NOËL LANCIEN (1934 - 1999)

Noël Lancien
( Avec l'aimable autorisation de Mme Jeannine Lancien )

Né à Paris le 24 décembre 1934, huitième d'une famille de onze enfants, d'un père breton, bottier et expert en cuir à l'Intendance Militaire, et d'une mère bourguignonne d'origine paysanne, Noël Lancien se fait remarquer dès l’âge de dix ans par son professeur de chant, Louis Martini, à l'école primaire, pour la justesse de son oreille. Il " entre en musique " à la Maîtrise de la Radio lors de sa création en 1945, et là, sous la direction de Marcel Couraud, chef de chœur, de Jacques Besson, de Jean et Robert Planel, de Norbert Dufourcq, ses professeurs, il peut développer rapidement ses dispositions pour la composition. De ses années " maîtrisiennes ", irremplaçables pour sa formation humaine et musicale, il conserve un goût artistique sans égal pour l'écriture vocale et deviendra plus tard, au pupitre de chef, un spécialiste reconnu de l'Oratorio.

Il rejoint ensuite en 1948 le Conservatoire national supérieur de musique de Paris, alors situé rue de Madrid, et obtient à quinze ans la première médaille de solfège dans la classe de Mlle Dieudonné. Préparé par Daniel-Lesur, il accède après aux classes d'écriture d'Henri Challan et de Simone Plé-Caussade et remporte en 1954 les premiers prix d'harmonie et de contrepoint, ainsi que le second prix de fugue. En 1956, il reçoit également le diplôme supérieur de pédagogie dans la classe de Suzanne Plé-Caussade, tout en suivant en même temps celle de culture et esthétique générales de Marcel Beaufils et celle d’analyse musicale d'Olivier Messiaen. Enfin il étudie la composition avec Tony Aubin, puis Darius Milhaud, et la direction d'Orchestre avec Louis Fourestier. C’est en 1959 qu’il obtiendra un second prix de direction.

Dès 1956, il concourrait pour le Prix de Rome et remportait une mention avec sa cantate Le mariage forcée, d’après Molière, sur un texte de Charles Clerc. L’année suivante, sa cantate La Fée Urgèle (paroles de Françoise Pigmal) ne convainquait par le jury et en 1958, il était enfin couronné par un premier Gand Prix pour son opéra en un acte, Une mort de Don Quichotte (Randal lemoine) ; il était alors âgé de vingt-trois ans. Entre janvier 1959 et avril 1962, pensionnaire de l'Académie de France à la Villa Médicis, alors dirigée à son arrivée par Jacques Ibert, puis par Balthus dont il admire particulièrement la peinture, Noël Lancien y travaille en s'imprégnant de la beauté antique italienne. Il prend aussi la direction des concerts publics pour les radios italiennes et françaises. Ce séjour dans la Ville Eternelle, acquis incomparable, inestimable, illuminera toute sa vie, sa personnalité et son action.

Son service militaire effectué à son retour de Rome, il se voit ensuite confier le poste de Conseiller artistique au Club Français du Disque, et en 1964 est nommé sur concours directeur de l'Ecole Nationale de Musique et d'Art dramatique de Toulouse. Il succédait à Edmond Gaujac, après un intérim de deux ans assuré par Edouard Kopetzki. Pendant six années passées à la tête de cet établissement, Noël Lancien a réalisé de nombreuses transformations et adaptations qu’il était nécessaire de faire afin de le rénover. C’est d’ailleurs lui qui a donné au Conservatoire de Toulouse son visage actuel. C’est ainsi qu’il créé des classes à horaires aménagés dès 1966, lorsque Marcel Landowski, Directeur de la musique, hissa l'Ecole Nationale de Musique en Conservatoire National de Région, le premier en France avec Reims. On lui doit également la fondation de nombreuses classes : initiation musicale pour les petits, percussion, solfège pour adultes, guitare classique avec Marc Franceries, histoire de la musique avec Mme J. Gachet, orgue avec Xavier Darasse... Il fait construire deux grandes orgues au Conservatoire et élabore le projet de celles du Musée des Augustins. Il crée également une classe de préparation au CAPES, deux classes d'orchestre, celle de musique de chambre à deux pianos et enfin une classe d'acoustique. Toutes ces réalisations, pour la plupart, devançaient de plusieurs années leur développement dans les Conservatoires. Parallèlement à ses fonctions de directeur d’établissement, il assure les classes d'orchestre, d'analyse musicale, ainsi qu’une classe d'harmonie et dirige même, en plusieurs occasions, le Grand Orchestre du Capitole. C’est grâce à cet homme de rigueur, ouvert cependant à la conciliation, que l’essor du CNR de Toulouse prit une importante considérable : de 500 élèves en 1964, il en comptait 1560 en 1970 !

