Simone BRUNETEAU
(1920 – 2005)

Simone Bruneteau
Simone Bruneteau à l'orgue de Saint-Honoré d'Eylau, Paris 16e
( photo X..., Bulletin paroissial du Doyenné du 16e )

 

Humble organiste au service de l'Eglise durant plus de 40 ans, Simone Bruneteau nous a quittés dans sa quatre-vingt cinquième année, le 27 juillet 2005 à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine). Elle était l'exemple même de la musicienne aguerrie ayant volontairement fait choix de mettre son talent au service du culte. Exécutante talentueuse, esprit cultivé, dévouée, discrète, elle préféra sa vie durant rester une musicienne de l'ombre, entrée en orgue comme en religion! Comme bien des organistes de sa génération, Simone Bruneteau considérait que "l'orgue est un piédestal sur lequel l'âme se pose pour s'élancer dans les espaces..." [Honoré de Balzac, Le Duchesse de Langeais]. Sa modestie dut-elle en souffrir!, nous nous faisons un devoir de lui rendre hommage en présentant ci-après les quelques lignes qu'elle avait écrites elle-même en 1983, au moment de sa retraite du poste de titulaire du grand-orgue de l'église Saint-Honoré d'Eylau (Paris XVIe). Nous remercions le Père Michel Callies, Curé-Doyen de cette paroisse, de nous avoir aimablement autorisé à la publication de ce texte paru en premier lieu dans le bulletin paroissial de février 1983, sous le titre de "Mademoiselle l'organiste! Histoire d'une vocation"

D.H.M.

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Née le 24 septembre 1920 à Paris, je fus baptisée le 2 janvier 1921 à l'église Saint-Etienne d'Issy-les-Moulineaux. Afin de ne pas me laisser seule le jeudi, dès l'âge de 5 ans, Maman m'envoya au patronage de La Plaine. C'était une modeste chapelle de secours entourée de quelques salles, située dans le quartier le plus pauvre d'Issy-les-Moulineaux, aujourd'hui Notre-Dame des Pauvres. J'aimais beaucoup aller au patronage pour m'amuser, mais très vite j'ai préféré les moments passés à la chapelle ; on y chantait de beaux cantiques accompagnés à l'harmonium par une demoiselle... j'étais dans l'admiration! Aussi loin que je me souvienne, j'avais peut-être 5 ans, je ne jouais pas beaucoup à la poupée comme les autres petites filles, mais je prenais un grand papier blanc que je pliais en longueur, je traçais des blanches et des noires, je découpais, je posais ce clavier sur une chaise, je m'asseyais sur un petit banc et je pédalais en jouant et en chantant les cantiques appris au patronage. Maman me disait : "A quoi tu joues ?". Je répondais : "Mais maman, je ne joue pas! J'accompagne la messe!". C'est ainsi que se manifesta de mille manières le signe indiscutable d'une vocation.

Tout naturellement après les années de catéchisme au patronage, je fis ma Première Communion solennelle à Saint-Etienne d'Issy-les-Moulineaux, le 6 mai 1931. Ce jour-là, en entrant dans l'église toute illuminée et merveilleusement ornée, j'entendis pour la première fois les grandes orgues! J'ai été tellement transportée et bouleversée que, 50 ans après, je ne trouve encore pas les mots pour l'exprimer. Et le lendemain, jour de la Confirmation par le Cardinal Verdier, lorsque les remerciements furent adressés à tous, ainsi qu'à Mlle l'Organiste, avec force je m'entendis affirmer intérieurement : "Moi aussi, je serai Mademoiselle l'organiste !" Dès que je fus en âge de me rendre seule à l'église paroissiale, je n'eus qu'une idée, aller chanter à la chorale paroissiale. Cela me rapprocherait des choses que j'avais hâte de découvrir, l'orgue en particulier. Désormais, tous les dimanches depuis l'âge de 14 ans, j'allais chanter Messe et Vêpres et je commençais, sans m'en douter, à m'initier à ce difficile métier. J'allais m'en féliciter quelques années plus tard.

Continuant d'aller à l'école, j'eus mon brevet élémentaire à 16 ans et demie et mes parents, qui avaient mis cette condition préalable, me permirent de commencer mes études de musique : le piano, l'orgue, l'harmonie, le contrepoint, la fugue, le grégorien, l'accompagnement, la transposition. Je dois tout à mes professeurs. Deux grands maîtres : Antoine Reboulot pour l'orgue, et Joseph Noyon pour l'écriture, et tout ce qui concerne le "métier" proprement dit.

Quelques années passèrent puis, j'avais à peine 20 ans, lorsqu'une place d'organiste se présenta à Saint-Pierre-Saint-Paul de Clamart. Ce fut le plus beau jour de ma vie! J'étais au comble de la joie! J'ai commencé ma carrière le Jeudi Saint! en pleine Semaine Sainte! C'était ni plus ni moins le baptême du feu, quand on se souvient de ce qu'étaient les offices de la Semaine Sainte il y a 40 ans! On comprendra que je n'ai ni mangé ni dormi pendant 3 jours! Mais, suprême récompense, le soir de Pâques, Monsieur le Curé m'a fait des compliments. Il ne s'attendait pas à ce que je m'en tire si bien! m'a-t-il dit. Je suis restée deux ans à Saint-Pierre-Saint-Paul, remplaçant l'organiste en captivité. A son retour, je lui rendis sa place et, munie d'un excellent certificat de mon premier Curé, je fus tout de suite engagée à Notre-Dame de Lourdes de Chaville. Et une fois encore, j'arrivais pour la Semaine Sainte 1942, le jour des Rameaux. Je fus accueillie par Monsieur le Curé et son jeune vicaire, le Père Belcase.

Le temps passait, je travaillais dans la joie lorsque notre foyer fut plongé dans le malheur. Papa était tué dans les bombardements, le 31 décembre 1943, à Courbevoie. Restée seule avec une maman effondrée, je dus faire face à l'avenir courageusement mais cependant très affectée par la mort de mon père. J'avais 23 ans. Pour nous aider à surmonter cette épreuve, Monsieur Noyon, Maître de Chapelle de Notre-Dame d'Auteuil, me fit venir comme organiste accompagnateur. Dans cette tribune réputée musicalement, je pus apprendre mon métier dans les meilleures conditions et, sans le savoir, préparer l'avenir.

J'étais depuis 9 ans à Chaville et 7 ans à Notre-Dame d'Auteuil, lorsqu'en novembre 1950 Saint-Honoré d'Eylau perd son Maître de chapelle-organiste de grand talent : Georges Ibos. Joseph Noyon, lui aussi Maître de chapelle de grand talent, lui succède, et en attendant qu'un organiste soit nommé, fait appel à son accompagnatrice de Notre-Dame d'Auteuil. Au bout de quelques semaines, Monseigneur Sédillière, très satisfait de mon travail, me demanda de rester définitivement. Je n'avais aucunement sollicité cette faveur car ce milieu professionnel au plus haut niveau me faisait un peu peur. Cependant j'acceptai ce qui semblait être mon destin. Le cœur triste de quitter mes amis et ma chorale, je vins m'installer à Paris. J'avais 30 ans.

Peu de temps après la mort de Monsieur Noyon, en 1962, la réforme liturgique modifia considérablement les choses et je me retrouvai seule avec la possibilité de prendre quelques chanteurs pour les cérémonies d'obsèques et de mariages. Quoiqu'il en soit, j'ai exercé mon métier avec amour. Par ma consécration, je continuerai à vivre au rythme de l'Eglise au service de laquelle j'ai été tellement heureuse.

Simone Bruneteau (1983)

 


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