Charles Martin LOEFFLER
(1861-1935)


Audio lecteur Windows Media Charles-Martin Loeffler, 1er mouvement de Music for four stringed instruments, composée en 1917
et dédiée à la mémoire de Victor Chapman tué à la guerre, le fils d’un ami.
(G. Schirmer, inc., New York, 1923). Fichier audio par Max Méreaux (DR.)

 

D’ascendance prussienne, Français de naissance, d’expression, de cœur et d’esprit, naturalisé Américain pour raisons professionnelles et pécuniaires, Charles Martin Loeffler (ou Löffler) naquit en Alsace, dans le Haut-Rhin, le 30 janvier 1861. Le lieu de sa naissance demeure une énigme. Dans ses écrits, dans les interviews accordées à la presse américaine et dans ses conversations avec ses collègues français et étrangers, il déclarait qu’il était né à Mulhouse. D’après les renseignements obtenus des services compétents de la Mairie de Mulhouse, sa naissance ne fut pas déclarée et il n’existe aucune trace du séjour de la famille Loeffler dans leur ville. Il se peut que la naissance de leur premier enfant fût déclarée par ses parents à la mairie d’une localité dans la région de Mulhouse ou du Haut-Rhin.

Le père de Charles Martin Loeffler, Karl (devenu Charles en France), né à Schöneberg, en banlieue berlinoise en 1821, titulaire d’un doctorat ès science agronomique, fut spécialisé en pédologie et expert en la matière. Pendant ses années estudiantines, il publia des livres populaciers usant le nom de plume Tornow. Plus tard, il exprima des idées pro-républicaines dans des pamphlets qui déplurent aux autorités de l’Allemagne du prince Otto von Bismarck (1815-1898), fondateur de l’empire allemand avec Wilhelm (Guillaume) I von Hohenzolern (1797-1888), roi de Prusse à partir de 1861 et empereur allemand à partir de 1871. Charles (Karl) Loeffler fut emprisonné, torturé et mourut tétraplégique dans une geôle prussienne en 1884.

Le père de Charles Martin Loeffler fut aussi un bon musicien amateur, pratiqua orgue, harmonium, violon et piano et s’adonnait à la composition. Il épousa Hélène Schwerdtmann, native de Schöneberg comme lui, le 6 décembre 1857. En 1858, les Loeffler quittèrent Berlin et s’établirent dans le Haut-Rhin.

Les éditions Fleury à Paris publièrent en 1854, donc avant son déménagement en France, le recueil de Divers morceaux funèbres pour orgue ou harmonium de Charles Loeffler.

Charles Loeffler composa en 1851 une pièce pour violon seul intitulée Danse bizarre.

Bizarrement, le très respectable lexique anglais The New Grove Dictionary of Music attribue cette pièce, composée en 1851, à son fils Charles Martin, qui naquit dix ans après.

En 1867, Madame Veuve Léop. Muraille, Editeur, Rue de l’Université No. 41 Liége (sic) en même temps que J. B. Katto, 17,Rue (sic) des Saints Pères, Paris, publia 6 Marches pour le piano par le Docteur Charles Loeffler, chevalier de l’ordre du merite (sic) etc. (sic). Hommage à Mr. Ulysse Grant, Lieutenant-Général (sic) des Armées des Etats Unis de l’Amérique (sic). La partition qu’on trouve à la Bibliothèque nationale de France à Paris porte deux estampilles : Légation de France à Bruxelles et Bibliothèque Impériale (de Napoléon III) en 1867. La sixième Marcia (sic) funèbre est dédiée Aux mânes de Mr. Lincoln, Président des Etats Unis.

Après la naissance de Charles Martin en 1861 et de son frère cadet Erich en 1863, Charles Loeffler accepta l’offre des autorités autonomes d’Ukraine, qui avaient entendu parler de ses connaissances en pédologie, la famille quitta la France et s’établit dans cette province de toutes les Russies. Charles Martin commença à étudier le violon avec un musicien de l’Orchestre impérial de Saint Petersbourg à la retraite. Dégoûté par l’antisémitisme latent des autorités autonomes, qui interdisaient aux citoyens russes de confession israélite d’habiter dans les grandes villes, Charles Loeffler quitta l’Ukraine avec sa famille, malgré l’importance de ses émoluments, et déménagea en Hongrie où il fut nommé professeur du Collège royal d’agriculture à Debrecen.

