Quelques glanes sur Paule Piédelièvre
(1902 - 1964)


 

Croquis par M. Patrie, Château-Gontier, 1935
(coll. D.H.M) DR.

 

Pianiste et organiste, Paule Piédelièvre fut élève à la Schola Cantorum. Dans cet établissement, elle reçut notamment l'enseignement de Louis Vierne (1870-1937), organiste de Notre-Dame de Paris, et d'Abel Decaux (1869-1943), titulaire de l'orgue de la basilique du Sacré-Coeur de Paris.

 

Elle fit carrière en tant qu'organiste à Paris, suppléante à Notre-Dame-des-Champs, mais surtout à l'église des Jésuites de la rue de Sèvres, Saint-Ignace ou « église des Etrangers », où elle est titulaire du début des années 1920 à sa mort. En 1964 lui succédèrent Jacques Berthier (1923-1994) et Jean Bonfils (1921-2007).

 

A la Schola Cantorum, puis à l’Ecole César-Franck, Paule Piédelièvre prodigua l'enseignement du piano et à titre privé l'instrument à tuyaux. Parmi ses nombreux élèves, on peut citer l’organiste Michel Chapuis (1930-2017) qui reçut des leçons particulières en 1947. Mais elle se produisit également régulièrement dans toute la France en tant que soliste ou accompagnatrice à l'orgue ou au piano et elle œuvra à la redécouverte de la musique ancienne.

Premières mesures de l'Hymne à la Ste Vierge, pour 3 voix égales et orgue,
dédicacée "Au R.P. Rouët de Journal" [maître de chapelle de Saint-Ignace]
(La Petite maîtrise, mars 1930, coll. D.H.M.) DR.

 

Même si elle a relativement peu composé, on lui doit des harmonisations de chansons canadiennes : La Guignolée, A la claire fontaine, Voici le mois de mai (Paris, Hérelle, 1945) et de Noël avec Bergers, écoutez la musique (Philippo, 1960), des pièces vocales religieuses : Cantate en l'honneur de Notre-Dame l'Angevine (s.d.), Hymne à la sainte Vierge pour trois voix égales et orgue (La Petite Maîtrise, mars 1930) et O Salutaris (Paris, Schola Cantorum, 1950), ainsi que quelques pièces pour orgue : Thème varié sur « Vexilla regis » (Paris, Procure du clergé, 1953), Suite grégorienne : 1. Haec dies, 2. Virgo dei genitrix, 3. Factus es repentes (Philippo, 1954), Interludes d'orgue pour huit psaumes de communion [32 brèves pièces pour les psaumes du Père Gélineau] (Paris, Le Cerf, 1960).

 

Les pièces pour orgue du volume Les Anciens maîtres espagnols, XVIe-XVIIIe s. (Paris, Schola Cantorum, 1952) ont été annotées et registrées par P. Piédelièvre ainsi que celles du recueil de Six Préludes et fugues de Johann Ernst Eberlin (Paris, Philippo 1957, puis Combre).

 

Elle a également collaboré, par la rédaction d'un article intitulé « Louis Vierne à la Schola Cantorum et à l'Ecole César-Franck », au livre In memoriam Louis Vierne (Paris, Desclée de Brouwer, 1939, 228 pages). Enfin, quelques enregistrements témoignent de son talent d'accompagnatrice (pour des chants de Noël enregistrés à Notre-Dame du Liban à Paris ou le microsillon de chants du Père Gélineau à Saint-Ignace de Paris).

 

 

Au fil de la presse, au sujet des œuvres de Paule Piédelièvre :

 

« [Concert pour le Cercle du Luxembourg] - Guy de Lioncourt, animant sous sa baguette impérieuse et sûre une troupe variée, dirigea une importante cantate de Mlle Paule Piédelièvre en l'honneur de « Notre-Dame l'Angevine (soli, orgue, chœurs et orchestre, sans compter le récitant, qui était Henri Cochard). Telle était la « première audition ». Les vers de la cantate sont dus à un bon poète angevin, M. l'abbé Louis Blond. Quant à Mlle Piédelièvre, c'est une pianiste et une organiste fort connue et que particulièrement les amis de la Schola, où elle est professeur, ont souvent applaudie. On n'applaudira pas moins en elle le compositeur et, ayant goûté sa nouvelle œuvre, je suis heureux d'avoir une occasion de le dire. »

Le Correspondant, Paris, Waille, 1927, p. 306.

 

« Nous entendîmes deux fois les grandes orgues de l'ancien Conservatoire au cours de ce concert, et les deux fois avec plaisir : d'abord, ce fut Mlle Paule Piedelièvre qui joua elle-même une Suite Grégorienne dont elle est l'auteur, et la seconde fois, ce fut Mlle Geneviève de la Salle qui interpréta (et avec quel talent !) un Scherzo pour orgue de M. Duruflé.

