HENRI POTIRON

Maître de chapelle, organiste, compositeur, musicologue, professeur


 

 

(coll. famille Potiron) DR.

Dimanche 2 février 1930 à 17h45, programme de la "7e Réunion-Audition" à l'Institut de France, 25 bis Quai Conti, organisée par l'Union des Maîtres de Chapelle et Organistes dirigée par Widor. Œuvres de Armand Vivet (maître de chapelle de Saint-Augustin), Henri Potiron (maître de chapelle du Sacré-Coeur de Montmartre), Albert Pillard (maître de chapelle de Saint-Jean-Baptiste de Grenelle), Albert Alain (organiste à Saint-Germain-en-Laye, père de Jehan et de Marie-Claire) et Léon Saint-Réquier (maître de chapelle de Saint-Charles de Monceau), avec à l'orgue André Fleury, tout nouvellement nommé à Saint-Augustin, venant du Sacré-Coeur
(coll. DHM) DR.

Né le 13 septembre 1882 à Rezé-les-Nantes (Loire Inférieure), Henri Potiron effectue ses études musicales à la Maîtrise de la Cathédrale de Nantes, et, après l’obtention du baccalauréat (Lettres-Philosophie) le 23 juillet 1900, entre au Grand séminaire de Nantes. Il y reçoit la tonsure le 19 mai 1902, puis, à la cathédrale, les quatre Ordres Mineurs le 29 juin 1903. Une fois son service militaire effectué au 65ème Régiment d’Infanterie en 1903-1904, la vocation pour la prêtrise s’étant étiolée, il abandonne la formation cléricale et se rend à Paris. A la Sorbonne, il décroche en juillet 1907 une licence ès-lettres, philosophie, avec sa thèse « La liberté selon Saint Thomas d’Aquin » sous la direction du professeur Picavet. Cette même année, en février, il est nommé maître de chapelle et appelé à fonder une maîtrise à Sainte-Geneviève des Grandes Carrières, ancienne chapelle (1891) des Œuvres toute nouvellement érigée en paroisse. A la fin de l’année 1910, il quitte cette église pour un poste identique à la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre qu’il occupe jusqu’en 1964, laissant alors ce poste à Gabriele Looren ; il y tient également l’orgue d’accompagnement. Parallèlement, il effectue des remplacements à l’orgue de chœur de Notre-Dame de Paris durant la seconde guerre et à Saint-Pierre de Montmartre il en est le maître de chapelle dans les années 1950-1960. Mobilisé le 3 août 1914 durant la 1ère guerre son comportement au sein du 327ème Régiment d'Infanterie lui vaut une citation à l'ordre du régiment (9 mai 1918) et l'attribution de la Croix de Guerre.

 

Professeur à l'Institut catholique (Institut Grégorien) dès son ouverture en 1923 et durant plusieurs décennies, il y enseigne, entre autres, l’histoire et la nature des modes grecs et médiévaux, et l’accompagnement. On relève de nombreux élèves venus des quatre coins du monde, notamment Amérique du Nord et du Sud, Canada, Espagne, Suisse Vietnam et parmi eux le bénédictin Dom Jean Claire (1920-2006), célèbre auprès des grégorianistes et liturgistes, qui sera longtemps le Maître de choeur de l’abbaye de Solesmes à partir de 1971, et jacques Roux (1899-1979), compositeur et organiste de l’église Saint-Joseph de la rue Saint-Maur (Paris XIe) durant plus d’un demi-siècle. En outre, à partir de 1959, chaque année durant le mois de septembre il dispense le même enseignement au Conservatoire de Pamplona (Espagne). Avec Dom Jean Hébert Desrocquettes, moine de l’abbaye de Solesmes il publia pour ses élèves de précieux accompagnements de tout le répertoire grégorien : Vingt-neuf pièces grégoriennes, harmonisées avec commentaires rythmiques, modaux et harmoniques (Hérelle, 1929). On lui doit aussi dans ce domaine plusieurs livres, brochures et autres articles : Traité de l’accompagnement du chant grégorien, La modalité grégorienne, Cours d’accompagnement du chant grégorien, L’analyse modale du chant grégorien (Paris, Desclée, 1948), La composition des modes grégoriens (Paris, Desclée, 1952), L’Origine des modes grégoriens (Paris, Desclée, 1948), Les Modes grecs antiques (Paris, Desclée, 1950), Accompagnement du chant grégorien suivant les types modaux (Paris, éditions de la Schola cantorum et Procure générale de musique, 1961)… Il faut noter également un Petit traité de contrepoint et exercices d’écriture préparatoires à l’accompagnement du chant grégorien (Paris, Desclée, 1951).