En 1873 la famille Loeffler déménagea en Suisse.

S’étant rendu compte des progrès de son fils et de son désir de poursuivre ses études musicales et devenir musicien professionnel, Charles Loeffler décida de l’inscrire à l’École des hautes études musicales (Hochschule für Musik) à Berlin. Probablement à cette époque, en 1874, il fut arrêter par la police prussienne. Charles Martin fut admis dans la classe de Joseph Joachim (1) et étudia le violon avec lui-même et son assistant Edouard Rappoldi, musicien autrichien, né en 1839, mort en 1903, (qui jouait le deuxième violon dans le Quatuor Joachim), la théorie de la musique avec Friedrich Kiel (2) et l’harmonie avec Woldemar Bargiel (3). Il demeura trois années académiques à Berlin, devint bon musicien, mais n’acquit jamais la virtuosité d’un concertiste. Il décida de poursuivre ses études à Paris avec le violoniste Joseph Massart (4) et fréquenta les cours de composition d’Ernest Guiraud (5). Pendant ses études à Paris, Charles Martin Loeffler joua dans l’Orchestre Pasdeloup. En 1879, il fut admis dans l’orchestre du multimillionnaire russe d’ascendance flamande Paul van Derwies, porteur d’un titre de noblesse hollandais, propriétaire d’un orchestre symphonique, d’une troupe d’opéra et d’une chorale spécialisée dans les mélopées slaves. Homme très cultivé et grand mécène, Paul van Derwies vivait en Suisse, à Lugano, et à Nice (!) et se déplaçait avec sa suite dans ses propres wagons du chemin de fer. Malheureusement, le baron Paul van Derwies succomba à une attaque cardiaque en 1881. Charles Martin Loeffler comprit qu’il ne pouvait faire carrière en France et décida de partir pour les États Unis d’Amérique.

Muni d’une «Lettre de créance » de Joseph Joachim, très connu et admiré aux États-Unis, il débarqua à New York en plein été, en 1881, se présenta chez Léopold Damrosch (6), chef de l’Orchestre symphonique de New York (New York Symphony Orchestra) et fut engagé comme violoniste de rang. Plus tard, Loeffler rencontra le chef d’orchestre Théodore Thomas (7) et participa aux concerts de musique de chambre dans le cadre des festivals organisés par ses soins dans les villes de l’État de New York. Quoique bon musicien, Charles Martin Loeffler fut conscient de ses limites et de ses sérieux défauts techniques et vint à Paris à plusieurs reprises pour améliorer la performance de sa main gauche. Il travailla avec le grand pédagogue et violoniste belge de l’école liégeoise Hubert Léonard (07.04.1819 Liège-06.05.1890 Paris). Malheureusement, les résultats ne furent pas très probants. Il comprit qu’il ne serait jamais capable de jouer en soliste un concerto, et déménagea à Boston en 1882, fut engagé par l’Orchestre symphonique de Boston, où il demeura plus de vingt ans (8), avant de se retirer à Medfield, dans le Massachusetts, et de se consacrer à la composition et à l’enseignement.

Entre 1891 et 1930, Charles Martin Loeffler composa un nombre considérable d’œuvres de musique de chambre et pour orchestre.

En 1901, il publia La Villanelle du diable, op.9, fantaisie pour grand orchestre et orgue d’après le poème de Maurice Rollinat (9), à New York aux Éditions Schirmer, à Paris chez A. Durand et fils, à Londres chez Chas. Woolhouse et à Leipsic (sic) chez Fr. Hofmeister. L’œuvre est dédiée à Franz Kneisel (10). L’exemplaire déposé à la Bibliothèque nationale de France à Paris porte une dédicace manuscrite du compositeur à Henri Rabaud «son admirateur et ami Charles Martin Loeffler, Medfield, avril 1919 ».

Incité par le poème mystique aux échos du romantisme allemand post-goethien de Maurice Rollinat, surtout par les dernières stances :

Annonce du décès de Charles Martin Loeffler, in Le Ménestrel, 2 août 1935

Il rend le bien ridicule
Et le vieillard inexpert.
L’Enfer brûle, brûle, brûle.

