Célestine GALLI-MARIÉ
Soprano et mezzo-soprano français
(Paris, 1840 – Vence, 1905)

Célestine GALLI-MARIÉ
Célestine Marié de l'Isle, dite Galli-Marié
( DR )

 

Parisienne, fille de Claude-Marie-Mécène Marié de l'Isle (1811-1879), ténor (lui-même créateur de plusieurs rôles à l’Opéra Comique, dont celui de Tonio, dans La Fille du régiment), contrebassiste et chef d'orchestre, la petite Célestine montrera des dons naturels précoces pour le chant et l'art théâtral. Son père deviendra son seul et unique professeur et hormis sa participation ponctuelle à des classes du Conservatoire de Musique de Paris, davantage en tant que spectatrice qu'élève, Marié de l'Isle sera son seul et unique maître, son précepteur musical en quelque sorte.

Elle débutera en 1859 à Strasbourg, puis à Rouen dans La Favorite – abordant ainsi son premier rôle de grand mezzo-soprano dramatique - sous le nom de Célestine Marié et en 1860, elle épousera le sculpteur Galli et ce sera donc sous le nom de Galli-Marié qu'elle choisira de poursuivre sa carrière musicale, notamment à Toulouse. Hélas, dès 1861, elle se retrouvera veuve, mais elle décidera cependant de poursuivre sa prometteuse carrière lyrique, appuyée en cela par son père. Sa voix était finalement peu étendue, ni particulièrement puissante, mais elle était fort souple, agile et sa diction claire et incisive, ce qui pouvait convenir tout particulièrement à la déclamation lyrique. C’est ainsi qu’elle abordera quelques emplois de soprano, puis des rôles de mezzo-soprano du répertoire italien (Pergolesi, Cesti, Rossini, Donizetti, Verdi), sans pour autant délaisser les grands classiques que sont Gluck, Mozart (notamment Don Giovanni ou Les Noces de Figaro) ou encore, Mercadante. Galli-Marié acceptera de se rendre en tournée en Europe, notamment en Italie, au Portugal, en Angleterre et en Espagne. En 1862, forte de ces succès à l'étranger, elle chantera à Rouen dans The Bohemian Girl de Michael-William Balfe et son fort tempérament scénique lui vaudra immédiatement un contrat avec l'Opéra Comique (elle y débutera dans La Servante maîtresse : rôle de Serpina), dont elle deviendra pensionnaire jusqu'en 1885.

Célestine GALLI-MARIÉ
Célestine Marié de l'Isle, dite Galli-Marié
( dessin de Lucien Doucet,1856-1895 ) DR

Dans cette prestigieuse salle, elle sera autant décriée, jugée, qu’adulée … Elle y interprétera une grande partie de son répertoire, tout en participant à de nombreuses créations absolues ou in loco: Lara, Le Capitaine Henrio (1864), Fior d'Aliza, Mignon (avec le soprano belge Marie Cabel dans le rôle de Philine, 1866), Robinson Crusoé (1867), Les Dragons de Villard (1868), La Petite Fadette (1869), Fantasio et Don César de Bazan (en 1872.) Entre-temps, elle chante d'innombrables rôles, dont Les Porcherons, Les Amours du Diable, Le Passant, Jeanne dans l'ombre, Piccolino, puis La Surprise de l'amour. En 1873-1874, elle entreprendra une grande tournée sur les scènes de province françaises, puis chantera en Belgique. Cette artiste intègre et enthousiaste chantera au Théâtre Royal de la Monnaie en 1874 pour la création de Le Passant (opéra comique en un acte d’Emile Paladilhe, rôle de Zanetto: première en Belgique). Elle y reprendra le rôle-titre de Mignon, Faust, Les Dragons de Villard et Lara. Elle participera également à plusieurs concerts de gala et donnera plusieurs récitals (Conservatoire, Salle de l’Harmonie, etc.)

