Les organistes des Trois Evêchés
de Lorraine au XXe siècle

Riche d’un patrimoine organistique important, la Lorraine a toujours su attirer le talent de nombreux organistes. En plus de Charles Magin (1881-1968), Maurice Kaltnecker (1884-1959) et Pierre Camonin (1903-2003) déjà mentionnés sur le site Musica et Memoria, voici quelques noms a retenir :

En Meurthe-et-Moselle

Caspar : Saintes orgues
Fragment du cantique Saintes orgues de Charles Caspar
( coll. O. Geoffroy )

A l’église Saint-Jacques de Lunéville, Charles CASPAR (1827-1905) a succédé en 1845 à son père qui lui avait appris les rudiments de la composition. Il se perfectionna au Conservatoire de Paris dans les années 1840-45. Il composa de nombreuses petites pièces pour orgue ou harmonium. Celles-ci furent publiées dans le Journal des organistes de Romary Grosjean. Il ne négligea pas la musique vocale et écrivit un oratorio (La Chute des anges, 1866), un poème lyrique (Sainte Cécile, dont est extrait le cantique Saintes Orgues longtemps chanté à l’Ascension dans les paroisses du diocèse) et une Symphonie avec chœur créée en 1902 à l’occasion de l’inauguration de l’orgue de chœur Jacquot de son église. Charles Caspar tenait encore les claviers de St-Jacques en 1902. Peu après-lui fut nommé en 1914 Albert COLOTTE, puis en 1965 Maurice JACQUES. Né en 1922, ce dernier a été élève de Charles Magin, Joseph Gérard et Robert Barth à l'IJA de Nancy. Il a débuté sa carrière après la guerre à Essey-lès-Nancy (St-Georges et Bas-Château), puis est venu à Lunéville, où il a joué à l'hôpital, à St-Maur, à Ste-Jeanne-d'Arc avant d'être nommé à St-Jacques. A la mort de son épouse en 2003, Maurice Jacques s'est retiré pour laisser ses claviers à Aude SCHUMACHER.

A l’église Saint-Laurent de Pont-à-Mousson, l’organiste fut longtemps Henri PILLOY (1867- ca 1939). Ancien élève de l’école Niedermeyer à Paris (1883-88), il était professeur de musique au petit séminaire de Pont-à-Mousson lorsque la Séparation de l’Eglise et de l’Etat mit élèves et enseignants à la rue. Après un bref séjour à Sion, la communauté fut logée dans la Chartreuse de Bosserville. C’est là qu’il inaugura en 1910 l’orgue Blési de la chapelle provenant du grand séminaire de l’Avenue de Strasbourg à Nancy. Auteur de cantiques et motets, il laissa quelques pièces pour piano. Ses successeurs Colette REMARCK-THIRIET (1910-1984) puis Jean SIDOT (1926-1991), étaient tous deux professeurs d'éducation musicale et anciens élèves de Louis Thirion au Conservatoire de Nancy. C'est sous le titulariat de M. Sidot que l'orgue a été reconstruit sur 3 claviers par Roethinger.

Saint-Epvre, Nancy
Basilique Saint-Epvre à Nancy,
début du XXe siècle
( coll. O. Geoffroy )

A Nancy, le bel orgue Merklin de la Basilique Saint-Epvre fut servi par Auguste KLING. Il enseignait avec son épouse le piano à l’Ecole Saint-Sigisbert de Nancy et donnait quelques leçons à l’Institution des Jeunes Aveugles. Né à Nancy le 5 décembre 1854 et mort dans cette ville le 19 octobre 1919, il avait composé de nombreux cantiques, la musique de scène pour le Théâtre de la Passion (destiné à financer la construction de l’église Saint-Joseph), et des feuillets d’accompagnement du propre grégorien pour le diocèse de Nancy. Très estimé, il n’oubliait jamais, disait-on, d'effectuer un grand signe de croix avant de toucher ses claviers. Peu après son mariage, le 27 septembre 1884, avec Claire Cuvinon, professeur de musique, il avait succédé à Auguste RIGAUX et Auguste JOLY, tous deux compositeurs et anciens élèves de l’Ecole Niedermeyer. L’orgue fut ensuite tenu par Edouard CLAUDE, professeur à l’Institution de La Malgrange, décédé accidentellement le 13 juin 1960, puis durant un an par Hubert RENARD, alors élève de Pierre Cortellezzi au Conservatoire de Nancy, puis Monique VALLIN, René DEPOUTOT et Jean BIZOT. Nathalie DASSI, élève de Pierre Cortellezzi au conservatoire de Nancy, en est l'actuelle titulaire.

