Jean-Claude GUIDARINI

(1961 – 2020)

 

Jean-Claude Guidarini
Jean-Claude Guidarini
(Photo Michel Baron, juin 2004) DR.

 

 

Le Vendredi saint 10 avril 2020, à l’hôpital Joseph Ducuing de Toulouse, s'est éteint l'organiste Jean-Claude Guidarini à l'âge de 58 ans, des suites d'une longue maladie. Il tenait l'instrument Puget (1878, 42 jeux) de l'église Notre-Dame du Taur à Toulouse depuis 1990, et celui Cavaillé-Coll de la basilique Saint-Sernin depuis 2007. Né à Rodez (Aveyron) le 30 juillet 1961, dans une famille d’origine italienne, il avait été élève de Willem Jansen et Michel Bouvard au Conservatoire National de Région de Toulouse (1987 à 1991) où il obtenait une médaille d’or à l’unanimité en 1990. Passionné par la facture, il avait suivi auparavant une formation au « Laborio restauro organi » du Palais Pitti à Florence (1981-1984) et était devenu un grand spécialiste des Puget, facteurs d’orgues toulousains, sur lesquels d’ailleurs il organisera une exposition à Lavaur (Tarn) en 2001, puis en 2008 à la Médiathèque Cabanis de Toulouse. Lui-même nous avait déclaré un jour être « un véritable passionné de l’orgue au 19ème et au début du 20ème siècle », étant sans cesse à la recherche de partitions méconnues de cette période. Boëly, Lefébure-Wély, Batiste, Hocmelle, Chauvet, Ropartz, Tournemire, Büsser, entre autres, figuraient couramment à ses récitals. Son vaste répertoire éclectique lui permettait de produire en récital tant à l’étranger, toujours avec succès, notamment à Florence, Tarragone, Burgos et au Canada (Chicoutimi, Rimouski), qu’en France où il fut l’invité de nombreuses manifestations organistiques, tel le festival annuel « Toulouse les orgues » qu’il suivait régulièrement.

 

Tout d’abord professeur d'orgue dans son Auvergne natale, au Conservatoire de Millau (1987), il avait tenu à cette époque et durant quelque temps l’orgue Puget (1896) de l’église Saint-Jean-Baptiste à Espalion (Aveyron). Plus tard, alors enseignant à l'Ecole de Musique de Lisle-sur-Tarn (Tarn) ainsi qu’à celle de La Salvetat Saint-Gilles (Haute-Garonne) où il assurait la direction pédagogique, Jean-Claude Guidarini poursuivait sa carrière d’organiste à Toulouse en tant que cotitulaire de l’orgue Puget (1880, 40 jeux) de l’église Notre-Dame du Taur à partir de juin 1990, et suppléant de son maître Willem Jansen à l’orgue Poirier et Lieberknecht (1864, 33 jeux) de la basilique Notre-Dame de la Daurade (1992 à 1994). Puis, en juin 1994 il succédait à Anne-Lise Labrusquière au grand orgue Cavaillé-Coll (1876, 32 jeux, buffet classé M.H. en 1974) de la cathédrale Saint-Alain à Lavaur (Tarn), qui venait d’être restauré. Cette paroisse ayant fusionné en 1964 avec celle de Saint-François, il toucha aussi l’instrument Théodore Puget (1865, 22 jeux) de cette église, se partageant là les claviers avec Paulette Reilhac. Mais, en 2007 il fut victime d'une vilenie de la part du Curé de cette cathédrale. En effet, cet ecclésiastique, grand amateur de guitare et de CD, ne supportait pas le son de de l’instrument-roi, et après avoir mené la vie dure à son organiste, finit par le licencier pour faute à compter du 27 mars 2007. Les motifs invoqués étaient des plus ridicules, démontrant par la même occasion l'inculture totale de ce vénérable prêtre. En voici quelques-uns relatés autrefois par Jean-Claude Guidarini lui-même : « vous jouez et accompagnez trop fort », « vos sorties sont tonitruantes et assourdissantes à de rares exceptions près », « depuis mon arrivée à Lavaur, vous avez amené les animateurs de chant qui chantaient juste, à chanter faux » (!!!) et le meilleur pour la fin : « votre personne inspire l'appréhension et la peur. » Cette situation se termina devant les prud'hommes,  mais, à l'évidence, elle marqua profondément Jean-Claude Guadarini, tout comme l'avaient été autrefois Alexandre Boëly, renvoyé en 1851 de Saint-Germain-l'Auxerrois pour sa « musique trop grave, trop religieuse et pas assez divertissante », Alexandre Guilmant en 1871 de la Trinité, Omer Letorey (1er Grand Prix de Rome) en 1928 de Saint-Honoré-d'Eylau, pour sa « mauvaise interprétation du plain chant »..., et plus récemment Bruno Beaufils en 2006 de Notre-Dame d'Evreux, Jean-Paul Imbert en 2007 de Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours (Paris), Henri-Franck Beaupérin en 2016 de la cathédrale Saint-Maurice d'Angers, Chantal de  Zeeuw en 2017 de la cathédrale Saint-Sauveur d'Aix-en-Provence[1]... Dépité, Jean-Claude Guidarini poursuivit néanmoins son service à Notre-Dame du Taur, poste qu’il va occuper jusqu’à son décès, soit durant 30 ans et où il aura notamment pour cotitulaire Emmanuel Pélaprat. Au cours de cette même année 2007 de son retour à Toulouse, il était aussi accueilli par Michel Bouvard parmi les cotitulaires du grand orgue Cavaillé-Coll (1889, 54 jeux) de la basilique Saint-Sernin. A Lavaur, c’est Benoît Tisserand qui lui a succédé en 2006.

