LES CHORALES D'ILE DE FRANCE

en 1995

 

L'Association des Chefs de Chœur d'Ile-de-France, créée il y a un peu plus d'un an, a procédé à une vaste enquête auprès des chefs de chœur de cette région. le questionnaire portait sur l'importance et la nature des chorales, le répertoire, Le statut juridique, le fonctionnement interne et budgétaire...

Ce questionnaire a été adressé aux 667 chefs de chœur recensés en Ile-de-France par les ADIAM et le Centre d'Art Polyphonique dépendant de la Direction de la Musique au Ministère de la Culture.

Le taux de réponse a été de 32,5%, soit 217 chefs de chœur qui représentent en fait 263 chorales (certains chefs ne dirigeant pas qu'une seule chorale, on constate une moyenne de un à deux chœur par chef.)

Cette enquête représente une initiative originale et intéressante car l'existence, l'importance et le nombre des chorales en France sont peu connus. Les réponses apportent beaucoup d'éléments révélateurs et significatifs. Il serait souhaitable qu'une semblable enquête soit menée dans toutes les régions de France.

 

IMPORTANCE ET NATURE DES CHŒURS

Il y a dans la région Ile-de-France plus de 800 chœurs essentiellement amateurs, d'adultes et d'enfants, dont près de 250 à Paris même. L'effectif moyen est de 50 choristes par formation, ce qui représente plus de 40 000 pratiquants du chant choral, dont 12 000 à Paris. Ces chiffres sont déjà une révélation!

Près de 90% de ces chœurs pratiquent un répertoire à dominante classique et restent fidèles au chant traditionnel a cappella. Mais plus de 60% se produisent régulièrement avec un orchestre et 45% abordent même les grands oratorios classiques. La musique d'inspiration religieuse est donc bien la première valeur de ce répertoire choral.

55% de ces chœurs sont indépendants, 20% dépendent de conservatoires ou écoles de musique, 10 % de paroisses, les autres étant liés à des organismes divers (établissements scolaires, entreprises, etc...)1

D'après leurs statuts, 60% des chorales sont établies en association type Loi 1901, mais ce pourcentage atteint près de 80% pour les chœurs indépendants.

FONCTIONNEMENT DES CHŒURS

Près de 65% des chefs de chœur sont bénévoles, plus particulièrement chez les chœurs indépendants ou paroissiaux. Mais 13% sont directement rémunérés par leur chorale et 22% le sont par d'autres organismes, des conservatoires en général.

Au sujet du recrutement, 40% des chœurs sont à "entrée libre" et acceptent des choristes débutants. Chez 35% des chorales, un simple contrôle est pratique. Pour 25% des chœurs une audition est exigée pour y entrer. Environ 4% des chœurs n'acceptent que des choristes tout à fait confirmés: ce sont plutôt des ensembles vocaux classiques d'une vingtaine de chanteurs.

L'enquête aborde également le plan financier: la plupart des chorales demandent une cotisation annuelle à leurs membres. Le taux moyen est de 255 francs par personne. Cela représente une recette d'environ 12 000francs par an pour une chorale moyenne, soit une participation financière totale de près de dix millions de francs par an pour tous les choristes d'Ile-de-France. Précisons que 25% des chœurs parisiens et 15% des chorales hors Paris ne demandent aucune cotisation. Il est évident que pour les chorales indépendantes les charges financières sont importantes: achat de partitions, locaux de répétitions, accompagnateurs et instruments d'accompagnement, organisation des concerts, publicité, frais d'orchestre, cachets des solistes, droits d'auteurs (S.A.C.E.M.), etc... 52% des chœurs remettent les partitions à la disposition des choristes. 40% louent leur salle de répétition, ce qui représente une lourde charge, surtout à Paris; en dehors de Paris, 95% des chorales disposent d'une salle prêtée gracieusement par la ville ou l'école de musique. A Paris, parmi les chorales " indépendantes", 50% d'entre elles bénéficient d'un local paroissial. En échange, elles apportent leur concours à des cérémonies religieuses en certaines occasions.

La majorité des chœurs effectuent un travail vocal (vocalises, articulation ...) en début de répétition (environ 80%) et 25% d'entre elles organisent des séances réservées à ce travail vocal.

 

LES CONCERTS

Si l'on ne tient pas compte de quelques chœurs , dont certains professionnels2, la moyenne est de deux ou trois concerts par an pour chaque chorale mais un peu plus pour les chorales parisiennes. Ce qui représente environ deux programmes chaque année et un peu plus pour les chœurs parisiens. La fréquentation moyenne est de 300 auditeurs par concert

Si l'on prend en compte l'ensemble des chœurs de la région Ile-de-France, on découvre ainsi près de mille sept cents programmes montés chaque année par les chorales au cours de trois mille cinq cents concerts annuels pour un million d'auditeurs environ (dont un tiers à Paris). Chiffres étonnants qui font découvrir l'immense importance de ces chœurs en faveur de la musique et de sa propagation dans le public. Rappelons que ces résultats sont obtenus par des choristes et des chefs de chœur, principalement animés uniquement par leur passion de la musique à laquelle ils sont tout dévoués. Il serait intéressant de comparer ces chiffres à ceux que pourraient produire les organismes officiels, les orchestres régionaux, les radions, etc... Quant à notre pauvre télévision! Qu'en disent les pouvoirs publics?

