Quelques orgues de la manufacture Guetton-Dangon (Lyon)


 

 

Cette manufacture lyonnaise a transformé, augmenté et construit un certain nombre d'instruments à la fin du XIXème siècle. Elle s'était également spécialisée dans le transfert d'orgues d'occasion de bonne facture (Merklin, Puget) qu'elle modifiait légèrement avant de les poser dans leur nouveau lieu d'affectation et de remplacer sans trop de scrupules la plaque ou le cartouche du facteur d'origine par sa propre marque sur la console. De plus, on doit à cette Maison le dépôt de nombreux brevets dans différents domaines. Voici, par ordre chronologique, une liste non exhaustive de quelques travaux réalisés par cette entreprise qui fournissait aussi en tuyaux d'autres maisons de facture d'orgues.

 

- Vers 1870, Dardilly-le-Bas (Rhône), église saint Jean-Marie-Vianney, orgue neuf (16 jeux, deux claviers, pédalier).

 

- 1872, Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), église de la Nativité de la Vierge, orgue neuf (6 jeux, un clavier, pédalier en tirasse).

 

- 1878, Dourgne (Tarn), Abbaye d'En-Calcat, orgue neuf (16 jeux, deux claviers, pédalier), transféré en 1937 dans l'église du Sacré-Coeur d'Aurillac.

 

- Vers 1880, Lyon (Rhône), église Saint-Denis de la Croix rousse, orgue neuf (15 jeux, deux claviers, pédalier).

 

- 1880, Lyon (Rhône), église Saint-Louis-de-la-Guillotière, orgue neuf (12 jeux, deux claviers, pédalier).

 

- 1887, Voiron (Isère), orgue neuf (?).

 

- 1888, Lyon (Rhône), église Saint-Joseph-des-Brotteaux, orgue neuf (13 jeux, deux claviers, pédalier).

 

- 1889, Villeneuve-la-Guyard (Yonne), église, orgue neuf.

 

« VILLENEUVE-LA-GUYARD (Yonne), 24 août - Dimanche dernier, S. Em. Mgr le cardinal archevêque de Sens bénissait, à Villeneuve-la-Guyard, de grandes orgues dont le mécanisme et l'harmonie font honneur à un jeune facteur lyonnais de bel avenir, M. Guetton-Dangon.

Un fort remarquable discours sur l'art chrétien a été prononcé par M. l'abbé Brettes, chanoine de Notre-Dame de Paris. Un succès de plus à ajouter à ceux que le sympathique orateur obtient dans les grandes chaires de la capitale.

M. l'abbé Geispitz, maître de chapelle de Notre-Dame de Paris, M. Auguste Convert, organiste de Saint-Martin-d'Ainay et professeur au Conservatoire de Lyon, étaient au clavier ; c'est dire tout le succès de cette solennité musicale. »

(Le Figaro, 25 août 1889, p. 3)

 

- 1890, Louhans (Saône-et-Loire), église Saint-Pierre, orgue neuf (13 jeux, deux claviers, pédalier).

 

- 1894, Lyon (Rhône), église Saint-Georges, relevage et agrandissement de l'orgue Merklin.

 

« Bénédiction des orgues de la paroisse de Saint-Georges.

Un salut solennel a été donné, jeudi, 20, en l'église Saint-Georges ,à l'occasion de la bénédiction et de l'inauguration du nouvel orgue de cette paroisse reconstruit et perfectionné par la maison Guetton-Dangon, de Lyon.

Cette cérémonie, présidée par MM. les vicaires généraux, Mgr Déchelette et Mgr Jeannerot, a été on ne peut plus brillante. L'église, artistement ornée et magnifiquement illuminée, était remplie par un public choisi et religieux.

Après la bénédiction de l'orgue, donnée par Mgr Déchelette, M. Auguste Convert, l'habile professeur au conservatoire et l'organiste très apprécié de la paroisse de Saint-François et du collège Saint-Joseph, a fait de suite ressortir les remarquables qualités de cet instrument, en jouant, avec la finesse de son talent et la distinction de son jeu, un célèbre morceau classique de Bach.

