Mgr Charles AIMOND
docteur ès lettres, professeur d'histoire, écrivain, historien, musicien


Mgr Charles Aimond
Mgr Charles Aimond
( cliché Studio Garces, Bar-le-Duc,
coll. archives Évêché de Verdun )

 

Charles Aimond naît le 18 mars 1874 à Varennes-en-Argonne, dans la maison familiale située 97 place de l’Eglise. Ses parents, Jean-Christophe Aimond (1835-1917) et Thérèse, née Collet (1839-1908), sont cultivateurs.

Charles, le dernier des cinq enfants de la famille, n’aura pas connu ses deux petites sœurs, Elisa et Marie-Louise, mortes en bas âge. En 1889, il a 15 ans quand son frère aîné Eugène, sous-lieutenant, décède à Varennes à l’âge de 29 ans. Mais le malheur ne s’arrête pas là et Charles perd également sa dernière sœur, Jeanne-Marie, qui avait épousé Louis Buitge. Elle meurt à 23 ans en donnant naissance à une fille, Jeanne, qui plus tard, à Bar-le-Duc, veillera toute sa vie sur la santé de son oncle et contribuera à lui donner un foyer stable.

 

L’ETUDIANT

Le jeune Charles, pendant son enfance et ses vacances scolaires, tout en assurant à la ferme la garde des troupeaux, lit déjà beaucoup et affectionne particulièrement l’histoire. Son grand père paternel, Nicolas Aimond, avait 6 ans lors de l’arrestation de Louis XVI, et à l’âge de servir la patrie, artilleur dans l’armée napoléonienne, il avait reçu la médaille de Sainte-Hélène.

Charles se distingue déjà à l’école primaire de garçons. Si bien qu’en 1886, l’abbé Timothée Mangin, doyen de Varennes, avec l’accord de ses parents, vient le présenter au chanoine Galland, Supérieur du Petit Séminaire de Glorieux pour y recevoir un enseignement classique et compléter son éducation religieuse.

Rapidement, il y devient l’un des élèves les plus brillants. Ne décroche-t-il pas en sixième 9 prix et 4 accessits ? Ce qui le mène tout naturellement, le 18 juillet 1893, à obtenir son baccalauréat (lettres-philosophie) avec mention.

Certain de sa vocation sacerdotale, il entre au Grand Séminaire en 1893, mais pour un an seulement. Car il a 20 ans, et c’est l’âge du service militaire, qu’il effectuera au 147ème régiment d’infanterie à Verdun même.

Le séminariste reprend ensuite ses études religieuses et le 4 juin 1898, il est ordonné prêtre par Mgr l’évêque Pagis en la cathédrale de Verdun.

Parallèlement à son sacerdoce, l’abbé Aimond, attiré très jeune par l’enseignement, comprend que le seul baccalauréat n’est pas suffisant pour transmettre son savoir aux jeunes générations. C’est pourquoi fin 1899, il reprend des études à l’Institut Catholique de Paris et s’inscrit comme auditeur libre à l’Ecole des Chartes. Son érudition est si grande et sa mémoire si prodigieuse, que le 27 juillet 1901, il obtient sa licence d’histoire après une seule année de préparation à la Sorbonne.

Le 23 juin 1910, après quelques années d’enseignement pendant lesquelles il suit des cours supérieurs d’histoire à Nancy, il passe avec succès son doctorat ès lettres. L’idée de la thèse présentée pour l’obtention de ce diplôme " Les relations de la France et du Verdunois ", lui avait été donnée par Christian Pfister, alors professeur à la Sorbonne. Robert Parisot, professeur à l’université de Nancy, en avait suivi et encouragé l’exécution.

A-t-il songé à passer l’agrégation ? Peut-être, et il l’aurait sans doute obtenue brillamment. Mais il aurait été ensuite contraint d’enseigner dans le public, ce qu’il ne souhaitait pas puisqu’il avait choisi de rester dans l’enseignement libre.

 

LE PRÊTRE

Le 5 juin 1898, soit le lendemain de son ordination, assisté de Félix Roeder, qui deviendra plus tard évêque de Beauvais, l’abbé Charles Aimond célèbre sa première messe dans la chapelle du Petit Séminaire

Dès lors, la " carrière " ecclésiastique du jeune prêtre ne va pas s’arrêter là, car les honneurs et les distinctions religieuses vont arriver sans qu’il les recherche.

Le 21 novembre 1911 d’abord, où il est nommé chanoine honoraire du chapitre de la cathédrale par Mgr Chollet. évêque de Verdun. Une façon d’honorer celui qui publia " La Cathédrale de Verdun, étude historique et archéologique " parue en 1909, et couronnée par l’Académie de Stanislas.

En 1935 ensuite, le 31 octobre, à l’occasion de l’inauguration de la cathédrale de Verdun reconstruite et rendue complètement au culte, et à la demande de Mgr Ginisty, le chanoine Aimond est nommé Prélat de Sa Sainteté (prélat romain) par le pape Pie XI. Un titre honorifique sans juridiction spéciale, mais qui lui permet de devenir " Monseigneur Aimond ".

Ce titre lui confère également l’autorisation d’avoir des armes. Aussi, après avoir pris conseil auprès de Pierre Marot, un vosgien alors conservateur du Musée Lorrain (qui deviendra plus tard directeur de l’Ecole des Chartes et Membre de l’Institut), Mgr Aimond fait paraître sur son blason la cathédrale de Verdun avec la Vierge assise, et la croix de Lorraine entourée de deux barbeaux symbolisant Bar-le-Duc.

Ces deux symboles expriment bien son attachement à sa province et à ces deux cités dont il fut l’historien. Il prend comme devise : " Pro ecclesia patriaque vires " (mes forces pour l’église et la patrie),  un engagement qui résumera toute sa vie.

En 1948, à l’occasion de son jubilé, il est nommé Vicaire général honoraire de Verdun. Et le 4 juillet, il fête à Varennes les 50 ans de son sacerdoce.

Un an plus tard, il devient protonotaire apostolique, autre titre honorifique qui l’élève à la dignité la plus haute parmi les prélats qui n’ont pas reçu l’épiscopat. Avec la mitre blanche, il porte comme habit de chœur la mantelletta, sorte de petite pèlerine violette sans manche.