 

Passionné par toutes les musiques, même si le 19e siècle est toujours resté son domaine de prédilection, il a publié plusieurs éditions en fac-similé : la première édition du Livre d’Orgue de Toulouse (anonyme, 18e siècle) parue en 1994 dans la revue toulousaine Orgues méridionales, dont il était le rédacteur en chef, deux anthologies du Musée de l’Organiste de Georges Schmitt (id., 1995) et de l’Organiste Moderne de Lefébure-Wély (id., tome I 1996 et tome II 1997), ainsi que l’Exercice journalier pour le doigter du clavier à mains et des pédales de l’orgue de Clément Loret (id., 1992) et la traduction française du 1er livre et transcription moderne de toutes les pièces d’orgue d’Il Transilvano de G. Diruta (id., 1989), et réédité des écrits : le Traité anonyme français de facture d’orgue (fin 17e, début 18e) conservé à la Bibliothèque du Conservatoire Martini de Bologne, avec une traduction, des planches et des commentaires (Orgues méridionales, 1984), la Causerie sur le grand orgue de la maison Cavaillé-Coll à Saint-Ouen de Rouen de C.-M. Philibert (Tribunes, n° 3, Orgues méridionales, 1997), des textes de Berlioz et Joseph Régnier sur L’Orgue (id., n° 4 et 5, 1998)…  Il a aussi participé à la rédaction d’études sur divers instruments, parmi lesquels L’Orgue Jürgen Ahrend des Augustins, Toulouse (numéro spécial 14/15 des Orgues méridionales, 1981), l’Orgue de la basilique Notre-Dame d’Alençon (Le Mans, Editions de la Reinette, s.d.) et écrit des notices pour des livrets de CD d’orgue édités par Sony/RCA : Dupré par Yves Castagnet (1991), Jean-Adam Guilain par François Espinasse (id.), Jean-Sébastien Bach par le même (id.), Bach par Luc Antonini (id.), Schumann par Olivier Latry (id.), Duruflé par Jean-Pierre Lecaudey (1992), Couperin par Michel Bouvard (id.), Carl Philipp Emmanuel Bach par François Espinasse (1993), Récital à Notre-Dame de Paris par Olivier Latry (id.), Vierne par Yves Castagnet (id.), Mendelssohn par le même (1994). Lui-même a enregistré en 1995 à l’orgue de l’Institut catholique de Toulouse des pièces de H. Scheidemann, F. Tunder, G. Frescobaldi, G. Boehm, D. Buxtehude, J.S. Bach et 3 danses du Mulliner Book (Disque IMS, 1996). A son actif, on se doit encore de mentionner deux autres écrits publiés dans Orgues méridionales : L’Orgue de la Badia di S. Maria e S. Stefano à Florence. Aperçu sur la facture d’orgues en Toscane à la Renaissance (1983) et Les Orgues restaurées de la basilique Notre-Dame de la Daurade à Toulouse (1992).

