Charles CYROULNIK

Charles Cyroulnik (années 1950)
Charles Cyroulnik (années 1950)
( Photo Harcourt, coll famille Cyroulnik ) DR

Charles Cyroulnik (années 1960)
Avec son fidèle compagnon, années 1960
( coll. famille Cyroulnik ) DR

Né le 1er mars 1923 à Paris, Charles Cyroulnik effectue ses études musicales au Conservatoire de Paris, notamment dans la classe de violon de Jules Boucherit et Marcel Chailley. Après l'obtention d'un 1er accessit en 1937 – l'année où Szeryng, Neaman et Dufond reçoivent leur 1er Prix, et Schwalbé un 2ème Prix –, il décroche un 1er Prix en 1939, mais la guerre interrompt momentanément ses débuts ; ce sera une période particulièrement douloureuse pour lui et sa famille, son frère Emile, arrêté et déporté à l'âge de 31 ans, le 13 février 1942, est assassiné par les nazis à Auschwitz-Birkenau. Après la fin des hostilités, il peut enfin commencer une carrière de concertiste qui rapidement lui fait parcourir toute la France et l'étranger, notamment l'Espagne, la Belgique, la Suisse, la Tunisie, le Maroc et le Mexique, comme soliste-invité par de grands orchestres. Parmi les nombreux concerts et autres récitals qu'il va donner au cours de sa trop courte carrière de violoniste, rappelons, chez Lamoureux, le 27 octobre 1946, sa belle interprétation en seconde audition du Concerto romantique pour violon et orchestre de Georges Dandelot (1944) et le 16 avril 1947, salle Gaveau, avec le concours d'André Buisson, son récital (oeuvres de Leclair, Bach, Schumann, Saint-Saëns, Albeniz et Falla) qui lui valut les éloges de la presse :

Cyroulnik à sa sortie du Conservatoire de Paris avait déjà conquis ses auditeurs. C'était l'as de demain, l'un des grands espoirs de son maître Boucherit. Après une éclipse du monde des concerts il rentre en scène dans une forme splendide de grand virtuose. Son talent s'appuie actuellement sur l'instrument dont il tire la quintessence de beauté sonore et dont l'archet souple et sans fin glisse sur la corde chantant au gré de l'expression mélodique. Sa sonorité est une des plus belles parmi celles des grands violonistes de l'époque. Il donnait une bonne interprétation de la Sonate dit "LeTombeau" de J.-B. Leclair. La Suite en sol mineur de Bach fut l'épreuve de l'artiste ; il la passa assez brillamment, sauf pour la Silicienne dont le caractère pastoral frisait la fantaisie. Enfin la belle Sonate en ré mineur de Schumann mit en valeur son tempérament généreux, à l'aise dans le romantisme. Des pièces de Saint.Saëns, Albeniz et de Falla nous confirmèrent son assise et admirable technique. [G.B., Images musicales n° 63, 2 mai 1947]

Charles Cyroulnik et sa petite-fille Laura (vers 1989)
Une leçon de violon à sa petite-fille Laura, vers 1989
( coll. famille Cyroulnik ) DR

Notons également le 19 décembre 1957, salle Poirel à Nancy, sa participation, en compagnie de Bernard Cottret (basse), Jean-Pierre Rampal (flûte), Micheline Collot (violon), Serge Collot (alto), Louis Ingigliardi (violoncelle) et Hélène Salomé (piano), au "Festival Martini – Schwarzendorf", enregistré et co-produit par la R.T.F. Nancy, au cours duquel furent jouées des oeuvres inédites, exhumées par Carl de Nys : le Quatuor à cordes en fa majeur "Plaisir d' Amour", le Quatuor op.1 n° 4 en ré majeur pour flûte et trio à cordes, le Quatuor op.1 n° 5 en ut majeur pour flûte et trio à cordes, le Divertissement op.3 n °2 en la majeur pour clavier et trio à cordes, le Divertissement op.3 n °3 en fa majeur pour clavier et trio à cordes et des mélodies. Dès 1945, notamment le 6 novembre à l'Ecole Normale avec des oeuvres de Georges Dandelot, il se produisait également aux concerts parisiens des Jeunesses Musicales de France, et c'est au sein de cette association qu'il fit la connaissance du compositeur Jean Barraqué : ils restèrent longtemps amis jusqu'à la disparition de ce dernier en 1973.

