LISE ROLLAN

Soprano léger belge puis vedette internationale du disque et de la télévision
Du Théâtre de « La Monnaie » aux salles de concerts de « l'Ancienne Belgique » à Bruxelles,
en passant par « Bobino » et »L'Olympia » à Paris …


Lise Rollan

Lise Rollan dans un cliché remontant à l’époque de ses succès discographiques.
(Photographie: H. Lapaille Bruxelles pour R.C.A., coll. de l'auteur)



« Comme beaucoup,  je ne connaissais Lise Rollan que par la Radio. J'écoutais, séduit par cette superbe voix, claire et brillante de soprano. J’étais aussi émerveillé par l'étendue de son répertoire éclectique, avec lequel elle pouvait passer de la chansonnette à la mélodie, de l'opérette vers l'opéra, tout cela avec facilité et remportant le même succès. Par la suite, j'ai eu la joie de partager la scène avec elle au cours de nombreux galas lyriques. Au-delà de ses qualités d'interprète, j'ai pu découvrir une artiste complète, sensible et raffinée. Sur un plan plus personnel, je salue la femme élégante, d'une grande modestie et gentillesse, avec laquelle je suis noué d'une amitié sincère.

Jean Bonato, premier fantaisiste et baryton belge


« J’ai connu Lise Rollan après ses saisons à la Monnaie. Elle chantait de l’opéra comique et de l’opérette dans des théâtres de Belgique et pour la radio. Je crois que nous avons interprété ensemble Les Dragons de Villars et Monsieur Beaucaire. Elle s’orienterait plus tard avec succès dans la variété. Voix magnifique, elle chantait avec beaucoup d’aisance, l’aigu était facile et sa musicalité sans failles. Toujours élégante et raffinée, elle était dotée d’une indéniable présence scénique. Une belle artiste de tout premier plan. »

Richard Demoulin, baryton belge


« Je n’ai pas souvent chanté avec Lise Rollan que j’ai connue après sa carrière à la Monnaie. Fort jolie femme, elle est de nature plutôt discrète et réservée. Elle est une excellente camarade et une musicienne accomplie. Nous avons chanté pour la Radio (où j’ai interprété quelques compositions de son mari, Emile de Radoux), ainsi qu’au concert pour des œuvres telles que Le Cadi Dupé ou un navet intitulé Le Combat de la Vierge et du Diable. Une voix rayonnante et agile, à la musicalité très sûre. Quant à la vivacité de son esprit, elle est tout autant appréciable. »

Jean Lescanne, baryton belge (1916-2012)
Extraits d’un entretien en 1999.

Cf. portrait réalisé par l’auteur et publié chez Musica & Memoria : www.musimem.com/lescanne.htm



Costume de Lise Rollan pour Philine (Mignon), réalisé par Renaud Grandjean et Suzanne Fabry, Monnaie, 1948.
(coll. de l'auteur)



«Lise Rollan! Quelle voix et quel talent! Elle fut ma Lakmé préférée à la Monnaie et j’étais comblée d’être sa Mallika. Notre duo des Fleurs au Ier acte était à chaque représentation un retentissant succès ! Tout chez elle rayonnait: sa voix cristalline et agile, déconcertante de facilité. Sa présence scénique, son jeu mesuré mais juste et le soin qu’elle apportait à ses costumes étaient impeccables. Ce fut un enchantement de chanter Mignon à ses côtés: Lise Rollan succéda à Clara Clairbert dans Philine, rôle où elle se montra d’une virtuosité et d’une élégance scénique rares. Souvenir amusant: Clara Clairbert me surnommait affectueusement Langette! J’ai aussi apprécié Lise Rollan après ses saisons à la Monnaie dans son nouveau répertoire de variété, où je pouvais toujours reconnaître et apprécier sa voix entre mille. »

Diane Lange, mezzo-soprano belge
Extraits d’entretiens, 2005 et 2009.


« Les souvenirs de ma carrière en Belgique sont bien éloignés. Pourtant, deux artistes de la Monnaie en particulier sont restées chères à mon cœur : Lise Rollan et Diane Lange. J’ai chanté avec ces deux magnifiques solistes : je partageai l’affiche avec Diane Lange à la Monnaie, notamment dans L’Oiseau bleu, Manon, Boris Godounov ou encore, Le Directeur de théâtre. Quant à Lise Rollan, si je l’ai applaudie dans Lakmé où elle était éblouissante, je n’ai pas chanté avec elle à l’opéra. En revanche, nous avons chanté ensemble pour la radio et la télévision. Je me souviens de notre duo dans Primadonna, une opérette d’Arthur Benjamin en 1956 avec Julien Haas, François Deschamps et Maurice De Groote. Nous étions parées de robes somptueuses et vocalement, nos voix volontairement concurrentes pour les besoins de l’opérette, étaient en totale symbiose. Lise Rollan était absolument parfaite dans ce rôle qui pourtant était à l’opposé de sa vraie nature ! Un jour, je fus invitée par elle dans sa belle maison pour discuter d’un concert en Suède où je dus la remplacer en chantant des extraits des Contes d’Hoffmann et de La Chauve-souris. Pour moi, Lise Rollan, ce fut le soleil : j’espère qu’il continuera à briller longtemps encore dans tous nos cœurs ! »

Marie-Jeanne Marchal, soprano belge
Extraits d’entretiens, 2011-2013.


« Vous évoquez la troupe de la Monnaie et ses solistes. Parmi les soprani légers, Lise Rollan a été ma chanteuse préférée. La voix était superbe et je me souviens de ses Lakmé où le duo avec Diane Lange était un succès indescriptible. J’ai aussi écouté avec émerveillement sa Philine: étourdissante et superbe à la scène, une féerie et un feu d’artifice vocal ! Son apparition sur scène fut un émerveillement: je m’en souviens encore, comme si c’était hier. Elle était une musicienne impeccable et mon mari René Defossez aimait travailler avec elle. Un soir, j’attendais René dans les coulisses et je lui demandai comment s’était déroulée la représentation, je crois qu’il s’agissait d’une soirée de gala. Je demandai aussi des nouvelles de Lise, car elle était légèrement indisposée ce soir-là. Il me répondit: « Indisposée ? Je l’ignorais et je suis aussi heureux qu’une triple croche ! Ce fut parfait de bout en bout ! ». Après son départ de la Monnaie, j’ai suivi l’évolution de la carrière de Lise Rollan, de l’autre côté de la barrière pour ainsi dire, dans la variété. J’éprouve pour elle une vive admiration, son talent et son courage sont exemplaires. »

Ysel Poliart, soprano belge (1924-2005)
Extrait d’entretiens (2002 et 2005)



Lise Rollan

Lise Rollan, vers 1955.
(Photographie : H. Lapaille, Bruxelles, coll. de l'auteur)




UNE MUSICIENNE DANS L’AME


De son véritable nom Elisabeth Brinkhuysen, Lise Rollan est soprano léger, chanteuse de variétés et pédagogue belge, née à Liège le 16 novembre 1923. C’est à Bruxelles qu’elle entreprend dès1942 ses études musicales à l’Ecole de Musique d'Anderlecht, une commune de la capitale. Admise dans la classe de chant d’Elise Zevaert, elle remporte en 1945 la très convoitée Médaille du Gouvernement dans la catégorie Chant (obtenant un premier prix à l'unanimité et félicitations du Jury). En 1944 déjà, elle se voit décerner le premier prix des Jeunesses Musicales de Belgique.


Dotée d’une voix étendue de soprano coloratura (atteignant aisément le sol5), son répertoire comprend des premiers rôles d’opéra comique, d’opéra et d’opérette, embrassant également la musique contemporaine. La mélodie, puis la chanson et la variété jouent également un rôle important dans sa carrière. Après avoir quitté le Théâtre Royal de la Monnaie, Lise Rollan continue dans un premier temps à interpréter l’opéra comique, puis elle s’oriente vers l’opérette (intégrales ou extraits). Elle s’attache à défendre des pièces contemporaines en prenant part à de multiples créations, principalement pour la radio et la télévision. En effet, tout au long de son cursus artistique, elle donne d’innombrables prestations dans un premier temps, en Belgique, puis à l’international, en enregistrant une ample partie de son répertoire pour différents labels.


Lise Rollan

Lise Rollan dans un cliché de jeunesse, vers. 1948.
(Photographie Fregosi, Bruxelles, coll. de l'auteur)



« PAS DE DEUXIEME ROLE, MONSIEUR LE DIRECTEUR! »


Après l’obtention de son premier prix et alors qu’elle occupe un emploi de secrétaire tout en perfectionnant ses études musicales, Lise Rollan passe une audition à la Monnaie en 1946, sans encore posséder d’expérience scénique, ni même de répertoire. Le théâtre procède à une série d’auditions et la jeune femme est déterminée à décrocher un premier rôle. C’est une promesse qu’elle fait à son père, qui bien que n’étant pas réfractaire à une carrière lyrique, se montre quelque peu dubitatif et lui dit: « Tu ne possèdes aucune expérience et la Monnaie ne t’offrira pas un premier plan. Alors ne me reparle plus de ce projet aussi longtemps que tu n’auras pas signé un contrat pour un rôle principal ». La question, pour le père de Lise Rollan, était donc réglée.