 

Mais, derrière l’artiste qui aimait à mettre en exergue ce mot de Gounod : « L’art n’est esclave d’aucune formule, et le triomphe des maîtres de génie est précisément de s’en être affranchis » et n’appartenait à aucune chapelle, il y avait l’homme auquel nous rendons hommage : affable, humble, fidèle et plein d’humour, mais encore fin cuisinier et photographe passionné. Néanmoins, il était aussi capable d’être intransigeant quand il s’agissait de défendre ses positions dans la facture d’orgues considérant que toute restauration n’est pas toujours appropriée. A ce propos, il citait volontiers Cocteau : « La mode, c’est ce qui démode ». Concernant la facture, on lui doit aussi une active participation avec le facteur Jean Daldosso, de Gimont (Gers), dans la construction d’instruments nouveaux et innovants, entre autres en 2004 celui du Temple du Salin à Toulouse (2 claviers, 24 jeux) qu’il inaugura lui-même, en compagnie de Frédéric Blanc, les 24 et 25 septembre 2005, et en 2009 celui de l’église Saint-Vincent de Xaintes à Urrugnes (Pyrénées Atlantiques), 4 claviers, 47 jeux, inauguré par son ami, Michel Bouvard, le 9 octobre 2009.

 

Les obsèques de Jean-Claude Guidarini on eut lieu le vendredi 17 avril à 15 heures en la basilique Saint-Sernin de Toulouse, avec au grand orgue Stéphane Bois, qui a joué en prélude à la cérémonie le Prélude funèbre de Guy Ropartz, Michel Bouvard et Willem Jansen, ainsi que, pour la partie chant, Jean Persil et la soprano Nicole Fournié avec laquelle il s’était souvent produit en concert.

 

Denis Havard de la Montagne



[1] Dans ce même sujet, il est difficile de résister à ne pas citer ici celui auquel nous décernons la palme d'inculture et autre anhédonie musicale : ce n’est pas un prêtre, mais un Préfet de la République ! Le 12 septembre 2010, à la sortie de la messe de la cathédrale d’Angoulême l'organiste Frédéric Ledroit, qui venait de jouer l'admirable Fugue en sol mineur de Bach, se vit tancer en ces termes par ledit Préfet (de la Vienne) : "Vous m’avez empêché de prier ! Ce que vous jouez est cauchemardesque", et d'ajouter "J’avais espéré une heure de recueillement, j’ai eu une heure de bruit." Assurément, si ce représentant de l'Etat avait été l'employeur de cet organiste, celui-ci était renvoyé sur le champ ! Quant à assimiler la musique du Bach à du bruit, nous laissons juge nos lecteurs !..

Cathédrale de Chicoutimi
Chicoutimi (Québec), dans le cadre de la série des Concerts d'été de la cathédrale Saint-François-Xavier, invité par Céline Fortin, la titulaire, le 29 juin 2004 Jean-Claude Guidarini se produit en récital à l'orgue de tribune Casavant (1922, 3 claviers et pédalier, 60 jeux, traction électro-pneumatique) dans des oeuvres de Hocmelle, Chauvet, Lefébure-Wély, Ropartz, Tournemire, Jean Bouvard et Audio lecteur Windows Media Alexandre Boëly, FugueAudio lecteur Windows Media Jean-Sébastien Bach, Marche du veilleur de nuit, extraite de Bach's memento, "orchestration" de Charles-Marie Widor,
 Audio lecteur Windows Media Hector Berlioz, Marche hongroise, transcription par Henri Büsser
(photos et enregistrement numérique Michel Baron) DR.



Jean-Claude Guidarini avait initié la coutume d'utiliser la projection directe sur écran pendant les concerts d'été. À droite, on aperçoit l'organiste Josée April qui l'assistait. À noter que l'écran était visible de ses deux côtés.
(photos Michel Baron) DR.


De gauche à droite: Céline Fortin (organiste titulaire de la cathédrale de Chicoutimi), Michel Baron (professeur d'écriture retraité du Conservatoire de musique du Québec à Saguenay),
Josée April (organiste titulaire de la cathédrale Saint-Germain de Rimouski), Jean-Claude Guidarini, Luc Beauchemin (altiste du Quatuor Saguenay)

(photos X...) DR.
 

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