Michel CORRETTE
(Rouen, 10 avril 1707 – Paris, 21 janvier 1795)


Michel Corrette en 1738, par Jacques-Philippe Le Bas (1707-1783), graveur du Roy
( in L’Ecole d’Orphée, méthode pour apprendre à jouer facilement du violon, Paris, 1738 ) DR
par François-Joseph Fétis (1866)
in Biographie universelle des musiciens
et bibliographie générale de la musique
(Paris, Firmin Didot, 2e éd., tome II, 1866, 365)


CORRETTE (Michel), chevalier de l'ordre du Christ, né à Saint-Germain [NDLR : erreur de l'auteur, il est né à Rouen], était en 1758 organiste du grand collège des Jésuites de la rue Saint-Antoine, à Paris. Enthousiaste admirateur de la musique française, il donnait dans sa maison, enclos du Temple, des concerts où il faisait entendre les plus beaux morceaux de Lulli, de Campra, et des cantates de sa façon, qu'il accompagnait au clavecin. On dit qu'il faisait chanter sa servante dans ses séances musicales. Plus tard il ouvrit une école de musique pour laquelle il écrivit plusieurs ouvrages élémentaires ; mais, malgré son zèle et ses efforts, ses élèves faisaient peu de progrès ; les musiciens de Paris les appelaient, par dérision, les anachorètes (les ânes à Corrette). En 1780 Corrette eut le titre d'organiste du duc d'Angoulême. On connaît de ce musicien : 1° Les Soirées de la ville, cantates à voix seule, avec la basse continue pour le clavecin ; Paris, le Clerc, 1771, in-fol. —  2° Méthode pour apprendre à jouer de la harpe ; Paris, 1774, in-4°.— 3° Méthode pour apprendre à jouer de la flûte traversière; Paris, 1778, in-4°. Il en parut une deuxième édition en 1781. — 4° Le Parfait Maître à chanter ; Paris, 1782. — 5° Méthode pour apprendre facilement à jouer de la quinte ou de l'alto ; Paris, 1782, in-4°. - 6° L'Art de se perfectionner sur le violon ; Paris, 1783. — Méthode pour le violoncelle, contenant les véritables positions, etc. ; Paris, 1783. La première édition de cet ouvrage avait paru sous ce titre : Méthode théorique et pratique pour apprendre en peu de temps le violoncelle ; Paris, 1761, in-fol. — 8° Méthode pour apprendre à jouer de la vielle; Paris, 1783, in-fol. Ces ouvrages contiennent quelques renseignements curieux sur la musique française vers le milieu du dix-huitième siècle.

François-Joseph Fétis



par Lionel de La Laurencie, 1913
in Encyclopédie de la musique
et Dictionnaire du Conservatoire,
(fondé par Albert Lavignac,
Paris, Librairie Delagrave, 1931)
(pp. 1509-1510 et 1534-1535)


Parmi ces organistes, dont l'activité s'étendit à presque toutes les branches de la musique, Michel Corrette mérite une place à part, car il a écrit un nombre considérable d'œuvres dont, malheureusement, la qualité laisse à désirer. Né à Saint-Germain [NDLR : erreur de l'auteur, il est né à Rouen], Michel Corrette, était, en 1737, organiste du Grand Prieur de France, puis, en 1759, organiste du prince de Conti. Il eut aussi l'orgue des Jésuites de la rue Saint-Antoine et s'intitulait chevalier de l'ordre du Christ. En 1780, il devint organiste du duc d'Angoulême. De ses Livres d'orgue, le troisième contient des messes et des hymnes de l'Eglise « pour toucher en trio sur la trompette du grand orgue avec le fleurtis sur le plein jeu du positif ». Il contient aussi des « plein-chants accommodés en quatuor pour toucher sur le grand plein-jeu avec les pédales », et montre que la décadence du style d'orgue s'accusait rapidement. Chez Corrette, ce style s'affadit sous le poids des variantes, des ornements, des doubles, des triolets, de tout ce travail de variations et de broderies qu'on appelait le fleurtis et que les organistes ajoutaient à  leurs transcriptions et à leur accompagnement du plain-chant.