Mademoiselle Brinkhuysen n’a qu’une idée en tête: voler de ses propres ailes et rendre son père fier de sa réussite artistique, c’est une chance à ne pas rater. Elle auditionne donc parmi de nombreux autres concurrents, principalement des chanteurs belges et quelques français. Elle sait que le défi à relever est de taille: en effet, les piliers de la troupe, surtout parmi les membres issus de la gente féminine, préservent leur territoire avec une farouche résistance, mais quelques places sont néanmoins à prendre et c’est une chance à saisir. Au tournant de la seconde guerre mondiale, les recrutements, s’ils s’avèrent nécessaires pour compléter la troupe, sont très sollicités et les élus fort peu nombreux.


Corneil de Thoran [Cf. portrait réalisé par l’auteur et publié in www.musimem.com/thoran.htm ], fin connaisseur des voix et alors directeur de la Monnaie, auditionne la plupart du temps lui-même les solistes, du premier rôle jusqu’aux coryphées, souvent assisté par des membres de l’équipe de direction, à l’instar de Georges Dalman et de Roger Lefèvre. Confiante et enthousiaste, Lise Rollan se rend à ce premier rendez-vous musical important dans le premier théâtre du pays. Pendant l’audition, la plupart des autres chanteurs interprètent quelques mesures à peine, avant d’être aimablement remerciés. Au passage de Lise Rollan, fait plutôt rare, Corneil de Thoran ne l’interrompt pas et l’écoute attentivement. Elle choisit la cavatine du Ier acte de Rosine (Le Barbier de Séville.) Sa voix et son interprétation séduisent l’aréopage réuni au parterre du théâtre, mais seul un silence se fait entendre…



Les jeunes recrues de la saison 1947-1948 au Théâtre Royal de la Monnaie.
On reconnaît, assises : Ysel Poliart, Huberte Vecray, Yvonne Herbos, Lise Rollan, Simone Boucherit et Renée Varly.
Debout: Georges Darric, Jean-Benoît Pestiaux, François Deschamps, Albert Delhaye, Gabriel Bouvier et Pierre Morlier. (Photographie : D.R., coll. de l'auteur)



Après sa prestation, le directeur s’adresse à elle en la priant de bien vouloir patienter jusqu’au terme de l’audition générale où elle sera appelée à nouveau pour interpréter un deuxième air.


Elle patiente donc bien sagement, en se disant que peut-être, la partie n’est pas perdue, alors que sur la scène défilent d’autres concurrents. Parmi ceux-ci: Huberte Vecray (soprano dramatique), Ysel Poliart (soprano lyrique), Simone Boucherit (soprano léger et deuxième plan), Yvonne Herbos (mezzo-soprano), Renée Varly (mezzo-soprano), Albert Delhaye (fort ténor), François Deschamps (ténor léger), etc...


Il faut dire que cette année-là est une année faste en nouvelles recrues. Pourtant, si l’après-guerre consent une faible et lente reprise économique, les finances de la Monnaie sont encore fragiles. A l’époque, la Ville de Bruxelles désignait un concessionnaire pour une durée de neuf ans, en l’occurrence Corneil de Thoran, qui devait se plier à un cahier des charges précis et répondre des résultats. Il était donc tenu solidaire à titre individuel des profits, mais également des pertes devant les autorités de la Ville. Le cahier des charges n’ayant fait que s’alourdir, notamment par des revendications du personnel réuni en association d’intérêt commun, Corneil de Thoran est dans une impasse. Il devra du reste engager une partie de sa propre fortune familiale pour honorer ses engagements et maintenir la troupe. Pourtant, les théâtres ont besoin de recruter de jeunes solistes pour renouveler leur compagnie et la Monnaie en fait partie. Le directeur se doit donc d’être autant circonspect que possible. Les engagements doivent répondre à une nécessité bien précise et sans aucune complaisance.


Une fois le défilé des auditions terminé, Corneil de Thoran demande à Lise Rollan d’exécuter le célèbre air des Clochettes (Lakmé). A nouveau, elle peut chanter son air dans son intégralité et sans être interrompue. Puis, après ce second passage virtuose, elle est conduite dans le bureau de Corneil de Thoran par Olivier Wilkin, secrétaire de direction et ancien deuxième baryton du théâtre.


Là, elle se voit proposer un deuxième rôle, qu’elle refuse tout net, estimant que sa voix n’est pas du tout adaptée à ces emplois, à raison du reste. Elle le proclame haut et fort en s’adressant au directeur, plutôt surpris par tant d’audace: "Un second rôle? Non merci, Monsieur le Directeur: je compte bien chanter à la Monnaie, mais ce sera un premier rôle uniquement!" Fermement décidée à rentrer chez son père nantie de la promesse d’un premier rôle, elle se lève, prête à partir, mais Corneil de Thoran la prie de se rassoir. Il est perplexe, car le cas se présentant à lui sort des clichés traditionnels: confier un premier plan à une débutante, aussi talentueuse soit-elle, mais ne possédant aucune expérience scénique, est une lourde responsabilité pour un théâtre de cette envergure. Après quelques instants de réflexion, pendant lesquels il croise les bras dans un geste caractéristique en pianotant avec ses longs doigts sur son avant-bras, il dit à Lise Rollan: « Mademoiselle, c’est décidé, vous débuterez dans le rôle-titre de Mireille ! »



DES DEBUTS REMARQUES AU THEATRE ROYAL DE LA MONNAIE


Le jeune soprano fait ses premiers pas à la Monnaie dans la reprise prévue pour octobre 1946 sous la direction d’Edgard Doneux, l’un des chefs attitrés du théâtre qui venait de faire ses débuts saison 1946-1947. Mireille n’est pas un rôle facile, exigeant un soprano aux aigus et à la virtuosité aisés (la célèbre valse « Oh, légère hirondelle »), mais avec un registre médian étoffé et solide. Quant à l’air de la Crau (IVème acte), il trahira plus d’un soprano à la technique défaillante. Aussi, la voix doit être suffisamment claironnante pour les passages plus dramatiques, tels que le final avec le chœur (« Sainte ivresse »).


Un brin paternaliste, Corneil de Thoran ne se trompe pas en confiant ce premier rôle à la jeune et inexpérimentée Lise Rollan. Il décèle chez la chanteuse une farouche volonté de réussir, beaucoup de tempérament et un courage tout à fait hors-normes. Mais être une brillante musicienne et posséder une jolie voix ne suffit pas: il faut savoir jouer son personnage en scène en se montrant crédible. En observant Lise Rollan, Corneil de Thoran réalise que cette ravissante jeune femme pourrait tout à fait camper une magnifique et attachante Mireille. Elle possède bien le physique du rôle et l’adéquation sera parfaite. Il confie l’apprentissage scénique et la déclamation lyrique à Roger Lefèvre qui après une carrière de baryton dans des petits rôles à la Monnaie devient un excellent réviseur de mise en scène. Il retrouvera d’ailleurs Lise Rollan en tant que partenaire de scène pour ses débuts dans Mireille (rôle du Passeur), puis dans celui de Gabriel (La Dame blanche) pour une rare reprise en 1948.



Lise Rollan dans Mireille

Lise Rollan dans le rôle-titre de Mireille pour ses débuts au T.R.M. en 1946
(Photographie : Bella, Bruxelles, coll. de l'auteur)



Le premier contrat est signé avec la Monnaie et Lise Rollan doit débuter le 4 octobre 1946. Clin d’œil du destin: cette représentation est annulée par l’administration du théâtre pour des raisons financières et le véritable début a lieu le 17 novembre 1946. Parallèlement à son association avec la Monnaie, elle obtient une autorisation spéciale pour donner des représentations du Barbier de Séville et de Mignon au Théâtre Royal de Liège (1949-1950): elles marquent ainsi un retour dans sa ville natale, des prestations auréolées de succès et si des propositions pour d’autres représentations afflueront, Lise Rollan préférera rester attachée à la Monnaie.


A Bruxelles, Lise Rollan enchaîne les succès dans les rôles de Rosine (Le Barbier de Séville), Philine (Mignon), le rôle-titre de Lakmé, Mélisande (Pelléas et Mélisande) et le triptyque du Feu/de la Princesse/du Rossignol (L’Enfant et les sortilèges), emplois dont elle devient la «titulaire », selon l’expression consacrée par la troupe. Grâce aux précieux conseils de Roger Lefèvre, son jeu se peaufine en prenant de l’assurance. A la Monnaie, le soprano chante sous la conduite musicale de René Defossez, Robert Ledent, Edgard Doneux ou encore, Maurice Bastin1 – l’un des plus talentueux chefs d’orchestre de sa génération et un musicien d’une exceptionnelle stature artistique.



SPECTACULAIRE SUCCES DANS ROSINE A LA MONNAIE


Lise Rollan interprète l’espiègle Rosine sous la direction de René Defossez entre 1947 et 1950 avec pour principaux partenaires le ténor Eugène Regnier (Almaviva), Francis Andrien puis Ernest Delmarche (Figaro), Maurice De Groote puis Lucien Van Obbergh (Basile), Jacques Piergyl (Bartholo) et Line Ramakers (Marcelline) dans les rôles principaux.