 

A plus de 70 ans, Henri Potiron se remettra aux études et obtiendra un doctorat ès-lettres avec sa thèse sur « Boèce, théoricien de la musique grecque », soutenue le 18 décembre 1954 devant la Faculté des Lettres de Paris ; sujet qui fera l’objet d’une édition en 1961 chez Bloud & Gay (184 pages).

 

Officier d'académie le 20 mars 1926, officier de l'instruction publique pour "Services rendus à l'Art Musical" le 20 février 1934, chevalier de l’Ordre de Saint Grégoire-le-Grand le 1er février 1936 à la demande du Cardinal Verdier pour ses 50 ans de Maître de chapelle du Sacré-Cœur, il est nommé par décret du 1er janvier 1963 chevalier de la Légion d’honneur au titre du Ministère des affaires culturelles. Dès les débuts de la création de l’Union des Maîtres de Chapelle et Organistes (U.M.C.O.), créée pour grouper les membres et les aider, qui sera dirigée par Widor à partir de 1922, puis par son successeur Henri Büsser (1937), Henri Potiron en sera l’un des nombreux membres jusque les années 1960, tout comme Vierne, Dupré, Duruflé, Litaize, Bonnet, Fleury, Grunenwald, Fellot, Chapuis, Souberbielle, le chanoine Merret, Jehan Revert, Jeanne Demessieux, Marie-Louise Girod, Odile Pierre…

 

Compositeur de grande classe, en dehors des œuvres mentionnées supra, Henri Potiron est aussi l’auteur de nombreuses pages, notamment des messes et motets qui restèrent durant plusieurs décennies au répertoire de toutes les maîtrises. Parmi ce répertoire, on peut évoquer les Messes « Da Pacem », « en l’honneur de la sainte Famille », « en l’honneur du Bienheureux Pie X », « en l’honneur de Sainte-Geneviève », ou encore la « Messe Resurrexi », celle « solennelle du Sacré-Cœur », celle « de Dumont » », ainsi que son « Office du Christ-Roi » et celui « du Saint-Sacrement », toutes, en dehors de la première éditée chez Durand, le sont chez Combre. Quant à ses motets, notons pour chœurs avec accompagnement « Regina coeli », « O cor amoris victima », « Tota pulchra es », « Offertoire de St Eudes », « Laudate Dominum », « Ave Maris Stella », « Regina coeli », « Attolite portas-Psaume XXIII », « Hodie Christus natus est », « Sub tuum Praesidium », « Tu es Pastor ovium », « Virgo Dei Genitrix », la plupart publiés par les éditions musicales de la Schola Cantorum et quelques-uns par Combre. Il existe aussi quelques titres pour seulement chœur a cappella : « Erpe me », « Magnificat royal », « Tu es Petrus », « Tu Rex gloriae », « Laudate dominum in Sanctis ejus-Psaume 150 », ainsi qu’un « Hymne à la rose » et un rondel « Le Temps a laissé son manteau » sur des paroles de Charles d’Orléans.

 

Comme organiste, Henri Doyen a écrit un jour qu’au début de la grande guerre, passant un dimanche à Château-Thierry (Aisne) « je fus stupéfait, l’orgue de l’église paraissait transformé, mis en valeur par des mains expertes. On m’expliqua que c’était un soldat de passage, grand organiste à Paris, qui le tenait. C’était Henri Potiron… ». On lui doit plusieurs pièces écrites pour cet instrument, entre autres titres : « Canzonetta », « Carillon pour sortie », « Kyrie sur Orbis factor », « Petite Suite sur Ave Maris Stella », « Petite suite pour les dimanches per Annum », « Petite Suite sur Puer natus in Bethleem », « Sonata », « Accompagnement du Kyriale Vatican », « 29 pièces grégoriennes »… Signalons aussi une œuvre pour piano à deux mains « Variations et fuguette » (Durand, 1941) et qu’il collabora à plusieurs revues spécialisées : « Journal des organistes », « Etudes grégoriennes (Solesmes) », « Revue grégorienne », « Musique et liturgie, revue liturgique et musicale », « Revue Opus dei », « Revue de musicologie », « Musique Sacrée-l’Organiste » etc…

 

Retraité chez une parente à Liancourt-Fosse (Somme), abandonné de tous et se trouvant alors dans la précarité (il ne lui restait que son piano), Henri Potiron mourut le 12 avril 1972 à l’hôpital de Roye. Sa famille précisa alors : « son corps a été transporté de l'hôpital de Roye dans la Somme (80), dans l'estafette du menuisier, par l'autoroute jusqu'au cimetière de Saint Ouen (Paris) où il repose avec sa femme ». Celle-ci, née Marie Lamolie en 1881 à Houeillès (Lot-et-Garonne), qu’il avait épousée en 1909 à Paris, avait en effet déjà quitté ce monde en 1965 dans leur appartement parisien du 13 rue Christiani, occupé depuis des années 1920.

