Jacques Berthier (1923-1994) : petite revue de presse



 

 

A l'orgue de la cathédrale d'Auxerre en 1961
(Photo X...) DR.

Voici une petite collection d'articles consacrés aux pièces vocales et instrumentales liturgiques de Jacques Berthier (1923-1994), organiste et compositeur de pièces pour orgue, de nombreux chants liturgiques mais aussi de pièces vocales pour les enfants, notamment. Avec son parolier et complice Didier Rimaud (1922-2003), il a permis de raffermir la qualité de la musique chantée dans les paroisses. Fils de l'organiste de la cathédrale d'Auxerre, Paul Berthier (1884-1953), ancien élève de l'Ecole César-Franck à Paris, Jacques Berthier a été organiste de la cathédrale d'Auxerre, organiste à l'église Saint-Ignace de Paris et le principal compositeur de chants de la communauté de Taizé.

 

     « Jacques BERTHIER offre aux Paroisses rurales un recueil de Psaumes-Cantiques enregistrés. — Une musique facile à suivre à l'harmonium. Simple et franche dans un rythme net. Une étendue de voix moyenne, mais bien « chantante ». — Des paroles d'un texte clair, louant Dieu avec ferveur sans outrance ni sentimentalisme, qui, dans les psaumes « serrent de près le texte sacré dans sa richesse de révélation » en une interprétation paraphrasée assez libre. Voilà souligné « le sens chrétien et actuel du texte sacré, au besoin en prenant certaines libertés avec le mot à mot », comme l'écrit excellemment Armand Ory dans la présentation de ce disque dont il a assuré la responsabilité des traductions et des textes avec Germaine de Lioncourt.

     Combien de fois n'ai-je pas entendu critiquer vivement, soit les chants des fidèles aux Offices, soit les interprétations trop « contemporaines » des chœurs de chant : les Cantiques étaient jugés par trop naïfs ; les œuvres de certains compositeurs du XXe siècle inécoutables pour les participants non éduqués spécialement et longuement. Nous sommes dans une période de progrès techniques accélérés. Des possibilités nouvelles sont offertes pêle-mêle à tous. Il en résulte une sorte de « vernis éducatif » général qui ne permet plus, pourtant, la symbolique primaire dont se contentait nos aïeux. Ces chants nouveaux sont simples — mais non pas simplistes — tant dans les paroles que dans la musique. Il est nécessaire de les étudier pour une mise au point correcte. Cette étude, ces « répétitions » sont finalement bénéfiques pour tous puisqu'elles permettent une interprétation musicale, digne de ce mot, pas d'effets difficiles à réaliser, de mise en place scabreuse, mais une diction nette, une mesure « carrée », sans atermoiement antimusical, pas de sons « poussés », mais des fins de phrases diminuant d'intensité — comme dans la lecture d'un texte, avant un point.

     « Puissent ces chants — écrit encore A. Ory — venir en aide aux pasteurs, aux organistes et aux fidèles des plus humbles paroisses dont le dévouement au renouveau liturgique doit porter des fruits dans des conditions particulièrement difficiles ».

     Psaumes-Cantiques des paroisses est enregistré sur un 33 T par la Chorale Stéphane Caillat dont les qualités ne sont plus à démontrer. Chanteurs et chanteuses donnent ici le bon exemple et la gravure du disque est bien réalisée techniquement en « gravure universelle » permettant l'écoute soit en mono, soit en stéréophonie. Jacques Berthier, le compositeur, y tient l'orgue où il improvise ; Nadin Denize et Michel Jarry en sont les solistes aux voix pures, comme la musicalité générale de cette plaque. Souhaitons à ces œuvres, non pas le succès de prestige, mais celui qui résultera de l'utilisation de ces psaumes-cantiques par de nombreuses paroisses qui y trouverons l'occasion de faire « propre », donc bien, avec les moyens souvent modestes dont elles disposent. Notons que ces chants sont édités en recueils et en fiches aux éditions du Levain. »

(Les Jeunes : Courrier de quinzaine du journal Le Patronage, Paris, 19 mars 1967, p. 6)

 

Coffret 6 CD paru en 2014 chez ADF-Bayard musique

     « Un autre disque, enregistré à l'abbaye de la Pierre-qui-vire, Flûtes et orgue à la Pierre-qui-vire (SM 12-17-48) offre l'originalité de présenter à côté d'une page de Haendel et de quatre sonates de Bach, une œuvre d'Alain, due à sa sœur Marie-Claire, une transposition de la première Gymnopédie d'Erik Satie et surtout treize compositions du parfait musicien d'église Jacques Berthier, dont l'inspiration est hautement religieuse et l'écriture d'une modernité qui ravit nos contemporains.

     Hautes inspirations_ Nulle part ailleurs, on ne peut entendre ces pages, dont trois pour flûte seule, écrites pour la méditation, qui illustrent admirablement des versets de psaume, ou un thème de procession ou le bel Alléluia de l'Assomption. Aux claviers, Jacques Berthier lui-même, organiste de l'église Saint-Ignace de Paris et à la flûte, un moine, frère Hubert. Tous les deux sont au niveau de ces hautes inspirations. Joseph Coindre »

(Cols bleus, hebdomadaire de la Marine française, n° 2218, 12 juin 1993, p. 34)

 

     « Comment ne pas relever l'apport de Jacques Berthier dont les compositions sont parmi les plus fidèles à l'esprit de la liturgie. Il s'est éteint le 27 juin de cette année. Que le Seigneur accueille dans sa louange celui qui nous en a laissé l'avant-goût par sa musique. »