Chez le prêtre et l’incrédule
Dont il veut l’âme et la chair,
Le diable rôde et circule.

Gare à celui qu’il adule
Et qu’il appelle «mon cher ».
L’Enfer brûle, brûle, brûle.

Ami de la tarentule
De l’ombre et du chiffre impair,
Le diable rôde et circule.

Minuit sonne à ma pendule.
Si j’allais voir Lucifer ?
L’Enfer brûle, brûle, brûle,
Le diable rôde et circule.

Charles Martin Loeffler commente avec verve et entrain les gestes et les intentions du Diable, ricaneur au timbre clair, qui guette, avance et recule, se faisant fleur, libellule, femme, chat noir, serpent vert et inoculant en toute âme son chuchotement amer. Mais ses commentaires ne sont pas uniquement imitatifs et illustratifs. Ils dévoilent l’impact des tonalités verbales du poème sur la sensibilité de Loeffler, qui les traduit en langage sonore, certes techniquement très éclectique, mais ayant une syntaxe personnelle.

Notons que le poème de Maurice Rollinat a été traduit en allemand par Stefan Zweig et en anglais par Philip Hale (critique musical à Boston) pour les éditions Gustave Schirmer à New York.

Charles Martin Loeffler écrivit son Poème païen, op. 14 (A Pagan Poem after Virgil) pour orchestre, piano, cor et trois trompettes obbligato (sic) en 1907, publié également par G. Schirmer à New York, Albert Stahl à Berlin, Fr. Hofmeister à Leipzig, Schott&Co. à Londres (!) et A. Durand et fils à Paris. L’œuvre est dédiée à la mémoire de Gustave Schirmer. L’exemplaire qu’on trouve à la Bibliothèque nationale de France à Paris porte une dédicace manuscrite «à Henri Rabaud et son très affectueux souvenir», Charles Martin Loeffler, Medfield, avril 1919. Mais Virgile (70-19 AC), auteur de Bucoliques, Géorgiques, Énéide, n’est présent que dans le sous- titre de la partition. (D’aucun prétendent que Loeffler pensa à la huitième églogue de Virgile et en fit tout un poème exhilarant qui n’a strictement rien à voir avec la musique à programme ). Il gardait en mémoire le souvenir de son père, agronome, pédologue, très attaché à la terre nourricière et aux secrets des sols, comme Virgile fut attaché à la nature et prôna le retour à ses sources, et composa une diablerie en confiant le rôle principal au piano et en s’exprimant ouvertement dans le langage lisztien, appliqué surtout dans ses Concerti pour piano et orchestre en mi bémol majeur et en la majeur, mais sans charme ni pouvoir de séduction de Liszt, avec des accords exclamatifs et prétentieux, des arpèges déchaînés et inhabités, et des fioritures superfétatoires (le glissando ascendant sur les touches noires, tout à fait inopportun, à titre d’exemple) qu’on ne trouve pas dans les œuvres de Liszt. Cependant, l’éclectisme flagrant de Loeffler dans son magnum opus, selon ses biographes, n’est pas seulement imitatif, mais aussi admiratif et contemplatif.

L’oeuvre fut donnée en première audition à Boston le 23 novembre 1904. L’orchestre fut dirigé par le grand chef suisse d’origine allemande Karl Muck, né le 22.10.1859 à Darmstadt, mort le 03.03.1904 à Stuttgart.

Grand admirateur des poètes symbolistes français et de la littérature française du XIX siècle en général, Loeffler composa en 1901 un Poème pour orchestre d’après la Bonne chanson de Verlaine et La mort de Tintagiles pour viola d’amore et orchestre, inspirée par l’œuvre de Maurice Maeterlinck (11), ainsi que de nombreuses œuvres pour voix et piano sur les vers de Maurice Rollinat, Paul Verlaine (Le son du cor s’afflige vers les bois, Sérénade, Le rossignol, Dansons la gigue, La lune blanche), Gustave Kahn (Adieu pour jamais, Les paons) (12), Charles Baudelaire (Harmonie du soir, La cloche fêlée), Albert Samain (Ton souvenir est comme un livre bien aimé). Ses œuvres pour voix et piano, tout comme celles de Camille Saint-Saëns du même genre qui lui servirent de modèle, n’ont pas de valeur esthétique. Elles traduisent son admiration pour la musique verbale et les visions mystiques, oniriques, ésotérique ou tout simplement abstraites, des poètes, mais n’ont pas de fonds émotionnel susceptible de leur assurer l’existence dans le répertoire du genre et ne transmettent aucun message personnel du compositeur, qui laissa aussi un Cycle de cinq fantaisies irlandaises utilisant les textes de Yeats et Heffernan (dans la transcription de la mélodie folklorique seulement). Loeffler fut attiré aussi par le mysticisme romantique et occulte, souvent macabre, de Edgar Allan Poe, né à Boston le 19.01.1809, mort à Baltimore le 07.10.1849.