La même année que sa nomination à Toulouse, Noël Lancien, épouse Jeannine Valentin, fille de la pianiste Germaine Thyssens-Valentin, qui consacra une grande partie de sa carrière à l'interprétation de Gabriel Fauré, trop méconnu à l'époque. On lui doit d’ailleurs, dans les années soixante, plusieurs enregistrements sur disques, notamment l’Andante en si bémol majeur, pour violon et piano, op. 75, la Berceuse, également pour violon et piano, op. 16, l’Elégie, pour violoncelle et piano, op. 24 et les Quintette n° 1 et n° 2, pour piano et cordes, op. 89 et 1151...

C'est à Toulouse que vont naître leurs quatre enfants, qui fréquenteront plus tard le C.N.R. de Nancy et exerceront des activités dans le monde musical : Marie Lancien, après avoir été quelque temps violoniste à l'Orchestre Régional de Metz, est devenue Dominicaine du Saint-Esprit; Cécile, professeur de violoncelle au C.N.R. de Douai, a rejoint ensuite sa sœur dans la même Congrégation; Yves, est actuellement professeur de piano au Conservatoire National de Troyes, et Rémi, ancien altiste, luthier à Caen.

On doit à Noël Lancien, avec plusieurs de ses collègues, la fondation du Syndicat national des directeurs de conservatoires et écoles nationales de musique, auquel il se dévouera sa vie durant. Son action dans ce domaine ne se limita pas au territoire de la Collectivité qui l'employait, mais, de par sa notoriété, il fut notamment appelé à de difficiles arbitrages pour défendre certains de ses confrères.

En 1970, Noël Lancien est nommé directeur du Conservatoire de Nancy. Fidèle aux meilleurs principes de pédagogie et doué d'un talent artistique peu commun, il partage ses activités d'une part entre la rénovation pédagogique, le développement et l'expansion du Conservatoire; et d'autre part entre l'organisation des saisons de concerts et la direction de la moitié des programmes. Il accompagne ainsi au pupitre de chef les plus grands solistes du moment, parmi lesquels on peut citer Maurice André, Pierre Barbizet, Youri Boukoff, Roger Bourdin, Jacqueline Brumaire, Annie Challan, Xavier Darasse, Christian Ferras, Jean-Jacques Kantorow, Alexandre Lagoya, Frédéric Lodéon, Mady Mesplé, Nathan Milstein, Pierre Sancan, Daniel Wayenberg... En outre, il dirige régulièrement tant en France qu'à l'étranger (Allemagne, Belgique, Biélorussie, Luxembourg, Pologne, Roumanie...) Son répertoire symphonique est vaste et comprend l'ensemble des œuvres classiques et romantiques. Ses préférences, cependant, vont à Mozart et Bach qu'il affectionne particulièrement, et aux français Berlioz, Debussy, Ravel ; sans oublier ses Maîtres, Darius Milhaud et Olivier Messiaen. Citons parmi les nombreuses œuvres qu’il a dirigées entre 1971 et 1997, la Création et la Messe Nelson de Haydn, le Requiem de Verdi, Brahms, Fauré, Duruflé, la 9e Symphonie de Beethoven, la Messe en si de Bach, et sa Passion selon saint Mathieu, Le Roi David de Honegger, la Voix humaine de Poulenc, les Vêpres solennelles de Mozart... Il dirige également de nombreuses premières auditions de musique contemporaine. Multipliant les collaborations avec les différents pôles culturels - le Grand Théâtre et la danse (en innovant les concerts-ballets), le Goethe-Institut, le C.N.R. et l'Orchestre symphonique de Metz -, il favorise les échanges et développe au maximum la décentralisation régionale.