La mise en scène est co-signée par Roger Lefèvre et Marcel Claudel, deux professionnels expérimentés, possédant une longue expérience d’artistes lyriques. Marcel Claudel, magnifique ténor belge, gloire de l’Opéra Comique (1900-1981), se consacrera avec succès à la mise en scène, d’abord à la Monnaie, puis au Palais des Beaux-Arts de Charleroi. [Cf. succincte notice biographique réalisée par l’auteur : www.ars-bxl.be/MarcelClaudel.html ]


Nous sommes éloignés de la gabegie actuelle, époque où une majorité de chanteurs n’a plus confiance dans les réalisations de metteurs en scène ignorant tout des voix et du répertoire lyrique. [Cf. propos de Lise Rollan sous Extraits d’entretiens, ci-dessous]


Si à la Monnaie, les mises en scène de l’époque sont relativement « traditionnelles », il ne faut pas sous-estimer l’élan créatif et subtilement révolutionnaire dont le théâtre fait preuve sous l’administration de Corneil de Thoran. Le théâtre sait séparer le bon grain de l’ivraie en réalisant des mises en scène audacieuses et contemporaines (considérées comme avant-gardiste pour l’époque, comme Antigone d’Arthur Honegger créé le 28 décembre 1927 sous la conduite de Corneil de Thoran, dans une mise en scène de Georges Dalman, des décors de Jean Delescluze et des costumes signés James Thiriar). Cependant, elles sont respectueuses de l’essence de l’œuvre, en créant une symbiose idéale entre clé de voûte musicale, historique et l’action dramatique. Déjà à l’époque des co-directions successives de Stoumon et Calabresi, Kufferath et Guidé, Van Glabbeke et Spaak, les mises en scène sont plutôt innovantes, mais elles dégagent une réelle harmonie d’ensemble et n’ont certainement pas pour objectif de choquer comme c’est le cas à l’heure actuelle.



Lettre autographe signée d’un habitué du T.R.M., Auguste Jacqué, à Lise Rollan, Bruxelles, 13 octobre 1947.
(coll. de l'auteur)



Pour en revenir à la reprise de l’opéra de Gioachino Rossini, le « vieil habitué du T.R.M. depuis 50 ans » félicite Lise Rollan pour son interprétation de Rosine « J’avais déjà eu le plaisir d’apprécier votre très jolie voix dans ‘Mireille’, mais l’interprétation de Rosine a été pour moi et pour tous les anciens vrais connaisseurs, une véritable révélation. Vous avez tout pour devenir, si vous persistez dans cette bonne voie, une grande vedette vocale: jeunesse, physique très avantageux, prestance, toilettes très réussies que vous portez avec toute la grâce féminine, beaucoup de planches, point de trac et avec cela, une ravissante voix, vos vocalises sont du plus pur cristal et d’une remarquable justesse. J’ai la prétention de pouvoir juger. J’ai entendu combien de Rosine, dans mon enfance et adolescence, j’ai souvent entendu au Kursaal d’Ostende, une célébrité du moment, un vrai rossignol: Lise Landouzy. […] Auguste Jacqué.»



SELECTION D’ARTICLES DE PRESSE


La grande révélation de la soirée fut Lise Rollan qui chantait Rosine (Le Barbier de Séville) et qui fut parfaite. Elle possède une voix claire, agile, qui se joue ces contre-Fa en nous laissant une impression de sécurité, qui fait des trilles avec aisance et qui, dans le medium conserve du corps. Elle joue aussi d'une façon charmante, avec beaucoup de naturel et même d'émotion, elle semble enfin, être à l'aube d'une grande carrière.

La Dernière Heure, 26 octobre 1947



Le Barbier de Séville: Lise Rollan est sans doute l'une des meilleures Rosine qui se puissent trouver: le délié extrême et l'étendue de sa voix, le souffle et la caresse des vocalises, l'homogénéité du timbre, jusqu'à l'aigu, tout cela mis au service d'un joli tempérament de comédienne et d'une grâce naturelle, ne peut manquer d'assurer et légitimer le succès qu'elle a remporté.

Le Peuple, 26-27 octobre 1947



Lise Rollan dans Lakmé

Lise Rollan dans le rôle-titre de Lakmé
(cliché reproduit sous : www.operas.org/gallery/lakme/ )



Ses interprétations sont unanimement saluées par la presse et par les critiques, ce qui entraîne son lot de détracteurs ou plutôt, de détractrices dans ce théâtre et les jalousies vont bon train. En effet, certains rôles défendus par Lise Rollan sont la chasse gardée des soprani belges Clara Clairbert et Suzanne de Gavre (celle-ci met fin à sa carrière en 1947). Il est notoire que si Clara Clairbert se montre plutôt avenante avec son public et ses admirateurs, il n’en est pas toujours ainsi avec ses collègues de théâtre, particulièrement ceux qui, d’une manière ou d’une autre, peuvent ternir son image de premier soprano. Quant à Suzanne de Gavre, elle n’est pas toujours très amène non plus envers la jeune relève artistique. Lise Rollan déplore que l’ambiance générale se soit ternie, souvent pour des raisons totalement infondées et indépendantes de sa volonté. D’un caractère intègre et de nature discrète, voulant éviter à tout prix les intrigues, le soprano s’oriente alors vers un nouveau tournant de sa carrière. C’est une Américaine, Sylvia Stahlman, plus connue sous le nom de Giulia Bardi, qui reprendra une partie de son répertoire. Mais au terme de deux saisons seulement (1951-1953) et avec une voix surmenée, elle résilie son contrat après avoir été « insultée en public par l’une de ses collègues ». L’affaire fait du bruit, des noms, souvent les mêmes, circulent ... La presse s’empare du scandale et la jolie Américaine poursuit sa carrière à l’international oubliant la Monnaie et ses vicissitudes, à l’exception d’une représentation de Le Nozze di Figaro où elle chante Cherubino en tournée avec l’Opéra de Francfort, saison 1959-1960 sous la direction de Sir Georg Solti.


Les succès de Lise Rollan à la Monnaie ne se démentissent pas, ses caractérisations de Rosine et de Lakmé jusqu’à l’ultime saison 1949-1950 remportant la totale adhésion du public.


Lors de sa dernière saison, elle participe le 27 mars 1950, au prestigieux gala commémorant le 250ème anniversaire du vénérable théâtre (en IIIème partie), où on l’applaudit dans le 9ème tableau de Pelléas et Mélisande avec le ténor français Claude Hector, la basse et baryton belge Maurice De Groote et la basse belge Lucien Van Obbergh (fondateur de l’Union des Artistes en 1927), sous la direction de René Defossez. Le concert est prestigieux et c’est une occasion pour l’artiste de quitter son théâtre en pleine gloire. En effet, une fois la saison achevée et encore en pleine possession de ses moyens, Lise Rollan change de répertoire, en quête d’une plus grande indépendance, tout en sachant que ce tremplin s’avérera certainement plus bénéfique pour sa carrière.



Lise Rollan dans Anna (La Dame blanche)

Lise Rollan dans Anna (La Dame blanche)

(Photographie : H. Vermeulen, Bruxelles, coll. de l'auteur)



Toutefois, elle chante encore quelques rôles lyriques à la scène, dont celui d’Anna (La Dame blanche) notamment au Grand-Théâtre de Verviers (1949-1957) et occasionnellement, de larges sélections ailleurs en Belgique et en France (1950-1955.)


Peu de temps après son départ de la Monnaie, Lise Rollan passe une audition au Théâtre Royal de Gand à la demande expresse de Vina Bovy, sa nouvelle directrice. Soulignons que ce soprano à la carrière internationale assume alors la direction du théâtre depuis 1947, tout en continuant à chanter une partie de son répertoire à la scène, exclusivement à Gand jusqu’à sa soirée d’adieux le 19 avril 1955 où elle incarne sa dernière Madeleine (André Chénier) aux côtés de Jan Verbeeck et Jean Laffont. [Cf. portraits réalisés par l’auteur : www.musimem.com/verbeeck.htm et www.musimem.com/laffont.htm ]


L’audition est réussie et la directrice lui demande si « elle chante en néerlandais ». Lise Rollan doit lui répondre par la négative : si elle comprend et parle un peu la langue, elle ne peut prétendre à chanter tout un rôle. Pourtant, le français est traditionnellement la langue officielle de l’Opéra de Gand, mais à partir de 1947 (année coïncidant avec l’arrivée de Vina Bovy à sa tête), il est décidé que la langue de Voltaire sera bien utilisée, mais uniquement pour les répertoires français et italien. Le néerlandais devient la langue de référence pour le répertoire allemand ou autre (russe, tchèque, etc.). Face au refus de Lise Rollan, Vina Bovy lui assène un péremptoire : « Alors merci Mademoiselle, je ne suis pas intéressée ! ». Ne s’agit-il pas là d’un robuste et vilain prétexte ? Lise Rollan aurait tout à fait pu continuer à chanter Rosine ou aborder le rôle-titre de Lucie de Lammermoor ou celui de Norina (Don Pasquale) en français. Le choix de Vina Bovy se porte finalement sur le soprano néerlandais Lucy Tilly (1919-2005) qui débute à Gand en 1952



Lise Rollan en concert à l’Ancienne Belgique (Bruxelles), ca. 1960.
Photographie: D.R.



APRES LA MONNAIE, UNE NOUVELLE CARRIERE POUR LISE ROLLAN


Une fois ses saisons à la Monnaie terminées et à compter de 1952, le soprano s’oriente vers l’opérette où elle chante des œuvres telles qu’Andalousie, La Belle de Cadix, Chanson gitane, Comtesse Maritza, Le Comte de Luxembourg, Les Dragons de Villars, Lady Mary, Manina, Monsieur Beaucaire, Paganini, Le Pays du sourire, Primadonna, Princesse Czárdas, Les Saltimbanques, Die Tänzerin Fanny Elssler, Les Trois valses, Le Tsarévitch, La Veuve joyeuse, Valses de Vienne, Wienerblut, etc.