Le 5 juin 1958, à l’occasion du 60ème anniversaire de son ordination, Sa Sainteté Pie XII lui adresse ses vœux paternels et lui accorde, " en gage des divines faveurs, la Bénédiction apostolique implorée ".

Le 4 juin 1968, bien qu’alité depuis plusieurs jours, et entouré de nombreux amis venus à son domicile, il fête avec eux ses noces de vermeil sacerdotales, soit 70 ans au service de l’Eglise et de Patrie.

Eglise de Varennes-en-Argonne
L'église de Varennes-en-Argonne
au début du XXe siècle
( carte postale, E. Leroux éditeur, coll. Michel Godard )

Quelques jours plus tard, le 24 juin à 20 heures, Mgr Aimond rend son dernier soupir.

Il est intéressant de noter, comme le journal " Le Meusien " le rappelait après sa mort, que le jeune abbé Aimond avait été, le temps d’un trimestre, vicaire à Vigneulles. En effet, durant l’été 1901, juste après sa licence, et étant disponible pendant les vacances, il fut envoyé dans ce pays des Côtes pour aider, voire pour suppléer l’abbé Laurent, souffrant, et dont l’état de santé nécessitait du repos.


L’ENSEIGNANT

On l’a vu précédemment, après son service militaire, Charles Aimond pense déjà à s’orienter vers l’enseignement, et plus précisément celui de l’histoire, domaine qu’il affectionne particulièrement.

Le 18 mars 1898, trois mois avant son ordination, Mgr Pagis, évêque de Verdun, le nomme professeur de troisième au petit-séminaire de Glorieux. Il retourne donc avec joie dans l’établissement qu’il fréquenta comme élève et y enseigne durant 8 ans, période interrompue seulement par ses études en vue de préparer sa licence d’histoire.

Le 19 décembre 1906, le personnel enseignant est contraint de quitter le petit séminaire par suite de l’application de la loi sur la Séparation de l’Eglise et de l’Etat. Avec ses camarades, il pose pour une photo de groupe le jour même de l’expulsion, sous un écriteau peut-être écrit de sa main.

L’abbé Aimond se retrouve alors enseignant pour quelques mois au Grand Séminaire de Verdun, jusqu’à la fin de l’année scolaire. En 1907, il est affecté à Bar-le-Duc pour fonder, avec d’autres prêtres, l’école Saint-Louis qui vient de réouvrir, succédant à un couvent qui avait abrité des religieuses dominicaines de 1832 à 1905. L’abbé Aimond, à part la période de mobilisation occasionnée par la Grande Guerre, y enseignera l’histoire et la géographie jusqu’au 26 octobre 1923, date à laquelle Mgr Ginisty le nomme supérieur de l’école.

Mais cette fonction, qu’il accepte bien évidemment, est une épreuve pour lui, car sa vocation est plus à la recherche et au dépouillement des archives qu’à la direction d’un collège. Aussi, en 1931, après huit années passées à la direction de cette école, il demande à en être déchargé. Il retrouve son poste de simple professeur et s’installe en ville avec sa nièce, au 1er étage d’un appartement situé 15 rue Werly.

En 1940, à 66 ans, il prend sa retraite et quitte l’enseignement. Il va pouvoir se consacrer entièrement à sa carrière d’écrivain et d’historien.

La valeur de Mgr Aimond, professeur et supérieur d’établissement, était connue hors du diocèse, et par deux fois, il fut demandé comme recteur de l’Institut Catholique à Paris. Heureusement pour la Meuse et la Lorraine, les évêques de Verdun de l’époque, Mgr Chollet puis Mgr Ginisty, ne donnèrent pas suite. Mgr Aimond, trop absorbé par des responsabilités administratives, n’aurait certainement pas pu donner toute la mesure de son talent d’historien.

 

LE MUSICIEN

Très tôt attiré par la musique, dès 1888 le jeune Charles Aimond touche l’orgue de l’église de Varennes. Quelques années plus tard, durant ses études au Grand Séminaire de Verdun, il se lie d’amitié avec les responsables de la musique à la cathédrale de cette ville : l'abbé Donnot, directeur de la Maîtrise et Ernest Grosjean (1844-1936), titulaire du grand orgue. C'est ainsi que durant les années 1890, le séminariste Charles Aimond devient titulaire de l’orgue de chœur de la cathédrale de Verdun. Durant cette période, il collabore au " Journal des Organistes ", dirigé par Ernest Grosjean. Cette publication, fondée en 1859 par Romary Grosjean, organiste de la cathédrale de Saint-Dié (Vosges), avait été reprise en 1888 , à sa mort, par son neveu Ernest qui la continua jusqu'en 1906.

A cette époque, il s'essaye à la composition, notamment avec une  Messe à 3 voix  égales et un Oratorio sur Sainte-Sabine, écrit sur des paroles de son condisciple Stanislas Gillet, qui deviendra plus tard Maître-général des Frères-prêcheurs (Dominicains). Malheureusement, ces manuscrits furent détruits au cours de l’incendie qui ravagea le collège Saint-Louis de Bar-le-Duc le 2 avril 1917.

Après son départ de Verdun, devenu barrisien, il n'abandonne pas pour autant la musique. Nommé organiste titulaire de l’église Saint-Antoine, il tient également l'orgue de la chapelle de l'Ecole Saint-Louis de Bar-le-Duc, tout en y assurant les fonctions de supérieur. Il s’oblige à s'exercer au moins une heure par jour sur son piano ou sur son orgue de salon installé dans son appartement de la rue Werly. Sa renommée d’organiste dépasse largement la ville de Bar puisqu'à la demande de nombreux prêtres de la Meuse, il inaugure plus de 40 orgues restaurées après la Grande Guerre. Notamment, c’est lui qui inaugure le 6 février 1932 l'instrument de l’église de Varennes, sa ville natale, tout récemment reconstruit. Le lendemain, en présence d’un auditoire attentif, il exécute pendant les offices dominicaux des œuvres de maîtres anciens (Bach, Couperin,…) et modernes (Franck, Mendelssohn, Widor…) La fabrication de cet orgue avait été confiée au facteur de Verdun Alexis Collet, qui, à quelques petites modifications près, le réalisa d’après des plans de Mgr Aimond, lequel avait été consulté dès 1929 pour en rédiger la composition.