Kling : Marie ô Mère des douleurs
Cantique Marie, ô Mère des douleurs d'Auguste Kling
( coll. O. Geoffroy )

L’orgue Cavaillé-Coll de la Cathédrale de Nancy connut plusieurs organistes renommés. Henri HESS (1841- ca. 1908) avait succédé à son père en 1868. Titulaire de plusieurs prix du Conservatoire de Paris (orgue chez François Benoist, harmonie, contrepoint et fugue), il avait tenté en vain de remporter le Grand Prix de Rome. Après avoir été organiste de l’église Saint-Ambroise à Paris, il était revenu à Nancy où il guida les premiers pas de Florent Schmitt et Charles Magin. Auteur de pièces pour orgue parues dans le Journal des organistes de Saint-Dié, il écrivit une messe avec orchestre (1902). Théodore Dubois lui dédia son Offertoire des Douze Nouvelles Pièces pour orgue (1892). L’orgue fut ensuite tenu par Amédée RAFFAT DE BAILHAC (1880-1969), Constant PERNIN, ancien élève de l’Ecole Niedermeyer. Durant la Seconde Guerre mondiale, plusieurs organistes assurèrent l’intérim : Jules BERNARD (premier prix de la classe de Louis Thirion), Robert BARTH (voir plus loin), l’abbé Pierre MATTE (élève de Mgr Kaltnecker) et Xavier GUERNER qui fut le jeune suppléant de Constant Pernin avant de devenir organiste des l'église des Dominicains à Paris (également compositeur d'une Toccata romane). En 1946-47, Jacques ALBRESPIC (1922-1987) fut titulaire durant quelques mois avant qu’en décembre 1950, Pierre CORTELLEZZI (né en 1926) ne soit nommé.

Cathédrale de Nancy
Cathédrale de Nancy au début des années 1900
( coll. O. Geoffroy )

L’église Saint-Léon IX connut Louis THIRION (1879-1966) comme organiste dans les années 1920. Ancien élève de Guy Ropartz, il était professeur de piano et d’orgue au Conservatoire de Nancy. Auteur de deux symphonies et d’arrangements divers, les pièces d’orgue qu’il avait écrites furent perdues dans l’incendie de sa maison. Démoralisé, il renonça à en composer de nouvelles. Mademoiselle Line ZILGIEN lui succéda de 1925 à 1933 avant de partir pour Paris. Gaston LITAIZE prit sa suite en 1933-34 avant que Robert BARTH (1917-1998) ne soit titularisé. Ce dernier avait obtenu les premiers prix de piano et d’orgue au Conservatoire de Nancy après son passage à l’Institution des Jeunes Aveugles. C’est sous son titulariat que l’orgue Cavaillé-Coll fut profondément transformé par Gonzalez. Improvisateur extrêmement doué, Robert Barth resta jusqu’en 1985. L’orgue de chœur fut longtemps tenu par Camille DONY, également non voyant. Dominique BREDA (né en 1956), disciple de Gaston Litaize, est depuis titulaire de l’instrument.

Nancy, église St-Léon IX
Nancy, église St-Léon IX
( coll. O. Geoffroy )

L'orgue du Temple protestant de Nancy (Cuvillier 1856, transformé successivement par Jean Blési, Kühn et Mülheisen et récemment restauré par Laurent Plet), ancienne église des Prémontrés à Nancy, a connu durant de nombreuses années comme organiste André GASSER (compositeur d'un Prélude, adagio et fugue dédié à Pierre Cortellezzi, organiste de la cathédrale et créé en janvier 1983 par le dédicataire lors d'un concert consacré aux organistes-compositeurs nancéiens). Lui succéda Jean-Marc STUSSI, auquel se joignirent ponctuellement Aude SCHUMACHER et Jean-Marc ILLI.

