéressée chez lui le seul progrès et la seule beauté de l'art. Nous avons entendu dire que son bonheur suprême serait de construire un orgue pour la basilique Saint-Pierre à Rome je le comprends. Au centre de la catholicité et dans Je temple qui réunit les plus beaux chefs-d'œuvre de l'esprit humain, un orgue monumental serait comme le magnifique symbole de ces milliers de voix qui s'unissent de toutes parts à celles du vicaire de Jésus-Christ, montant vers Dieu toujours d'accord et dans la plus merveilleuse unité. Disons-le, d'ailleurs, le génie n'est bien qu'avec le génie ; et quelle gloire ce serait pour lui de se placer à côté de tels hommes que Michel-Ange, Raphaël, Palestrina, Pergolèse. »

(Actes de l'Académie nationale des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux, Paris, 1876, p. 234-235)

 

« Mgr di Rende, nonce apostolique, s'est rendu ces jours derniers dans les ateliers de M. Cavaillé-Coll, où l'éminent facteur lui a fait examiner, outre diverses orgues placées dans la grande salle, le dessin d'un projet d'orgue monumental dont il a depuis longtemps dressé les plans et qui serait destiné à Saint-Pierre de Rome. L'église Saint-Pierre, en effet, on le sait, n'a point de grand orgue. M. Widor, qui était présent, a fait entendre au nonce plusieurs instruments, et s'est surpassé dans des improvisations d'un style aussi solide que brillant. »

(Le Ménestrel, 9 novembre 1884, p. 398)

 

« — M. Cavaillé-Coll, membre actif du Comité industriel du Jubilé sacerdotal, fait en ce moment un modèle d'orgue qu'il compte offrir au Saint-Père pour son jubilé sacerdotal. Ce beau modèle est la reproduction au dixième du vaste et magnifique projet d'orgue monumental que le célèbre artiste a conçu pour la basilique de Saint-Pierre. Pie IX et Léon XIII ont fort loué et approuvé ce projet, dont la réalisation formerait le complément naturel des splendeurs artistiques que le Bramante, Raphaël et Michel-Ange ont accumulées dans Saint-Pierre. »

(Le Ménestrel, 11 avril 1886, p. 151)

 

« Samedi dernier a eu lieu chez M. Cavaillé-Coll une fête musicale intime à l'occasion de la visite que le nonce, accompagné de plusieurs prélats italiens, a faite aux ateliers du célèbre facteur, où se trouve exposé le magnifique projet d'orgue monumental destiné à Saint-Pierre de Rome. Le nonce a paru prendre le plus vif intérêt à ce projet, digne en tous points du savant artiste qui l'a conçu. M. Widor a tenu sous le charme de son talent élevé l'assistance d'élite qui avait répondu à l'invitation de M. Cavaillé-Coll. »

(Le Ménestrel, 4 juillet 1886, p. 251)

 

« Une Commission de l'Académie des beaux-arts s'est réunie la semaine dernière dans les ateliers de M. A. Cavaillé-Coll, avenue du Maine, pour examiner le modèle de l'orgue monumental projeté par cet artiste pour la basilique Saint-Pierre de Rome. Ce modèle, destiné à l'exposition du Vatican pour le Jubilé sacerdotal du Souverain Pontife, est en ce moment exposé dans les ateliers du célèbre facteur. »

(Le Ménestrel, 31 juillet 1887, p. 279)

 

« Mgr Rotelli, nonce apostolique, et Mgr Averardi, auditeur de la nonciature, ont visité dans les ateliers de M. A. Cavaillé-Coll, avenue du Maine, le modèle de l'orgue monumental projeté par cet artiste pour la basilique de Saint-Pierre de Rome. Ce modèle, comme on sait, doit figurer dans la prochaine exposition au Vatican, pour le jubilé sacerdotal du souverain pontife. Mgr Rotelli a témoigné toute sa satisfaction à M. Cavaillé-Coll pour son beau travail, qui sera certainement très apprécié à Rome. M. Widor, le célèbre organiste de Saint-Sulpice, présent à cette visite, a fait entendre sur l'orgue plusieurs pièces de sa composition, qui ont vivement intéressé l'assistance, de même que M. Eugène Gigout, qui s'est fait aussi vivement applaudir. »

(Le Ménestrel, 18 septembre 1887, p. 304)

