L'orchestre de chambre
LES SOLISTES DE PARIS

(direction : Henri-Claude Fantapié)



1 – la genèse :

C’est en 1958 qu’un orchestre s’est constitué à la Cité universitaire de Paris, avec des résidents de la Maison de Monaco et sous le patronage de SAS le Prince Rainier III, composé d’élèves du Conservatoire National Supérieur de Paris, de jeunes musiciens de tous pays, venus se perfectionner à Paris et d’autres des classes préparatoires du Lycée La Fontaine et d’anciens élèves de l’Académie de Monaco. A sa tête, Henri-Claude Fantapié, premier prix de direction de l’Académie dans la classe de Marc-César Scotto et le corniste monégasque René Croësi.
 
Préfiguration des Solistes de Paris, concert à la Cité universitaire de Paris
par l'orchestre de chambre de Monaco, décembre 1961
(photo X..., coll. de l’auteur) DR.

Pendant quatre ans, cet orchestre a fait ses classes, tandis que ses membres terminaient leurs études supérieures. Le bilan s’avéra si positif que le noyau de l’orchestre décida, en 1963, qu’il était temps de franchir la frontière qui les séparait du professionnalisme. Pendant un an l’orchestre porta le nom de son chef mais rapidement il lui substitua celui de « Les Solistes de Paris ».

A l’actif de ces années, l’orchestre avait travaillé de nombreuses œuvres du répertoire d’orchestre de chambre, à partir de Bach et Vivaldi, jusqu’à Janáček, Villa Lobos, Ibert, Stravinsky, Bloch et en commandant de nombreuses œuvres à de jeunes compositeurs comme Antoine Tisné (Concerto pour piano et cordes), Michel Fusté-Lambezat (Concerto pour flûte), Pierrette Mari (Suite pour orchestre), Henri-Claude Fantapié (Concerto pour cor, ballet Didon abandonnée). De nombreux concerts conduisirent l’orchestre hors de la Cité et le soutien de la Principauté lui permit d’effectuer deux tournées en Allemagne et de jouer un peu partout en France, y compris, bien entendu, à l’Opéra de Monte-Carlo.



2 – Les Solistes de Paris :


Les Solistes de Paris, Paris, salle Cortot, 1982
(photo X..., coll. de l'auteur) DR.

Autour d’Henri-Claude Fantapié et de Jacques-Francis Manzone, qui était déjà violon solo de l’orchestre de chambre de la Fondation, les Solistes de Paris ont poursuivi la politique musicale initiée à la Cité. Leur premier concert à la Salle Cortot fut d’ailleurs un concert de premières auditions d’Antoine Tisné (A une ombre), Michel Fusté-Lambezat (Contrastes), Claude Lenissois (ou Fantapié) (Aleatorica blues) et Éric Gaudibert. A cette occasion, Henri Dutilleux était présent, comme il le sera à la plupart des concerts qui suivirent. La création qui occupait une place essentielle dans les programmes allait pourtant diminuer les années suivantes pour deux raisons principales, la méfiance des organisateurs de concerts pour les compositeurs contemporains et la mode avant-gardiste à la suite de l’émergence du mouvement postsériel et de l’étouffant impérialisme boulézien. Si le répertoire de l’orchestre s’enrichit encore d’œuvres de Gaudibert ou Luc-André Marcel et de la reprise d’œuvres de Stravinsky, Jolivet, Wiéner, Villa Lobos, Bartók, il devait de plus en plus puiser dans le celui des siècles passés.
 
Les Solistes de Paris, Simon Grard, Jacques-Francis Manzone, violons. Concerto pour deux violons de J. S. Bach à Noisy-le-Sec, avec Christian Crenne (Premier violon), direction Henri-Claude Fantapié, années 1970
(photo © Pierre Caron, coll. de l’auteur) DR.