Corrette pratiquait à outrance le système des transcriptions. Dans ses Amusements du Parnasse, il brode de variations de clavecin des ariettes italiennes chantées au Concert spirituel et à l'Opéra ; on y trouve, en particulier, des morceaux de la Serva padrona. Son Premier Livre de Pièces de clavecin, avec explication des signes d'agréments, ne témoigne d'autre originalité que celle des titres de certains morceaux, comme les Giboulées de mars et les Bottes de sept lieues. Il en est de même de ses Sonates de clavecin avec accompagnement de violon. Corrette n'est guère plus heureux sur le terrain pédagogique ; il passait, de son temps, pour un maître assez médiocre, en dépit des innombrables méthodes qu'il publiait, et on désignait malicieusement ses élèves sous le nom d'anachorètes. Néanmoins, son Maître de clavecin pour l'accompagnement (1753) contient, outre une Préface intéressante, quelques bons conseils exposés avec une clarté qu'on rencontre rarement dans les traités de l'époque. Nous reparlerons de Michel Corrette et de ses œuvres symphoniques lorsque nous traiterons des instruments à archet et des instruments à vent.


*****


Michel Corrette, qui rivalise avec Boismortier par son inimaginable fécondité et par la modeste valeur de sa musique, a, lui aussi, laissé des Concertos de flûte. Son œuvre XXVI présente, à cet égard, un certain intérêt ; elle comprend : six Concerti a sei strementi, cimbalo o organo obligato, tre violini, flauto, alto viola e violoncello. On le voit, nous sommes ici en présence de véritables pièces symphoniques, écrites à six parties. Corrette manifestait, du reste, une grande prédilection à l'endroit des Concertos ; il en a écrit de toutes façons : Concertos spirituels, Concertos pour quatre violoncelles, violes ou bassons. Concertos qu'il intitule comiques, enfin les Récréations du berger fortuné pour musette, vielle, flûte, violon, flûte à bec, hautbois, pardessus de viole et basse continue.

Les Concertos spirituels ou Concertos de Noëls sont au nombre de trois. Ils comportent une flûte, deux violons et la basse. Corrette y introduit des airs populaires de Noëls, et aussi des thèmes liturgiques. Le premier Concerto, par exemple, débute par l'Allegro suivant, construit sur un thème de Noël :

*


que suit le thème de l'hymne Christe redemptor :

*


auquel Corrette inflige un certain nombre de variations. Ces Concertos contiennent trois mouvements.

Quant à ceux qu'il destine à quatre violoncelles, ils sont susceptibles d'être exécutés en trio, en supprimant la seconde basse. Il en est de même des Récréations du berger fortuné, pour lesquelles la multiplicité des instruments indiquée par l'auteur ne vise que les diverses adaptations que les pièces peuvent recevoir. Les Concertos comiques, si nombreux dans l'œuvre de Corrette, comportent tous la participation des instruments à vent. Dans le Mirliton, « ouvrage utile aux mélancoliques, » trois flûtes concertent avec la basse ; dans Margoton, ce sont trois musettes qui remplissent le même office; dans Ma mie Margot, Corrette joint deux violons à la flûte, au hautbois et à la musette ; dans la Tante Tourelourette, le pardessus de viole vient se mêler au concert, etc.

Toute cette littérature badine correspond à l’époque où les instruments champêtres, musette, viole, jouissaient, auprès du public, d’une vogue que l’on expliquait par un besoin de « simplicité », de « bergerie ».