 

« On sait qu'un orgue monstre doit être construit prochainement dans l'église Saint-Pierre de Rome. M. Charles Gounod, dit le Guide musical, est chargé de composer la musique d'une messe solennelle qui serait exécutée pour la cérémonie de l'inauguration. D'après le projet colossal qui s'élabore, une masse de quatre mille choristes groupés sur des gradins qui descendraient du nouvel orgue de Saint-Pierre jusqu'au sol de la nef, feraient entendre la nouvelle oeuvre musicale du maître français, qu'accompagneraient les harmonies du gigantesque instrument. »

(Le Ménestrel, 17 novembre 1889, p. 366)

 

« — Un nouvel orgue pour Saint-Pierre de Rome. On lit dans la Gazette de la facture instrumentale publiée à Leipzig : l'église Saint-Pierre de Rome, la plus grande et la plus belle du monde, sera dotée bientôt d'un nouvel orgue ; mais il reste à savoir si le choix auquel on s'est arrêté, quant au constructeur de l'instrument, se trouve en rapport avec l'importance de l'entreprise. Jusqu'à présent, il n'y a pas eu de grand orgue fixe dans la basilique, il ne s'y trouve que deux petits buffets d'orgue très simples et assez misérables d'aspect, que l'on peut rouler de chapelle en chapelle. Ces orgues ont un son mince et criard et produisent, sous ces voûtes immenses, un effet qui n'est rien moins qu'imposant. Tous les grands facteurs d'orgue ont, de leur propre initiative, élaboré des plans et projets en vue d'une construction digne d'orner cet auguste lieu, notamment le maître facteur Cavaillé-Coll, de Paris, qui, depuis de longues années, a travaillé à cette tâche, qu'il considère comme la plus élevée qu'il soit donné à un constructeur d'orgue d'entreprendre. Mais au lieu de confier ce travail a une maison célèbre comme Cavaillé-Coll, Merklin, Walcker, etc., c'est à un facteur tout à fait obscur que le pape s'est adressé, à un nommé Morestini, de Pérouse. C'est lui qui a été officiellement chargé de livrer un grand orgue pour la basilique de Saint-Pierre. Il faut, comme nous, avoir été témoins des productions pitoyables des facteurs italiens pour déplorer la décision papale. »

(Le Ménestrel, 18 octobre 1891, p. 334)

 

 

Projet Mutin :

 

« A propos des Orgues jubilaires De Saint-Pierre de Rome.

Un de nos abonnés nous adresse la lettre suivante qui a bien son importance. Nous nous faisons un devoir de la reproduire in extenso, persuadé que les doléances qu'elle contient et la réponse que nous lui consacrons peuvent intéresser bon nombre des lecteurs de la Musique sacrée :

 

MONSIEUR LE DIRECTEUR, Fidèle abonné de la première heure, je lis avec intérêt les divers articles de votre bonne Revue. À diverses reprises vous avez parlé d'un projet de grand orgue pour Saint-Pierre de Rome, et j'avoue que je n'ai pas compris ce qu'on voulait faire.

D'abord, qui est-ce, ON ? Est-ce le Pape ? Est-ce une Commission, chargée par qui ? Est-ce Dom Perosi, maître de chapelle de la Basilique ? Est-ce tout simplement le facteur intéressé ?

On a parlé d'abord de l'exécution d'un projet étudié, il y a longtemps, par Cavaillé-Coll. Ce projet qui, d'ailleurs, n'aurait pas été à la hauteur de la facture moderne, a été mis de côté pour (les raisons architecturales. Les mêmes raisons existant pour toute la Basilique, on a parlé de deux orgues, un plus grand que l'autre ; mais alors, ces deux orgues ne seraient pas des instruments à proportions monumentales, comme il les faudrait pour celle immense nef, car on se heurtera toujours aux raisons architecturales. Alors on fera, comme des journaux l'ont imprimé, un orgue qui ne touchera ni aux murs, ni au sol. Une sorte de lustre alors, sans doute ?

Mais cet instrument, aux proportions forcément réduites, sera à peu près pareil à celui installé il y a quelques années par un facteur allemand de Louisbourg, monté sur des roues et qu'on déplace à volonté. S'il en était ainsi, quelques dizaines de mille francs suffiraient, et pas besoin alors d'associer toute la chrétienté à cette oeuvre.