 

En 1962, l’enquête de moralité menée pour l’admission dans l’Ordre de la Légion d’honneur par le Conseiller technique, adjoint au directeur au Ministère d’Etat chargé des Affaires Culturelles, concluait : M. Henri Potiron est une des plus grandes autorités françaises de la musique […] son influence et sa renommée débordent largement nos frontières. Compositeur de mérite, ses œuvres, d’une écriture riche et claire, ont enrichi le répertoire religieux. Professeur à l’Institut grégorien de Paris, il a formé un grand nombre de disciples élevés dans la meilleure tradition. »

 

Denis Havard de la Montagne

(mars 2026)

Fiche de renseignements sur la Maîtrise de la basilique du Sacré-Coeur renseignée en 1944 par Henri Potiron
(coll. DHM) DR.

LE MAITRE DE CHAPELLE

sa formation et les connaissances souhaitées en 1938

(projet d’un brevet de compétence)

par Henri POTIRON

Maître de chapelle du Sacré-Cœur de Montmartre

Professeur à l’Institut grégorien de Paris

 

 

La mode est aux brevets professionnels, par où on essaye de revenir aux anciennes corporations : l’ouvrier y gagne en dignité, et le patron a des collaborateurs qualifiés. Aussi a-t-on songé à un brevet pour les maîtres de chapelle ; le programme, la forme même de l’examen ne sont point établis, mais l’idée a été lancée, et elle est par certains côtés assez séduisante. Cependant la question est fort complexe et mérite que nous nous y arrêtions.

 

Un organiste de grand orgue, nanti d’un prix du Conservatoire, ou du diplôme d’une grande école, sait jouer de l’orgue, et pour peu qu’il connaisse l’ordre des offices et le rôle de l’orgue liturgique, il pourra briguer un emploi. Du reste il existe depuis longtemps un programme-type de concours qu’il n’est pas besoin de rappeler.

 

Déjà il est plus difficile de choisir un organiste accompagnateur : en réduisant la difficulté du concours tant pour l’exécution que pour l’improvisation, mais en y ajoutant une épreuve d’accompagnement et de transposition, et surtout une épreuve d’accompagnement du chant grégorien, on aura pourtant vite jugé un candidat.

 

Il en va tout autrement pour un maître de chapelle. Disons tout de suite que le brevet ne peut intéresser que les artistes professionnels, et qu’il constitue une sorte de garantie pour les curés qui cherchent un collaborateur laïc et rétribué. Nombre de grandes maîtrises, en province surtout, sont dirigées en effet par des ecclésiastiques, nommés à cette charge par leur évêque, et il faut avouer que cette solution ne manque pas d’avantages : connaissance du latin liturgique et des textes, des lois mêmes de la liturgie et de son esprit, du chant grégorien, par conséquent formation liturgique aussi complète que possible, influence morale sur les petits chanteurs, facilitant l’influence artistique : voilà, de fait, de sérieux avantages ; et pour peu que le jeune prêtre, déjà choisi avec soin pour ses dons artistiques et sa culture antérieure, générale et musicale, ait complété pendant quelques années son éducation par l’étude de la composition et de l’histoire de la musique, il sera peut-être le maître de chapelle idéal ; généralement, on ne lui demande pas d’être véritablement organiste, ce qui simplifie singulièrement sa tâche. Je pense à Victoria, à Van Pulaer et tant d’autres, et je regrette seulement que l’étude de la musique (et de la composition) n’ait plus la même place dans les programmes de nos séminaires (le petit séminaire se commençait souvent dans les écoles-maîtrises, véritables conservatoires de l’époque).