L’orchestre était alors composé de 15 cordes et de bois, clavier et percussions selon les œuvres. Son personnel resta stable jusqu’en 1967 et les musiciens partageaient leur temps avec la Société des Concerts du Conservatoire. C’est d’ailleurs de là que vint le problème, quand la Société disparut pour laisser place à l’Orchestre de Paris. Les musiciens furent alors titularisés et il fallut renouveler une grande partie des pupitres de l’orchestre. Une nouvelle équipe fut alors constituée.
Il y avait, bien entendu les concerts que l’orchestre organisait lui-même, en général Salle Cortot, mais il y avait surtout ceux que sa jeune réputation lui permettait de donner pour les organisateurs les plus divers. Pendant quatre ans, les Solistes effectuèrent des tournées en province et en particulier en Bretagne, sous l’égide du Club de l’Echiquier. La dernière année fut dramatique, l’organisateur n’honorant pas le paiement de la tournée. Plus réguliers étaient les concerts pour les Jeunesses Musicales de France ou des AMJ, dans les lycées. Un contrat de disques avec une jeune maison, la Société Française de Productions Phonographiques (SFP) fit bien connaître le nom de l’ensemble et permit de mieux établir sa réputation.

Les années qui suivirent apportèrent un changement de répertoire. La redécouverte de la musique baroque se répandait de plus en plus, et c’était une des spécialités de l'ensemble. Avec ses solistes et en particulier la soprano Anna-Maria Bondi, le trompettiste Bernard Soustrot, et les musiciens de l'orchestre (les violoncellistes Roland Pidoux, André Roland, Frankie Dariel l'altiste Bénédicte de Vallée, les violonistes Christian Crenne, Serge Garcia, la contrebassiste Chantal Raffo, les flûtistes Renaud François et Luc Urbain, entre autres), on put entendre de nombreuses œuvres inédites, que le chef reconstituait, Italiens comme Vivaldi, Jacchini, Aldrovandini, les français Charpentier, Couperin, Rosier, et aussi Dowland, Telemann ou Haendel. Fidèles à leur refus de rentrer dans les modes passagères, les musiciens des Solistes, désireux de toujours aborder l'ensemble du répertoire sans s'enfermer dans des modes stérilisantes continuaient à programmer, dans un même programme, aussi bien des compositeurs baroques que ceux du XXe siècle.

De plus en plus souvent, la participation des Solistes est alors programmée dans des festivals (Saint-Céré, Nuits du Suquet, Saint-Lizier, Europalia Bruxelles, Ile-de-France, Montreux, Versailles) ou pour monter des œuvres de grande envergure (messes, passions) avec quelques-unes des principales chorales d’Île-de-France (Chorales de l’Université, Marie-Claire Cottin, Philippe Caillard, Jean Bridier, Vincennes, Chorale Populaire…).

La deuxième partie des années 70 vit le retour de la première équipe qui, après huit ans d'orchestre de Paris, souhaitait revenir à ses premières amours. Un nouveau Bureau de concert, une subvention réévaluée, les Solistes choisissent une nouvelle voie et deviennent une des formations favorites des grands solistes internationaux de passage. Rostropovitch, Stern, Szeryng, Zabaleta, Leonid et Pavel Kogan, Mady Mesplé, Tamas Vesmas, deviennent des habitués des programmes donnés à Paris, en province et à l'étranger.

Au début des années 80, la fermeture du Bureau de concert et un renouvellement d'une partie des pupitres jointes à une certaine fatigue due à la nécessité d’entrer dans une spirale commerciale qui n’apportait plus les satisfactions musicales qu’on pouvait attendre, et ce malgré des musiciens de grande valeur (Raphaëlle des Graviers, violon solo) font que l’orchestre ne maîtrise plus ses choix musicaux. Les subventions stagnent, la critique devient agressive quand on aborde la musique baroque, les organisateurs se montrent de plus en plus frileux devant des programmes qu’ils jugent trop « originaux ». En 1982, Fantapié prend la décision d’honorer les engagements en cours et de se tourner ensuite vers un autre genre d’activité orchestrale.



