GEORGES HUMBRECHT
(1927 - 1983)

Georges Humbrecht
Georges Humbrecht
dans les années 1970
( photo Hélène Gabor-Humbrecht )

Georges Humbrecht
Georges Humbrecht
à l'âge de 22 ans
( coll. Hélène Humbrecht-Gabor )

Dernier maître de chapelle de l’église Saint-Sulpice (Paris), Georges Humbrecht est né le 27 novembre 1927 à Metz, d'un père issu d'une famille alsacienne de vignerons installée à Saint-Hippolyte (Haut-Rhin) et d'une mère messine. Son goût naturel pour la musique va rapidement se développer grâce aux leçons de piano que reçoit sa sœur, son aînée de 4 ans, dont il profite largement. Jeune adolescent il rentre au conservatoire de sa ville natale où l'avait d'ailleurs précédé son compatriote Gabriel Pierné, plus d'un demi-siècle auparavant. Georges Humbrecht bénéficie là de l'enseignement de Rudolf Müller-Chappuis dans sa classe de piano. Ce dernier, remarquable musicien, né de père allemand, était doté d'une grande culture. Il venait d'Heidelberg où il retournera d'ailleurs quelques années plus tard après avoir enseigné au Japon. C'est de cette période que date le goût prononcé de Georges Humbrecht pour la musique de Fauré qu'il interprétait souvent au piano.

Jean Giono et Georges Humbrecht
Jean Giono (à gauche) à Gréoux-les-Bains recommandant à Georges Humbrecht un intinéraire de promenade en vélosolex à travers sa chère provence, en 1957, année de parution de son roman Le Bonheur fou.
( coll. Hélène Gabor-Humbrecht )

En 1946, Georges Humbrecht quitte Metz pour s'installer à Paris où il réussit la première épreuve du concours d'entrée dans la classe de piano du Conservatoire national de musique, mais néglige de se présenter à la seconde épreuve! Les années suivantes le voient tout d'abord effectuer son service militaire au Maroc, puis à Saigon et entreprendre un séjour d'une année à Heidelberg afin de se perfectionner auprès de son maître Müller-Chappuis. En 1950 il revient à Paris où il s'installe définitivement et épouse Hélène Gabor, pianiste et professeur dans des conservatoires municipaux parisiens, qui lui donnera un fils (1958) et une fille (1961) morte enfant. Il entre enfin au Conservatoire national supérieur de musique dans la classe d'accompagnement de Nadia Boulanger, puis dans celle d'esthétique de Roland Manuel où il obtient en 1959 son diplôme avec une thèse sur la Consonance et dissonance. Il prépare parallèlement le concours de professeur de musique dans les lycées qu'il réussit en 1956 et peut désormais enseigner au lycée Henri IV, dans le cinquième arrondissement, puis en 1967, au lycée Michelet de Vanves (Hauts-de-Seine). En 1966, il avait pris un congé afin de passer une licence libre (ethnologie, histoire des religions, linguistique générale)1.

Classe d'accompagnement de Nadia Boulanger au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris en 1956.
Classe d'accompagnement de Nadia Boulanger au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris en 1956. Parmi les élèves : la pianiste turque Idil Biret (assise au premier plan) et l'organiste Georges Humbrecht (debout devant la fenêtre). Au piano: Dominique Merlet.
( coll. Hélène Gabor-Humbrecht )
Georges Humbrecht aux grandes orgues de l'église St-Sulpice
Georges Humbrecht
aux grandes orgues de l'église St-Sulpice
( coll. Hélène Humbrecht-Gabor )

Avant d'être reçu à Saint-Sulpice en 1961, tout d’abord comme organiste accompagnateur avant de succéder à Pierre Doury au poste de maître de chapelle, Georges Humbrecht avait pris soin d’étudier le chant grégorien à l'Institut Catholique auprès d’Auguste Le Guennant et Henri Potiron, et l’orgue avec Edouard Souberbielle. Dans cette église il entreprit à partir de 1964 un long travail de composition pour la nouvelle liturgie en langue française, aidé par le Père Paul Cneude qui s'occupait de la traduction des textes. Mais de caractère assez indépendant et même parfois un peu trop irascible, tout comme son prédécesseur Charles Pineau, Georges Humbrecht s'attira certaines inimitiés qui l'obligèrent à abandonner en partie ses fonctions de maître de chapelle, tout en conservant le titre, puis en 1977, de démissionner de son poste d'organiste de chœur. Il est décédé le 5 juin 1983 à la clinique Mozart, terrassé par un infarctus.