Cependant, elle maintient à son répertoire des opéras comiques qu’elle chante régulièrement pour l’I.N.R. (Institut National de Radiodiffusion) à Bruxelles, où elle retrouve d’anciens collègues de la Monnaie. Elle y enregistre notamment de larges extraits de Si j’étais roi ! (rôle de Némea, avec Michel Sénéchal – pour ces débuts dans ce rôle - et Georges Goda, sous la direction d’Edgard Doneux, en 1951). Egalement, elle crée les versions françaises en Belgique de deux compositions de Gian Carlo Menotti: l’opéra bouffe La Vieille fille et le voleur (avec Marie-Louise Derval et Julien Haas) et l’opéra comique Le Téléphone ou l’Amour à trois, toujours de Menotti, avec François Deschamps. En 1953, Lise Rollan crée également des mélodies pour l’I.N.R., à ce jour inédites, de Maurice Yvain dont des bandes originales survivent, avec l’accompagnement du compositeur au piano.



Lise Rollan, Simone Boucherit, François Deschamps et Jean Lescanne dans Le Cadi dupé de Gluck au Palais des Beaux-Arts (Bruxelles).
(Photographie : H. Lapaille, Bruxelles, coll. de l'auteur)



Lise Rollan poursuit ses activités musicales avec de nombreux concerts classiques où elle alterne tour à tour opéra comique et opéra (notamment dans des sélections de Lucie de Lammermoor, La Traviata, Rigoletto, Les Pêcheurs de perles, Les Dragons de Villars, Manon, Lakmé, Si j'étais Roi ! ou encore, Les Noces de Jeannette), accordant une place de choix à la création de mélodies de compositeurs francophones et étrangers.


En janvier 1952, elle est soliste de l’ensemble de L’Opéra de Chambre, à l’instigation de Robert Wangermée et d’Edgard Doneux qui l’avait régulièrement dirigée à la Monnaie. Le premier concert a lieu au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles dans une œuvre de Christoph Willibald Gluck, Le Cadi dupé, aux côtés de Francine Wangermée, Simone Boucherit, François Deschamps, Jean Lescanne et André Richard. La soirée est couplée avec la création en langue française de Hin und Zurück, petit opéra en un acte de Paul Hindemith dont la première a lieu à Baden-Baden en 1927.



Lise Rollan, François Deschamps et Simone Boucherit dans Hin und Zurück au Palais des Beaux-Arts (Bruxelles).
(Photographie : D.R., coll. de l'auteur)



Il est intéressant de rapporter qu’au tournant de la seconde guerre mondiale, dans une Europe en reconstruction et encore profondément marquée par ses stigmates, le Plan Marshall (1947-1951) met sur pied, parallèlement à son plan d’entraide et de réhabilitation économique, une Commission Interalliée pour favoriser l’échange interculturel entre l’Europe et les Etats-Unis.


C’est ainsi que la voix de Lise Rollan, retenue pour représenter la Belgique, est entendue dans des extraits de son répertoire par plus de 200 millions de citoyens américains. Elle bénéficie ainsi d’une notoriété virtuelle outre-Atlantique, puisqu’elle ne se produira finalement jamais aux Etats-Unis, des tractations n’ayant pu aboutir (notamment à New York et à Los Angeles avec deux sociétés radiophoniques). A la même époque, c’est Radio Canada qui organise des séries d’émissions entre la communauté francophone et l’étranger: à nouveau, Lise Rollan y participe en prêtant sa voix aux émissions d’échanges interculturels entre la Belgique et la France.


Les succès qu’elle remporte à la radio l’amènent à rencontrer celui qui deviendra son époux et son mentor: le compositeur belge Emile de Radoux (1905-1985), à la tête du Service de Musique légère à la R.T.B. (Radio-Télevision belge) et brillant musicien formé à l’école de Paul Gilson, passionné de musique symphonique et de variétés, notamment de jazz symphonique2.


Lise Rollan entame ainsi une longue association artistique avec la R.T.B., au courant de laquelle elle participe à un nombre substantiel d’enregistrements, élargissant son répertoire à la chanson et à la variété (radio et télévision). S’il est indéniable que son mariage avec Emile de Radoux lui ouvre quelques portes, contrairement à ce que l’on pourrait croire, les conditions régissant les contrats d’artistes rattachés à l’institution (donc la Radio) sont si restrictives, qu’elles en deviennent astreignantes, notamment par un système de quotas de prestations, en interne comme en externe. Aucun favoritisme ou complaisance ne sont admis. Et même si Emile de Radoux est l’un des éléments clés des succès de l’artiste dans l’enceinte de la R.T.B., c’est grâce à son talent qu’une nouvelle carrière peut s’épanouir à l’international.


Sa notoriété et ses succès retiennent l’attention de firmes discographiques telles que Mondio Music, Polydor, R.C.A., Vega et surtout Vogue, avec des titres se hissant au sommet des statistiques de ventes. Succès mondial avec des centaines de tours de chant, concerts, récitals et prestations télévisées (elle prête son sourire à des campagnes publicitaires, notamment pour Palmolive® à l’instigation de la R.A.I. à Rome). En France, c’est notamment grâce à Aimée Mortimer, qu’elle noue une longue association avec la télévision. Elle est ainsi invitée à maintes reprises par l’infatigable productrice et présentatrice pour se produire aux côtés des meilleurs artistes du moment. Lise Rollan enchaîne les prestations au cachet dans des dizaines de villes françaises et bien-sûr, à Paris. Souhaitons que les archives de l’I.N.A. puissent nous réservent de belles découvertes puisque l’Institut s’est attaché, avec succès, à exhumer de ses archives maints trésors.


Lise Rollan se produit également en Allemagne (Baden-Baden, Berlin, Cologne, au Palladium de Düsseldorf, Francfort, Fribourg-en-Brisgau, Munich), en Autriche (Vienne), au Luxembourg, à Monte-Carlo, aux Pays-Bas (Amsterdam, Rotterdam, Hilversum), en Pologne (Varsovie, Gdansk), en Suisse (Lausanne, Montreux, Genève), Israël (Tel-Aviv) et en Bosnie-Herzégovine (Sarajevo).


A Tel-Aviv, elle remporte un retentissant succès, notamment après avoir chanté un air intitulé Veoulai qu’elle se donne la peine d’apprendre en hébreu. C’est à Bruxelles que Lise Rollan découvre cet air et qu’elle l’apprend avec le chef de chorale M. Friedland. Peu après, elle en donne une première série d’interprétations au Conservatoire Royal de Bruxelles. C’est à ce moment-là que devant donner des représentations en Israël, Lise Rolland décide d’emporter cette partition pour l’offrir en bis à son public. Lors des répétitions au piano, le chef d’orchestre lui suggère alors d’en réaliser une orchestration pendant la nuit, juste avant le départ pour Tel-Aviv. C’est ainsi que Lise Rollan chante Veoulai en langue originale, attention qui lui vaut une « standing ovation » de 15 minutes face à une salle comble, séduite et touchée par une si délicate attention.


Sa capacité de mémorisation quasi photographique d’une partition et son don inné pour les langues lui permettent de chanter en italien, espagnol, allemand, néerlandais, anglais, hébreu et russe. Lise Rollan se produit dans des salles aussi prestigieuses que l’Olympia (concerts et tours de chant organisés par Jean Fontaine de l’O.R.T.F.), Bobino, la Salle Gaveau, Le Bœuf sur le toit, l’Ancienne Belgique, etc.


Elle participe à des émissions telles que Discoparade (présentée par Jean Fontaine), Musicorama (présentée par Lucien Morisse et Pierre Delanoë), Musiques aux Champs-Elysées (présentée par Jean Diéval), Jazz aux Champs-Elysées (présentée par Jack Diéval), La Joie de vivre (présentée par Henri Spade), C’était le bon Temps (présentée par Claude Dufresne) ou encore, Paris reçoit, (présentée par Aimée Mortimer), etc. Lors de ses passages dans la capitale française, elle assure des prestations pour la radio française (O.R.T.F.) Elle est l’invitée régulière de nombreux casinos français et belges: Cannes, Deauville, Vichy, Chamonix, Evian, Saint-Cast-Le-Guildo, Saint Amand–les-Eaux, Cassis, Chaudfontaine, Lucerne, Blankenberge, Knokke-le-Zoute, Middelkerke, Namur, Ostende, Spa, etc.


Cette intense activité artistique lui permet d’élargir son répertoire de chansons qui, au moment de tracer le bilan de sa carrière, compte près d’un millier de titres chantés en huit langues.


En 1958, elle est choisie par son compatriote Jacques Brel en vedette américaine d’une longue tournée dans toute la Belgique, puis dans un même programme, puis à l’étranger, notamment à Rome et à Juan-les-Pins. Le 28 mars 1962, elle chante en co-vedette au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles dans le cadre d’un concert scellant l’amitié belgo-française. En 1963, Lise Rollan remporte la Médaille d’or au Festival International de la Chanson de Saint-Vincent d’Aoste.

En 1964, elle est co-fondatrice – avec Emile de Radoux - du Festival de la Chanson de Spa (des artistes tels que Marie-Paule Belle, Yves Duteil, Alain Guichard ou encore, Alain Souchon s’y produiront).