Dans le cas de deux orgues, placées à n'importe quelle distance l'un de l'autre, il faudra faire appel à une transmission électrique ou même tubulaire. Cette condition met de côté la facture française qui emploie très peu ces deux systèmes, les organistes étant généralement hostiles ; tandis qu'en Angleterre et en Allemagne ils sont au contraire très répandus et adoptés par les grands facteurs pour des orgues de 100, 120 et 140 jeux.

En tous cas, M. C.-M. Widor qui est, je crois, le promoteur ou le propagateur de l'idée d'un orgue à Saint-Pierre de Rome, serait obligé de ne plus s'y intéresser, si on le faisait tubulaire ou électrique, car il a été toujours contre ces deux systèmes, il les condamnait formellement, il y a quelques années, dans le Piano-Soleil, et il y a peu de mois encore ; ce qui prouve qu'il n'a pas modifié son jugement.

J'estime donc que la question doit être plus clairement expliquée, afin que vos lecteurs, mieux informés, puissent devenir de généreux donateurs.

Veuillez agréer, Monsieur le Directeur, mes respectueuses salutations. T. P.

 

Si nous avons bien compris, dans le projet des grandes orgues pour la basilique de Saint-Pierre de Rome, deux points préoccupent essentiellement- noire honorable correspondant, savoir : Le projet en question répond-il bien au désir du Saint-Père ? — Et supposez que ce don lui soit agréable, pourra-l-on triompher des difficultés que rencontre le projet, au double point de vue de l'architecture et de l'acoustique de l'édifice ?

Et d'abord, il nous est facile de démontrer (pie le projet répond bien au désir de N. S. P. le Pape. Nous n'en voulons d'autre preuve que la lettre officielle du Cardinal secrétaire d'Etat par laquelle S. S. Pie X fuit savoir au Comité d'honneur, qui s'est, constitué pour lui offrir ce présent, que rien ne saurait lui être plus agréable. En voici, d'ailleurs, le texte authentique :

 

« Le projet, écrit le Cardinal secrétaire d'Etat, que vous avez formé d'offrir au Saint-Père, à l'occasion de son Jubilé sacerdotal, des grandes orgues mobiles pour la basilique de Saint-Pierre, est très agréable à Sa Sainteté, qui recevra volontiers ce don, destiné à relever la beauté du culte divin. Sa Sainteté vous remercie de lui avoir soumis votre idée et remercie d'avance tous ceux qui prendront part à cet hommage de piété et de dévouement à la Sainte Eglise. »

 

« C'est là, ajoute Arthur Loth, clans L'Univers, une nouvelle consécration de l'orgue et un titre nouveau pour ce religieux instrument à prendre place dans l'Eglise, et y remplir sa mission sainte de prière et d'adoration. »

 

Quant à l'exécution du projet, il se peut, qu'elle se heurte à quelques difficultés, mais ces dernières sont-elles vraiment insurmontables ? Tout dépendra, ce nous semble, des ressources assurées. Si les offrandes des fidèles permettent d'installer un orgue monumental ou des grandes orgues mobiles, une Commission compétente sera, sans douté, chargée d'examiner les différents projets présentés, soit pour la place à donner aux orgues, soit pour le mécanisme à adopter. Organiers et architectes auront alors leur mot à dire. Le projet une fois arrêté, la Commission, au nom du Pape, pourra établir un concours entre les différents organiers du monde chrétien.

 

Notre correspondant semble craindre que si l'on est forcé de recourir, dans le cas de deux orgues éloignées, à la transmission électrique ou tubulaire, « la facture française soit mise de côté, parce que l'on emploie très peu ces deux systèmes, les organistes leur étant généralement hostiles ». Nous ne partageons lias ces craintes. Voilà bientôt trente ans que des maisons très importantes de France (Merklin et Cie (Paris) — Debierre (Nantes) — Abbey (Versailles) — Th. Puget et Fils (Toulouse) — Ghys (Dijon), etc.) exploitent tour à tour dans la construction de certaines orgues, soif le système électro-pneumatique, soif le système tubulaire, et c'est avec un succès toujours croissant. Les procès-verbaux d'expertise et les nombreuses lettres adressées aux organiers, par des hommes vraiment compétents, en l'ont foi.