Chorale de St-Sulpice avec Georges Humbrecht aux claviers
Répétition de la chorale de St-Sulpice avec Georges Humbrecht aux claviers, années soixante
( coll. Hélène Gabor-Humbrecht )

Admirateur de Marcel Dupré, celui-ci l'autorisa à enregistrer ses "uniques et inoubliables improvisations de chaque Dimanche matin à Saint-Sulpice, et certains de ses récitals" qu'il publia ensuite sous la forme d'une série de disques 33 tours à partir de septembre 1971. L' Association des Amis de l'Art de Marcel Dupré2, fondée par ses soins un an auparavant, l'aida efficacement dans cette tâche. En 1971, pour le 85ème anniversaire du Maître il avait monté son admirable De profundis pour chœur à 4 voix mixtes, soli, orgue et orchestre, op.17, écrit en 1917 à la mémoire des soldats morts pour la France. Le professeur Jean Guerre, directeur de la chorale liturgique de Sainte-Clotilde (fondée en 1970) rapporte3 qu'aux " claviers de l'orgue de chœur, il vivait pleinement; il avait une imagination et une fantaisie incomparables pour accompagner les pauvres mélodies que l'on chantait alors; il arrivait à les rendre supportables; dans ses bons jours, il s'amusait à en accentuer le caractère vulgaire mais redevenait vite sérieux et serein dès qu'il s'agissait de Grégorien ou du Pater. ", et ajoute : "...Je me souviens d'un jour où il avait joué quelques variations de la Partita en sol mineur "Sei gegrüsset "; après la fin de l'office avec quelques amis je lui demandai de continuer et pus ainsi entendre la si difficile 10ème variation puis l'admirable final à 5 voix où l'organo pleno remplissait Saint Sulpice vide et sombre ". Et de terminer par : " Georges Humbrecht n'était pas qu'un chef de chœur. Excellent pianiste, il jouait Fauré qu'il adorait; quelques mois avant sa mort il avait entrepris d'apprendre par cœur le Clavecin bien tempéré..."

Rappelons également que Georges Humbrecht a donné de nombreux récitals de piano, parfois à 4 mains avec son épouse ou encore avec Müller-Chappuis, notamment à la Radio de Stuttgart. Il a laissé de nombreuses compositions, parmi lesquelles une Messe en français et des psaumes qu'il donnait à Saint-Sulpice, notamment à Noël 1970. On lui doit également un ordinaire de la messe en français parmi lequel un Gloire à Dieu, un Sanctus et l’Agneau de Dieu édités sur fiches de chant ; et surtout une œuvre importante pour plusieurs années de liturgie, non éditée à ce jour. Georges Humbrecht a été aussi le principal collaborateur de Roland Manuel pour son Histoire de la musique de la Pléiade publiée chez Gallimard.

Georges Humbrecht fut le dernier maître de chapelle de Saint-Sulpice, son poste ayant été supprimé à son départ en 1977.

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE

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1) Nous remercions Mme Hélène Humbrecht d'avoir bien voulu nous ouvrir ses archives. [ Retour ]

2) L'Association des Amis de l'Art de Marcel Dupré, reconnue d'utilité publique par décret du 21 juillet 1975, a actuellement son siège 8 rue Emile-Gilbert, 75012 Paris et possède un site Internet : www.adevnet.fr/mdupre. Elle édite en outre un bulletin, propose à la vente des livres sur Dupré et des enregistrements anciens sur disques vinyles 33 tours. [ Retour ]

3) Bulletin de l'Association des Amis de l'Art de Marcel Dupré, année 1984, qui nous a été aimablement communiqué par son secrétaire général M. Bruno Chaumet. [ Retour ]

 


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