La liste des artistes ayant jalonné le parcours de Lise Rollan ne saurait être exhaustive. Au gré des souvenirs, citons (opéra comique, opéra et opérette): Francis Andrien, André d’Arkor, Gabriel Bacquier, Jean Bonato, Francis Barthel, Carmen Bernard, Sándor Boissière, Mina Bolotine, Jean Bonato, Simone Boucherit, Michel Cadiou, Marcel Claudel, Willy Clément, Gilberte Danlée, Jean Delfino, Ernest Delmarche, Richard Demoulin, Marie-Louise Derval, François Deschamps, Georges Goda, Maurice De Groote, François Guitton, Julien Haas, Yvonne Herbos, Marina Hotine, Rudy Hirigoyen, Jean Laffont, Diane Lange, Roger Lefèvre, Henri Legay, Jean Lescanne, Marie-Jeanne Marchal, Christian Méry, Pierre Morlier, Lucien Van Obbergh, Ysel Poliart, Jacques Piergyl, Richard Plumat, Line Ramakers, Eugène Régnier, Jane Rhodes, Jules Salès, Michel Sénéchal, Michel Trempont, Georges Vaillant, Alain Vanzo et tant d’autres.


Lise Rollan collabore avec des artistes et personnalités du monde du spectacle telles que Marcel Achard, Maurice André, Marie-Paule Belle, Paul Bonneau, Georges Brassens, Jacques Brel, Marcel Cariven, Robert Charlebois, André Claveau, Annie Cordy, Bruno Coquatrix, Serge Davignac, Hubert Degex, Jack Diéval, Sacha Distel, Claude Dufresne, Yves Duteil, Jean Fontaine, Lily Fayol, Denise Glaser, Georges Guétary, Daniel Guichard, Angèle Guller, Jacques Larue, Raymond Legrand, Henry Mancini, Aimée Mortimer, Roger Mores, Aimée Mortimer, Mouloudji, Claude Nougaro, Edith Piaf, Jacques Pills, Louis Poterat, Franck Pourcel, Line Renaud, Françoise Rosay, Vincent Scotto, Alain Souchon, Henri Spade, Willy Stech, Fernand Terby, Jean Tranchant, Charles Trénet, Jean Vallon, Henri Varna, Pierre Varenne, Albert Volli, Albert Willemetz, Maurice Yvain.



Lise Rollan

Lise Rollan chez elle en août 2008
(Photographie : D.R., coll. de l'auteur)



LISE ROLLAN PEDAGOGUE


Lise Rollan enseigne le chant pendant une quinzaine d’années à l’Institut Herman Teirlinck d’Anvers (1968-1983), puis elle poursuit son enseignement en studio privé jusqu’en 2000, bien qu’aujourd’hui encore, elle continue de prodiguer ses conseils à de jeunes chanteurs (sa technique de relaxation et d’assouplissement de la voix a fait ses preuves). Pendant sa carrière de pédagogue, elle donne le meilleur d’elle-même à ses élèves, dont certains mènent une carrière de concertiste ou de soliste professionnel (notamment à l’Opéra des Flandres). Pour mieux assurer sa charge académique à Anvers, elle perfectionne son néerlandais. Presque quotidiennement, elle effectue les trajets entre Bruxelles et Anvers en train. Son courage et son énergie la soutiennent de manière indéfectible en faisant d’elle un pédagogue hautement respecté. D’ailleurs, elle conserve des contacts amicaux avec certains anciens élèves. Lise Rollan prête aussi volontiers son concours aux travaux de musicologues et de chercheurs internationaux dans le cadre de projets thématiques (chanson française, variétés, opéra comique).



LISE ROLLAN AUJOURD’HUI


Après une vie artistique bien remplie, Lise Rollan mène une existence calme et heureuse. Dans sa ravissante maison bruxelloise, entourée de souvenirs de carrière et de voyages, elle est en pleine emphase avec la société actuelle. Liseuse invétérée, elle aime également peindre et jardiner. Egalement, elle manie avec une habileté insoupçonnée son tout nouvel ordinateur. Cordon bleu hors-pair, son coq au vin, son bœuf bourguignon, sa salade liégeoise (parsemée de marjolaine) ou encore, ses desserts sont légendaires, tout comme sa cave à vin, qui recèle des dizaines de grand crus et autres millésimes.


Une figure capitale de la scène musicale, elle est la nièce du célèbre tromboniste de jazz virtuose Albert Brinkhuisen.




EXTRAITS D’ENTRETIENS AVEC L’AUTEUR (2000-2013)



Q. Le chant, une seconde nature?


R. « Sans doute peut-on parler d’un don inné! En effet, j'ai toujours aimé chanter et enfant, je chantais en écoutant des solistes à la radio: je rêvais alors déjà d'être sur scène, face au public. J’adorais la voix du soprano coloratura allemand Erna Sack, que l’on surnommait alors « le rossignol allemand ». Je chantais sur ses disques ou dès que j’entendais sa voix passer à la radio. Si à la maison, nous n’écoutions pas beaucoup d’opéra, la musique berçait notre foyer et le jazz en particulier, avec un oncle musicien, le tromboniste Albert Brinkhuysen.»


Q.Comment se déroulèrent vos études musicales?


R. « Mes parents ne voyaient pas d'un très bon œil une éventuelle carrière lyrique, qu'ils considéraient presque comme la voie de la perdition! J'ai donc dû suivre des cours gratuits, alors que j'étais employée en qualité de secrétaire de direction dans une entreprise de Bruxelles. Après les heures de bureau, je me rendais à l'Académie (l’Ecole de Musique d'Anderlecht, NDA), car je ne pouvais pas étudier à la maison. Comme il s'agissait d'une usine de presse et de découpage de métaux, les machines tournant en permanence faisaient un bruit considérable et de mon bureau, personne ne m'entendait. Vous l'aurez compris: dès que mes travaux de secrétariat étaient terminés et à l'aide d'un petit diapason, je faisais mes vocalises et personne ne s'en rendait compte! Puis, ma vocation s’affirmant, je me suis inscrite à l’Académie d’Anderlecht dans la classe d’Elise Zevaert. Avec elle, j'ai étudié le chant uniquement. Quant à l’art lyrique, c'est auprès du baryton Roger Lefèvre que j'ai travaillé, directement au Théâtre Royal de la Monnaie pour me préparer à ma première prise de rôle, celle de Mireille. Je dois dire qu'il m'a énormément aidée. »



Corneil de Thoran

Corneil de Thoran.
(Photographie : R. Marchand, Bruxelles, coll. de l'auteur)



Q. Après avoir refusé un second rôle, vous débutez dans le rôle-titre de Mireille le 17 novembre 1946 à la Monnaie. Quels sont vos souvenirs de ces débuts ?


R. « En effet, j’ai refusé un deuxième rôle proposé par Corneil de Thoran ! J’avais fait la promesse à mon père de décrocher un premier plan ! Après avoir laissé Corneil de Thoran pantois, voire dubitatif - et après avoir chanté une deuxième fois en audition -, j’ai décroché Mireille ! Finalement, le soir de mes débuts, au moment où l'orchestre était sur le point d’attaquer les premières mesures dans la scène de la cueillette par les magnanarelles, je fus soudainement saisie par le trac! J'ai confié à Roger Lefèvre: ‘Non, je ne peux pas, je ne peux pas!’ Il faut dire que j'étais perchée sur le sommet d’une échelle ! Je devais veiller à ne pas me faire entendre du public lorsque je m’adressais à lui, tout en me faisant entendre par un Roger Lefèvre réconfortant que me dit: ‘Allons Lise, la salle est pleine, il faut y aller!’ Je sentais mes jambes se dérober sous mon poids, mais j'ai finalement descendu les marches de l'échelle avec une extrême précaution, puis j'ai avancé sur les planches en commençant mon air: ‘Et moi, si par hasard, quelque jeune garçon’, mais ma voix ne sortait plus, elle était tremblante à cause de la peur. Puis, me maîtrisant, je me dis que je n'avais pas accompli tout ce travail pour gâcher mon début à la Monnaie! Finalement, tout se déroula pour le mieux. J’étais heureuse ! »


Q. Comment se déroulait l'approche du rôle et de combien de temps disposiez-vous pour la préparation musicale?


R. « En fait, nous travaillions peu avec l'orchestre, car cela coûtait terriblement cher au théâtre. Par conséquent, nous avions à disposition pour quelques heures un répétiteur ou une répétitrice: nous répétions principalement les ensembles, les airs individuels, puis les actes. Nous étudions surtout nos rôles à la maison, en particulier les récitatifs et les airs qui devaient être parfaitement maîtrisés. Après les représentations, il ne fallait surtout pas me parler: je voulais du silence, car je me remémorais tout l'opéra en fredonnant. Et je connaissais également chacun des autres rôles: mezzo-soprano, ténor, baryton et basse. Au point qu'un soir, dans ‘Le Barbier de Séville’, le baryton appelé à la rescousse à la dernière minute, pourtant un vétéran du rôle, oubliant systématiquement son texte: je pus le lui souffler au fur et à mesure ! »


Q. Quels furent vos chefs d'orchestre préférés?


R. « A dire vrai, je n’ai pas eu de chef préféré. A la Monnaie, j’ai chanté sous la direction de Maurice Bastin, Edgar Doneux, Robert Ledent ou encore, René Defossez. Sauf erreur de ma part, je ne pense pas avoir chanté sous la conduite de Corneil de Thoran. Comment les décrire ? Edgard Doneux était toujours pressé. Robert Ledent, quant à lui, prenait tout son temps ! René Defossez était peu souriant et très sec, bien qu’il fut un bon chef. Quant à Maurice Bastin, il était parfait, la collaboration artistique était véritablement impeccable ! Corneil de Thoran, même quand il ne dirigeait pas, était toujours omniprésent à la Monnaie et il était facile de le croiser dans les couloirs ou dans les coulisses. Lorsque je répétais et qu’il était dans la grande salle, j’avoue que je perdais parfois mes moyens et je crois qu'il le ressentait. Il était très impressionnant: je ne trouve pas d’autre adjectif pour le décrire. »


Q. Pour quelles raisons avez-vous quitté la Monnaie après quatre saisons pourtant auréolées de succès?


R. « Tout d’abord, un certain déclin dans l’ambiance de travail était perceptible. Des troupiers se cantonnaient à leurs rôles, dont ils étaient les titulaires, d’où jalousies, ragots, commentaires et intrigues de coulisses. Il fallait du renouvellement, en bref: du neuf. Il y avait une ambiance très « fin de règne » et même si celle-ci ne marquait pas nécessairement la fin de la troupe, je voulais davantage de liberté, une plus grande indépendance. L’opérette et la variété ont alors représenté pour moi un défi bien plus intéressant qu’une carrière lyrique muselée dans un seul et même théâtre ! Je conserve cependant un excellent souvenir de mon séjour à la Monnaie.»