 

Quant à la difficulté de l'emplacement, elle sera vile résolue avec ces merveilleux systèmes de transmission moderne qui suppriment tous les inconvénients provenant des lieux et des distances, à ce point que l'orgue peut être aujourd'hui installé selon « la nécessité on la fantaisie ».

 

Qu'on nous permette d'en citer un exemple entre bien d'autres. Nous voulons parler de l'orgue de choeur de la basilique de Sainte-Clolilde (Paris). Les dispositions architecturales de celle église s'étaient toujours opposées à l'introduction d'un orgue à tuyaux pour le choeur. Gâter l'oeuvre architecturale eut été un crime et nous comprenons très bien que MM. les architectes s'y soient refusés. C'est en vain que depuis longues années on demandait à la facture d'orgues ordinaires la solution du problème ; la facture ancienne se reconnaissait impuissante et pour cause. L'électricité seule était capable d'en triompher et elle en triompha.

 

D'après les conseils des maîtres de la science et de l'art qui en étaient persuadés, M. le curé et les administrateurs de Sainte-Clotilde demandèrent à MM. Merklin et Cie de réaliser ce progrès pour leur église et de construire un orgue d'accompagnement d'après le système électropneumatique.

 

L'application eut lieu avec un plein succès, et MM. les membres de la Commission d'expertise, parmi lesquels MM. C. Franck, Th. Dubois, Wolf (de l'Institut), et J. Charpentier, ingénieur-électricien, en adressaient à MM. les facteurs leurs unanimes éloges.

 

La disposition de cet instrument mérite, en passant, d'être signalée : On voit le clavier dans les stalles du choeur, la soufflerie derrière le maître-autel, et les jeux séparés en deux groupes, placés à gauche et à droite de l'autel, au-dessus des grilles d'entrée du choeur. Pour être peu commune et assez originale, celle division d'un orgue en quatre parties distribuées à droite ou à gauche, sous le sol et au-dessus des portes, ne nuit en rien, ni à l'unité, ni à l'harmonie, ni à la sonorité de l'orgue ; toutes ces qualités, au contraire, s'y trouvent et à un degré éminent.

 

Aussi, l'établissement de cet orgue a-t-il été un véritable événement dans la facture, au point de vue des « ressources qu'offre le système ». L'orgue de Sainte-Clotilde restera, dans l'histoire de la facture, comme un modèle du genre. En voilà assez pour prouver que tout est possible à la facture moderne pour la construction et l'installation de ses orgues, quelles que soient les exigences architecturales de l'édifice.     Cela dit, il ne reste à nous, catholiques, qu'un devoir : celui de concourir par de généreuses offrandes au succès de celte filiale initiative. Et quand sera venue l'heure de l'exécution, si le Saint-Père a le droit de décider souverainement la question d'emplacement et de mécanisme, comptons sur le goût éclairé dont il a fait preuve pour la musique d'Eglise et l'art religieux en général, comme sur son désir, si souvent manifesté, de ne blesser aucune susceptibilité nationale. P. N. »

La Musique sacrée, 1er janvier 1908, p. 45-47)  

 

« Souscription pour les grandes Orgues de Saint-Pierre

Les fêtes du jubilé sacerdotal de Pie X vont commencer. A cette occasion, nous l’avons déjà dit à nos lecteurs, le monde catholique tout entier a voulu qu’un monument durable consacrât le souvenir du jubilé de Pie X ; un comité s’est formé afin de doter l’église Saint-Pierre de Rome d’orgues magnifiques. Des écrivains autorisés tels que Paul Bouget, C.-M. Widor, Julien de Narfon, etc., etc., ont raconté comment celte idée déjà ancienne a pu etre heureusement accueillie par le S. Père.

 

Satisfaire le plus promptement possible au désir exprimé par Sa Sainteté Pie X, voilà le but que poursuit à l’heure actuelle le comité mondial dont nous parlons plus haut et qui comprend déjà, parmi les hauts dignitaires du clergé et les personnalités artistiques et mondaines : S. E. le cardinal Cavallari, successeur du Saint-Père au patriarcat de Venise ; S. E. le cardinal Lecot, primat d’Aquitaine, doyen des cardinaux français ; S. E. le cardinal Coullié, primat des Gaules ; Mgr Bourne, archevêque de Wetsminster, primat d’Angleterre; S. G. Mgr l’archevêque de Paris, le commandeur Paolo Pericoli, président de la Jeunesse catholique italienne ; MM. Paul Bourget et Etienne Lamy, de l’Académie française ; C. Saint-Saëns, membre de l’Institut ; baron Gevaert, Ch.-M. Widor, Henry Cochin, dom Thomas Breton, Tinel, etc.