(On trouve à la Bibliothèque Nationale de France à Paris plusieurs volumes de Selected Songs de Loeffler qui n’attirèrent point l’attention des chanteurs français, bien que l’accompagnement soit assez bien écrit et la partie de la voix ne présente aucune difficulté technique majeure.)

Son premier opéra intitulé The Passion of Hilarion, en un acte, d’après William Sharp (13), fut crée en 1913. Le deuxième, Les amants jaloux , en 1918 et le troisième, The Peony Lantern  (La lanterne de pivoine), en 1919 (dans le cadre des festivités carnavalesques).

Charles Martin Loeffler se souvint des années de son enfance passées en Ukraine, dans le village de Smyela, à 40 kilomètres de Kiev, et composa sa première œuvre orchestrale intitulée Les vieilles de l'Ukraine en 1891 et Mémoires de mon enfance, (Vie dans un village russe) en 1923.

Citons encore son Concert fantastique pour violoncelle et orchestre, exécuté en 1894, son Divertissement pour violon et orchestre (1895) (14) et ses œuvres de musique de chambre : Sonate pour violon et piano (1886), Quatuor à cordes (1889), Quintette à cordes (1889), Octet pour 2 clarinettes, 2 violons, alto et violoncelle (1896), Ballade carnavalesque pour flûte, hautbois, saxophone, basson et piano (1902), Scènes dramatiques pour violoncelle et piano (1916), Historiettes pour quatuor à cordes et harpe (1922), Partita pour violon et piano (1930).

Charles Martin Loeffler, après avoir rencontré, correspondu avec le jeune George Gershwin (1898-1937) et admiré ses premières œuvres, composa Clowns, intermezzo for jazz band en 1928. (Leur correspondance fut confiée à la Library of Congress à Washington par sa veuve Elise Fay peu de temps avant sa mort.)

Les œuvres de Loeffler furent fréquemment jouées par l’Orchestre symphonique de Boston et, en général, bien accueillies par le public. Il réussit à les placer dans les états limitrophes du Massachusetts et les offrit aux chefs d’orchestre nationaux et étrangers qui se produisaient à Boston. Ainsi, en 1904, il connut Richard Strauss et Busoni. Richard Strauss accepta son œuvre pour violon et orchestre et la plaça au programme d’un de ses concerts à Berlin en 1906. Busoni lui dédicaça une de ses compositions.

Loeffler se rendait souvent en France. Il connaissait Debussy et Gabriel Pierné, qu’il avait rencontrés chez Guiraud, rencontra Ravel et Henri Rabaud (directeur du Conservatoire et membre de l’Institut) et eut l’occasion d’exprimer à Gabriel Fauré son admiration pour le raffinement de son style et l’élégance de son écriture (15). Loeffler entendit parler de sérieuses difficultés financières du maître français survenues pendant et surtout après la Première guerre mondiale, vola à son secours et se montra fort généreux. Fauré, très affecté par la défaillance de son ouïe et affaibli par ses problèmes pulmonaires, lui dédia un de ses chants de cygne en 1921, sa deuxième Sonate pour violoncelle et piano, op. 65, en sol mineur, en guise de remerciements. (La quasi-misère de leur père ne toucha point ses deux fils, Emmanuel et Philippe Frémiet-Fauré, qui ne lui pardonnèrent jamais son algarade extraconjugale, qui dura jusqu’à sa mort, son comportement à l’égard de leur mère et son manque d’égards pour ses beaux-parents.)

Malgré ses relations et ses sincères amitiés avec les compositeurs, chefs d’orchestre et instrumentistes français, dues à sa culture, sa prestance, son amabilité et son formidable entregent, la musique de Charles Martin Loeffler n’eut pas le droit au chapitre en France.