(La Maison-Dieu, n° 199, Paris, juillet 1994, p. 7)

 

     « Avec Jacques Berthier : J'ai aimé qu'avec les compositions de Jacques Berthier la chorale, les solistes, l'orgue et les instruments retrouvent harmonieusement leur place dans la célébration liturgique. Les milieux internationaux connaissent surtout la musique que J. Berthier a écrite pour les grands rassemblements de Taizé. Mais ce n'est pas toute son œuvre. À côté des Canons et Ostinati si habilement simples qui ont fait le tour du monde, il y a ses pièces d'orgue, son Mater Dolorosa, sa Cantate en forme de Croix. D'un répertoire plus humble, mais qui a la même qualité musicale, voici un tropaire d'entrée écrit pour une Messe qui célébra, en 1992, les anniversaires ignatiens : « Au nom de Jésus ». On sait bien maintenant ce qu'est un tropaire : une stance expose en vers libres le mystère célébré ici, le texte est emprunté à l'hymne de la lettre aux Philippiens. Cette stance, chantée par le chœur, débouche sur un refrain de l'assemblée. Des versets du psaume 44, chantés par le soliste, alternent avec ce même refrain. On termine avec la stance et le refrain. Sans doute, n'a-t-on pas encore dans le répertoire moderne suffisamment de pièces de cette forme qui permet à chaque acteur d'avoir sa place dans un même jeu musical et liturgique. […]

     La musique de J. Berthier se calque sur le rythme du texte. Elle a les caractéristiques de la musique française, claire, solidement architecturée. Elle utilise ici des marches harmoniques très classiques. Le récitatif du soliste sur continuo d'orgue est introduit par un accord de Sixte, à la manière de Bach. Le refrain, très agrandi par la musique, en rythme ternaire, devient le pôle populaire de la pièce ; il entraîne facilement le chant dynamique de l'assemblée. Beaucoup me demandent avec qui je vais pouvoir maintenant constituer un nouveau tandem qui réponde aujourd'hui à leur attente. Je leur dis que la mort du compositeur n'est pas la mort de son œuvre, et que j'ai bien d'autres amis de chantier ! »

(Didier Rimaud, « La collaboration d'un poète avec des compositeurs pour la liturgique catholique contemporaine en langue française », La Maison-Dieu, n° 212, Paris, octobre 1997, p. 50-51)

 

     « Comme elle est heureuse et bénie _ […] La musique de Jacques Berthier sert admirablement le texte, avec sa tonalité lumineuse de sol majeur et son rythme mesuré qui instaure un climat paisible. La mélodie de la strophe qui se déploie dans le large ambitus d'une octave (du ré au ré) permet de chanter avec le même émerveillement retenu, à la fois Celle qui est « heureuse et bénie » et « Celui que nul mot ni pensée ne peut dire. » Le refrain en polyphonie simple et tonale permet à l'assemblée qui s'adresse alors à Marie d'intérioriser ce qui est commun à sa mission unique et à la vocation de tout baptisé : « veiller dans son cœur sur la Parole du Seigneur ».

(Actes du Colloque « Marie dans la liturgie de l'Eglise », Paris, 2012, p. 38-39)

 

Documentation rassemblée par Olivier Geoffroy

(octobre 2019)

 

 

Fragment lettre autographe de Jacques Berthier à Denis Havard de la Montagne, 21 août 1991 (DR.)

 

Note de Musica et Memoria : Jacques Berthier est né précisément le 27 juin 1923 à Auxerre (Yonne). Son père, Paul Berthier (1884-1953), ancien élève de la Schola Cantorum, est le fondateur avec Pierre Martin des « Petits chanteurs à la Croix de Bois » en 1914. Directeur de la Schola Saint-Etienne à Auxerre qu’il a fondée en 1918 en compagnie de son épouse Geneviève Parquin, il fut également titulaire du grand orgue de la cathédrale Saint-Etienne de cette ville, de 1919 à son décès. Elève d’Edouard Souberbielle et de René Malherbe à l’Ecole supérieure de musique César-Franck à Paris, Jacques Berthier succédait à son père en 1953 à l’orgue de la cathédrale d’Auxerre, poste qu’il occupait jusqu’en 1960, avant de s’installer à Paris. Là, organiste de l’église Saint-Ignace à partir de 1962 jusqu’à son décès arrivé le 27 juin 1994, il fut aussi directeur du secteur musical des Editions Fleurus. Marié en 1946 à Germaine de Lioncourt (1925-1999), l’une des filles de Guy de Lioncourt (1885-1961) directeur de l’Ecole César-Franck, il est le père de Vincent Berthier de Lioncourt, ancien directeur du « Centre international de Musique baroque de Versailles » de sa création en 1987 à 1997 ; et le beau-frère de Robert Gall (1918-1990), compositeur, auteur notamment des chansons La Mama d’Aznavour et de Sacré Charlemagne (1964) interprétée par France Gall, sa fille…

     Parmi sa discographie retenons plus particulièrement un coffret 6 CD (133 titres) sorti en 2014 à l’occasion du 20e anniversaire de sa mort, intitulé « Anthologie » et parcourant l’ensemble de son œuvre dans les domaines de la musique liturgique, musique instrumentale, musique d’orgue et la musique sacrée (ADF-Bayard musique) ; et un CD « Œuvres pour orgue » enregistré par Sylvain Pluyaut sur le grand orgue de la cathédrale de Dijon, sorti en 2015 (id.).

D.H.M.

 

 

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