Buffet de l'orgue de l'église de Varennes-en-Allier - Photo Michel Godard
Buffet de l'orgue de l'église de Varennes-en-Allier,
construit en 1931 par le facteur Alexis Collet
( photo Michel Godard )

On lui doit encore une étude sur "Le Grand orgue de Bar-le-Duc", paru dans le numéro 32 (15 décembre 1926) de la revue L'Orgue et les organistes, ainsi que plusieurs articles musicologiques, parmi lesquels un consacré aux "Sonates de Beethoven" qu'il considérait comme l'un "des plus grands musiciens, mieux, un des plus grands hommes des temps modernes." Très épris de tous les arts et plus particulièrement de la musique, dans ses nombreux ouvrages sur l'Histoire de France Mgr Aimond ne manquait jamais de consacrer un chapitre à la musique, plus ou moins développé suivant le niveau auquel le manuel était destiné.


L’ENFANT DE VARENNES

Si Charles Aimond ne vécut que les 12 premières années de sa vie à Varennes, avant d’en passer 20 à Verdun et 62 à Bar-le-Duc, il n’oublie jamais son pays natal, à qui il consacre deux livres importants : l’Histoire de la Ville de Varennes-en-Argonne (1928), et l’Enigme de Varenne (1936), ou le dernier voyage de Louis XVI.

Sur Varennes, " petite ville au grand renom ", comme l’écrivait Jean Guiraud (1) dans La Croix du 27 juillet 1929, Mgr Aimond publiera également de nombreuses monographies qui vont paraître entre 1906 et 1964 dans les bulletins paroissiaux, les revues savantes et les journaux de l’époque.

Mais l’attachement aux racines de son pays ne s’arrête pas à l’écriture, et il ne se fait pas prier, chaque fois que l’occasion se présente, pour venir à Varennes et y célébrer une messe, bénir une statue, donner une conférence ou un récital d’orgue, présider une manifestation ou inaugurer un monument.

La liste de ces événements est longue. Retenons-en simplement quelques uns.

Le 16 septembre 1930, le chanoine Aimond est parrain de l’une des quatre cloches de l’église, bénies par Mgr Ginisty, l’évêque de Verdun. Les baptêmes de cloches étaient nombreux à cette époque, mais l’originalité de cette bénédiction a résidé dans le fait que ces quatre cloches n’avaient pas de clocher pour s’abriter.

Dimanche 9 juillet 1933, Mgr Ginisty bénit l’église paroissiale entièrement reconstruite (elle avait été complètement détruite, comme tout Varennes, dès septembre 1914).

Le chanoine Aimond tient les orgues qu’il avait inaugurées l’année précédente.

(1) Jean Guiraud, agrégé d’histoire, ancien professeur à l’université de Besançon, directeur de la Revue des Questions Historiques, était également rédacteur en chef de ce quotidien catholique.

En 1937, Mgr Aimond fonde le musée de la Révolution, grâce notamment à l’acquisition d’une précieuse collection de documents, d’imprimés, et d’estampes patiemment rassemblée par un amateur parisien et presque exclusivement consacrée à l’arrestation de Louis XVI.

L’inauguration du musée le 13 juin dans une salle de la mairie est placée sous la présidence de Louis Bertrand, de l’Académie Française, " un Meusien de Spincourt qui n’a jamais oublié son cher pays, comme il le rappelait dans son discours.

Le 9 juillet 1950, Mgr Aimond bénit la statue de la Vierge située dans la niche extérieure au dessus du portail de l’église. Les vieux Varennois se souviennent que cette niche était restée vide pendant 32 ans, car en 1918, retrouvée intacte malgré les bombardements, l’ancienne statue avait été " offerte " aux libérateurs américains.

La bénédiction de la nouvelle statue, en pierre d’Euville, donna lieu à une procession dans les rues, à laquelle participaient les madones vénérées dans le canton, transportées sur des chars décorés et entourés des délégations des paroisses de Véry, de Vauquois, de Lachalade et de Varennes.

Ce dimanche-là, Mgr Aimond chante une messe pontificale dans l’église, trop petite pour accueillir toute l’assistance venue écouter l’allocution du docte historien.

En 1953, Mgr Aimond fait don d’une statue du XIIème siècle à sa paroisse natale. Cette statue, après avoir échappé aux destructions révolutionnaires, appartenait jusqu’au XIXème siècle à une famille varennoise, les Cottin, qui habitaient à l’époque rue de la Basse Cour, et qui lui avait donné le nom de " Vierge de Louis XVI ", en souvenir des événements dont elle avait été témoin le 21 juin 1791.

Plus tard, cette famille, devenue barroise, l’offrit à Mgr Aimond. La remise solennelle a lieu le 27 juin, et la statue " taillée sans doute dans le cœur d’un chêne de l’Argonne ", comme il l’écrivait, prit place dans la chapelle absidiale de l’église.

Primitivement, la main droite de la Vierge tenait un livre qu’une restauration a fait disparaître. C’est maintenant un globe surmonté d’une croix que tient la main gauche de l’Enfant Jésus.

Le lendemain dimanche 28 juin a lieu l’inauguration d’une stèle érigée sur l’emplacement de la maison Sauce. Quelques temps auparavant, Mgr Aimond avait acheté le terrain sur lequel, avant 1914, était située cette maison dans laquelle Louis XVI et la famille royale avait passé la nuit du 20 au 21 juin 1791. La manifestation rassembla de nombreuses personnalités. Après la réception des officiels à la mairie, le cortège se forme pour une visite guidée et commentée par Mgr Aimond qui fait revivre l’épisode historique de l’arrestation, sans oublier d’évoquer les figures du baron Radet et du vainqueur de la Bastille, Elie, tous deux décédés à Varennes en 1825.

Début août 1959, Mgr Aimond est encore présent à Varennes pour le transfert du musée au beffroi, situé plus bas, à une trentaine de mètres de la mairie. Il devenait en effet de plus en plus difficile de concilier sous le même toit l’activité de la mairie et l’ouverture au public de la salle d’exposition.

Le beffroi démoli et reconstruit, seul vestige de l’ancien Varennes, avec son architecture solide et remarquable, et tant de fois dessiné ou photographié, convenait bien à l’époque, et, outre ses deux niveaux d’exposition, offrait l’avantage d’un superbe point de vue sur l’Aire par sa petite terrasse.

