Deux ecclésiastiques européens au service de l'orgue


1. Le chanoine Viard et l'orgue de la cathédrale de Langres


Prêtre, érudit, historien et musicien, le chanoine Paul Viard (1905-1989) a tenu durant plusieurs décennies l'orgue de la cathédrale Saint Mammès de Langres (Haute-Marne). Il fut à l'initiative de sa reconstruction par la manufacture Haerpfer entre 1972 et 1975.

Né le 2 septembre 1905, il fut élève du petit puis du grand séminaire de Langres avant de revenir dans ces deux établissements comme professeur puis supérieur. Son appétit intellectuel, son amour du patrimoine religieux et son sens de la recherche l'avaient conduit à collectionner les titres universitaires (licence ès lettres, licence de philosophie, licence de théologie, diplôme d'études supérieures d'histoire). Il rédigea un nombre impressionnant de notices historiques et d'articles relatifs à l'art sacré, aux personnalités du monde religieux et à l'histoire des orgues de la cathédrale de Langres.

Pour la musique, sa formation remontait à l'enfance, au petit séminaire, à l'harmonium puis à l'orgue, sous la conduite, notamment de Joseph Larcelet, organiste de Notre-Dame de Saint-Dizier (Haute-Marne) durant une soixantaine d'années. A partir de 1928, il accompagnait la maîtrise à l'orgue de choeur de la cathédrale (orgue Ducroquet, 1852, 8 jeux réels sur un clavier manuel et un pédalier). Prisonnier de guerre jusqu'en 1945, il lui arrivait de jouer les offices dans une église voisine du camp avec la permission des autorités allemandes.

A partir de 1947, il devenait titulaire du grand orgue de la cathédrale Saint Mammès. Il succédait directement au chanoine Cersoy qui, lui-même, avait tenu ce poste après Lucie Couturier, son frère l'abbé Nicolas Couturier (1840-1911) et le chanoine Noël.

L'orgue, qui provenait de l'abbaye de Morimond d'où il avait été transféré en 1792, avait bénéficié d'augmentations effectuées par la Manufacture vosgienne Jacquot-Jeanpierre mais avait été sévèrement endommagé par une explosion en 1943.

Le chanoine Viard créa, en 1951, une Association des amis de l'orgue et se démena pour faire restaurer l'instrument. Ses vœux se réalisèrent et ce fut une grande joie pour lui d'accueillir le 14 septembre 1975 Gaston Litaize pour le concert d'inauguration de cet orgue mécanique de 53 jeux répartis sur quatre claviers et un pédalier.

L'abbé Viard a également formé une pléiade d'organistes et a fait connaître son instrument grâce à des concerts, des communications aux sociétés savantes locales et de nombreuses présentations de l'orgue de la cathédrale à toutes les personnes qui s'y intéressaient jusqu'à sa mort survenue au début de l'année 1989.



2. Le révérend père Plum, organiste et compositeur belge


Jean-Marie Plum, de l'ordre des Servites de Marie, est aujourd'hui quelque peu oublié même si l'on trouve quelques enregistrements de ses œuvres. Il a pourtant composé de nombreuses pièces vocales religieuses et beaucoup de pièces de qualité pour orgue ou pour harmonium.

Né à Liège (Belgique) le 30 juin 1899, il entreprit des études musicales auprès de Lucien Mawet (1875-1947), professeur de solfège au Conservatoire royal de Liège de 1909 à 1945 et organiste de la primatiale Saint-Jacques de Liège. Sa vocation religieuse s'accomplit dans l'ordre contemplatif et apostolique des Serviteurs de Marie à Bruxelles où il fut organiste. L’instrument de la chapelle communautaire avait été construit en 1910 par la manufacture Walcker et transformé par la suite à la demande de son titulaire. Il comptait une vingtaine de jeux répartis sur deux claviers et un pédalier.

Les premiers vœux du père Plum remontent au 13 septembre 1922. Il mit alors au service de l'Eglise son talent de musicien en composant une œuvre pour orgue abondante et en enrichissant le répertoire de la polyphonie sacrée. Pour cela, il étudia en autodidacte l'harmonie et le contrepoint.

Pour beaucoup d'entre elles en relation étroite avec le chant grégorien, ses pièces emploient un langage proche dans l'esprit, la forme et l'harmonie de celui de Paul de Malingreau (1887-1956), d'Henri Nibelle (1886-1967), de Joseph Noyon (1888-1962) ou de Fernand de La Tombelle (1854-1928). Le Carillon de Westminster de Vierne trouve son parallèle dans la Toccata « Big Ben » op. 154 de Plum.

Dans le registre de la musique vocale, plusieurs motets, quelques cantiques, une douzaine de messes pour choeur accompagné à l'orgue, un Stabat Mater forment l'essentiel de sa production.

Quelques pièces pour piano (Triptyque, Roumont, une Suite pittoresque, Impromptu-Lied, Chant pastoral) forment un ensemble plus inattendu chez ce musicien soucieux de la louange divine.

L'oeuvre pour orgue est variée : des pièces relativement faciles pour l'harmonium (Messe de mariage, 24 Miniatures, Messe de Pâques, Messe brève, 20 Elévations, 20 Offertoires, 20 Sorties, Suite brève, Offertoire sur trois noëls...) conçues pour rendre service aux modestes organistes des petites paroisses, auxquelles s'ajoutent des morceaux de plus grande envergure, paraphrases grégoriennes (Lauda Sion, Symphonie eucharistique, Prélude sur le Dies irae, Clementissime Domine, Regnavit Dominus, Introduction, Variations et Final sur le Stabat Mater traditionnel, Via crucis, une suite écrite en 1939 sur chaque station de la Passion et qui rappelle dans l'idée le Chemin de la Croix de Dupré, bien que d'une ambition moins considérable) ou pièces concertantes (Trois pièces, Fantaisie, Toccata, Marche héroïque, Scherzando, Etude concertante pour le pédalier, Procession, Entrée pontificale, Toccata n° 2, Symphonie nuptiale).

Le père Jean-Marie Plum mourut à Bruxelles le 28 mars 1944. On peut se procurer ses œuvres publiées chez différents éditeurs (Schott, B-note, SAEM, Hérelle, Lemoine, Desclée de Brouwer, Cranz) dans les librairies spécialisées. Une partie en a été numérisée sur le site internet de l'Imslp.


Olivier Geoffroy
(avril 2018)

 

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