Le R. P. Plantier, S. J., dans un langage élégant et élevé, a prononcé une allocution à la fois pleine de cœur et d'à-propos. Après avoir tout d'abord adressé des remerciements bien mérités au clergé paroissial, aux artistes et à l'excellent facteur d'orgues, il a rappelé l'origine, les développements et l'histoire de l'orgue, indiquant en passant sa part dans la vie du chrétien, il a montré que cet instrument sacré ne doit cependant être que l'écho et l'accompagnement des sentiments de l'âme. Et, en terminant, il a souhaité à ses auditeurs cette harmonie et cet accord parfait plus nécessaires encore à la beauté de l'âme qu'à celle de l'orgue.

La maison Guetton a pu conserver à l'élégante tribune son cachet et laisser assez d'espace à un chœur de 25 à 3o musiciens.

La bénédiction du Saint-Sacrement a terminé cette fête, qui restera aux bonnes pages de l'histoire de Saint-Georges. »

(Semaine Religieuse du diocèse de Lyon, 30 novembre 1894, p. 125-126).

 

- 1895, L'Arbresle (Rhône), église Saint-Jean-Baptiste, orgue neuf (15 jeux, deux claviers, pédalier).

 

- Date inconnue, Casablanca (Maroc), église Notre-Dame-de-Lourdes, orgue (probablement Merklin) à l’origine posé dans un lieu inconnu puis transféré au Sacré-Cœur de Casablanca dans les années 1930 et enfin dans l’église ND-de-Lourdes.

 

En guise de conclusion, voici un témoignage d’époque sur la manufacture Guetton-Dangon :

 

« La fabrication instrumentale est peut-être celle où l’esprit humain s’est manifesté le plus en toute sa grandeur. Que d’application n’a-t-il pas fallu, en l’espèce, pour arriver à ces merveilles d’interprétations qui font l’admiration des amateurs. C’est ce que je me répétais hier en visitant l’atelier tout artistique de M. Guetton-Dangon le constructeur de ces nouvelles orgues qui ont obtenu un si franc succès d’applaudissements à Voiron, succès qu’ont signalé tous nos confrères de la presse régionale.

L’orgue avait toujours présenté jusqu’ici de graves inconvénients et laissait beaucoup à désirer au point de vue de la facture.

Nous pouvons à cette heure affirmer qu’avec les modifications apportées par M. Guetton-Dangon à la construction et pour ainsi dire à la structure même de l’orgue, celle-ci est devenue d’une perfection achevée. Point de résistance dans les touches, homogénéité grandiose du son, vibration pleine de sonorité, par conséquent exécution rapide, tels sont les résultats obtenus et ils sont beaux.

Dans notre chronique habituelle sur les choses de l’art, nous n’avons pu résister au désir de faire part à nos lecteurs de cette rénovation des orgues appelées à devenir des véritables interprétateurs des pensées sérieuses. Nos lecteurs nous en sauront gré.

N’oublions pas non plus, de faire remarquer, que nous avons, rue Dugesclin, 4, de superbes harmoniums à la sonorité pleine, à la structure coquette, et que nous nous serions fait un reproche de ne pas citer ici.

En somme M. Guetton-Dangon est un chercheur, et nous ne doutons pas un seul instant, que le succès le plus complet ne réponde à son attente. »

(L’Etoile artistique, 16 août 1887, p. 2)

Olivier Geoffroy

(mai 2021)

 

 

NDLR. : Jean Louis Guetton, dit Guetton-Dangon, est né le 9 octobre 1845 à Lyon, fils d’un tapissier lyonnais. Mécanicien et ancien 1er ouvrier de la Maison Merklin avant d’ouvrir son propre atelier de facture d’orgues, décédé le 3 février 1931 à Lyon, il avait épousé dans cette même ville, le 29 avril 1871, Marie Madeleine Dangon, apprêteuse, née le 7 décembre 1839 à Lyon.

 

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