 

Il ne fallait pas songer à voir les orgues de Saint-Pierre installées pour les jours des fêtes du jubilé. L’édification des orgues sera, en effet, fort longue.

Mais le comité, par un sentiment de délicate attention, a pensé qu’il était à propos d’ouvrir la souscription destinée à couvrir les frais d’achat et d'installation des orgues de Saint-Pierre, pendant le mois du jubilé. Le monde chrétien a donc été avisé que la souscription est d’ores et déjà ouverte et que les fidèles peuvent adresser leurs offrandes au Banco di Roma, 4, rue Lepelletier, à Paris.

 

Déjà les souscriptions affluent de tous les pays. Les catholiques répondent en masse à l’appel du comité et envoient des sommes importantes pour contribuer à l’édification de l’orgue monumental qui rappellera le pontificat du pape musicien.

Quand la souscription sera close, un Livre d’Or magnifiquement relié et contenant les noms de tous les souscripteurs sera offert au Saint-Père qui verra ainsi assemblés tous ceux qui auront voulu contribuer à ce solennel hommage. »

(La Musique sacrée, octobre 1908, p. 39)

 

« Les orgues de Saint-Pierre de Rome

Un Comité mondial s'étant formé pour offrir au Souverain Pontife, Sa Sainteté Pie X, des orgues monumentales pour la Basilique de Saint-Pierre, le projet, bien qu'accueilli favorablement, n'en resta pas moins en suspens par suite des nécessités architectoniques qui imposaient une harmonie complète entre ce projet et l'ensemble si merveilleux du plus grand et du plus beau temple de la Chrétienté. La Fabrique de Saint-Pierre, après un long échange d'observations, vient enfin d'accepter définitivement et complètement le projet présenté par le Comité. S. E. le Cardinal Archiprêtre de Saint-Pierre en a informé récemment le Comité.

 

Le Comité français ayant à sa tête S. E. le cardinal Amette, archevêque de Paris, comprend, entre autres notabilités marquantes, M. Ch. Widor, organiste de Saint-Sulpice. On lira avec intérêt l'article si richement documenté que le maestro a consacré au projet pontifical :

 

« C'est un événement considérable dans l'histoire de l'art : Pie X désirant que l'on construise un instrument monumental dans Saint-Pierre, a agréé, sauf certaines réserves de détail, le projet conçu en 1868, par Cavaillé-Coll et très favorablement accueilli successivement par Pie IX et Léon XIII.

Une lointaine tradition défendait, dit-on, toute musique instrumentale devant le Pape. Il ne fallait ni toucher aux murs de Michel-Ange en les agrémentant d'une tribune, ni les exposer à un formidable poids de deux ou trois cent mille kilogrammes. L'amplitude du vaisseau s'opposait à toute polyphonie symphonique... Et quantité d'autres objections que Pie X vient de réduire à leur juste valeur.

La tradition cependant était démentie par l'histoire : il y eut, en effet, autrefois à Saint-Pierre, des orgues et des organistes célèbres. Le jour où Frescobaldi inaugura ses fonctions, plus de 30.000 admirateurs accoururent (1608-1614) et Frescobaldi eut de nombreux successeurs longtemps reconnus comme les premiers artistes de leur époque Quant à l'architecture et aux murs mêmes, on les respectera : au lieu d'être placé au-dessus du portique, l'orgue restera isolé, soit vers le fond du transept, soit dans un des arceaux de la nef les plus rapprochés de la Confession, sans adhérence quelconque avec les murs ou avec le sol. Il pourra être déplacé, mobile, comme le demande le Saint-Père.

 

La difficulté pour un instrument sonore de remplir une aussi vaste nef, c'est affaire à l'intelligence et à l'expérience du constructeur. Si les fameuses trompettes d'argent se font entendre, quelle que soit la foule entassée sous la coupole, les jours de cérémonie pontificale, des tuyaux d'orgue auront certainement une sonorité plus puissante encore et plus imposante. [...]