Sa réputation ne cesse de s'affirmer comme une grande tragédienne lyrique et en Galli-Marié l'on découvre une artiste complète, intense et profondément anti-conformiste. N'aime-t-elle pas les excès, les élans dramatiques et surtout, n'excelle-t-elle pas dans les rôles de travestis? Fantasio d’Offenbach, Don César de Bazan de Massenet, Le Passant de Paladilhe, Maffio Orsini dans Lucrezia Borgia, ou la sorcière Taven dans Mireille suscitent la curiosité du public qu'ils finiront par convaincre, mais sans pour autant ménager l'artiste qui sera lâchement controversée et critiquée par une faction du public conservateur et puriste. D’aucuns lui reprocheront de sacrifier la ligne vocale et la musique au bénéfice du travestissement scénique et de l’excès théâtral. Mais le pire reste à venir!

En effet, il faudra attendre la retentissante et tant décriée création de Carmen le 3 mars 1875 pour que Galli-Marié, dans le rôle-titre, déchaîne la tempête de la presse et de l'establishment musical et artistique parisien, tant son interprétation de la cigarière paraît excessive, déplacée - trop réaliste - et aussi bien l'artiste que l'oeuvre sont sévèrement vilipendées.

Son Don José : Paul Lherie (1844-1937), sera lui aussi sévèrement jugé lors de la création de Carmen, la tessiture de ténor lui causant maints problèmes (il excellera par la suite dans les emplois de grand baryton lyrique.) Il est intéressant de relever que ce sera le baryton belge Jacques Bouhy (1848-19391) qui sera choisi par Georges Bizet pour créer le rôle d’Escamillo, scellant ainsi à nouveau l’étroite coopération qui existait entre les interprètes français et belges dans le répertoire de l’opéra comique français. Le fiel déversé par le public et une partie de la presse sur la création de Carmen finira par donner le coup de grâce à Bizet qui, trois mois après la date de la première à l’Opéra Comique, s’éteindra dans sa résidence de Bougival.

Si la nature même et l'essence de la pièce de Prosper Mérimée ne sont pas remis en cause, c'est davantage le fait de la porter à la scène qui suscite autant de réactions réfractaires. Pour calmer les esprits, lorsque l'Opéra Comique (sous la direction de Léon Carvalho) décidera de remonter Carmen en 1883, on fera plus sagement appel à la fade et insipide Adèle Isaac. C'est pourtant avec l'héroïne de Bizet que Galli-Marié remportera des succès mérités sur les plus prestigieuses scènes lyriques d'Europe : Milan, Naples, Rome, Gênes, Trieste, Madrid, Barcelone, Londres, etc.

En 1877, elle sera au Théâtre Royal de Liège pour y incarner le rôle-titre de Mignon et la critique de l'époque se montrera quelque peu réservée quant à l'état de sa voix, comme en témoigne cet extrait de l'ouvrage de Jules Martiny "Histoire du Théâtre de Liège depuis son origine jusqu'à nos jours"2, [Le 2 mars, Mme Galli-Marié, 1ère chanteuse du théâtre de l'Opéra-Comique, vint chanter le rôle de Mignon qu'elle avait créé à Paris; Mme Galli-Marié, qui n'était plus jeune, avait beaucoup perdu de ses qualités vocales, mais un côté saillant lui restait, c'était son talent de comédienne.]

En 1886, elle chantera à Londres avec une troupe française et y donnera quelques concerts et reparaîtra également en Belgique dans un programme d’airs pour mezzo-soprano et dans des versions concertantes de Carmen. Dès 1887 pourtant, elle décidera de se retirer de la scène et ne paraîtra plus que très occasionnellement au concert ou au récital. Son existence se fera beaucoup plus discrète que les héroïnes de chair et de sang qu'elle aura interprétées au théâtre. En 1890, elle brillera une toute dernière fois sur la scène de la Salle Favart lors d'une prestigieuse occasion : une version concertante de Carmen commémorant le 15ème anniversaire de la disparition de Georges Bizet avec de prestigieux partenaires : Nellie Melba (Micaela), Jean de Rezské (Don José) et Jean Lassalle (Escamillo). Drapée d'organza rouge et noir, elle fut longuement applaudie et les ovations qui lui furent destinées sonnaient comme une tardive reconnaissance pour le grand Art que Célestine Galli-Marié avait tenu à défendre toute sa vie.