Lionel de La Laurencie (1861-1933)
professeur d'histoire de la musique
musicologue, violoniste



par Joachim Havard de la Montagne (1976)

Michel Corrette était le fils de Gaspard Corrette (c.1669- av.1732), lui-même organiste successivement de Saint-Herbland, de Saint-Pierre-le-Potier, de Saint-Denis et de Saint-Jean de Rouen et élève de Louis Marchand, et petit-fils d'un Maître à danser rouennais (Jean Corrette). Il naquit à Rouen en 1707, sur la paroisse Saint-Vincent et mourut à Paris en 1795. Son fils, prénommé Michel également, devait à son tour devenir organiste dans la capitale. La plus grande partie de son existence se passa à Paris, à partir de 1720 année d'installation de la famille dans cette ville, où il fut successivement ou simultanément organiste de Sainte-Marie-du-Temple (1737 à 1791), des Jésuites de la rue Saint-Antoine (1738 à 1764), du prince de Condé (1759), du Duc d’Angoulême (1780 à 1783).

Michel Corrette déploya une très grande activité en faveur de la musique française, et pas seulement comme compositeur : il organisa en effet de nombreux concerts consacrés notamment aux œuvres de Lully et de Campra qu'il admirait profondément et à ses propres œuvres. Une autre partie de sa carrière fut consacrée à l'enseignement : il ouvrit une école de musique et il écrivit de nombreuses méthodes pour l'étude de différents instruments : harpe, flûte, violon, alto, violoncelle... Mais on raconte que, malgré son zèle, ses élèves faisaient peu de progrès : on les appelait dans Paris "les Anachorètes" (les ânes à Corrette !) Et pourtant on trouve dans ces ouvrages des renseignements précieux sur les techniques du temps, des conseils judicieux et un esprit de clarté que l'on rencontre rarement à son époque : d'ailleurs, néanmoins, sa méthode de violon fut rééditée trois fois entre 1738 et 1790, celle de flûte le fut quatre fois entre 1750 et 1781.

En dehors du domaine de la pédagogie, Michel Corrette a beaucoup composé : une vingtaine de "Concerts Comiques", des Concerti pour clavecin ou orgue et orchestre souvent fort intéressants, des sonates en trio pour divers instruments, des pièces d'orgue et de clavecin, un "Carillon à l'imitation de la sonnerie de Rouen" pour ensemble d'instruments et orgue, mais peu de musique religieuse. Le talent de Corrette comme compositeur fut, de son vivant, diversement apprécié et a donné sujet à des critiques où l'ironie le dispute à une certaine férocité ! Ce n'est qu'à partir de 1775 que l'on peut lire dans le Mercure de France : "Son nom est connu et sa réputation bien établie".

Le Psaume "Laudate Dominum" sur le Printemps de Vivaldi date de 1768 et fut donc vraisemblablement composé et exécuté à Paris. Il convient de noter que ceux qui, à cette époque, ne se confinaient pas dans l'interprétation de leur propre musique recouraient volontiers aux concerti de Vivaldi entre lesquels le Printemps était surtout préféré. Cela explique, à mon avis, le choix de Corrette d'une part et, d'autre part son désir, par ce choix, d'essayer d'accéder plus sûrement au succès et de gagner les louanges des critiques en mêlant son nom et son œuvre au nom et à l'œuvre si populaire de Vivaldi. Certes, on lui avait sans doute reproché aussi de pratiquer à outrance les transcriptions mais ce Psaume cette fois n'en est pas une à proprement parler. Authentique chef d'œuvre, c'est certainement l'œuvre la plus importante, la mieux écrite et la plus inspirée de ce compositeur, même si l'on tient compte des "emprunts" qu'il a fait au Printemps de Vivaldi ou peut-être en raison même de la façon dont il a su s'inspirer de l'œuvre de Vivaldi. Plusieurs parties de ce Psaume sont d'ailleurs intégralement de la main de Corertte et s'intègrent admirablement à l'ensemble. Outre le rôle important des chœurs à cinq voix et des soli vocaux, l'orchestration est profondément et très adroitement remaniée : aux cordes de Vivaldi, Corrette ajoute deux flûtes, deux hautbois, un basson, deux cors et l'orgue.
Voyons donc comment se répartissent la part de Vivaldi et celle de Corette :