Mgr Aimond, dans un article publié par Le Meusien, rappelait que le premier musée de l’hôtel de ville, celui qu’il avait inauguré en 1937, avait été plus ou moins pillé en juin 1940 pour cause de guerre, et que, " Varennes ayant été vidé passagèrement d’une partie de ses habitants, des inconnus en avaient profité pour emporter les pièces les plus intéressantes du musée ".

Et Mgr Aimond de rajouter que " la direction du musée accueillerait avec reconnaissance tous objets relatifs, non seulement à Louis XVI et à sa famille, mais encore à l’histoire du XVIIIème siècle et à la Révolution dans la région argonnaise, comme il en existe encore certainement… "

Son souhait a été exaucé. Le 3 juillet 1973, à l’initiative de Bernard Guérin, maire de Varennes à l’époque, ouvrait le musée actuel, enrichi de collections supplémentaires allant de l’artisanat argonnais à la guerre de 1914-1918

Mgr Aimond n’était plus là pour inaugurer ce troisième site, mais en hommage à sa mémoire, on donna son nom à l’une des salles du musée, celle qui aujourd’hui retrace une partie de la vie de Marie-Antoinette après son arrivée en France pour épouser Louis XVI….

Mgr Aimond aurait certainement apprécié ce clin d’œil à l’histoire, lui qui a si souvent étudié, écrit et raconté " l’Enigme de Varennes ".

 

L’HISTORIEN

Les 42 années d’enseignement qu’il a dispensé au petit séminaire de Glorieux et à l’école Saint-Louis de Bar-le-Duc ne sont qu’une partie seulement du prodigieux travail effectué par Mgr Aimond. " Doué d’un remarquable talent d’historien, c’était un travailleur d’un acharnement et d’une fécondité étonnante ", dira de lui Mgr Boillon à ses obsèques.

Pour enrichir sa documentation personnelle déjà très riche (que sa nièce lèguera plus tard à la bibliothèque diocésaine et aux archives départementales), Mgr Aimond compulse de nombreuses archives, à la bibliothèque nationale, à la bibliothèque de Bar-le-Duc, et dans toute la région lorraine, notamment celles de Varennes avant leur destruction en 1914, ainsi qu’aux archives de Bruxelles et de Vienne.

Il se rend également plusieurs fois au musée Condé de Chantilly pour y étudier et inventorier les archives du Clermontois et de ses 80 localités, dont Varennes fut capitale de 1660 à 1789.

Les recherches et la curiosité de Mgr Aimond le conduisent à s’intéresser à de nombreux sujets : l’histoire bien sûr, religieuse et politique, mais aussi la littérature, l’archéologie, la sculpture, l’économie, la sociologie et le tourisme, sans oublier la géographie. En effet, n’est-il pas l’auteur de plusieurs cartes géographiques, notamment celles du Verdunois (XIIIe – XVIe) et du Barrois au XVIème siècle ?

Son érudition est si grande qu’il n’hésite pas à participer à plusieurs jeux radiophoniques.

En décembre 1953, interrogé par Monsieur Champagne, c’est lui qui colle son examinateur, l’homme qui sait tout, lequel ignorait l’origine du mot " protonotaire ". Puis trois fois de suite, il affronte les questions embarrassantes de Zappy Max d’abord, et de Marcel Fort ensuite au " Quitte ou double ", enregistré au Radio Circus et diffusé sur Radio Luxembourg. C’est ainsi que le 17 mai 1954, il gagne 256 000 francs. Puis le 3 avril 1955 (il a 81 ans), il gagne le double, soit 512 000 francs. On verra plus loin le bon usage de ces sommes.

École St-Louis, Bar-le-Duc
Bar-le-Duc, ancien couvent des Dominicains devenu après 1906 École St-Louis, dirigée par Mgr Charles Aimond
( carte postale, E.C., coll. archives Évêché de Verdun )

La troisième fois, en 1959, c’est François Chatelard qui l’interroge sous la chapiteau du cirque Boublionne. L’émission est diffusée sur Radio Monte Carlo. Auditeurs et spectateurs sont consternés, car le candidat trébuche au stade de 128.000 francs. En effet, la réponse qu’il donna fut jugée non valable. Et pourtant, elle était bonne… Mais, ayant déjà gagné les deux fois précédentes, Mgr Aimond ne contesta pas la décision du jury.


LE CONFÉRENCIER

Le 7 novembre 1906, l’abbé Aimond est admis comme membre correspondant de la Société des Lettres, Sciences et Arts de Bar-le-Duc. Il en deviendra par la suite membre titulaire assidu avant d’être nommé président à plusieurs reprises (de 1938 à 1948), puis de garder jusqu’à sa mort le titre de président d’honneur.

Pendant 50 ans, autre record absolu, ses conférences et ses nombreuses interventions ne manqueront pas de passionner ses auditeurs. Il n’hésite jamais à prendre la parole pour apporter un commentaire ou ajouter une remarque ou une anecdote afin d’éclairer ses propos.

Orateur, il intervient souvent pour inaugurer un monument, une statue, présider les réunions d’associations dont il est membre ou président, ou prononcer une homélie.

Citons Les Amis de l’Institut Catholique de Paris , qu’il dirige de 1936 à 1959,  le Comité d’Histoire Varennoise et de Tourisme , dont il est le président d’honneur, l’Enseignement Chrétien et Studia, dont il est directeur de 1932 à 1944, le Syndicat d’Initiative de Bar-le-Duc, qu’il préside à titre honorifique, et enfin l’Alliance de l’Enseignement Chrétien, qu’il dirigea pendant les années d’occupation à Lourdes où il s’était exilé. (En 1919, il avait acheté une petite maison en face de la Grotte, au dessus du Gave, pour y passer ses vacances et également pour y trouver refuge au cas où une nouvelle guerre, qu’il prévoyait avant 20 ans, se déclencherait. Il avait vu juste).

Ses discours historiques ne se comptent plus, et à chaque fois, il captive son auditoire : retour de Notre-Dame à Verdun le 20 octobre 1932, inauguration de la cathédrale restaurée le 31 octobre 1935, troisième centenaire, en 1936, du Vœu de la Cité lors de la peste de 1636, couronnement de Notre-Dame le 2 juillet 1946 (discours prononcé en présence de Mgr Roncalli, Nonce apostolique et futur pape Jean XXIII), et tant d’autres conférences qu’il donne régulièrement à Bar-le Duc, mais aussi dans de nombreuses cités du diocèse.