Q. Des anecdotes ou des souvenirs particuliers ?


R. « Une anecdote en particulier, plutôt amusante qui nous valut le fou rire de la troupe tout entière pendant une représentation du ‘Barbier de Séville’ ! Notre Don Basilio de service (la basse Lucien Van Obbergh), arborant soutane et autres atours liés à son rôle, voulant nous faire rire, souleva sa soutane - alors qu'il se trouvait en coulisses - et nous montra son postérieur ! Oui, ce fut vraiment hilarant et caractéristique de cet artiste, grand professionnel au demeurant, mais qui adorait jouer des tours. Il était manifestement doté d’un sens aigu de l’humour et en toutes circonstances. Je fus bien obligée de continuer à chanter, imperturbable car ‘The show must go on !’ Ce fut un souvenir cocasse ! Quant à Clara Clairbert, elle aimait se promener dans les coulisses, souvent une flûte de champagne à la main et parfois, je dois avouer que ses commentaires ou ses blagues échangées avec Lucien Van Obbergh n’étaient pas du meilleur goût. »



Une partie des solistes. De gauche à droite: Huberte Vecray (1ère), Marie-Louise Hendrickx (2ème), Clara Clairbert (3ème), [Gabrielle (Gaby) Dorley](4ème), Yvonne Ysaÿe (5ème), Lise Rollan arborant le costume de Mélisande (Pelléas et Mélisande) (6ème), Marie-Louise Derval (7ème) et Renée Varly (8ème). Au 2ème rang, on reconnaît le ténor Albert Delhaye (entre M.-L. Hendrickx et C. Clairbert) et Ysel Poliart (entre Y. Ysaÿe et L. Rollan).
Cliché réalisé lors du gala du 27 mars 1950 commémorant le 250ème anniversaire du théâtre.
(Photographie : H. Vermeulen, Bruxelles, coll. de l'auteur)



« Parmi tant d’autres souvenirs agréables, il y eut le grand gala commémorant le 250ème anniversaire du Théâtre Royal de la Monnaie le 27 mars 1950. Des artistes de la troupe se mêlèrent aux solistes invités, dans des airs et ensembles d’opéra et d’opéra comique. Il y eut également l’intervention du corps de ballet et quelques pièces symphoniques: j’y chantai le IXème tableau de ‘Pelléas et Mélisande’ aux côtés de Claude Hector, Maurice De Groote et Lucien Van Obbergh sous la direction de René Defossez. Ce fut une soirée mémorable dont il existerait quelques extraits radiodiffusés. Puis, en juin de la même année, Corneil de Thoran et son épouse Fernande ont organisé une grande réception dans le jardin de leur propriété bruxelloise avec l’ensemble des solistes et le tout le personnel de la Monnaie.



la Reine Elisabeth de Belgique (1ère à gauche) et Lise Rollan (1ère à droite)

S.M. la Reine Elisabeth de Belgique (1ère à gauche) et Lise Rollan (1ère à droite) dans le jardin de la propriété de Corneil de Thoran lors de la ‘garden party’ commémorant le 250ème anniversaire de la Monnaie.
(Photographie : D.R., coll. de l'auteur)



La Reine Elisabeth de Belgique fut des nôtres et en respectant la tradition britannique, elle planta un jeune arbre dans le parc. Je pense que pour Corneil de Thoran, sa création à la Monnaie de ‘Jeanne d’Arc au bûcher’, l’oratorio d’Arthur Honegger en novembre 1952 fut son tout dernier coup d’éclat avant sa disparition inopinée en janvier 1953. Je conserve de lui un souvenir ému, sa figure élégante et son inépuisable culture musicale n’a jamais été égalée. »



S.M. la Reine Elisabeth de Belgique chez Corneil de Thoran

S.M. la Reine Elisabeth de Belgique lors de la « garden party »
chez Corneil de Thoran (Ier sur la gauche).
(Photographie : D.R., coll. de l'auteur)



Q. Avez-vous eu la même approche vocale et stylistique pour aborder la variété ?


R. « Pas tout à fait. Evidemment la voix était là, mais j'ai dû changer de registre. La base technique est pareille, certes, mais pas son application. La tessiture, la projection, le phrasé et surtout le style, sont tout de même différents. J'ai d'abord chanté un répertoire encore relativement lyrique, notamment des opéras comiques et surtout, de l’opérette. Puis, je me suis progressivement adaptée à un répertoire plus léger. J'ai chanté des chansons classiques ou des mélodies mais de facture toujours lyrique, exigeant beaucoup de voix et une technique solide, comme le soprano français Mado Robin l'a d’ailleurs fait. J’ai particulièrement apprécié des opérettes telles que ‘Paganini’, ‘Monsieur Beaucaire’, ‘Manina’, ‘Primadonna’, notamment pour la Télévision, cette dernière production avec l’exquis soprano belge Marie-Jeanne Marchal. Ce fut pour moi un créneau intéressant et je décidai de poursuivre sur cette voie. J’ai ainsi beaucoup enregistré, tout en participant à des émissions radiodiffusées qui remportèrent de vifs succès. Il ne faut pas non plus occulter le fait que dans les années 1950 déjà, il commençait à y avoir une sérieuse désaffection pour l’univers lyrique. Sa cote parmi le public baissait et l’avènement de la télévision était en partie responsable. Combien de fois la Monnaie jouait pour une salle à moitié vide. C'est comme les jeunes d'aujourd'hui, parlez-leur d'opéra: peu s'y intéressent réellement. Je poursuivis donc cette nouvelle carrière et je ne regrette rien, comme le dirait Edith Piaf ! »


Q. Une fois retirée de la scène, vous avez enseigné le chant: avec quel bilan ?


R. « Oui, j'ai enseigné pendant 15 ans à l’Institut Herman Teirlinck à Anvers, une académie réputée en Flandre. L’Institut forme de manière complète si je puis dire, des artistes brassant toutes les disciplines des arts du spectacle. Figurez-vous que je ne parle pas couramment le néerlandais – Vina Bovy me l’aura assez reproché - et j'ai pourtant relevé le défi de l’apprendre. Au début, j'avais quelque hésitation pour accepter la charge, puisque je ne parlais pas la langue. Puis, finalement, le directeur insista tellement, que j'ai finalement cédé. Je préparais mes cours à la maison, les repassais dans le train entre Bruxelles et Anvers, tout en étudiant le néerlandais. Je ne le parle toujours pas couramment, mais suffisamment pour comprendre mes élèves et surtout, pour me faire comprendre ! Ce fut une belle association artistique et pédagogique, au point qu’aujourd’hui encore, certains de mes élèves, dont certains ont soit fait carrière ou sont impliqués de près ou de loin dans l’opéra ou l’opérette, me téléphonent, m’écrivent ou viennent me rendre visite. Un bilan tout à fait positif.»


Q. Que pensez-vous des mises en scène contemporaines et du rôle des chanteurs dans celles-ci?


R. A vrai dire, je plains les chanteurs actuels! Ils ne sont pas du tout mis en vedette et sont traités comme de véritables subordonnés et sont instrumentalisés par les metteurs en scène. Vous évoquez une récente série de ‘Rigoletto’ à la Monnaie3: j'ai lu la presse et les critiques ; j’en ai vu des extraits télévisés, cela m’a suffi. Je suis heureuse de ne pas avoir assisté à cette production, mes cheveux se seraient hérissés sur ma tête! La mode fait que l’on modernise, en apportant du sang neuf au théâtre: peut-être et admettons. Cependant, je ne vois pas ce que cela apporte en substance à l'œuvre ? Tout, absolument tout est dans la musique, le texte du livret et bien entendu, dans chacun des personnages, du plus important au plus petit. Il suffit de lire le livret et de le restituer, sans trop s'éloigner des indications, en évitant surtout de les dénaturer, ce qui de nos jours est devenu courant. Certaines mises en scène actuelles sont excessives, insolentes et surtout, insensées. Elles ne servent pas les chanteurs et ne visent qu’à faire de la publicité aux metteurs en scène qui veulent ravir la vedette aux artistes. Certes, je m’insurge contre l’image archaïque des chanteurs prostrés sur scène, figés dans une attitude ou contre ceux qui gesticulent comme des automates. S’il faut dépoussiérer, moderniser et rendre plus accessible au plus grand nombre, il ne faut pas pour autant dénaturer l’œuvre. La mise en scène doit respecter les intentions originelles du compositeur, de l’auteur et du librettiste. Pourquoi transformer la pièce en la transposant dans le temps ? Quelle est la valeur ajoutée ? C’est, sur le plan artistique et dramaturgique, peu compréhensible. Mais la mode tend à revisiter les références du passé: dommage que les metteurs en scène veuillent se substituer aux compositeurs, auteurs et librettistes ! Certains sont scrupuleux et offrent des lectures intéressantes, mais ils sont trop rares.


