PHILIPPE BELLENOT
" pianiste charmeur " !

Philippe Bellenot
Philippe Bellenot vers 1909
Musica, 1909, coll. DHM )

 

En 1879, Philippe Bellenot, un ancien élève de l'Ecole de musique classique et religieuse de Louis Niedermeyer, prenait ses fonctions à l'orgue de chœur de l’église Saint-Sulpice à Paris. Il restera près de 50 ans au service de cette paroisse ! " Le petit frisé, Parisien pur sang, c'était Philippe Bellenot. Sorti élève distingué et couronné de l'Ecole, il obtint vite la succession de l'orgue de chœur de Saint-Sulpice qu'avait occupé son camarade et ami André Messager ", écrivait Marie-Joseph Erb1, un autre ancien élève de Niedermeyer.

Né le 24 janvier 1860 à Paris II°, Eugène-Philippe Bellenot était l'un des 11 enfants de Jean-Eugène Bellenot (1830-1892) « marchand de curiosités » à Paris, 35 boulevard des Capucines, et de Marie-Virginie Gizolmes (1837-1894), riche héritière d'une famille de commerçants parisien. Bien qu'originaire de Dijon, Eugène Bellenot s'était très tôt installé à Paris, dans le deuxième arrondissement où il s'était marié en 1856. Également antiquaire et marchand de meubles, son magasin (rez de chaussée) et son appartement (1er étage) étaient alors situés dans le même immeuble où se trouvait l'atelier du célèbre photographe Nadar, là-même où est né Philippe, avant d'installer des ateliers de fabrication plus importants 82 boulevard Haussmann et 3 rue de Rome. Plus tard, vers 1870, les Bellenot quittèrent Paris pour s'installer en banlieue, à Colombes (Hauts-de-Seine) où ils acquirent plusieurs terrains et firent construire des maisons (actuelle rue Bellenot à Colombes), tout en conservant enbcore quelques années leur boutique du boulevard des Capucines. Des descendants de la famille ultérieurement firent don à la paroisse d'un terrain sur lequel fut construite en 1932-33 l'actuelle église Sainte-Marie-des-Vallées dans laquelle est installé l'orgue de salon de Philippe Bellenot qu'il avait fait construire en 1914 par Mutin-Cavaillé-Coll. Installé à Sainte-Marie-des-Vallées en 1934, il se compose de 9 jeux répartis sur 2 claviers et pédalier (restauré en 1970 puis en 1985 par Dargassies).

A l'âge de 13 ans, Philippe Bellenot entre à l'Ecole de musique classique et religieuse où il eut notamment Eugène Gigout pour professeur de piano (1er prix 1878), Clément Loret pour l'orgue (1er prix 1876) et pour la composition (2e prix 1878) le directeur de l'Ecole : Gustave Lefèvre (gendre de Niedermeyer). En 1878, il allait terminer ses études musicales au Conservatoire national supérieur de musique de Paris dans les classes de Massenet et de Mathias. En dehors de Saint-Sulpice, il suppléait souvent son maître Gigout au grand orgue de Saint-Augustin. Considéré par l’Abbé Joubert, dans « Les Maîtres contemporains de l’orgue » (1914), comme " l'un des maîtres de chapelle les plus en vue de la capitale ", il a abondamment composé de la musique pour l'église : des messes, des motets divers à 3 et 4 voix, des pièces pour orgue (Prélude en do), un oratorio Sainte Thérèse, une Cantate à Jeanne d’Arc, des mélodies (Les Mouettes, Au temps des châtelaines, Sonnet d’Eugène Boyer), des chœurs à voix égales et mixtes, des pièces pour piano et instruments à cordes, et également pour le théâtre, dont une comédie musicale Le Cœur dormant, un opéra Un Début, et une féerie musicale japonaise en 2 actes Naristé. Ecrite sur un poème de M. Alban de Polhes, elle fut donnée en mars 1909 à l'Opéra de Monte-Carlo par Mmes Bessie Abbot, Marguerite d’Elty, Mary Girard et MM. Swolfs, Chalmin, Philippon et Marvini

Chevalier de Saint-Grégoire le Grand, lauréat du Prix Cressent et de la fondation Pinette, Philippe Bellenot a enseigné le plain-chant à l'Ecole Niedermeyer (1900-1902).

