JEAN HURÉ

Jean Huré au grand orgue de l'église Saint-Augustin à Paris, vers 1928
( photo X..., in Bulletin paroissial de Saint-Augustin, janvier 1936, coll. DHM )

 

Fille de la douleur, Harmonie! Harmonie!
Qui nous vins d'Italie, et qui lui vins des cieux!
Alfred de Musset

 

Quelque tardif qu'il apparaisse, c'est un devoir de rendre ici, la mémoire de l'éminent artiste que fut Jean Huré, l'hommage qui lui revient.

A la lumière des faits et avec le recul du temps, ses admirateurs seront plus affermis et les autres plus équitables car, si la critique est aisé, l'art est difficile1 (Truisme que Saint-Saëns transcrivait approximativement ; la critique est Thésée et l'art est Hippolyte, qu'une cabale fit périr.)2

" Jean Huré était un grand diable d'homme, la carcasse rude, taillée à la serpe. Un nez d'oiseau de proie coupait en deux son franc visage où luisaient des yeux d'enfant très bleus et étonnés. Il souriait peu, mais avec beaucoup de charme, On l'aimait. "3

II était né à Gien (Loiret), le 17 septembre 1877. Après avoir terminé ses études littéraires et musicales, il vint à Paris ne sachant pas, à dix-huit ans, s'il embrasserait la carrière médicale ou la carrière artistique. Le séjour dans la capitale détermina aussitôt sa vocation qui ne l'inclina pas vers le plus lucratif avenir : il resta pauvre et désintéressé. A cette époque, il avait déjà écrit une œuvre très marquante, sa Sonate en fa dièse mineur pour piano et violoncelle, remplie de fraîcheur mélodique et de trouvailles harmoniques, indice de dons magnifiques.

Travailleur acharné, chercheur, méditatif, autodidacte, tout ce qui touche l'Art en ses divers domaines l'attira et le passionna en dépit d'une santé délicate qui, ne pouvant résister à pareil labeur, engendra fatalement le drame de sa vie. Pianiste, organiste, compositeur, professeur, musicologue, théoricien, acousticien, critique, conférencier, directeur de revue, être tout cela, y atteindre la virtuosité, et... valétudinaire, traîner sa vie. Quel fantastique et pathétique destin!

Les plus désespérés sont les chants les plus beaux
Et
j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots. 4

 

Aussi, son bagage musical se distingue-t-il autant par la qualité que par la quantité. La seule nomenclature de ses œuvres vocales, lyriques, instrumentales, symphoniques, théâtrales et didactiques prendrait plusieurs pages.

Sa musique de chambre, qui comprend principalement deux sonates pour piano, deux sonates pour piano et violon, trois sonates pour piano et violoncelle, deux quatuors à cordes, un quintette et nombre de mélodies, atteint une haute valeur et semble constituer la meilleure part de sa production.

Ses œuvres d'orchestre, concertos et symphonies ont été jouées ainsi que les précédentes dans les grands concerts à Paris, en province et à l'étranger.

Le Bois Sacré, pièce lyrique, a été représenté avec succès à l'Opéra-Comique. Quant à son grand opéra, Hypatie, il reste inédit.

Parmi ses ouvrages didactiques, ses Dogmes musicaux, rédigés à vingt-sept ans, présentent encore aujourd'hui un véritable intérêt sous la forme de persiflage d'un certain état d'esprit routinier; son Technique du piano a révélé une très vive intuition des possibilités nouvelles dans l'exécution pianistique.

Par définition, tout article biographique concernant un organiste suppose comme objectif principal la présentation, en ses différents aspects, du musicien d'église et aussi de ses œuvres de musique sacrée. Or, disons-le tout de suite, Jean Huré, mort prématurément à cinquante-trois ans, a été enlevé au moment où, après avoir dispersé son talent, il allait pouvoir donner toute sa mesure comme organiste. Il n'a donc laissé que quelques pièces d'orgue définitives : communion, offertoires, toccata, dix pièces pour harmonium, trois messes, et deux ouvrages didactiques : La Technique de l'orgue et l'Esthétique de l'orgue, ouvrages sur lesquels M. André Fleury, le très distingué successeur de Jean. Huré à la tribune de Saint-Augustin, formule cette appréciation : " ... ouvrages considérables dans lesquels l'auteur, traitant de l'orgue sous toutes ses formes, de la musique d'orgue, de l'interprétation et de l'improvisation, fait preuve d'un sens artistique très aigu et expose avec une grande clarté ses idées et ses principes dont un grand nombre intéresse non seulement les organistes mais tous les musiciens soucieux de leur art. L'Esthétique de l'orgue, mises à part quelques pages purement techniques, serait d'une lecture particulièrement recommandable aux amateurs de musique, cet ouvrage faisant connaître la physionomie véritable de l'orgue et détruisant ainsi certains préjugés dont il souffre... avec ceux qui ont la charge d'en jouer. "