 

Quoique toujours fort aimablement accueilli par Pie IX et Léon XIII, Cavaillé-Col mourut en 1899, sans avoir pu obtenir l'approbation définitive de ses plans, la réalisation de son rêve. Toutefois, loin d'être abandonné, le projet continuait à rester en discussion, et voici que Pie X va le réaliser. […] C. M. Widor. »

(La Musique sacrée, 1er janvier 1912, p. 26-28)

 

Composition de l'orgue projeté par A. Cavaillé-Coll :

 

Grand-Orgue : Montre 16', Bourdon 16', Montre 8', Flûte Harmonique 8', Diapason 8', Viole de Gambe 8',

Bourdon 8', Dulciana 8', Grosse Quinte 5 1/3', Prestant 4', Flûte 4', Octave 4', Quinte 2 2/3', Doublette 2', Grande Fourniture 4 rangs, Grosse Cymbale 5 rangs, Fourniture 3 rangs, Cymbale 4 rangs, Basson 16', Trompette Harmonique 8', Basson 8', Clairon 4'.

 

Grand-Choeur : Basse Acoustique 16', Grosse Flûte Harmonique 16', Violoncelle 8', Flûte Harmonique 8', Diapason 8', Unda Maris 8', Prestant 4', Flûte Octaviante 4', Octavin 2', Grand Cornet 5 rangs, Sesquialtera 3 rangs, Tuba Magna 16', Tuba Mirabilis 8', Quinte Trompette 5 1/3', Clairon 4', Clairon Doublette 2'.

 

Bombardes : Principale Basse 16', Quintaton 16', Flûte Harmonique 8', Flûte Conique 8', Kéraulophone 8', Bourdon 8', Grosse Flûte 4', Octave 4', Grosse Tierce 3 1/5', Nazard 2 2/3', Septième 2 2/7', Octavin 2',Grand Cornet 5 rangs, Bombarde 16', Trompette 8', Clairon 4'.

 

Positif : Violon Basse 16', Bourdon 16', Flûte Traversière 8', Diapason 8', Salicional 8', Cor de Nuit 8', Voix Angélique 8', Flûte Douce 4', Dulciana 4', Quinte 2 2/3', Doublette 2', Plein-Jeu 5 rangs, Cor d'Harmonie 16', Trompette Harmonique 8', Cromorne 8', Basson et Hautbois 8'.

 

Récit Expressif : Bourdon 16', Corni-Dolci 16', Flûte Harmonique 8', Flûte à Pavillon 8', Viole de Gambe

 8', Voix Céleste 8', Dulciana 4', Flûte Octaviante 4', Octave 4', Flagéolet 2', Cornet 5 rangs, Musette 8', Voix Humaine 8', Basson 16', Trompette Harmonique 8', Clairon Harmonique 4'.

 

Solo Expressif : Soubasse 16', Flûte Conique 16', Flûte Traversière Harmonique 8', Diapason 8', Quintaton 8', Flûte Octaviante 4', Nazard 2 2/3', Doublette 2', Tierce 1 3/5', Larigot 1 1/3', Septième 1 1/7', Piccolo 1', Cor Anglais 16', Clarinette 8', Trompette Harmonique 8', Clairon Harmonique 4'.

 

Pédale : Principale Basse 32', Montre 32', Gros Bourdon 32', Basse Acoustique 32', Grosse Flûte 16', Contre-Basse 16', Violonbasse 16', Soubasse 16', Grosse Quinte 10 2/3', Grosse Flûte 8', Diapason 8', Violoncelle 8', Bourdon 8', Grande Tierce 6 2/5', Grosse Quinte 5 1/3', Septième 4 4/7', Octave 4', Contre-Bombarde 32', Bombarde 16', Quinte Bombarde 10 2/3', Trompette 8', Clairon 4'.

 

Composition de l'orgue projeté par Charles Mutin (projet Cavaillé-Coll augmenté et réaménagé) :

 

Grand-Orgue : Montre 16', Bourdon 16', Gambe 16', Quinte 10 2/3', Montre 8', Flûte Harmonique 8', Diapason 8', Viole de Gambe 8', Bourdon 8', Dulciana 8', Grosse Quinte 5 1/3', Prestant 4', Flûte octaviante 4', Octave 4', Quinte 2 2/3', Doublette 2', Tierce 1 3/5', Grande Fourniture 4 rangs, Grosse Cymbale 5 rangs, Fourniture 3 rangs, Cymbale 4 rangs, Basson 16', Trompette Harmonique 8', Basson 8', Clairon 4', Soprano 4'.