1°) Solo de Soprano : cet Andante est entièrement de Corrette


2°) Adagio : dix mesures d'orchestre de Corrette

puis Allegro : le thème du 1er mouvement du "Printemps" apparaît aux cordes comme dans le concerto ; le texte latin Laudate Dominum chanté par le chœur est parfaitement adapté au rythme et à la phrase musicale. A la partie de violon solo, Corrette superpose une mélodie qu'il confie au soprano solo. C'est ensuite la reprise du Chœur sur le thème de Vivaldi, puis douze mesures de la main de Corrette avec un solo de basse "Statuit ea in aeternum et in saeculum saeculi..." et "Laudate Dominum de terra..." Nous retrouvons le thème de l'orage vivaldien auquel se superpose très adroitement un chœur grandiose "Ignis, grando, nix, glacies...". A nouveau le soprano solo de Corrette se superpose au violon solo de

Vivaldi et le chœur conclut cette deuxième partie avec la fin du 1er mouvement de Vivaldi.


3°) Cette troisième partie de ce Psaume reproduit le 2ème mouvement du Printemps : la partie orchestrale est conservée intégralement : Corette y ajoute une basse de violoncelle et un basson qui accentue le caractère champêtre de cette musique comme le suggère le texte latin "Montes et omnes colles..." Mais le thème du violon est chanté par le ténor et Corrette le traite ingénieusement en canon avec la flûte. A la reprise du thème, un chœur très doux à cinq voix se superpose au soliste : tel quel, ce passage représente l'un des sommets de l'œuvre et atteint un degré d'émotion rarement réalisé dans la musique de cette époque.


4°) Allegro : Une cinquantaine de mesures dues à l'inspiration originale de Corrette nous préparent à l'apparition du 3ème mouvement : Exposition du thème aux cordes puis solo de Soprano "Juvenes et Virgines..." à la conclusion duquel deux hautbois annoncent discrètement le thème du 3ème mouvement du Printemps. Avec le chœur éclate joyeusement ce thème si connu. Puis à chaque solo du violon se superpose un duo de soprano et basse qui alterne avec le tutti du chœur et de l'orchestre. Comme dans Vivaldi le thème apparaît en mi mineur avant la conclusion en majeur par tout le chœur et l'orchestre.

Il est certain que Michel Corrette n'a pas choisi le Printemps de Vivaldi uniquement pour trouver un succès populaire et qu'il n'a pas adapté au hasard le texte de ce Psaume 148. En y regardant de plus près on constate en effet que l'union intime de ce concerto et de ce texte est, sans aucun doute, le résultat d'une profonde réflexion : il suffit de comparer le texte poétique que Vivaldi a inscrit sur plusieurs passages de son concerto et le texte non moins poétique du Psaume 148 que Corrette a choisi :



Texte du Concerto Le Printemps:

Voici le Printemps et tous se réjouissent.
Les oiseaux chantent allègrement tandis que souffle le zéphir
Le doux murmure des sources...!
L'orage éclate, le tonnerre gronde !
Et lorsque tout s'apaise, les oiseaux reprennent leur gazouillement en chanteur...
Dans le pré fleuri, un chevrier s'endort, veillé par son chien.
Soudain, nymphes et bergers surgissent et se mettent à danser, célébrant le printemps.


Texte du Psaume 148 :
Louez-le Seigneur du haut des cieux ;
Louez-le dans les hauteurs
Louez-le, soleil, lune ;
Louez-le, étoiles et lumières
Les eaux au-dessus des cieux louent le nom du Seigneur
Feu et grêle, neige et brouillard, vent et tempête, exécutez sa parole !
Louez-le, soleil, lune, louez-le, étoiles et lumières... Louez-le vous tous ses anges...
Les montagnes et toutes les collines, les arbres fruitiers et tous les cèdres, les bêtes sauvages, les reptiles et les oiseaux, les rois de la terre... les jeunes gens et les jeunes filles, les vieillards et les enfants louent le nom du Seigneur.
Les jeunes gens et les jeunes filles, les enfants et les vieillards louent le nom du Seigneur : Hymne de louange pour tous ses fidèles, pour les fils d'Israël, son peuple familier.