La Suite Grégorienne, formée de trois pièces (Graduel du Jour de Pâques, Hymne « Virgo Dei Genitrix » et Communion de la Pentecôte) est traitée avec beaucoup de respect de la liturgie, et les thèmes en sont paraphrasés avec une émouvante gravité. »

Le Ménestrel, 11 mars 1932, p. 117.

 

« A la Société nationale retentissent les orgues du conservatoire. Tout d'abord sous les doigts de Mlle Paule Piédelièvre qui exécuta avec une grande autorité une Suite grégorienne de sa composition dans laquelle elle interprète librement et commente avec une science qui n'exclut pas la spontanéité des trouvailles les textes liturgiques. »

Comoedia, 22 mars 1932, p. 2.

 

« Paule Piédelièvre, organiste de l'église « des Étrangers » de Paris nous présente trente-deux brèves pièces — longtemps improvisées à la messe dominicale, puis écrites — destinées à s'intercaler entre les strophes des principaux psaumes de communion (Ps. 22, 33, 41, 83, 84, etc.) selon la psalmodie du Père Gélineau. Elles s'accordent au modalisme diatonique de ces psaumes et en commentent les thèmes, dans une parfaite écriture musicale et organistique, et avec un sens très sûr du rôle sacré de l'instrument. Ces interludes modaux s'accordent encore avec les divers tons grégoriens et peuvent également servir pour la psalmodie latine de la communion dans une messe solennelle. Sauf trois interludes, tous sont exécutables sans pédale et donc sur l'harmonium. Une nouveauté qui vient à son heure dans la conjoncture liturgique et musicale. »

La Maison-Dieu, n° 64, octobre 1960.


Olivier Geoffroy

(janvier 2019)

 

 

 

 

Notes de la rédaction de Musica et Memoria : Issue d’une famille de juristes (ses oncles Robert et Emmanuel Piédelièvre sont respectivement professeur à la Faculté de droit de Paris, et substitut du Procureur de la République près le Tribunal de première instance de la Seine), Paule Piédelièvre est née le 7 juillet 1902 à Suresnes (Hauts-de-Seine) du mariage de Paul Piédelièvre (1861-1916), substitut du Procureur général près la Cour d’appel de Paris, et de Joséphine Chartraire (1867-1941). A la Schola cantorum, elle reçut également l’enseignement de Vincent d’Indy pour la composition et y obtint de nombreux diplômes : piano 2e degré (1918), musique de chambre (1918), contrepoint (1919), chant grégorien 2e degré (1920), orgue 2e degré (1921), composition (avec mention « très bien »,1932). Elle enseigna le piano dans cet établissement à partir de 1922, avant de rejoindre en 1935 l’Ecole César-Franck où elle continua son professorat durant de nombreuses années, tout en dispensant des leçons d’orgue en cours particuliers. C’est principalement à Saint-Ignace qu’elle fit sa carrière d’organiste durant plus de 40 ans, avec quelques incursions, comme suppléante ou organiste intérimaire, à Notre-Dame-des-Champs et à Saint-Jacques-du-Haut-Pas. A Saint-Ignace, église fermée au culte en 1901 et réouverte seulement en 1923, elle jouait sur un orgue Cavaillé-Coll de 1891 composé à l’origine de 31 jeux répartis sur 2 claviers et un pédalier. Cet instrument (inscrit à l’Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques en 1975) bénéficiera de plusieurs campagnes de travaux : relevage complet Mutin-Cavaillé-Coll 1924, nouveau relevage Daniellot et Salmon 1947, restauration générale Haerpfer-Erman 1975-1977 (adjonction d’un 3e clavier de Positif qui porte le nombre des jeux à 43), relevage Yves Koenig et Philippe Emeriau 1998, restauration par les mêmes 2012. On doit aussi à Paule Piédelièvre l’inauguration, le 12 juin 1943, de l’orgue Pleyel-Cavaillé-Coll de l’église Saint-Jean de Château-Gontier (Mayenne). Cette ville où elle se rendait régulièrement entre 1932 et 1944 pour y donner des concerts et récitals d’orgue ou de piano est située non loin de Laval où sa mère s’était retirée. Célibataire, elle est morte le 11 mars 1964 en son domicile parisien du 21 rue Poussin, dans le seizième arrondissement. En dehors des œuvres déjà citées, ajoutons pour orgue : Choral sur le « Veni sancte spiritus » (La Petite Maîtrise, mai-juin 1938), Interlude pour la fête de la Purification (id., nov. 1938).

[D.H.M.]

Pouvoir, avec signature autographe, de Paule Piédelièvre à Joachim Havard de la Montagne
pour défendre les intérêts des maîtres de chapelle et organistes, décembre 1959
(Archives UMCO, coll. D.H.M.) DR.
 

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