Certains anciens se souviennent peut-être avec émotion de la promenade historique qu’il commenta à Varennes le 13 juin 1937, et qui fut radiodiffusée.

 

L’ECRIVAIN

C’est grâce au chanoine Jean Rouyer, archiviste et passionné d’histoire, que l’on doit la plus complète des bibliographies de l’œuvre écrite de Monseigneur Aimond (Bulletin n° 6 des Sociétés d’Histoire et d’Archéologie de la Meuse, dans lequel 521 œuvres ont été répertoriées).

Une tâche énorme, comme l’écrivait en 1969 Jean Collot, ancien maire de Bar-le-Duc et ancien élève de Mgr Aimond à l’école Saint-Louis, que l’abbé Rouyer a entreprise au prix de multiples investigations et recherches rendues souvent difficiles, tant par le nombre de sujets traités par Monseigneur Aimond que par la diversité de leur publication ".

En effet, pendant sa longue carrière d’écrivain, - près de 70 ans - avec sa petite écriture fine et déliée, Mgr Aimond aura écrit quelques 30.000 pages consacrées à l’histoire du Verdunois, du Clermontois (dont son cher Varennes), du Barrois, de la Lorraine et du diocèse de Verdun. Il aura publié de très nombreuses études allant de la pédagogie à l’enseignement, en passant par la toponymie, le folklore et la musique, sans compter les biographies militaires, politiques et ecclésiastiques.

On est stupéfait, écrit encore M. Collot, du travail accompli par celui qui fut durant de si longues années le chercheur objectif, le travailleur infatigable, le professeur écouté et vénéré de tant de générations d’élèves, l’historien dont la science critique rigoureuse se doublait d’un art excellent de ressusciter les évènements et la psychologie de leurs acteurs ".

Mais Mgr Aimond n’écrit pas seulement des livres. Et s’il est cité plusieurs fois entre 1910 et 1968 dans les Mémoires de l’Académie de Stanislas (qui l’avait accueilli comme membre associé correspondant), sa signature sera apposée des centaines de fois au bas des articles qu’il publia durant plus de 50 ans dans les revues et journaux de l’époque.

Il écrira bien sûr dans " l’Ami des Foyers " (le bulletin paroissial de Varennes-en-Argonne), mais aussi dans La Croix Meusienne, Le Meusien, La Voix de Notre-Dame, la. Semaine Religieuse de Verdun, les Annales de l’Est, Le Pays Lorrain, La Croix de Paris, La Dépêche Meusienne, L’Est Républicain, Le Républicain Lorrain, … sans oublier les bulletins de la Société des Lettres de Bar-le-Duc, de la Société Philomathique de Verdun dont il fut un membre assidu et apprécié au temps où il résidait dans cette ville, et de la Société des Archéologues du Nord de la Meuse. Enfin, quelques notes restées manuscrites seront déposées, après sa mort, aux Archives Départementales de la Meuse.

Comme on vient de le voir, Mgr Aimond est à la fois écrivain, prêtre, historien, … et professeur.

C’est pourquoi, ayant déjà collaboré en 1905 à la rédaction d’un livre d’histoire moderne avec l’abbé Gagnol pour les classes de seconde et de première, il publie ses premiers livres scolaires en 1913, parus dans la collection Jean Guiraud, aux éditions Jean de Gigord. Jusqu’en 1955, 22 manuels d’histoire (de l’antiquité à la période contemporaine) vont être adoptés par plusieurs générations de l’enseignement libre.

De même, en 1932, il rédige un cours de géographie pour la classe de première. Le manuel sera également édité chez de Gigord.

Le 30 mars 1943, Mgr Petit l’avait remercié pour les beaux livres que Gigord lui avait expédiés. " Vous êtes, cher Monseigneur, lui écrivait-il à Lourdes, l’honneur de la Meuse savante. ! J’étais déjà un peu initié (trop peu) à vos études historiques et archéologiques : vos manuels scolaires sont une splendide réussite, dont l’Enseignement chrétien peut être fier ".

 

LE LAUREAT

La première fois, c’était en 1909. L’abbé Aimond avait 35 ans. Il décroche le 1er prix Dupeux de l’Académie de Stanislas pour son ouvrage " La cathédrale de Verdun ". " Un livre qui mérite de prendre place dans la bibliothèque de tout architecte qui rêve d’une cathédrale à bâtir ", pouvait-on lire dans le Bulletin de la Société Archéologique Lorraine de Nancy.

Dès lors, les prix se succèdent et le palmarès sera impressionnant.

- En 1910 et 1911, Les Relations de la France et du Verdunois et Le nécrologe de la cathédrale de Verdun lui valent deux années de suite le prix Prost de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres.

- En 1922, pour son livre Les nécrologes de l’abbaye de Saint-Mihiel, le chanoine Aimond reçoit à la fois le prix Prost de cette académie et la médaille des Antiquités Nationales par l’Académie de Stanislas.

- Puis, en 1923, l’Académie Française lui décerne le prix Montyon pour La guerre de 1914-1918 dans la Meuse.

- En 1930, l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres récompense son Histoire de la Ville de Varennes-en-Argonne, " dédiée à la mémoire de ses ancêtres, habitants de Varennes, et aux vieux Varennois restés attachés de cœur au souvenir du cher pays à jamais disparu ".

- En 1937, Mgr Aimond est lauréat de l’Académie Française (prix d’Académie) pour son Enigme de Varennes, préfacée par Louis Bertrand.

- L’Académie Française encore, en 1946, lui décerne le prix Montyon pour son ouvrage Notre-Dame dans le diocèse de Verdun.

- 1950, le prestigieux prix Gobert lui est décerné par l’Académie Française, encore elle, pour l’Histoire Religieuse de la Révolution dans le Département de la Meuse et le Diocèse de Verdun.

- Puis l’Académie de Stanislas le récompense à nouveau, d’abord en 1953 pour son Histoire de Bar-le-Duc, et ensuite en 1957 pour son Essai sur le caractère et le génie lorrains.

- Dans sa séance publique annuelle du 17 décembre 1959, l’Académie Française lui décerne le prix d’Académie pour l’ensemble de son œuvre

- Enfin, à 87 ans, le dernier prix de sa longue carrière lui sera décerné en 1961 par les Conseils Généraux de Lorraine pour l’Histoire des Lorrains.