 

Les maîtres de chapelle laïcs et professionnels viennent par une autre voie, et c’est à eux que s’adresse le diplôme dont nous parlons, et l’examen qui le conférerait ; mais je me demande si quelqu’un n’a jamais songé à la somme de connaissances requises pour cet emploi. Sans doute, il y a des degrés, et je ne prétends pas que le candidat doive et même puisse être spécialiste en chacune des matières du programme qui lui sera imposé ; j’aurais l’air, en insistant sur l’importance de la fonction, de faire un plaidoyer pro domo qui certes n’est pas dans mes intentions. Pourtant le lecteur voudra bien reconnaître que je n’exagère rien en exigeant une connaissance au moins élémentaire de toute la matière que le futur maître de chapelle devra modeler et interpréter.

 

Ne parlons pas des qualités morales, psychologiques, de l’autorité nécessaire pour commander : il n’y a pas d’examen possible sur ce point, du moins ce n’est point un jury de concours qui peut en témoigner.

 

Commençons par les connaissances spéciales, les plus spéciales (contrairement à l’habitude peut-être) pour terminer par les connaissances générales.

 

Je demanderai donc au candidat de connaître le latin, non point pour comprendre à livre ouvert Tacite ou Juvénal, mais pour pouvoir traduire à peu près un Introït, un Graduel (bien entendu sans souci d’exégèse). Il est inadmissible que la langue liturgique soit pour lui une langue morte. Vous me direz qu’avec une bonne traduction il se tirera d’affaire et que même beaucoup de mots lui seront connus peu à peu. Non, ce n’est pas tant le sens de chaque mot qui importe, que la construction même de la proposition, le mouvement de la phrase ; cette langue est unie trop intimement au chant grégorien, comme elle doit l’être aussi à la musique polyphonique, pour que le chef de chœur n’en connaisse pas la morphologie et la syntaxe générales ; il ne suffit pas d’éviter les Da robur fer, ou les Spiritum ; Sanctum Dominum (ce sont justement ceux qui ne connaissent pas le latin qui insistent d’une façon excessive sur : Quœrens mesedisti lassus, ou Voca mecum benedictis, par l’allongement de me, et même une respiration) ; il faut en pénétrer un peu l’esprit, et pour cela en étudier même la grammaire (et en retenir aussi le vocabulaire). Ces notions élémentaires ne demandent pas, du reste, une bien longue étude. Un examen devrait donc comporter une petite version, par écrit, (pas de thème, naturellement), d’après un texte liturgique facile, puis une explication orale (le tout sans dictionnaire).

 

En second lieu nous aurions une interrogation sur la liturgie, dans tous ses rapports avec le chant : ordonnance de la Messe, des Vêpres, des Compiles, particularités des divers temps de l’année liturgique, etc. Certains confrères se cramponnent littéralement à leur paroissien pour suivre la bénédiction des Rameaux, la messe des Présanctifiés, ou l’office du Samedi-Saint ; ils ne savent où trouver les Mémoires pour les Vêpres. On ne leur demande pas de connaître les oraisons par cœur ; mais, l’ordonnance générale étant déjà connue, de suivre les cérémonies avec aisance. Il en est qui ne diraient pas a priori pendant quelle période le Trait remplace l’Alleluia, ou quand un premier Alleluia remplace le Graduel ; quand exactement se chantent les quatre Antiennes à la Sainte Vierge, et avec quels versets !

 

Ensuite c’est le chant grégorien qui tout naturellement retiendra notre attention. Celui qui doit en diriger l’exécution doit pouvoir le chanter parfaitement (nous ne tiendrons pas compte de ses qualités vocales). Sur un ton initial donné, et sans aucun accompagnement il doit pouvoir déchiffrer sans aucune faute une pièce même difficile, avec un rythme impeccable, et l’expression convenable. Je n’ai pas l’intention d’imposer à tout l’univers l’interprétation solesmienne, mais si cette interprétation était ordonnée officiellement par l’autorité diocésaine, on devrait s’y conformer. Suivrait une interrogation sur les règles pratiques d’exécution, sur une doctrine rythmique et esthétique, sur l’interprétation de l’accent latin (et même sa place), etc. Et je demanderais une épreuve spéciale sur la psalmodie : les règles propres à chaque ton psalmodique (notamment nature des « survenantes »), et l’exécution d’un psaume peu commun sur un ton donné (4e en E, ou le 3e en a, deuxième finale, par exemple).

 

Puis, comme il arrive fort souvent (et même toujours, en certaines paroisses) que le maître de chapelle soit en même temps accompagnateur, il subirait aussi une épreuve d’accompagnement du chant grégorien, à vue, sans préparation, pour une pièce donnée et dans un ton imposé ; naturellement on exigerait qu’il y mette en pratique les principes rythmiques et modaux qu’il aurait définis auparavant.