Jean Huré avait rempli les fonctions d'organiste à la cathédrale d'Angers; à Paris, au grand orgue de Saint-Martin-des-Champs, puis comme suppléant, concurremment avec Saint-Saëns, au grand orgue de Saint-Séverin, dont Périlhou était titulaire. Différentes inaugurations d'orgues, sa revue L'Orgue et les Organistes, l'avaient placé en évidence et lui valurent la succession, à Saint-Augustin, d'Eugène Gigout, organiste illustre, " improvisateur étonnant, pittoresque, éblouissant. " 5

Jean Huré se tira à son honneur d'un si redoutable et glorieux héritage.

Par ailleurs, critique dénonçant les abus, séparant l'ivraie du bon grain, démolissant les sophismes, il rencontra, des adversaires enclins à voir injustement en lui un pédagogue ou un paradoxal.

Un de ses amis intimes l'explique ainsi : " Aujourd'hui, Huré dit blanc, demain, il dira noir. En fait, je l'ai entendu souvent contredire les admirateurs et les détracteurs d'une même œuvre, avec autant d'âpreté les uns que les autres. Il ne le faisait que par réflexe et seulement pour marquer qu'un point de vue excellent peut devenir faux lorsqu'il est soutenu par un défenseur non qualifié. Il donnait l'impression, même dans ses boutades, de fixer des sentences pour l'éternité "6 II aimait aussi se montrer humoriste : " Malheureux, vous étiez dimanche à Paris, et vous n'êtes pas venu à Saint-Séverin? Pensez donc, Saint-Saëns a improvisé une fugue et, en faisant la stretta il a introduit, en majoration, un thème qu'il venait d'entendre chanter en bas par le chœur, à peu prés dix minutes auparavant. Et il regardait son interlocuteur comme un criminel qui pouvait être sûr de sa punition... "7

D'autre part, à défaut d'une audition d'œuvres musicales, goûtons ce paragraphe où l'on reconnaîtra la sensibilité, la délicatesse du lettré, du poète et du musicien :

" Les Allemands aiment surtout la musique qui émeut violemment; les Russes, la musique qui danse et rêve dans une rutilante atmosphère de féerie; les Italiens, la musique qui pleure à grands sanglots, sans douleur profonde et qui rit aux éclats, sans bonheur réel, mais chante avec abondance et facilité.

" Nous, nous aimons la musique qui berce, qui console, qui est douce comme notre doux parler. Nous n'aimons pas que celle-là...; il nous faut aussi, parfois, pour un contraste d'un instant, de ces élégantes et sveltes violences, si différentes des violences germaniques; des gaîtés plus fines que la gaîté italienne et des sanglots plus contenus que les sanglots italiens; des bondissements plus onduleux, plus sobres que ceux des ballets russes. Mais, surtout - et, de grâce ne nous en défendons pas car pourquoi lutter contre nos chères joies? - nous aimons, dans l'œuvre musicale, la sérénité, le recueillement, le charme...

" Notre idéal esthétique est Le Bonheur. "8

Parmi tant d'autres voici une anecdote assez piquante et, en outre, caractéristique du snobisme du public.

Il y a plus d'une trentaine d'années avait lieu, salle Erard, un concert comportant l'œuvre à grand orchestre d'un jeune compositeur d'avant-garde et dirigé par l'auteur. L'exécution de la première partie très dissonante avait été fraîchement accueillie, puis le final, renchérissant encore, s'était achevé dans une cacophonie indescriptible. Lors de la nomination de Jean Huré à Saint-Augustin, le soussigné risquant, près de son collaborateur, une transparente allusion, reçut sa confidence : " Ce fut, au cours de mon existence, quelques minutes d'angoisse inexprimable du fait que les cuivres avaient perdu la mesure et que les copies d'instruments manquaient de points de repère. Après maintes tentatives inutiles, je parvins seulement au dernier accord à redresser la débandade de l'orchestre. Je m'attendais donc à des huées et à des sifflets, mais le public, éberlué par le vacarme, entraîné par les bravos de quelques amis, me gratifia d'une salve d'applaudissements si inopinée que, croyant à une manifestation d'ironie, je m'enfuis loin du cataclysme comme un fou, comme un rescapé. " Le final avait rendu des effets de vraie polytonalité et, sans le vouloir, l'auteur s'était posé, classé en précurseur!

Passant du grave au doux, du plaisant au sévère, nous allons reproduire quelques lignes extraites de l'analyse d'un Libera me Domine, au répertoire de [l’église] Saint-Augustin, et qui fut interprété solennellement, coïncidence singulière, aux obsèques de son éloquent commentateur quelques mois plus tard.