Au total, Mgr Aimond aura été couronné cinq fois par l’Académie Française, quatre fois par l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres, trois fois par l’Académie de Stanislas, et une fois par les Conseils Généraux de Lorraine.

Chapelle de l'école St-Louis, Bar-le-Duc
Intérieur de la chapelle de l'École St-Louis à Bar-le-Duc
( carte postale, H. Tourte & M. Petitin éditeurs, coll. archives Évêché de Verdun )

Les récompenses qu’il aura obtenues à l’occasion de ces diverses distinctions furent accompagnées de prix qui servirent entre autres à financer plusieurs projets qu’il avait initiés, et dont il sera question dans les pages suivantes.

 

QUELQUES TEMOIGNAGES

- Le 22 juillet 1922, Raymond Poincaré, redevenu sénateur de la Meuse après avoir été président de la République de 1913 à 1920, " adresse à Monsieur le chanoine Ch. Aimond ses meilleurs remerciements pour l’envoi du très intéressant ouvrage sur la guerre dans la Meuse et le prie de recevoir toutes ses félicitations ".

- Louis Madelin, de l’Académie Française, dans une lettre manuscrite adressée le 20 juillet 1937 à Mgr Aimond à propos de " l’Enigme de Varennes " :

Monseigneur, nul que vous n’avait jusque là montré d’une façon plus précise et je dirai plus mathématique à quel point la Fatalité s’est acharnée à perdre les malheureux souverains, aidée, il est vrai, par de bien grandes maladresses. Je vous félicite du prix, mais je vous félicite encore plus du livre qui vous fait grand honneur ".

- Mgr Ginisty, évêque de Verdun, à propos du livre " La guerre de 1914-1918 dans la Meuse. Argonne, Les Eparges, Saint-Mihiel " 

" … Ce livre restera comme le monument historique le plus consciencieux, le mieux documenté, et le plus complet qui ait été élevé chez nous jusqu’à ce jour. Ecrit avec simplicité et clarté, il montre avec le mouvement de nos armées, la capacité de nos chefs et la vaillance de nos soldats, la place prépondérante qu’occupe dans la victoire finale la défense de Verdun… "

- Louis Bertrand, de l’Académie Française, préfaçant " L’énigme de Varennes " : 

" Nul n’était plus désigné pour nous retracer, scène après scène, ce drame poignant et pour renouveler, de la façon la plus vivante, un sujet si souvent traité. Monseigneur Aimond est notre grand historien local. Nul ne connaît comme lui les annales, les institutions et les antiquités de la Lorraine et du Barrois.

Une telle compétence dépasse de beaucoup le simple épisode de l’arrestation de Louis XVI en fuite avec la famille royale. Mais Mgr Aimond est enfant de Varennes. Il a vécu sur les lieux même du drame, il l’a entendu raconter, il a recueilli à ce propos maintes traditions de famille, enfin, il a pu interroger les archives de sa ville natale avant leur destruction au cours de la dernière guerre. Et cela lui confère une première originalité à l’égard de ses devanciers. Parmi tant de récits sur le même sujet, le sien a l’accent du terroir… ".

- Pierre Marot, Membre de l’Institut, Directeur de l’Ecole Nationale des Chartes, dans sa préface à " l’Histoire des Lorrains " : 

" Quel bel exemple nous donne Monseigneur Aimond, l’un des doyens de l’érudition lorraine. Voici plus d’un demi-siècle qu’il produit de solides ouvrages sur notre province, avec une admirable régularité. Etudiant des facultés des lettres de Nancy et de Paris, il a été formé aux rigoureuses méthodes de la critique... 

… Il faut remercier Mgr Aimond d’avoir, avec beaucoup de précision, rappelé l’Histoire des Lorrains, de l’avoir, dans une langue simple et claire, mise à la portée de ceux qui ont le souci de leurs origines et qui méditent sur leur destin. "

 

LE BIENFAITEUR

La publication de ses ouvrages, surtout de ses manuels scolaires, lui rapportent des sommes considérables, auxquelles vont s’ajouter les gains des deux " Quitte ou double " ainsi que le montant de la vente de sa maison de Lourdes en 1954. Mais si cet argent lui permet de vivre sans souci matériel, Mgr Aimond, homme de Dieu et homme de lettres, est aussi un homme de cœur, car depuis toujours, il se dévoue au service des autres avec une volonté qui n’a d’égale que sa discrétion.

En 1936, après la rencontre avec l’un des ses anciens élèves, Louis Etienne, originaire de Bar-le-Duc et devenu Père Blanc en Algérie, il achète un terrain à Aït-Larbaa en Kabylie, à 40 kilomètres de Tizi-Ouzou, pour y faire construire une école de filles dirigée par les sœurs blanches du Cardinal Lavigerie.

L’école, que visite Mgr Aimond en 1946, porte le prénom de son fondateur et compte, à ses débuts, près de 150 élèves. Outre une classe enfantine, l’établissement comprend à l’origine des classes préparatoires au certificat d’études primaires, complétées par un cours ménager destiné aux grandes (14 à 15 ans).

Plus tard, à côté du premier bâtiment, seront ajoutés un dispensaire et une école ménagère. Pour acheter du matériel et des livres scolaires, comme pour agrandir les locaux, le bienfaiteur continue chaque année, aidé quelquefois par des âmes généreuses, d’entretenir " son " école, qui ne reçoit aucune subvention officielle et vit de la seule charité.

En 1960, au moment des évènements d’Algérie, Le Meusien interrogeait Mgr Aimond sur le sort de l’Ecole St-Charles de Kabylie, jusque là préservée des attentats. Inquiet malgré tout, il répondait que son école restait un témoignage tangible d’une expérience de rapprochement des populations musulmanes de notre culture.  " Ce rapprochement des esprits et des âmes, disait-il, dans le respect mutuel des croyances et de la culture à la fois occidentale et française sont les pierres de l’édifice que l’on ambitionne de construire là-bas, pour y faire cohabiter fraternellement deux catégories de Français-Algériens ".

Autre fondation importante : une nouvelle église à Bar-le-Duc.