Il est mort le 19 mai 1935, dans la petite ville de Medfield, où il s'était retiré depuis 1905.

Voya Toncitch
Malte et Paris, septembre 2010

 

 

Notes :

1. Violoniste slovaque, né le 28 juin 1831 près de Bratislava (anciennement Presbourg), mort à Berlin le 15 août 1907, fut considéré comme le «troisième plus grand » dans l’histoire du violon, après le Français d’origine allemande Rodolphe Kreutzer, né en 1766 à Versailles, mort en 1831 à Genève, qui impressionna Beethoven, et l’Italien Niccolò Paganini, né en 1782 à Gênes, mort en 1840 à Nice et enterré à Parme, qui éblouit Liszt. Joachim joua le Concerto de Mendelssohn à Londres à l’âge de quatorze ans, sous la direction du compositeur, et enchanta le public anglais, qui lui demeura fidèle jusqu’à sa mort. Il fut chef d’orchestre et fécond compositeur aussi, dirigea la première audition du Concerto en ré mineur de Brahms à Hanovre, le 22 janvier 1859, avec Brahms au piano, et créa le Concerto de violon de Brahms à Leipzig, le 1er janvier 1879 avec Brahms au pupitre.

2. Remarquable compositeur allemand d’œuvres de musique de chambre et pédagogue, Friedrich Kiel, né en 1821, mort en 1885, compta parmi ses élèves Ignacy Jan Paderewsky et le compositeur suédois Emil Sjögren, qui eut un certain succès en France. Sa Sonate pour violon et piano fut jouée à Paris par Georges Enesco, né en 1881 à Livani /actuellement George Enescu en Roumanie, mort en 1955 à Paris, avec Guiomar Novaes (1896-1979) et Céliny Chailley (1884-1973), ses collègues au Conservatoire de Paris, avant la Première guerre mondiale.

3. Woldemar Bargiel, né en 1828, mort en 1897, le petit demi-frère chéri de Clara Wick Schumann, enseigna à Cologne et à Rotterdam avant de joindre l’École des hautes études musicales de Berlin. Il collabora avec Brahms dans les éditions intégrales d’œuvres de Schumann et de Chopin en Allemagne.

4. Violoniste belge et éminent pédagogue, Lambert Joseph Massart, né à Liège en 1811, mort à Paris en 1892, élève privé de Rodolphe Kreutzer, enseigna au Conservatoire de Paris pendant quarante-sept ans, bien qu’il eût été recalé au concours d’admission. Massart forma les virtuoses de renom mondial Fritz Kreisler, Pablo de Sarasate, Henryk Wieniawsky, Rodolphe Massart (son neveu, qui forma Eugène Ysaÿe).

5. Fils de Jean-Baptiste Guiraud, prix de Rome en 1827, Ernest Guiraud, né à La Nouvelle Orléans (Louisiane) en 1837, mort à Paris en 1892, obtint à son tour le prix de Rome en 1858. Il collabora avec Georges Bizet et supervisa l’édition de ses œuvres après sa mort. Il composa plusieurs opéras comiques, qui connurent un succès éphémère, mais disparurent vite du répertoire. Ernest Guiraud fut élève de Marmontel et de Halévy au Conservatoire de Paris.

6. Léopold Damrosch, né le 22.10.1832 à Poznan (à cette époque en Prusse), mort le 15.02.1885 à New York, violoniste, chef d’orchestre et compositeur allemand, apprécié par Wagner et Liszt, qui lui dédia un poème symphonique, émigra aux États Unis d’Amérique en 1871, invité par l’association musicale Arion. Damrosch fonda la très active Oratorio Society of New York et l’Association symphonique en 1877.

7. Violoniste et chef d’orchestre Théodore Thomas, né à Essen le 11.10.1835, mort à Chicago le 04.01.1905, émigra aux États Unis d’Amérique dans son adolescence et se lança dans la vie professionnelle avant sa majorité. Il fut directeur pendant une saison de concerts de New York Philharmonic et fonda l’Orchestre symphonique de Chicago.