Je n’assiste donc plus du tout aux spectacles, à l’instar de la vaste majorité de mes camarades de scène, voire de certains de mes amis mélomanes, y compris ceux de la jeune génération. Gardons pour nous, au fond de nos cœurs et de notre mémoire les souvenirs radieux ! »



Lise Rollan

Un rayonnant cliché de Lise Rollan, vers 2009.
(Photographie : D.R., coll. de l'auteur)



Q. Et Lise Rollan aujourd’hui ?


R. «Je lis énormément j’écoute la radio – principalement les émissions classiques y compris le jazz que j’ai appris à découvrir grâce à mon oncle Albert Brinkhuyzen, puis avec mon époux Emile de Radoux. J’aime également peindre, confortablement installée dans mon petit atelier ou dans mon jardin, dans une quiétude qui aujourd’hui, après tant d’années sous les feux des projecteurs, m’est particulièrement bénéfique. Il m’arrive encore de participer à l’une ou l’autre émission de radio4. Je réalise qu’en fait, je m’intéresse à tout: ma curiosité intellectuelle est insatiable ! Et lorsque j’ai le temps, je compulse et organise mes archives, ce qui facilitera votre travail ! Je repasse de temps à autre des partitions, pour mon seul plaisir, mais sans chanter. J’aime écouter des disques issus de la précieuse discothèque que m’a léguée mon époux: ils sont pour moi tant de souvenirs radieux de ma carrière et de mon existence tout entière dédiée à la musique. Je prodigue également des conseils à de jeunes éléments et enfin, je suis membre de l’Union des Artistes. »



Lise Rollan en compagnie de l’auteur

Lise Rollan en compagnie de l’auteur.
(Photographie : D.R., coll. de l'auteur)



Q.Quelle est votre définition de l’ennui ?


R.« L’ennui ? Je regrette, mais je ne connais pas ce mot ! » – rires -.


Claude-Pascal PERNA
Tous droits réservés
SABAM, CAE 620435975
Novembre 2014




SELECTION D’ARTICLES DE PRESSE :


THEATRE ROYAL DE LA MONNAIE (BRUXELLES)


« Disons d'emblée que Lise Rollan a fait la meilleure impression dans le rôle titulaire (le rôle-titre de Mireille.) Cette jeune artiste, un soprano d'une remarquable pureté et d'une fraicheur exquise, possède, outre ses qualités de musicienne, un réel don de comédienne; jolie et gracieuse elle semble réunir toutes les qualités pour faire carrière. En se l'adjoignant, la direction de la Monnaie enrichit sa troupe d'un élément de choix. »

La Nation belge, 10 novembre 1946


« Mireille: la douce héroïne de Mistral fut incarnée par Lise Rollan qui possède toutes les qualités du rôle: jeunesse, beauté, grâce. Elle a joué et chanté avec beaucoup d'adresse pour une débutante. »

Le Soir, 12 novembre 1946


« La reprise de cette saison au Théâtre Royal de la Monnaie fut l'occasion de plusieurs débuts. Il faut citer en premier lieu ceux de Lise Rollan, Mireille au physique idéal, aux costumes d'un goût très sûr, dont le jeu aisé autant que gracieux et la diction claire se joignent à un joli soprano léger, égrenant à merveille la vocalise. »

L’Eventail, 17 novembre 1946


« En Rosine (Le Barbier de Séville), Lise Rollan conquit d'emblée un succès qui par sa spontanéité, ressemblait fort à un triomphe. Il est vrai qu'elle fut gracieuse et mutine, excellente comédienne, et qu'elle détailla à ravir, d'une voix pure et souple à la virtuosité brillante les airs périlleux de la partition. »

Jacques Steeman,

La Lanterne, 29 octobre 1947


« Lise Rollan, jeune élément de notre théâtre lyrique de la Monnaie, possède un soprano léger qui évolue avec grâce et sans fatigue. La qualité du timbre de Lise Rollan lui permet de chanter avec un égal bonheur la mélodie et les grands airs inhérents à son emploi. Nous avons certes applaudi les variations de Proch, l'air de Gilda (Rigoletto), de Titania (Philine dans Mignon), mais nous avons eu un vif plaisir à entendre également les deux mélodies: « Si tu le veux » et "Myrtha". Ce jeune élément peut prétendre au billant succès et le public lui fit une manifestation de sympathie enthousiate. »

La Province, 27 avril 1948


« Lise Rollan excellente dans le rôle d'Anna (La Dame blanche) joue avec sincérité et naturel. Sa voix chaude s'harmonise très bien à celle de son partenaire dans le duo obligatoire. »

La Libre Belgique, 26 septembre 1948




L’ANCIENNE BELGIQUE (BRUXELLES)


« C'est du 16 au 21 mai que Lise Rollan, la merveilleuse coloratura belge sera en représentation à L'Ancienne Belgique (Bruxelles). Lise Rollan chante avec un égal talent des extraits d'opéras, d'opérette et de chansons. Ajoutons enfin qu'elle est très jolie, qu'elle possède de charmants yeux gris verts, qu'elle dégage beaucoup de charme et cela donnera une petite idée de la sympathique artiste qu'est Lise Rollan. »

R.E.

La Nouvelle Gazette, 16 mai 1953


« Un tour d'horizon, du chant classique à la chanson, avec le sourire de la Télévision: c'est en ces termes que Lise Rollan, transfuge (du Théâtre Royal de la) Monnaie, fut récemment présentée aux 200'000 auditeurs de la chaine radiophonique américaine. Depuis, la Télévision ne cesse de rappeler notre jeune étoile nationale devant les caméras françaises, viennoises et britanniques, cependant que la Radio et le disque lui prennent le meilleur de son temps. Et voici Lise Rollan à L’Ancienne Belgique (Bruxelles.) Timide au premier contact, l'artiste, progressivement, s'infiltre dans nos cœurs par le chemin de la demi-teinte. Charme et sobriété sont les caractéristiques de cet art parfait, d'une aristocratie dans la simplicité. La voix contenue avec intention, délaisse volontairement l'éclat du belcanto pour obliquer vers la chanson contemporaine, avec « L’amour est un bouquet de violettes », « Tu n'peux pas t'figurer », « Ça m'fait quelque chose », etc. Contrastant avec le « Bleu de rêve » de « La Valse dans la nuit », le rossignol émerge soudain, avec de solides qualités vocales pures et enfin, « Papillon » - ce petit chef-d’œuvre d'Emile de Radoux - permet à Lise Rollan de donner un aperçu de son registre étonnant, dans un envol brillant et sentimental tout à la fois. »

Le Soir, 19 mai 1953


« Jolie, souriante, d'une beauté fraîche et directe, elle continue de monter sur le chemin du succès. Tant de capitales l'ont acclamée. Elle chante l'opéra et la chanson moderne avec un égal bonheur. Tous les publics aiment entendre cette voix, chaude et claire à la fois, cette voix teintée de pure émotion et de réel amour de la musique. Lise Rollan chante comme elle respire et c'est naturel ! Comment un rossignol pourrait-il vivre autrement. »

1953 Journal de l'Ancienne Belgique




TAVERNE PALACE – VARIETES (BRUXELLES)


« Lise Rollan que l'on entend sur toutes les antennes d'Europe, se taille un beau succès en chantant des mélodies qui lui conviennent parfaitement. De sa voix ample et veloutée, elle détaille avec une diction parfaite "La valse des vingt ans" de Pierre Dorsey, « Rossignol de mes amours », « Ca m'fait quelque chose », « Tu n'peux pas t'figurer », « Quand il m'embrasse ». Chacune de ses chansons de son répertoire est un véritable petit chef d'oeuvre, qui fait honneur tant au compositeur qu'à l'interprète. Voilà une artiste que l'on aimerait revoir sur cette scène. »

Le Soir, 25 octobre 1953


« Lise Rollan, vedette internationale de la chanson, est une des plus belle voix de chez nous. Elle ne se contente pas de chanter, mais vit ses chansons et les présente avec un art délicat. Elle se fait longuement applaudir, surtout dans " Un oiseau qui chante" de Pierre Dorsey, qui lui a valu le prix du chant à Knokke. Son succès fut très vif ».