En 1937, conscient de l’extension du quartier Marbot à Bar-le-Duc, il y achète un terrain et y fait édifier une chapelle qui permet aux habitants de ce quartier, éloignés de l’église paroissiale, d’avoir une messe le dimanche. La chapelle sera construite de telle façon. qu’elle puisse, plus tard, s’agrandir sur le terrain situé derrière la nef. Sous le nom de chapelle St-Charles, elle est consacrée par l’évêque de Verdun le 3 novembre 1938, soit la veille de la St-Charles (patron commun de Mgr Ginisty et de Mgr Aimond), mais aussi le jour du 400ème anniversaire de la naissance du saint et l’anniversaire des 40 ans de sacerdoce de Mgr Aimond.

Jusqu’en 1961, la chapelle sera rattachée à la paroisse et à l’église St-Jean. Mais compte tenu de la croissance des zones périphériques des villes, Mgr Petit décide de faire de Marbot une paroisse autonome, qui deviendra église paroissiale St-Charles (le 6 août 1961).

Entre temps, avec les fonds provenant de la vente de sa maison de Lourdes, Mgr Aimond avait acheté juste à côté une maison pour en faire un presbytère. " Nous avons logé Dieu, il faut bien loger son prêtre ", disait-il simplement dans sa grande bonté et dans sa modestie coutumière.

Citons encore, on l’a vu dans les pages précédentes, l’achat du terrain de la " Maison Sauce " à Varennes pour y faire édifier la stèle commémorant l’arrestation de la famille royale en juin 1791 ou le don à la paroisse de sa ville natale d’une statue de la Vierge du 12ème siècle.

Si la générosité de Mgr Aimond est grande, elle est également discrète.

N’avait-il pas, dans une lettre personnelle adressée le 18 mai 1955 à Mgr Petit pour lui confier ses préoccupations quant au devenir du doyenné de Varennes, signalé à l’évêque de Verdun avoir porté aux vieillards de l’Hospice une part de son gain au jeu " Quitte ou double " ? (Quelque temps auparavant, il avait offert à la chapelle de la maison de retraite un vitrail de St-Charles).

Histoire Moderne du Xe siècle à 1715, classe de seconde, par Mgr Aimond
Un exemple des nombreux ouvrages de Mgr Aimond : "Histoire Moderne du Xe siècle à 1715", classe de seconde, Paris, J. de Gigord, éditeur, 1923

Selon ses dernières volontés, ses biens mobiliers et sa maison de la rue Werly furent vendues au profit d’œuvres caritatives et religieuses. Cette vente fut réalisée à Bar-le-Duc en 1984, soit 3 ans après le décès de sa nièce. L’orgue fut cédé à une institution religieuse de la région parisienne.

Pour quelques actions connues de ce bienfaiteur qui savait donner sans compter et sans échange, combien seront restées ignorées ?

 

LA RECONNAISSANCE

En août 1914, la guerre interrompt son enseignement. Mobilisé comme infirmier, lui, le jeune docteur ès-lettres qui aurait pu être officier, est affecté comme soldat de 2ème classe au service de santé. Il se retrouve dans les locaux du petit séminaire de Glorieux, fermés depuis 1906, et transformés en caserne.

Les prêtres-infirmiers obtiennent de rouvrir la chapelle aux cérémonies religieuses et le chanoine Aimond eut la joie, dans la nuit de Noël 1914, d’y célébrer la première messe dite en ce lieu depuis la Séparation de l’Eglise et de l’Etat. En 1916, il est nommé au service de la cartographie de la 3ème armée. Il suit l’Etat Major dans ses déplacements, notamment en Argonne, puis dans l’Oise, et finit la guerre à Laon.

En 1918, il est transféré au Ministère de la Guerre à Paris comme secrétaire au service géographique de l’armée, rue de Grenelle, et y demeure six mois encore après sa démobilisation. Il travaille ainsi au Traité de Paix signé dans la galerie des glaces à Versailles le 28 juin 1919. Pour ces cinq ans et demi passés sous les drapeaux, le Président des Anciens Combattants et le Maire de Verdun l’inscrivent sur le livre d’or des soldats de Verdun et lui décernent, le 20 juin 1936, la médaille " On ne passe pas ".

Le 22 avril 1917, avec les Palmes Académiques, Charles Aimond est promu Officier de l’Instruction Publique par Edouard Herriot, alors Ministre de l’Instruction Publique et des Beaux Arts.

Cinq ans plus tard, le 22 août 1922, il est nommé Officier d’Académie par Léon Bérard, Ministre de l’Instruction Publique et des Beaux Arts.

En 1934, il reçoit la médaille d’argent de la Société Française d’Archéologie.

Le 9 juillet 1963, il devient le 123ème décoré de la médaille " Argonne-Vauquois " créée en 1961. Consulté quant aux couleurs du ruban, il avait conseillé le vert, qui rappelle la forêt d’Argonne, centre des combats, avec liseré aux couleurs de Jeanne la Lorraine et de la ville d’Orléans, marraine de Vauquois.

Samedi 13 novembre 1954, à Bar-le-Duc, son excellence Mgr Petit, Evêque de Verdun, remet la Croix de Chevalier de la Légion d’Honneur à Mgr Aimond. 

…" La cérémonie de la remise de votre Croix de Chevalier de la Légion d’Honneur revêt une solennité assez rare, presque exceptionnelle, mais si légitime, si bien méritée ! Dans cette belle salle de l’Hôtel de Ville, nous voyons avec joie, autour de votre personne qui toujours su rester modeste, la magnifique couronne des plus hautes autorités du département, de la cité et de l’arrondissement… Le gouvernement de la République Française, en vous faisant entrer dans l’Ordre national de la Légion d’Honneur, a voulu consacrer en quelque sorte votre œuvre d’historien.

Historien, ce mot résume assez exactement votre vie, sans prétendre en épuiser le contenu, ni tout le mérite. Votre existence entière est restée vouée, avec une indéfectible continuité, à l’étude, à l’enseignement, à la recherche et, entre temps, à la composition d’une bonne vingtaine d’ouvrages d’Histoire, sans doute, mais aussi d’Archéologie et de Pédagogie, sans oublier plusieurs publications de textes, où votre sens critique fait apprécier la solidité de votre érudition… Les deux cités de Varennes et de Bar-le-Duc s’honorent, la première d’être votre berceau et l’objet de passionnantes investigations historiques, la deuxième votre résidence et surtout la bénéficiaire de votre savoir encyclopédique… Au vrai, cher Monseigneur, vous appartenez à la Meuse entière, voire à la France, que vous faites aimer, en même temps que le nom du Père qui est aux cieux, jusqu’en Kabylie.