A la tête du C.N.R. de Nancy, la liste de ses réalisations n'en est pas moins impressionnante : création de cours d'initiation musicale pour les très jeunes enfants dès 1970, des classes de saxophone, percussion, guitare classique, clavecin, chorale; classes d'orchestre et de direction d'orchestre assurées par lui-même, analyse musicale, puis harmonie et contrepoint. Lors de son arrivée à Nancy, il avait également recueilli la succession de Marcel Dautremer à la tête de l'Orchestre symphonique de Nancy jusqu'à la séparation de cette formation d'avec le Conservatoire en 1981. En même temps, il établit une étroite collaboration avec l'Institut de Musicologie pour préparer les élèves au CAPES et à l'agrégation. Là encore, il y enseigne l'écriture et l'analyse musicale, retrouvant l'enthousiasme de ses premières années d'études musicales au C.N.S.M. de Paris ; il écrit à ce propos un recueil : L’harmonie tonale en deux cents définitions et règles. Enfin, un Jazz Big-Band et une classe de gravure musicale sont créés au Conservatoire. De ce fait, l'animation prend un nouvel essor : de très nombreux " mini-récitals " permettent aux élèves de se produire devant divers publics, tant au Conservatoire que dans toutes les communes de l'agglomération, et même bien au-delà, pour les classes d'orchestre par exemple.

L’année 1986 voit enfin l'aboutissement de ses projets pour doter le C.N.R. de Nancy de nouveaux locaux pleinement adaptés à sa mission. C’est ainsi qu’il s’installe dans une partie des bâtiments de l'ancienne Manufacture des tabacs et permet la création notamment de 60 salles de cours, 35 studios de travail pour les élèves, 5 salles de classes collectives (danse, orchestre, chant choral, jazz), 2 auditoriums de 200 et 350 places, une bibliothèque, une discothèque, des foyers... Le Ministère reconnaît ce " bel outil " comme le premier centre associé de tout l'Est de la France, pour sa banque de données de pédagogie musicale. En 1997, il peut enfin prendre une retraite bien méritée et est reçu cette même année officier des Arts et des Lettres.

Noël Lancien et l'un de ses fils, le 19 juillet 1999,
quatre jours avant sa mort.
( Avec l'aimable autorisation de Mme Jeannine Lancien )

En 1988, l'entrée de sa fille aînée en religion marque très certainement sa vie musicale : c'est alors qu'il approfondit sa connaissance déjà familière du chant grégorien par l'étude assidue des modes usités dans le corpus grégorien. Il écrit à ce sujet un important ouvrage : La Modalité grégorienne. Ces travaux, qui couvrent les onze dernières années de sa vie, auront une résonance dans son esthétique. L'acquisition d'une telle " connaturalité " avec les chefs-d'œuvre du chant sacré inspire sa composition et oriente ses choix de programmation des œuvres qu'il dirige.

Noël Lancien, parallèlement à son importante carrière pédagogique, a toujours gardé le goût de la composition musicale. On lui doit ainsi un catalogue varié touchant à peu près tous les genres de musique.

Faire fonctionner son intelligence est salutaire, écrivait-il en 1991, mais " faire de la musique " fait du bien : cela nous mène plus directement à la contemplation du beau et, j’espère, du Beau. Le 23 juillet 1999, à Mauvages (Meuse), Noël Lancien rejoignait pour toujours la Beauté éternelle.