En 1884 à Saint-Sulpice Philippe Bellenot passa de l’orgue de chœur à la tête de la maîtrise, prenant ainsi la succession de Charles Bleuse, laissant ses claviers à Jérôme Gross. Il assura ses nouvelles fonctions jusqu'à sa mort arrivée le 8 janvier 1928, lors d’un séjour à Locarno (Suisse). Georges Renard, maître de chapelle de Saint-Germain-l'Auxerrois et également ancien élève de l'Ecole Niedermeyer, écrivait dans la Revue Sainte-Cécile de février 1928 :

" On sait bien, de par le monde musical, que Philippe Bellenot était un pianiste charmeur; on sait qu'il improvisait à l'orgue de brillante façon; on sait qu'un don singulier lui avait permis d'écrire des œuvres attachantes qui connaissent la ferveur du public; on sait qu'il fut pendant quarante quatre ans à St Sulpice, le magicien des belles exécutions. Il avait une baguette incomparable. Il faut l'avoir vu diriger pour comprendre la persuasion entraînante d'un geste souple. En outre, il avait imaginé qu'à l'édifice grandiose et lumineux on devait fournir une expression sonore fastueuse et décorative. Conseillé par l'habitat, il avait cru pouvoir illustrer dans ses propres œuvres les conditions de la musique religieuse à Saint-Sulpice. "

Marie-Joseph Erb nous livre quelques précisions supplémentaires "...Bellenot, du petit orgue, passa bientôt à la direction de la maîtrise et ce fut à Gross, également élève de l'Ecole, qu'échurent les claviers de l'orgue de chœur. Alors commença avec Widor au grand orgue, une longue période d'offices d'une haute tenue musicale. C'était merveille d'entendre le fondu des productions de ces trois artistes. " Enfin Widor lui même, dans l'article nécrologique qu'il lui consacre rappelle, à propos des œuvres de Bellenot "... les pages hors paires du grandiose Sanctus (en ré) suivi du séraphique Benedictus, du charmant Ave Maria (à 3 voix), du Kyrie et de l'Agnus (en ut) de sa dernière Messe " et précise : " Durant une collaboration de cinquante ans, aucun désaccord entre nous; rien ne vint jamais troubler notre amicale camaraderie. Bellenot était modeste, sincère, ignorant la méchanceté, aimant profondément la musique, ne vivant que pour cet art que, chaque jour, il pratiquait ad majorem Dei gloriam." 2
Réponse de Ph. Bellenot à une enquête de l'UMCO
Réponse manuscrite de Philippe Bellenot à une enquête de l'Union des Maîtres de Chapelle et Organistes concernant le "fixe" dans les églises, avril 1923
( coll. D.H.M. )

Le lundi 29 novembre 1926 à 16 heures eut lieu à Saint-Sulpice une « Audition du grand-orgue par M. Ch. M. Widor à l’occasion de la restauration de l’instrument », au cours de laquelle il interpréta sa Symphonie gothique et le final de la Passion selon Saint-Mathieu de J. S. Bach. On put également entendre ce jour là les « Chanteurs de la Sainte-Chapelle », sous la direction de l’abbé Delépine, exécuter deux œuvres inédites de Widor : un Ave verum corpus et un Ave Maria, et la maîtrise paroissiale dirigée par Philippe Bellenot chanter trois autres pièces du même pour chœur et deux orgues (Widor et Charles Pineau) : Tu es Petrus, Tantum ergo, Quam dilecta.