Aussi bien, personne ne s’étonnera si l’Evêque de Verdun vous exprime, avec ses affectueuses félicitations, ses très vifs remerciements pour l’œuvre accomplie par vous au petit séminaire, puis à l’école Saint-Louis et sur bien d’autres terrains où vous servez la vérité et portez, si j’ose dire, le miracle de votre étonnante fraîcheur intellectuelle. Le clergé vous enveloppe d’une vénération discrète mais profonde, c’est-à-dire meusienne. Dans cette respectueuse estime entre une part d’admiration… mais ils ne vous le dirons pas, si ce n’est aujourd’hui par ma voix. Que cette voix, avant de prononcer la formule rituelle qui fait les Chevaliers de la Légion d’Honneur, vous remercie, Monseigneur, de m’avoir réservé la faveur de vous décorer, et vous souhaite de porter longtemps la Croix et le ruban rouge qui vont récompenser officiellement vos mérites ". 

 

24 JUIN 1968

Le 24 juin 1968, après avoir lutté plusieurs semaines contre la mort, Mgr Charles Aimond est pieusement décédé, chez lui à Bar-le-Duc, dans sa 95ème année. Les journaux de l’époque ont tous souligné que sa disparition ne manquerait pas d’attrister tous les Meusiens qui l’entouraient d’une respectueuse vénération.

Quelques jours après sa mort, Jean Collot écrivait : " Le diocèse de Verdun, le Barrois, la Lorraine perdent avec Mgr Aimond un excellent prêtre et un remarquable professeur de l’Enseignement libre, un insigne bienfaiteur, un historien de grande classe qui a consacré une grande partie de sa vie à écrire la longue histoire tourmentée de notre pays.".

Médailles, titres, honneurs, prix,… toutes ces promotions n’affectèrent jamais la profonde modestie de cet " homme de bien, comme l’écrivait l’Est Républicain dans son édition du 26 juin 1968, travailleur impénitent, bon à l’extrême, généreux à l’excès et admirable dans sa simplicité ".

Une des meilleures récompenses ne fut-elle pas l’estime de ses concitoyens qui voulurent honorer sa mémoire l’année même de sa mort, en donnant son nom à une rue de Bar-le-Duc, cette rue justement où il aimait se rendre si souvent pour y consulter " ses chères archives ".

 

QUELQUES HOMMAGES, parmi tant d’autres…

Pierre Marizier, Maire de Bar-le-Duc, Conseiller Général, extrait du discours qu’il prononça aux obsèques de Mgr Charles Aimond le 25 juin 1968 :

" Monseigneur Aimond était né sur la terre d’Argonne, contrée où l’homme, par les sentiers de la forêt, rencontre, à chaque pas, le grand chêne robuste et droit, et entend dans sa ramure le vent du passé murmurer des légendes héroïques de ce pays. Robuste et droit, pendant tout près d’un siècle, Monseigneur Aimond le fut et c’est sans doute parce que les légendes de la forêt ont bercé son enfance qu’il voulut toute sa vie chanter l’histoire de son pays".

Mgr Boillon, Evêque de Verdun, dans son homélie de la messe de funérailles de Mgr Aimond :

" Ce n’est pas pour lui qu’il a vécu, mais pour servir, pour servir avec amour. Et quand vint l’heure de la mort, c’est encore pour le Seigneur qu’il s’est acheminé vers elle…

Il aimait l’Eglise. Il était prêtre, très profondément prêtre. Jamais ses études les plus profanes ne lui firent oublier si peu que ce soit son sacerdoce. Bien au contraire, c’est dans un regard de foi qu’il envisageait les évènements… C’était en prêtre qu’il assumait toutes ses tâches ". 

Le 28 juin 1968, le chanoine Michel, curé de Varennes-en-Argonne, rendait un dernier hommage à Mgr Aimond avant de le conduire dans le " champ du repos ", sa dernière demeure, où il fut inhumé dans le caveau de famille.

" …Varennes était fière de celui qui a donné tant de gloire à sa petite patrie. Il a, durant sa vie, fouillé tous les documents historiques pour retracer l’histoire de sa ville natale qu’il aimait tant. Il a toujours recherché tout ce qui pouvait glorifier Varennes et il devait, en particulier, faire une étude très poussée de l’arrestation de Louis XVI...… C’était un homme de science, un homme de cœur, un homme d’une piété profonde. Son départ creuse un grand vide dans notre ville et dans notre département".

Michel Godard

 

 

 

Sources manuscrites :

Notes personnelles de Mgr Aimond (brouillons de ses ouvrages, discours, conférences,…) transmises après son décès par Mlle Jeanne Buitge sa nièce, à la bibliothèque diocésaine de Verdun et aux archives départementales de la Meuse.

Correspondance reçue de Louis Bertrand, Georges Chenet, Mgr Ginisty, Louis Madelin, Pierre Marot, Mgr Petit et de nombreuses autres personnalités du monde politique, littéraire, ecclésiastique et archéologique.

 

Sources imprimées :

Biographie réalisée par Mgr Ninet suivie de la bibliographie établie par le Chanoine Jean Rouyer dans le numéro 6 du Bulletin des Sociétés d’Histoire et d’Archéologie de la Meuse (1966).

Archives municipales et paroissiales de Varennes-en-Argonne,

Archives départementales de Bar-le-Duc,

Archives de la bibliothèque diocésaine de Verdun,

Archives de la bibliothèque municipale de Verdun

Le Républicain Lorrain, Le Meusien, La Croix Meusienne, Les Annales de l’Est, Le Pays Lorrain, La Dépêche Meusienne, L’Ami des Foyers (Bulletin Paroissial de Varennes-en-Argonne), La Voix de Notre-Dame de Verdun, le Bulletin des Sociétés d’Histoire et d’Archéologie de la Meuse, le Bulletin des Vocations Sacerdotales, le Bulletin de l’Amicale des Anciens Elèves du Petit-Séminaire de Glorieux, La Semaine Religieuse du Diocèse de Verdun, l’Est Républicain, Horizons d’Argonne

Inventaire national des orgues, département de la Meuse (Assecarm-éditions Serpenoise),

Archives de l’Académie de Stanislas à Nancy

 

Affiche de l'exposition ''Hommage à Mgr Charles Aimond''

 


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