La Nation belge, 27 octobre 1953


« Du charme, une voix d'or, une diction parfaite et un répertoire choisi avec goût caractérisent le tour de chant de la grande vedette de la chanson. »

Le Soir, 1953


« Autre chanteuse de chez nous, dont nous avons signalé les qualités il y a quelques mois, nous présente un tour de chant totalement différent des précédents. Lise Rollan, cette fois abandonne l'opéra et adopte le genre de la chanson. Elle réussit ce tour de force, et à notre avis, elle vaut la tête d'affiche. »

La Lanterne, 1953




EMISSION TELEVISEE « PARIS RECOIT » AU PALAIS ROYAL de PARIS


« Sous le Directoire, le Palais Royal (Paris) était déjà un centre artistique et littéraire, c'est dans ce cadre qu'Aimée Mortimer avait dédié son émission PARIS RECOIT, cette semaine, à la Finlande. Pour une fois, l'escalier du Conseil d'Etat a fait place aux quatre « L » de l'émission: Lucy Clorival, Lily Fayol, Lise Rollan et Line Renaud. »

Extrait de Radio-53 (sans date)




PALAIS DES BEAUX-ARTS (BRUXELLES)


« Lise Rollan seule contre ces jeunesses prometteuses, évoquant tour à tour Michèle Arnaud, Yvonne Printemps, Mathé Altéry ou Suzy Solidor, a malgré tout gagné la partie. Par sa classe, le choix de son répertoire infiniment plus représentatif des diverses tendances de la chanson et sa merveilleuse facilité. Oui, selon nous, c'est la Belge Lise Rollan qui dans un Palais des Beaux-Arts (Bruxelles) qui participait intensément, a jeté le regard le plus lucide sur la chanson française. »

(sans date)




EMISSION RADIOPHONIQUE « AIRS GRIS ET ROSES » (BRUXELLES)


« A l'I.N.R. (le nom de la Radio belge de l’époque, l’Institut National de Radiodiffusion jusqu’en 1960, Bruxelles), en 1955 une émission hebdomadaire: AIRS GRIS ET ROSES

Tous les mardis à 20 heures avec Eddy Green, Teddy Varley, Lise Rollan et Emile Sottiaux, au cours de laquelle ils interprétaient des airs demandés par les auditeurs. Cette émission qui avait beaucoup de succès dura plusieurs années. Elles étaient enregistrées en série pour permettre à Lise Rollan tous ses déplacements. »

(sans date)




EMISSION TELEVISEE « LA JOIE DE VIVRE » (PARIS)


« (émission télévisée coproduite par Henri Spade et Robert Chazal) avec Françoise Rosay, auxquels participaient Pierre Brasseur, Paul Meurice, Robert Lamoureux, Fernand Ledoux, Lise Delamare, Fernand Ledoux, Michèle Arnaud et Lise Rollan qui pour l'occasion chanta "Papillon" ».

(sans date)




CREATION DE MELODIES DE MAURICE YVAIN POUR LA RADIO BELGE


« LISE ROLLAN ET MAURICE YVAIN EN CONCERT

Le 10 juin 1955, un grand concert dédié à Maurice Yvain, au cours duquel, chose rare, le compositeur a accompagné Lise Rollan dans deux de ses mélodies "Souvenirs du printemps" et "Il neige de la joie" sur des textes de Pierre Varenne. »




PALAIS DES BEAUX-ARTS (BRUXELLES)


« 28 mars 1962, PANORAMA DE LA CHANSON FRANCAISE

Pour les Amitiés Françaises: Lise Rollan et Les Djinns. Lise Rollan seule contre ces jeunesses prometteuses, évoquant tour à tour Michèle Arnaud, Yvonne Printemps, Mathé Altéry ou Suzy Solidor, a malgré tout gagné la partie. Par sa classe, le choix de son répertoire infiniment plus représentatif des diverses tendances de la chanson et sa merveilleuse facilité. Selon nous, c'est la Belge Lise Rollan qui, dans un Palais des Beaux-Arts qui participait intensément, a jeté le regard le plus lucide sur la chanson française. »

Henry Lemaire

Le Soir, 30 mars 1962




EMISSION TELEVISEE « DOUCE FRANCE » (PARIS)


Le 30 juin 1964 elle enregistre DOUCE FRANCE (Paris), une émission présentée par le chanteur, auteur-compositeur et acteur français François Deguelt ou elle interprète "En avril à Paris" de Charles Trenet.

(sans date)



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DISCOGRAPHIE SELECTIVE DE LISE ROLLAN


Quelques titres de Lise Rollan (opéra comique, opérette) :


Une captation radiophonique de La Dame blanche à l’I.N.R. est disponible sur CD sous plusieurs labels: avec Ysel Poliart, Gilberte Danlée, Jean Delfino, Stany Bert, Georges Goda avec les Chœurs et l’Orchestre de l’Opéra de Bruxelles (cette formation est inconnue: il doit s’agir des effectifs de l’I.N.R.), sous la direction de Georges Béthune. A ce propos, le label allemand Cantus-Classics propose cette même version, couplée avec une antérieure remontant à 1944, dirigée par Raoul Labis à Paris, avec Louis Arnoult et Odette Turba-Rabier.


Des enregistrements originaux sur bande magnétique existent (Si j’étais roi !, Le Téléphone, La Vieille fille et le voleur): ils pourraient idéalement faire l’objet d’un report vers CD et d’une commercialisation.


Un duo extrait de La Fille de Madame Angot est disponible sur CD sous le label Papillon dans l’hommage que cette firme rend au ténor français Henry Legay.


Il est souhaitable que la R.T.B. (l’actuelle R.T.B.F.) se décide enfin à exhumer de ses archives les nombreuses captations radio-télévisées qu’elle possède de Lise Rollan en vue d’une réédition. Elle détient ou plutôt, devrait encore détenir, les matrices originales de ses plus grands succès en opérette et en variétés. En effet, la vaste majorité des enregistrements (radio et télévision) ont eu lieu dans son enceinte.


Extraits de Lady Mary, Monsieur Beaucaire, Paganini, Le Pays du sourire, Fanny Elssler, Chanson gitane, Le Tsarévitch, Les Trois valses, La Fille de Madame Angot, Manina et Princesse Czardás : archives privées.



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Quelques titres de Lise Rollan (discographie sélective, musique légère et variétés) :


Adieu mon postillon, Aimer comme je t’aime, Aimer, boire et chanter, Amoureuse, Attendons encore, Avril au Portugal, Ay, ay, ay !, Bel ami, C’est suffisant pour des amants, Ca, c’est Paris, Ce soir j’ai rêvé, Deux amoureux, Divine biguine, Domino, En parlant un peu de Paris, Envoi de fleurs, Extase, Fascination, Fiançailles, Frou-Frou, Griserie, J’ai deux amours, J’ai tant pleuré, J’aime tes grands yeux, Jardins du mois de mai, Je n’en connais pas la fin, L’âme des violons, L’amour est passé près de vous, L’oiseleur, L’or et l’argent, La chanson du bonheur, La petite Valse, La poupée de porcelaine, La valse au village, La valse brune, La Valse de Paris, La valse des ombres, Laissez-moi vous aimer !, Le Concerto du lac, Le Jardin aux souvenirs, Le Mariage des roses, Le plus beau tango du monde, Les bas noirs, Mademoiselle Hortensia, Marche des grenadiers, Mon amour, quand je danse avec toi, Mon ange bleu, Mon ange, Mon faible cœur, Monique est amoureuse, Monsieur Liszt, Papillon (une composition d’Emile de Radoux), Parlez-moi d’amour, Perdu dans les étoiles, Plaisir d’amour, Pot-pourri (1925-1930), Pour de vrai, Pour tout l’amour du monde, Pourquoi ne pas m’aimer ?, Prière à Zumba, Quand l’amour meurt, Rêve d’amour, Reviens veux-tu ?, Roses de Picardie, Serait-ce un rêve ?, Si j’avais des Ailes, Si vous m’aimiez autant, Sombreros et mantilles, Sur deux notes, Sur les quais du Vieux Paris, Ton cœur et mon cœur, Tout est permis quand on rêve, Un Manège comme les autres, Un violon dans la nuit, Une heure près de toi, Valses 1900 (volumes I et II), Valses de Vienne, Ville d’amour, Wiener Walzer...



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Si certains titres ont été sporadiquement réédités sur CD, dont une partie de ceux inscrits au catalogue Vogue (Sony-BMG depuis 1987), il faut souhaiter que les succès de Lise Rollan puissent un jour faire l’objet de rééditions.

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1 Maurice Bastin (1884-1983) fut l’un des plus talentueux chefs d’orchestre de sa génération. Hautement apprécié par les artistes lyriques et les musiciens de l’orchestre, fin connaisseur des voix et des cordes en particulier, il savait créer une totale symbiose entre le pupitre et les solistes. Sa connaissance du répertoire lyrique et symphonique était prodigieuse. Il bénéficiait en outre de la totale confiance de Corneil de Thoran et de celle de l’ensemble de l’administration de la Monnaie. Dans ce théâtre, il prend part à d’innombrables créations.


2 Emile de Radoux, diplômé de Polytechnique, est chimiste avant d’être compositeur. Passionné de musique depuis sa tendre enfance, il est également violoncelliste, timbalier et pianiste. Il se perfectionne auprès de Paul Gilson (orchestration). En 1934, il réussit le concours d’admission pour un poste permanent de timbalier à l’Orchestre de l’I.N.R. En 1946, il rejoint les services de la musique légère, dont il assure la direction dès 1948. Il laisse un catalogue d’œuvres de son cru (pièces symphoniques et vocales de musique légère). On lui doit la chanson Papillon que Lise Rollan rendra célèbre.

3 Il s’agit des représentations de ‘Rigoletto’ de juin 1999, dirigées par Vladimir Jurowski, dans une inénarrable mise en scène de Stéphane Braunschweig

4 Notamment pour l’émission radiodiffusée par la R.T.B.F. « Flashback », animée par Jacques Bauduin et Claude Delacroix, en compagnie de l’auteur

 


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