Claude-Pascal PERNA

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1) Il étudia à Liège, puis au Conservatoire National de Paris (1er prix d’opéra) et il avait étudié le piano et l’orgue. Il débuta en 1871 dans Méphisto de Faust à l’Académie de Musique, puis il interpréta Paul et Virginie à la Gaité puis il y créa Erostate de Regern et en 1872, il y chantait Don César de Bazan. En 1875, il participa à la première de Carmen à l’Opéra Comique (3 mars) aux côtés de Céléstine Galli-Marié et il créa également Don César dans cette même maison. Au Théâtre Lyrique de Paris, il créa Giralda, une oeuvre d’Adam (12 octobre 1876.) Sa carrière prit son envol, et il chanta à l'Opéra de Paris entre 1904 et 1907, tout en étant invité à Weimar et à Saint-Petersbourg: il se fit remarquer pour trois rôles en particulier: Don Giovanni, Hamlet et Alfonso dans La Favorite. Dès 1882, Bouhy est à Londres où il brille dans son répertoire, notamment dans Carmen (avec Pauline Lucca.) Il fut un habitué de l’Opéra Garnier de Monte-Carlo où à nouveau, il fut engagé aux côtés des plus grands. Entre 1885 et 1889, il remporte de nouveaux succès en qualité de professeur au National Conservatory of Music de New York. En 1890, il participe à la création de Samson et Dalila (le Grand Prêtre) au Théâtre Eden à Paris: un autre triomphe! Dès 1907, il se consacre de plus en plus à l’enseignement et il compta des élèves célèbres: Bessie Abbott, Louise Homer, Clara Butt, Leon Rains, Herbert Witherspoon, etc.Retour ]

2) Imprimerie H. Vaillant-Carmanne, 1887 (p. 420.)Retour ]


Notes sur la famille Marié de l'Isle
originaire de Château-Chinon (Nièvre)

Célestine Marié de L'Isle, née le 1er novembre 1840 à Paris, décédée le 22 septembre 1905 à Vence (Alpes-Maritimes), mariée en 1860 au sculpteur Galli, avait trois sœurs, dont deux firent également carrière dans le chant : Irma Marié de l'Isle (1841-1891), créatrice en 1868, au Théâtre de l'Athénée (Paris), de l'opérette Fleur de Thé de Charles Lecocq, épouse du chef d'orchestre bordelais installé à Paris Judas Colonna, dit Edouard Colonne (1828-1910), dont elle divorce en 1886 ; Paola Marié de l'Isle (1851-1920), créatrice en France, le 21 février 1873, au Théâtre des Folies-Dramatiques (Paris), du rôle de Clairette de La Fille de Madame Angot du même Lecocq. Sa cousine germaine Marie-Marguerite-Désirée Marié de l'Isle (née en 1851, fille de Jean-Baptiste et de Jeanne Bastide) prit alliance avec Henri-Nicolas Beugnion, d'où une fille : Jeanne Beugnion, née à Paris en 1872 et y décédée en 1926. Elève de son illustre tante Galli-Marié, celle-ci prit pour nom de scène "Jeanne Marié de l'Isle" et entra à l'Opéra-Comique en 1896, où elle chanta notamment dans Carmen.

Edouard Colonne, qui épousait en secondes noces, le 30 septembre 1886, la cantatrice Eugénie Vergin (1er Prix d'opéra et d'opéra-comique en 1875), née à Lille en 1854, eut deux enfants nés de sa précédente union avec Irma Marié de l'Isle : Mathilde Colonne et Daniel Colonne. Mathilde a épousé en 1887 le compositeur Antoine (Antony) de Choudens (1849-1902), fils de l'éditeur de musique Antoine de Choudens (1825-1888), fondateur à Paris en 1844 des Editions Choudens, bien connues des musiciens.

D.H.M.
(avec la collaboration de M. Jean Catherine)


 


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