" …Pour en revenir aux questions purement techniques, remarquons la sobriété des premières mesures, où le tragique est obtenu par des moyens élémentaires, d'un effet poignant. L'harmonisation du solo de baryton qui suit est ingénieuse et émouvante ; la polyphonie s'organise aux voix dans un crescendo saisissant où, sur ces mots Quando coeli movendi sunt et terra les premières mesures de l'ouvre reviennent fortissimo aux instruments et aux voix. Ici, une trouvaille. L'orgue d'accompagnement, seul, avait, jusqu'alors soutenu les voix et l'orchestre. Or, sur les mots per ignem le grand orgue éclate en grand chœur et, durant une mesure prochaine, résonnera, isolé, préparant le pianissimo de la supplication Requiem aeternam, reprise par les chœurs et l'orgue d'accompagnement.

" …A la fin, le Kyrie du plain-chant est chanté sur des harmonies absolument inattendues et d'une conception très neuve, infiniment musicale... "

Ainsi, à ses claviers, Jean Huré priait et aidait à prier en réalisant ses nobles inspirations.

A sa table de travail, sa plume, alerte et vigoureuse, s'appliquait à étendre au loin, par le ministère de la presse, la haute mission dont il se sentait investi.

" Une noble pensée est semblable à une âme, une âme est semblable à Dieu, et plus il y en a plus c'est beau. "

Grand artiste, profond érudit, représentatif de l'Ecole Moderne de la Musique Française, Jean Huré fut aussi une sorte d'initiateur et - pris évidemment dans le meilleur sens du terme - d'illuminé, dont l'âme, assoiffée d'idéal réalise maintenant et pleinement dans la divine béatitude du Requiem aeternam, entrevu ici-bas, d'inimaginables conceptions d'art, servies par la plus éthérée la plus sublime harmonie.

Armand Vivet
Maître de chapelle de St-Augustin, Paris 9
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1) Destouches, Le Glorieux, comédie. [ Retour ]

2) Hippolyte n'ayant pas répondu aux avances de Phèdre, sa belle-mère, celle-ci le fit tuer par Neptune. Asclépios le rappela à la vie. Myth. [ Retour ]

3) Yves Dantu, Le Petit Parisien, 30 janvier 1930. [ Retour ]

4) Alfred de Musset. La nuit de mai, La Muse et le Poète. [ Retour ]

5) Charles Tournemire, Le Monde Musical : La Classe d'orgue au Conservatoire, avril 1930. [ Retour ]

6) Diran Alexanian, Le Monde Musical, février 1930. [ Retour ]

7) Dr J. Levin, Le Monde Musical, février 1930. [ Retour ]

8) Jean Huré, Défense et illustration de la musique française, Angers, 1915. [ Retour ]

9) Article paru dans le Bulletin de la paroisse de Saint-Augustin, janvier 1936, pp. 10-14. Armand Vivet (1869-1956), élève de la Maîtrise de la cathédrale de Rouen, puis de Gigout à Paris, fut durant 68 ans maître de chapelle de l'église Saint-Augustin à Paris (1888 à 1956). [ Retour ]


Jean Huré

Au nombre des désirs que l'on ne réalise pas, n'avez-vous jamais eu celui de fréquenter et de connaître, mieux que la vie d'aujourd'hui ne le permet, un être d'élection avec lequel vous sympathisez à distance ? Ne vous êtes-vous pas promis souvent de le rechercher davantage, afin d'échanger avec lui idées et sentiments, à la faveur d'une soirée amicale ? Et le jour où la mort l'enlève, n'avez-vous pas eu enfin le poignant regret et presque le remords d'avoir cru que vous aviez le temps devant vous, et qu'en galant homme qu'il passe pour être, il amènerait tôt ou tard les entrevues souhaitées ? Evidemment c'est pour ceux que l'on aime et que l'on estime que l'on croit qu'ils seront toujours là, parce que nous le désirons ainsi. Or, c'est moi-même qui regrette amèrement aujourd'hui de n'avoir eu avec Jean Huré que des contacts dont nous déplorions mutuellement la rareté et la brièveté. Je venais de lui écrire en insistant vivement pour le voir, car j'avais à cœur de le remercier d'une touchante preuve d'estime qu'il venait de me témoigner avec la spontanéité généreuse qui le caractérisait. Le seul rendez-vous fut, hélas ! pour convier ses nombreux amis à lui adresser un suprême adieu le trente janvier, en l'Eglise Saint-Augustin, en laquelle il avait succédé à Eugène Gigout en 1925 comme organiste du Grand Orgue. Dans un recueillement ému, tous se remémoraient quel artiste d'âme et de cœur était Jean Huré, et combien son caractère sincère et indépendant avait présidé aux manifestations d'un talent aux multiples formes, dans lesquelles il se révélait toujours sensible et animé par les rayonnements d'une vie intérieure en harmonie avec une foi religieuse indéfectible. Il avait succombé à une pneumonie double à laquelle son mauvais état de santé chronique n'avait pu résister.