Bellenot entretint longtemps une correspondance amicale et artistique avec Saint-Saëns, qui lui avait autrefois prodigué quelques conseils3 et était toujours resté proche de la famille. L’auteur du Carnaval des animaux affirmait que l’épouse du maître de chapelle de Saint-Sulpice, née Amélie Puech, une pianiste talentueuse, ressemblait « trait pour trait à Mme de Maintenon. » C’est Philippe Bellenot d’ailleurs qui avait « ressuscité » en 1889 à Saint-Sulpice la Messe à quatre voix, soli et chœurs, op. 4 (éditée en 1857) de Saint-Saëns, au sujet de laquelle le compositeur déclara lui-même plus tard qu’elle était une « momie d’une civilisation paradoxale, témoignage irrécusable de l’insanité de l’auteur.» ! Saint-Saëns avait d'ailleurs été l'un des témoins au mariage de Philippe Bellenot et Amélie Puech, célébré le 16 juillet 1888 à la Mairie du 16e arrondissement parisien, en compagnie de deux autres personnalités musicales de l'époque : le facteur d'orgues Aristide Cavaillé-Coll et le professeur de piano récemment retraité du Conservatoire de Paris Antoine Marmontel. Lors de la cérémonie religieuse qui avait suivi le 18 juillet en l'église Saint-Sulpice, assistaient également Gabriel Pierné, Eugène Gigout, Adolphe Deslandres, Gustave Lefèvre et Louis Niedermeyer ; on avait pu y entendre l'Ave Maria de Gounod chanté par M. Duc et un O Salutaris du marié, chanté par M. Auguez. Widor lui-même tenait le grand-orgue et « enfin, MM. Diaz-Albertini, Georges Papin et Franck » ont joué et accompagné d'une façon magistrale. » Un peu plus tard, Saint-Saëns était parrain du fils unique de ce couple, Robert-Philippe-Camille Bellenot, né le 17 octobre 1891 au domicile de ses parents, 5 rue Garancière à Paris 6e. Hélas, cet enfant devait disparaître à l'âge de 5 ans.

Amélie-Lucie-Marie Puech-Bellenot était originaire de Morlaix en Bretagne, où elle avait vu le jour le 15 juin 1859, fille de Gustave Puech, Juge au Tribunal de commerce de cette ville, et de Maria Dubeau. Plus tard, la famille Puech, en compagnie de leur 3 filles Amélie, Marie et Madeleine, s'étaient installés à Paris, dans le seizième arrondissement (rue Malakoff). Elle est décédée en septembre 1939.

En octobre 1901, lors de la création de son Offertoire pour la Toussaint, Saint-Saëns écrivait à Bellenot : « il faut faire beaucoup plus fort à l’orgue [...] mais quelle justesse de mouvement et comme c’est bien chanté » et plus tard, en 1909, tout en le remerciant d’exécuter sa musique très rarement jouée dans les églises, il commentait : « elle est pourtant facile à chanter, agréable à entendre et s’accommode bien avec les cérémonials. Ah ! Si elle était de César [Franck] 

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE

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1 Episodes de la vie d'un musicien d'Alsace, in la revue L’Orgue, n° 45 (1947).

2 Bulletin de l'Union des Maîtres de Chapelle et Organistes, n° 2, janvier 1928, p. 16.

3 Cette importante correspondance (200 L.A.S.) de Camille Saint-Saëns adressée entre 1886 et 1921 à Philippe Bellenot appartenait à Eugène Rossignol. Elle a été mise en vente à l’Hôtel Drouot (Paris) les 22 et 23 mai 1997 (voir catalogue).

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Audio lecteur Windows Media Philippe Bellenot, Humoresque, pour piano (1895), dédicacé “à Madame Pauline Roger” [professeur de chant à Paris et directrice d’une chorale, pour laquelle Franck, Fauré, Koechlin, Chausson, Pierné et d’Indy composèrent également des oeuvres]
Fichier audio par Max Méreaux (DR.)

 


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