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE 2

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1) On doit également à Germaine Thyssens-Valentin bien d'autres enregistrements de Gabriel Fauré : Thèmes et Variations, 13 Barcarolles, 13 Nocturnes, Quatuor n° 1 pour piano et cordes, Dolly pour 2 pianos, avec Henriette Puig-Roget, édités par Ducretet-Thomson et A. Charlin, ainsi que des œuvres de Mozart : Concerto en la majeur, avec la Camerata Academie de Salzbourg, direction : B. Paumgartner (Ducretet-Thomson), César-Franck : Prélude, Choral et Fugue, Prélude, Aria et Finale (Ducretet-Thomson), Debussy : En blanc et noir pour 2 pianos, avec J. Manchon-Theis (Ducretet-Thomson), Joaquin Nin : 20 chants populaires espagnols avec la soprano Maria Kareska (Ducretet-Thomson), Manuel de Falla : 7 Chansons populaires espagnoles, avec Amparito Péris (Ducretet-Thomson).... [ Retour ]

2) Nous remercions vivement Madame Noël Lancien de nous avoir communiqué les matériaux nécessaires à la réalisation de cette notice. [ Retour ]


 

CATALOGUE DES ŒUVRES
DE NOËL LANCIEN

Musique de Chambre

1954 : Deux sonnets de Shakespeare (28ème et 33ème), pour cordes, flûte, hautbois, clarinette, basson et mezzo-soprano.
1955 : Le bal des champs de M. Desbordes-Valmor, pour chant et piano. Envoi de Rome.
1956 : Suite bretonne pour flûte, hautbois, harpe, quatuor à cordes.
1956 : Couples fervents et doux de A. de Noailles, pour chant et piano. Envoi de Rome.
1957 : 22ème Ode de Ronsard, pour chant et piano. Envoi de Rome.
1958 : Vantardises d'un marin breton ivre de Max Jacob, pour chant et piano.
1958 : Sonate pour piano et violoncelle.
1959 : Petite valse pour quatuor à cordes.
1960 : Thème et variations pour violoncelle et piano (Ed. Choudens).
1994 : Montes Gelboë, in memoriam Robert Planel, pour saxophone et piano, créé Salle Rossini à Paris, par Jean Ledieu (saxophone) et son épouse Odile Sordoillet (piano).
 

Chœurs

1955: Trois Ballades de François Villon, pour quatre voix mixtes a capella: Des proverbes, Des menus propos et Des contre-vérités.
1956 : Chanson de Clément Marot : Changeons propos, c’est trop chanté d’amour.
1958 : Chantefleurs et Chantefables de Robert Desnos : le tamanoir, le lama, le lilas, le genêt, la fourmi, la sauterelle, le souci, la renoncule.

1956 à 1974 : 24 harmonisations de chansons populaires (France, Québec, Brésil) pour l'Ensemble vocal Philippe Caillard.
1993 : Ballade des Dames de Nancy d'après François Villon, pour quatre voix mixtes.
 

Chant et Orchestre

1958 : Vers à mettre en chant de Boileau, pour baryton et orchestre.
1958 : Le cimetière des fous de Paul Eluard, pour basse et orchestre.
1961 : Quatre prières à la Vierge pour soprano et orchestre : Ave Maria, Ave Maria caelorum, Regina caeli, Salve Regina.

Scènes lyriques
(Concours de Rome)

1956 : Le mariage forcé, d'après Molière, de (Ch. Clerc).
1957 : La Fée Urgèle, (Françoise Pigmal).
1958 : Une mort de Don Quichotte, (Randal Lemoine).
 

Piano

1956 : Petite Valse (en souvenir d'Aix).
1956 : Toccata.
1968 : Première Position ( Nouveaux Musiciens n°3, Ed. Choudens).
1984 : Fuguette.
 

Trompette

1961 : Concerto pour trompette et orchestre à cordes (Ed. Choudens) .
1968 : Vocalises pour trompette et piano (Concours C.N.S.M. Paris / Déchiffrage pour le même concours) Ed. Choudens.
 

Guitare

1986 : Toute Petite Suite - Prélude - Air et Tango (Concours International de Carpentras).
 

Réalisations Diverses
(orchestration - transcription)

1971 : Romance de Bachelet , pour violon et orchestre.
1970 : Concerto en ré majeur de Vivaldi, pour guitare et orchestre à cordes (Ed. Fuzeau).
1998 : Concerto en la majeur,de Vivaldi, pour guitare et orgue.
1999 : 2ème Sonate en ut majeur de Devienne, pour clarinette et piano.

 


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