3 – La critique :


Dans l’ensemble, les critiques, que ce soit pour le concert, et encore plus pour le disque, se sont toujours montrés favorables aux réalisations des Solistes. Tout au plus, en 1982, à l’occasion d’une tournée en Autriche, certains ont-ils trouvé que les interprétations des œuvres de musique baroque n’étaient pas conformes à leur goût, tout en appréciant le jeu des Solistes dans la musique de Fauré et Roussel. Plus intéressantes sont les réactions actuelles venant de critiques américains qui, n’étant probablement pas nés au moment où ont été réalisés certains enregistrements récemment réédités, les découvrent et ne semblent nullement troublés par leurs caractéristiques stylistiques. Ainsi on peut lire en 2009, sur Internet, sous la signature de Gerald Fenech :

« This interesting issue released for the Haydn bi-centenary brings together a series of recordings which have been out of circulation for quite some time. However the Orchestre Les Solistes de Paris is certainly attuned to the Haydn sound with a spanking interpretation of the Symphony 44 in a recording which is quite impressive after over 44 years. »

Ou encore, toujours sur Internet, par James Manheim :

« Actually, these readings by Les Solistes de Paris hold up better than many recordings from the early days of the historical-performance movement. »

Certains délires d’époque méritent quand-même d’être cités, comme cet article intitulé « Les Solistes de Paris, une Royale splendeur », de Marie-Claire Galy le 05/08/1978, après un concert au Festival de Prades :

« Un éblouissant feu d'artifice ce concert, avec un ensemble qui a l'air de surgir du fond des siècles et s'impose par son degré extrême de raffinement, alliant (…) la sensualité la plus enivrante et la calme noblesse d'une force (…) qui, elle, respire l'intelligence la plus épurée. Liberté, aisance, conscience de l'espace, fuite aérienne des arabesques, soucis d'une unité volontaire qui enferme le vertige tournoyant d'une sonorité somptueuse dans les lignes qu'une invincible élégance trace droites et pures comme la raison, et souples et spacieuses aussi comme le rêve (...). »


4 – Les enregistrements :

Ils sont tous dirigés par Henri-Claude Fantapié mais la majorité est indisponible en 2015, (sauf indication contraire) même si certains existent sur Internet.

Jean Wiéner : Concerto franco-américain (J. Wiéner, piano) SFP 86843 (enr. Le 28/06/1965) (1er enr.)
F.-J. Haydn : Symphonie 44 « Trauer » - Concerto pour violon et clavecin (J.-F. Manzone, violon – F. Petit, clavecin) SFP 75198 – SFP 31002 – ORION ORS 75198 (USA) – BAROQUE Rec EVEREST 876 (USA) disponible en CD DIVINE ART dda21212 (1er enr.)
J. Dowland (Lachrymae) – Laudario di Cortona (A.M. Bondi, soprano) SFP 31008 (1er enr.)
F. Couperin : Motets à 1 & 2 voix (A.M. Bondi – F. Petit) SFP 91033
F. Couperin : Motets à voix seule (A.M. Bondi – F. Petit) SFP 97041 (1er enr.)
Vivaldi – Jacchini – Aldrovandini : Concertos pour 2 trompettes (B. Soustrot – R. André) SFP 91038 (1er enr.)
Vivaldi : Motetti a Canto (A.M. Bondi) SFP 31015 (1er enr.)
Telemann : Concerto pour flûte à bec et flûte traversiére (H.O. Koch – L. Urbain) SFP 31031 (1er enr.)
Telemann – Tartini – Scarlatti – Franceschini : Concertos pour flûte à bec et trompette (H.O. Koch – B. Soustrot) SFP 71028 (1er enr.)
H. Villa Lobos : L’œuvre pour voix et instruments (plusieurs éditions en disque vinyle – A.M. Bondi, soprano – F. Petit, piano – R. d’Arco, violon – P. Degenne, violoncelle) SFP 91024 – disponible en 2xCD DIVINE ART add 21209 (1er enr. Prix de l’Académie du Disque Français)
D. Scarlatti : 17 Sinfonie pour orchestre (2 disques) Adès 21003 (1er enr.)
F. J. Haydn : Stabat Mater – Libera me (Bondi – Eder – Reichardt – Krattlinger – chor. Caillard/Bridier – A.Heudron, orgue – V. Berthier de Lioncourt, clavecin) ARS STUDIOFRANCE 70001/2 (mars 1978) – disponible en 2xCD DIVINE ART dda21212 (1er enr.)
C. Lenissois : Aleatorica blues (in Gilson : 16 années de Jazz) SFP 13005 (1er enr.)
Haira – Fantapié : Le matin des magiciens SARAVAH 10003 (1er enr.)


H.-C. F.

 


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