8. Le frère cadet de Loeffler, Erich, né en Alsace en 1863, joua le violoncelle dans l’orchestre de Boston. Conscient de sa médiocrité, il considéra qu’on tolérait sa présence dans l’orchestre de Boston parce qu’il avait un frère célèbre, se suicida le 7 avril 1909.

9. Poète et musicien, Maurice Rollinat, né en 1846, mort en 1903, présentait ses poésies mises en musique et chantées par lui-même au cabaret Le chat noir à Paris.

10. Né en Roumanie le 26.01.1865, mort aux États Unis, Franz Kneisel fut nommé concertmaster et chef associé de l’Orchestre symphonique de Boston à l’âge de vingt ans. Il fonda aussi Le Quatuor Kneisel, mais ne songea pas à engager Loeffler comme deuxième violon. Franz Kneisel joua en première audition aux États Unis d’Amérique le Concerto de violon de Brahms.

11. La musique verbale de la prose et de la poésie du remarquable écrivain franco belge Maurice Maeterlinck, né le 29.08.1862 à Gand, mort le 06.05.1949 à Nice, prix Nobel de littérature, inspira plusieurs compositeurs français : Paul Dukas (Ariane et Barbe-Bleue), Lili Boulanger ( Princesse Maleine), Arthur Honegger (Aglavaine et Sélysette), Gabriel Fauré et Claude Debussy (Pelléas et Mélisande). Notons que Maeterlinck ne fut point content de la vision sonore de Debussy de son oeuvre et exprima son mécontentement en termes assez rudes et incompatibles avec l’élégance de son style et la subtilité de son langage.

12. Gustave Kahn, né à Metz en 1859, mort à Paris en 1936, fut théoricien et critique d’art, et poète symboliste «décadent» selon ses propres écrits, exprimant ses pensées et ses sentiments en assonances et visions libérées d’entrave prosodique, qui contrastaient le symbolisme «hallucinatoire » d’Arthur Rimbaud, et le classicisme symboliste de Jean Moréas dans ses Stances.

13. Homme de lettres écossais William Sharp, né en 1855, mort en 1905, adopta en 1893 le pseudonyme Fiona MacLeod, fut impressionné par les écrits de Saint Jérôme et par le magnifique tableau du peintre marseillais Dominique Louis Féréa Papety, né le 12.08.1815, emporté par le choléra qui sévissait dans sa ville natale le 19.09.1849. Le tableau de Papety, intitulé La tentation de Saint-Hilarion, fut achevé en 1844. Actuellement, il se trouve à la Wallace Collection à Londres, qui abrite aussi des chefs-d’œuvre du mobilier français du XVIII siècle. Dominique Louis Féréa Papety obtint le prix de Rome en 1836.

14. Richard Strauss céda aux insistances de Loeffler et accepta le Divertissement pour violon et orchestre, mais chargea Loeffler de trouver le soliste. Loeffler contacta Fritz Kreisler (02.02.1875 Vienne, Autriche- 29.01.1962 New York) et Eugène Ysaÿe (16.07.1858 Liège-12.05.1931 Bruxelles). Les deux géants de l’archet refusèrent sèchement évoquant des difficultés techniques insurmontables et jugèrent l’œuvre injouable. Mais Strauss trouva à Berlin un remarquable virtuose tchèque nommé Karel Halír, né le 01.02.1854, mort à Berlin le 21.12.1909, élève de Joachim et professeur à l’École des hautes études musicales de Berlin, qui joua au même concert la nouvelle version du Concerto de Sibelius. Il se peut que Loeffler ait entendu Halír à Boston -. Il est évident que Loeffler imposait au soliste de son Divertissement pour violon et orchestre des prouesses techniques dont il rêvait, mais ne pouvait ni aborder, ni résoudre lui-même. On ne sait pas si Karel Halír rejoua l’œuvre de Loeffler ailleurs.

15. Loeffler fut présenté à Gabriel Fauré par le peintre américain John Singer Sargent, né à Florence le 12.01.1856, mort à Londres le 14.04.1925, brillant élève de l’École des beaux-arts de Paris. John Singer Sargent fut francophile et francophone et s’intéressa à la musique française de son temps, mais son style hyperréaliste n’en fut point affecté. Pendant son séjour à Boston, il fit un tableau, assez terne et peu expressif, de Charles Martin Loeffler en 1917.

 


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