 

Bombarde : Principale Basse 16', Quintaton 16', Flûte Harmonique 8', Flûte Conique 8', Jubal 8', Kéraulophone 8', Bourdon 8', Grosse Quinte 5 1/3', Principal 4', Grosse Flûte 4', Violin 4', Grosse Tierce 3 1/5', Nazard 2 2/3', Septième 2 2/7', Octavin 2', Tierce 1 3/5', Piccolo Harmonique 1', Grand Cornet 5 rangs, Plein Jeu 5 rgs, Bombarde 16', Tuba Magna 16', Tuba mirabilis 8', Trompette-Quinte 5 1/3', Clairon 4', Clairon-Doublette 2'.

 

Positif expressif : Violon Basse 16', Bourdon 16', Flûte Traversière 8', Diapason 8', Salicional 8', Cor de Nuit 8', Viola 8', Voix Angélique 8', Flûte Douce 4', Principal 4', Nazard 2 2/3', Flageolet 2', Carillon 3 rgs, Plein-Jeu 5 rangs, Cor d'Harmonie 16', Trompette Harmonique 8', Cromorne 8', Violon harmonique 4'.

 

Récit Expressif : Bourdon 16', Gambe16', Diapason 8', Bourdon 8', Flûte Harmonique 8', Flûte à Pavillon 8', 1ère Viole de Gambe 8', 2ème Viole de Gambe 8', 1ère Voix Céleste 8', 2ème Voix Céleste 8', Viole d'amour 4', Flûte Octaviante 4', Prestant 4', Eoline 4', Quinte 5 1/3', Grosse Tierce  3 1/5', Septième 2 2/7', Octavin 2', Tierce  1 3/5', Larigot 1 1/3', Piccolo 1', Plein-Jeu 7 rgs, Cornet 5 rangs, Bombarde 16', Clarinette 16', Musette 8', Voix Humaine 8', Clarinette 8', Trompette Harmonique 8', Trompette-Quinte 5 1/3', Clairon Harmonique 4', Clairon-Doublette 2'.

 

Solo Expressif : Soubasse 16', Flûte Conique 16', Flûte Traversière 8', Diapason 8', Viola di Gamba 8', Quintaton 8', Flûte Octaviante 4', Violin 4', Nazard 2 2/3', Doublette 2', Tierce 1 3/5', Larigot 1 1/3', Septième 1 1/7', Piccolo 1', Cor Anglais 16', Clarinette 8', Tuba Magna 16', Tuba Mirabilis 8', Trompette Harmonique 8', Cor d'Harmonie 8', Trompette 5 1/3', Clairon Harmonique 4', Cor Harmonique 4'.

 

Pédale : Basse Acoustique 64', Principale Basse 32', Montre 32', Grosse Flûte 32', Contre-Basse 16', Violonbasse 16', Soubasse 16', Grosse Quinte 10 2/3', Grosse Flûte 8', Diapason 8', Violoncelle 8', Bourdon 8', Tierce 6 2/5', Grosse Quinte 5 1/3', Septième 4 4/7', Octave 4', Flûte 4', Viole 4', Tierce 3 1/5', Contre-Bombarde 32', Bombarde 16', Quinte Bombarde 10 2/3', Trompette 8', Quintonet 5 1/3', Clairon 4'.

 

Accouplements : GO unisson, Bomb.GO, Pos.GO, Réc/GO, Solo/GO, Solo/Pos., Solo/Réc. Tirasses : GO, Bomb, Pos, Rc. Solo. Octaves graves GO, Bomb, Pos, Réc. Solo. Octaves aiguës Réc, Solo, Péd. Trémolo Pos et Réc. Crescendo. 26 combinaisons fixes (4 au GO, 3 à la Bomb, 3 au Pos, 4 au Réc., 3 au Solo, 4 à la Péd. 5 combinaisons générales. 6 combinaisons ajustables. Jeux de combinaisons GO, Pos, Réc, Péd. Appel chamade Solo.

 

Transmission des notes mécanique avec leviers pneumatiques, transmission des jeux électro-pneumatique.

 

Olivier Geoffroy

(mars 2021)

 

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