50% des chœurs organisent toujours, ou le plus souvent, eux-mêmes leurs concerts et ne font donc pas appel à un organisateur patenté: trop cher sans doute! Les chœurs qui pratiquent l'oratorio ont une activité de concert supérieure à la moyenne, soit six concerts par an. Ils représentent 61% des chœurs parisiens et 36% des autres chœurs d'Ile-de-France. En ce qui concerne l'orchestre nécessaire, 65% des chœurs de Paris et 47% des chœurs des autres départements font toujours appel à des musiciens professionnels. On peut dénombrer environ six cents concerts d'oratorio par an organisés dans ces conditions. Les chanteurs solistes sont en majorité aussi des professionnels. En dehors de l'oratorio proprement dit, d'autres concerts sont donnés par ces chœurs avec l'orchestre (8% à Paris, 23% ailleurs). Dans cette catégorie, il est presque toujours fait appel à des musiciens professionnels et des solistes professionnels. Pour l'ensemble de tous les concerts avec orchestre, environ 35% des chorales font appel également à un chef d'orchestre professionnel. Une petite proportion des chœurs font appel aussi à des choristes supplémentaires professionnels.

De même que nous notions l'impact et le rôle extraordinaire de ces chorales dans la diffusion de la musique vivante, il faut remarquer que ces mêmes chœurs sont "créateurs d'emplois": plus de 10 000 engagements de musiciens professionnels (rémunérés) et plus de 2 000 engagements de chanteurs-solistes professionnels sont promus annuellement.

 

LES AIDES ET LES SUBVENTIONS

Les chœurs d'Ile-de-France déclarent, dans une proportion de 9%, recevoir une subvention de l'Etat ou de la Région. 20% des chœurs parisiens reçoivent une subvention de la Mairie de Paris; dans les autres départements d'Ile-de-France, environ 75% des chorales reçoivent une subvention de leur ville ou de leur département3. D'autres aides interviennent dans les budgets: à Paris, 22% des chorales sont aidées par les paroisses grâce aux prêts de locaux de répétition, bien que la moitié de ces mêmes chorales ne soit pourtant pas rattachée à une paroisse. En dehors de Paris, ce pourcentage est de 12%. 9% des chœurs d'Ile-de-France reçoivent des aides plus ou moins régulières d'entreprises (sponsoring, chœurs d'entreprise) et 9% également reçoivent une aide d'organismes divers.

Au total, 39% des chorales parisiennes et 12% des autres chorales d'Ile-de-France ne reçoivent aucune aide d'aucune sorte.

 

LES SOUCIS DES CHEFS DE CHŒUR

Nos lecteurs se doutent bien que l'organisation et la gestion d'une chorale donnent à son chef bien des soucis et lui posent quelques problèmes à résoudre constamment. Cette enquête pertinente menée par l'Association des chefs de chœur d'Ile-de-France nous livre, par ordre décroissant et en leur attribuant une note sur 20, ces principaux soucis à peu près quotidiens :

1) le recrutement (14/20)
2) l'organisation des concerts (10/20)
3) le financement du chœur (10/20)
4) le choix des programmes (8,5/20)
5) la gestion matérielle (8/20)
6) le travail musical du groupe (7/20) 7) les relations humaines (6,5/20)
8) la préparation musicale des œuvres (6/20)

Joachim HAVARD DE LA MONTAGNE
maître de chapelle de l’église de la Madeleine

 
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1) LES CHŒURS DE LA MADELEINE, auxquels s'intéressent nombre de nos lecteurs, ont un double statut de Chorale paroissiale et d'Association indépendante et autonome. [ Retour ]

2) Les CHOEURS DE LA MADELEINE donnent sept ou huit concerts par an avec environ quatre programme différents, sans compter leur participation aux offices liturgiques avec d'importants programmes. Pour plus de détails se reporter au numéro 57 (p. 27) de Musica et Memoria". [ Retour ]

3) Les CHŒURS DE LA MADELEINE reçoivent une subvention de la Mairie de Paris (environ 5,5% de leur budget annuel) et une autre du Ministère de la Culture (3,6%). Une aide précieuse de la Paroisse leur est fournie sur le plan matériel par la mise à disposition de l'église pour les répétitions et les concerts. [ Retour ]

 


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