La cérémonie fut simple et belle ; la partie musicale fut un hommage confraternel infiniment éloquent et, lorsqu'à la tribune de l'orgue qui fut le sien nous entendîmes un violoncelle chanter admirablement une de ses compositions, ce fut comme un message de consolation et de paix que nous envoyait de l'au-delà celui pour lequel la vie ne fut pas toujours bonne et que la maladie avait tourmenté au point de l'empêcher de se manifester aussi pleinement que le souhaitaient ses admirateurs et amis.

Une des caractéristiques des plus attachantes de Jean Huré consistait en une sorte d'optimisme artistique, je dirais presque de naïveté qui faisait qu'il s'enthousiasmait pour toutes personnes ou tous actes où il entrevoyait des manifestants ou des manifestations du beau ou du vrai. Son esprit et son intelligence cultivés et sensibles ne ratifiaient pas toujours ses impulsions premières, mais on aimait à le voir aller de tout cœur en avant, advenant ce que pouvait ensuite. Ce qui aurait été un défaut en un esprit ordinaire devenait chez lui une qualité primordiale, car il obéissait sans s'en douter peut-être, à la maxime de Pascal disant qu'en toutes choses le mieux est de céder finalement au sentiment ; il en résultait que ses écrits renfermaient des aperçus à la fois subtils, justes et ressentis, ce qui ne s'harmonise pas toujours. Si l'on y trouve quelques exagérations, elles ne vont jamais jusqu'au paradoxe et à l'erreur. Huré était trop cultivé et trop délicat pour employer des armes grossières et il atteignait d'autant mieux le but qu'il avait l'air de flâner délicieusement en route.

En parcourant le catalogue de ses œuvres, on ne peut que s'indigner une fois de plus du fait que tant de musique soit encore ignorée dans les programmes bien plus accueillants aux productions étrangères qu'aux compositeurs français. Si l'on en excepte le Quintette, la Sonate piano et violoncelle, la Sonate de piano et quelques pièces d'orchestre, qu'entend-on de façon permanente de l'œuvre de Jean Huré ? Je veux bien croire pour son bonheur terrestre qu'il ait eu la joie d'entendre souvent, dans l'intimité, les quelques quinze pièces de musique de chambre qu'on lui doit, mais connaît-on suffisamment ses pièces d'orchestre, concertos, poèmes symphoniques, ballets ? N'ayons pas honte de dire que la musique qui se meut dans le temps ne nous permet que rarement une compréhension totale, à la première audition ; avec un livre, un tableau, un monument, nous avons tout loisir pour éveiller notre sensibilité et notre sens critique, mais avec la musique, on ne peut revenir en arrière, si nous n'avons pas saisi la phrase emportée sans retour et Dieu sait si les dispositions et les caprices de notre réceptivité sont grands !

On aurait tort de supposer que j'exprime ces regrets en raison d'un hermétisme quelconque en la musique de Huré ; j'ai toujours été frappé au contraire de la clarté et du naturel de sa production musicale. Il y règne même un certain abandon qui en adoucit les contours, comme en toute musique procédant des meilleures sources de la sensibilité. Si les audaces harmoniques ne lui étaient pas étrangères, il ne les recherchait qu'à condition qu'elles lui servent à exprimer une image ou une sensation définie et non pas quelque monstre inconnu. Il a résisté aux tendances outrancières, quoique s'intéressant à toutes les formes de l'art. Il avait le noble orgueil de prétendre qu'un musicien devait surpasser tous les autres hommes par l'étendue de ses connaissances, et personne ne s'est moins renfermé que lui dans une spécialité lucrative quelconque de la musique. Il voulait être un humaniste en même temps qu'un artiste et que n'eut-il pas accompli s'il avait eu la santé nécessaire ? Quelque inachevé que soit le délicat et charmant monument qu'il nous laisse, on peut appliquer à son auteur la promesse de l'Apocalypse faite à ceux qui meurent pieusement, affirmant qu'ils se reposent de leur labeur et que leurs œuvres les suivent.

Alexandre Cellier
organiste de la Société J.S. Bach,
maître de chapelle et organiste de l'église réformée de l'Etoile à Paris

(Musique, n° 5, 15 février 1930)


Jean Huré : Jacques et JacquelineJean Huré : Jacques et Jacqueline

Jean Huré, Jacques et Jacqueline, "pièce pour piano, gracieuse, tendre et pittoresque [qui] séduit par son charme délicat et subtil"
(Paris, Mathot, reprint Musica, supplément, juillet 1912, coll. Max Méreaux).
( Numérisation et Audio lecteur Windows Media fichier mp3 Max Méreaux ) DR
 
( coll. Musica et Memoria) DR.
 

 


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