Laudate Dominum de coelis, Psaume 148, “Motet à Grand choeur arrangé dans le Concerto du Printemps de Vivaldi par Mr Corrette”, couverture
Laudate Dominum de coelis, Psaume 148, “Motet à Grand choeur arrangé dans le Concerto du Printemps de Vivaldi par Mr Corrette”, 1ère page
Laudate Dominum de coelis, Psaume 148, “Motet à Grand choeur arrangé dans le Concerto du Printemps de Vivaldi par Mr Corrette”, couverture et 1ère page
( BNF/Gallica )

Psaume "Laudate Dominum " sur le Printemps de Vivaldi, solo, chœur, orchestre, restitution Joachim Havard de la Montagne, 1966, Costallat/Leduc
Audio lecteur Windows Media Extraits en ligne : 1 - Andante, air de soprano, 2 - Laudate Dominum, Ignis grando , 3 - Montes et omnes colles, 4 - Juvenes et Virgines.
Enregistrement de 1976, Ensemble vocal et instrumental de Lyon, direction : Guy Cornut, avec Colette Alliot-Lugaz (soprano), Régis Oudot (ténor), Philippe Huttenlocher (basse). Erato STU 70914 (DR)

Joachim Havard de la Montagne (1927-2003)
Maître de chapelle de l'église de la Madeleine (Paris)
organiste, chef de choeur, compositeur



par Jean-Louis Petit (1995)

La longévité de Michel Corrette lui permit de traverser tout un siècle qui connut, pour la première fois dans notre histoire, un engouement pour la musique dans toutes les couches de la société Bien que l'on connaisse peu de chose sur sa vie, l'on se rend compte, à travers sa production et les fonctions qu'il exerça, que Corrette fut présent partout où il se passait quelque chose : il occupa, en tant qu'organiste, formé par son père lui-même organiste à Rouen, les tribunes les plus en vue de la capitale où il s'installa dès l'âge de dix-sept ans : tout d'abord titulaire en 1726 de Sainte-Marie en la Cité, puis organiste du Grand Prieur de France en 1737, ensuite organiste des Jésuites en 1750, du Prince de Condé en 1759 et du duc d'Angoulême en 1780. Cette longue carrière d'organiste lui permettra d'asseoir une nouvelle conception de la musique d'orgue qu'il partagera avec ses confrères Balbastre, Tapray, Daquin, Séjean, dont les préoccupations, loin de prendre en compte les contraintes de la liturgie, étaient toutes tournées vers le besoin presque exclusif de vouloir plaire, considérant véritablement les fidèles comme un public tout trouvé et non comme une assemblée de prière. Le clergé, apparemment consentant, ne s'est pas opposé à ce détournement de fonction, ce qui nous a valu toute une littérature d'orgue écrite dans le seul but de faire briller la virtuosité de l'interprète dans des œuvres basées pour la plupart sur le principe de la variation de sujets empruntés aux thèmes (des Noëls populaires le plus souvent) que tout le monde connaissait depuis la plus tendre enfance. Corrette publia en 1753 une partie de cette production dans son Nouveau livre des Noëls et inaugura ainsi une manière de traiter les «Variations sur Noël», qui se perpétua jusqu'à ces dernières années dans les rangs des organistes français.


A côté de ces œuvres légères Corrette publia, dans la lignée de ses illustres prédécesseurs Couperin, Grigny, Nivers, Clérambault, Lebègue, deux Livres d'orgue (1737 et 1750) qui ne se démarquent pas véritablement de la tradition si ce n'est leur caractère plus léger et moins austère.


La naissance du célèbre « Concert Spirituel », ancêtre de nos grandes associations symphoniques, ne pouvait le laisser indifférent, et c'est dans ce nouveau cadre qui réclamait des compositeurs la constitution d'un répertoire toujours renouvelé que s'exerça la prolixité de Correcte. Il put fournir l'institution en motets, cantates, concerti et « sinfonies » divers qui firent merveille auprès du public.