 

Telles sont, brièvement, les connaissances spéciales requises d’un maître de chapelle. Resterait à savoir comment il dirige un chœur, mais c’est une chose assez particulière et difficile à contrôler dans une seule séance. On pourrait aussi lui demander quelques principes d’émission vocale, avec exemples à l’appui, donnés par lui-même, (sans tenir compte de la qualité naturelle de la voix), puisque souvent il doit former les voix d’enfants ou donner des conseils aux amateurs, ou que, dirigeant des chanteurs professionnels, il ne doit pas s’exposer en cette matière à des erreurs trop évidentes, sous peine d’y perdre son autorité.

 

Les connaissances générales sont plus faciles à préciser, car nous supposons chez le candidat une formation musicale sérieuse. Notions élémentaires de l’histoire de la musique religieuse (ou plus exactement liturgique), caractère de cette musique d’après les instructions pontificales ; analyse des formes (surtout pour la musique de la Renaissance), car il est impossible de faire interpréter une messe ou un motet dont on ne connaît pas bien l’architecture. Enfin épreuve de composition ou d’harmonie, soit une simple harmonisation, soit la composition d’un motet, d’une fugue, etc. Il va sans dire que certains diplômes dispensent de cette épreuve.

 

Quant à l’orgue, il ne faut pas oublier que le maître de chapelle improvise souvent de petits préludes, que certains accompagnements de messes ou motets modernes ne sont pas faciles, et qu’il a parfois d’assez longues pièces à exécuter, s’il est seul. Aussi demanderais- je volontiers une courte improvisation sur un thème liturgique donné, et l’exécution d’une pièce classique de moyenne force, au choix, mais avec pédale obligée ; puis l’accompagnement à vue d’un motet ou fragment de messe, et toujours avec pédale obligée ; enfin la transposition d’un motet facile dans un ton imposé.

 

Tous les candidats qui ont fait des études musicales sérieuses n’auraient aucune difficulté à subir ces dernières épreuves. Mais beaucoup d’entre eux pensent que tout le reste, y compris le chant grégorien, n’est qu’une adaptation, facile à réaliser, en quoi ils se trompent étrangement.

 

Le programme intégral pourra paraître complexe ; certains estimeront inutile l’étude approfondie de telle ou telle partie. Sans doute, je l’ai dit, il y a des degrés : le maître de chapelle n’est pas un professeur de latin et de liturgie ; il n’est pas non plus un organiste virtuose ni un compositeur de génie ; pourtant tout est à étudier dans ce programme, et s’il y a une partie absolument essentielle, c’est le chant grégorien, chant officiel de l’Église. Rien de ce que nous avons indiqué n’est étranger à la profession, alors que pour le brevet des coiffeurs, si je ne m’abuse, on a soumis les candidats à l’épreuve de la dictée, de la composition française, du problème d’arithmétique..., toutes choses qui n’ont pas de rapport direct avec l’exercice de cette profession, il me semble ! J’entends bien que tous les curés de toutes les paroisses n’en exigeront pas tant de leur maître de chapelle. Mais s’il s’agit de décerner un diplôme de quelque valeur, rien ne doit être négligé des connaissances nécessaires ; de vagues notions d’orgue, d’harmonie, de plain-chant ne sauraient suffire. Du reste on pourrait instituer un diplôme élémentaire et un diplôme supérieur, consacrant l’un et l’autre l’étude des mêmes matières, mais plus complète dans le second cas ; de plus le jury devrait comprendre des spécialistes (latin, chant grégorien, orgue, harmonie...), chacun d’eux devant dépasser de très haut le candidat qu’il interroge, et non pas simplement quelques maîtres de chapelle en exercice. Car il serait à craindre que les nouveaux diplômés, reçus maxima cum laude, consacrés docteurs officiellement, ne voulussent à leur tour constituer un nouveau jury et imposer à leurs aînés les épreuves dont ils seraient sortis vainqueurs.

 

 in Musique et Liturgie, mai-juin 1938

coll. et numérisation : DHM

Photo plaque (cassée en 4 morceaux) apposée sur la tombe d'Henri Potiron au cimetière parisien de Saint-Ouen paraissant abandonnée
(cliché pris le 17 novembre 2011 par Michel Robin (1932-2023), prêtre
et alors organiste de l'église Saint-Paul de Rezé-les-Nantes) DR.
 

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