Mais, cette brillante carrière fut, hélas, prématurément interrompue : alors âgé de 39 ans, une grave maladie musculaire l'invalidant dans la tenue de son instrument le contraint en 1962 de se retirer des salles de concerts. Afin de gagner sa vie et de subvenir aux besoins de sa famille, il devient directeur d'une fabrique de ceintures, tout en continuant de suivre, avec beaucoup d'intérêt, la vie musicale. Féru de théâtre contemporain, amateur d'art, il va animer un groupe de collectionneurs d'œuvres d'art "Le Cap 12" et approfondir dson intérêt pour le jazz, fréquentant notamment le compositeur André Hodeir, fondateur et directeur du "Jazz Groupe de Paris" (1954).
Nicolas Cyroulnik
Nicolas Cyroulnik en train d’accorder son violon, petit-fils de Charles
( coll. famille Cyroulnik ) DR

Charles Cyroulnik est décédé d'un cancer le 10 mars 2003 à Paris venant tout juste de fêter ses 80 ans. Il est inhumé au cimetière parisien de Bagneux. "Ouvert et disponible envers les autres, il revendiquait avec passion son idéal d'égalité, de liberté et d'amitié entre les hommes." L'un de ses fils jumeaux nés en 1949, Philippe, est critique d'art et directeur du Centre régional d'art contemporain "Le 19" à Montbéliard (Doubs). L'autre, Alain, éducateur à la Protection Judiciaire de la Jeunesse, a joué dans deux films du cinéaste Romain Goupil : "Mourir à 30 ans" (1982) et "Une pure coïncidence" (2002) qui furent tous deux primés. Le fils de ce dernier, Nicolas Cyroulnik a étudié à son tour le violon, tout d'abord en 1987 et 1988 chez les Vivaldistes, puis au conservatoire de Bagnolet (Seine-Saint-Denis) de 1989 a 1994, et parallèlement au CNR de Paris de 1990 à 1992. Il a notamment concouru au Concours Leopold Bellan en 1991 et obtenu la première mention en degré secondaire, puis en 1993 il a décroché la première médaille en degré secondaire. C'est un prix auquel son grand père avait concouru également avec succès avant-guerre. Parallèlement à ses activités professionnelles, Nicolas Cyroulnik exerce des activités de compositeur et d'interprète dans le domaine de la musique reggae, africaine et Hip hop.

 La violoniste française Nell Gotkovsky (née en 1939) a été un temps élève de Charles Cyroulnik.

On  doit notamment à Charles Cyroulnik des enregistrements du Concerto en ré majeur, op. 61, de Beethoven avec l'orchestre Colonne conduit par Pierre Dervaux (1962, disque Concerts Colonne), des Concertos en ré majeur (K 271a) et la majeur (K 219) de Mozart, avec l'Orchestre des Cento Soli dirigé par Daniel Chabrun (1958, Club Français du Disque), de la Sonate pour violon et piano en sol mineur (FL 148) de Debussy, enregistrée en 1962 avec Jean Hubeau (Erato), du Concerto en la majeur op. 7 n° 6 de Jean-Marie Leclair avec l'Orchestre de chambre Hewit, dirigé par Maurice Hewit (1957, Philips), de la Sonate n° 6 en sol mineur du 2ème Livre à violon seul avec la basse continue de François Francoeur, avec Marcelle Charbonnier (clavecin) et Marie-Anne Mocquot (viole de gambe) (1957, Philips), des Concerto BWV 1041, 1042 et 1043 de Bach, avec Georges Armand (violon) et l'Orchestre de Chambre de Toulouse placé sous la baguette de Louis Auriacombe (1961, Club Français du Disque), de la Sonate à Kreutzer en la majeur, n° 9, op. 47 et de la Sonate en mi bémol majeur, n° 3, op. 12, de Beethoven, aux côtés d'Aldo Ciccolini (1963, Musique pour tous) et des Sonates en si bémol majeur K. 378 et K. 454 de Mozart, avec le même pianiste (1961, Vega).

En 2009, Forgotten Records, spécialisé dans la réédition d'enregistrements anciens, a réédité les Concertos K 271a et K 219 de Mozart, enregistrés en 1958 (fr 279) et Erato la Sonate pour violon et piano de Debussy, gravée en 1962 (Erato 5046661052).

Denis Havard de la Montagne


 


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