Parmi toutes ces œuvres, celles qui sont aujourd'hui le plus souvent attachées au nom de Corrette sont ses 25 Concertos Comiques, réédités au début de notre siècle. Ces œuvres légères et d'une exécution facile ont fait les délices des soirées de musique de chambre des petits ensembles amateurs. Ce sont aussi celles qui ont contribué à la réputation de légèreté de notre compositeur.

Aujourd'hui, depuis que l'on redécouvre les œuvres de Corrette tombées dans l'oubli, ce jugement quelque peu hâtif et incomplet doit être révisé.

Certes à une époque charnière comme ce XVIIIe siècle finissant où le goût du plus grand nombre est de plus en plus à prendre en considération par les artistes pour survivre, la faveur des puissants ne leur assurant plus les protections nécessaires à l'exercice de leur industrie, Corrette, comme les autres, a dû flatter — un peu trop peut-être, mais où est la limite ? — le goût de ses contemporains et, en cela, il ne fut que le reflet de la culture musicale ambiante.

Mais dans beaucoup de ses œuvres, les concerti pour clavecin en particulier, de facture et d'écriture soignées, au goût de terroir prononcé, Corrette se montre non seulement un musicien habile mais un artiste inspiré.


A cela s'ajoute le fait que les historiens considèrent Corrette comme le précurseur de la symphonie française et l'inventeur de procédés d'écriture inusités avant lui. Toutes les raisons d'une « réhabilitation » s'imposent donc sans qu'il soit encore nécessaire de mentionner qu'il fut un pédagogue actif et engagé (il publia des méthodes pour tous les instruments de son temps et sa méthode de violon fit autorité pendant longtemps) et que, comme pour illustrer ses conseils pédagogiques, il écrivit des concerti aussi bien pour les instruments anciens comme la vielle et la musette que nouveaux comme le piano-forte, sans oublier les instruments à vent que, ce n'était pas la coutume, il fit sortir du rang pour les faire briller de leur toute nouvelle virtuosité.


La Révolution qui créa le Conservatoire de Paris, l'année même de la mort de Corrette, n'eut qu'à puiser dans ces méthodes pour former les nouveaux élèves et les mettre sur la voie de la virtuosité qui fut et demeure l'apanage de notre grande Ecole de Musique.

Notre époque, qui a bien assimilé la notion de « culture » au point de lui consacrer un Ministère, et qui, trop souvent, oppose cette notion à celle du simple «plaisir artistique» dénué de toute ambition révolutionnaire, a tendance à rejeter les créateurs qui, comme Corrette, ne furent, à ses yeux, que de simples artisans, faisant honnêtement leur métier et libres de le faire sans contraintes, en dehors de toutes les pressions et directives, comme tous les artisans soucieux de produire des œuvres bien faites répondant aux besoins de la société.

On a évoqué à ce sujet un certain terrorisme intellectuel d'aujourd'hui, et si le mot est fort, il n'en correspond pas moins souvent à une réalité. Ah ! que la vie musicale contemporaine serait plus harmonieuse si les créateurs, les interprètes et le public ne se posaient pas constamment la question de savoir si les œuvres et les interprètes d'aujourd'hui ont, à l'instar d'un placement boursier, un avenir. Ce ne sont de toute façon pas eux qui en décideront.

C'est la leçon que l'on peut tirer de l'attitude qu'ont eu devant leur art tous les compositeurs du XVIIIe siècle et en particulier Michel Corrette.

Jean-Louis Petit (1995)
chef d'orchestre et compositeur


Audio lecteur Windows Media Michel Corrette, Grand Jeu, pièce d’orgue extraite du Premier Livre d’orgue, oeuvre XVI : Magnificat du 2e ton (Paris, 1737) fichier audio par Max Méreaux (DR)



 


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