Avant l'incendie du 20 juin 1940, la cathédrale de Toul possédait un orgue splendide construit par le facteur Dupont. Transformé par Jean Blési à la fin du XXè siècle, ses nombreuses possibilités étaient exploitées par Joseph OURY (1852-1949). Natif de la Meuse, encouragé par un proche parent, il avait pensé entrer dans les ordres, mais s'était finalement destiné à la musique. A Paris, il rencontra Saint-Saëns, qu'il considéra toujours comme son maître. Nommé sur concours organiste à Toul en 1878, il eut de nombreux enfants de militaires comme élèves en cours particuliers. Il composa de nombreuses œuvres, religieuses et profanes (quelques manuscrits se trouvent encore dans une réserve du Musée lorrain à Nancy). Après la reconstruction de l'orgue par Schwenkedel en 1963, Robert ANTOINE a été nommé titulaire. Premier prix du Conservatoire de Nancy, il avait tenu auparavant l'orgue Jacquot de l'église St Gengoult de Toul tout en assurant quelques services sur le petit orgue de chœur de la cathédrale. Cette dernière étant en perpétuelle restauration depuis le bombardement de 1940, M. Antoine à la fin de sa vie jouait les obsèques sur l'orgue Guerrier de l'hôpital St Charles de Toul. Il était alors âgé de plus de 90 ans !

 

En Moselle

Léonard OULIÉ (1891-1957), organiste aveugle à Hayange avait étudié au Conservatoire de Paris. La ville d'Hayange recrutait ses organistes parmi les non voyants. Son prédécesseur Désiré BÉREAU (1890-1962), également élève au Conservatoire de Paris, avait bénéficié lui aussi de cette mesure particulière.

Elève de Charles Magin, Georges KRIER (mort en 1968) fut organiste d'Uckange durant de longues années.

Le magnifique orgue de l'église Saint-Maximin de Thionville reconstruit par Kern en 1969 est tenu par Raphaëlle GARREAU DE LABARRE, ancienne élève du Conservatoire de Paris. Premier prix d'orgue et d'improvisation, Norbert PÉTRY est quant à lui titulaire des orgues de la Cathédrale de Metz.

Ferdinand Tourte : Gloire à toi, Vierge de Lorraine
Refrain du cantique à Jeanne d'Arc " Gloire à toi, Vierge de Lorraine ",du chanoine Ferdinand Tourte, décédé en 1943
( coll. Olivier Geoffroy )

 

En Meuse

L’orgue Dupont de la Cathédrale de Verdun était servi jusqu’en 1916 par Ernest GROSJEAN (1844-1936). Compositeur de motets, cantiques et de nombreuses pièces d’orgue, il avait été élève d’Henri Hess à Nancy et de Camille Stamaty à Paris.

Le chanoine Pierre CAMONIN fut nommé titulaire après la reconstruction par Jacquot au début des années 30. Il était assisté dans sa fonction d’organiste par le vigoureux maître de chapelle Ferdinand TOURTE. Ce dernier avait composé de nombreux chants liturgiques (dont un cantique à Jeanne d’Arc resté célèbre Gloire à toi, vierge de Lorraine).

Alfred Yung : Devant Jésus
Alfred Yung : fragment du cantique de mariage "Devant Jésus"
( coll. Olivier Geoffroy )

A l’église Notre-Dame de Bar-le-Duc, Alfred YUNG (1836-1924) officiait comme organiste et maître de chapelle. Ancien élève de l’école Niedermeyer où il avait obtenu un premier prix d’orgue dans la classe de Georges Schmitt (1821-ca. 1900), il composa de nombreuses pièces vocales et instrumentales. Son Cantique de mariage remporta un grand succès dans les églises lorraines.

 

Dans les Vosges

L’orgue de la Basilique Saint-Maurice d’Epinal fut tenu par Maurice VICHARD (1921-2000). Successeur et élève de son père qui avait étudié à l’Ecole Niedermeyer, il tenait un magasin d’instruments de musique et de partitions. Son talent d’improvisateur avait assuré sa notoriété et lui avait valu de faire un concert à Notre-Dame de Paris.

On peut également citer l’abbé Roger CHAUDEUR (1908-1979). Ancien élève de Joseph Bonnet, il fut curé de Nomexy (où il supervisa la reconstruction de l’orgue par la maison Jacquot-Lavergne) avant d’être nommé organiste et maître de chapelle à la Basilique de Lisieux.

L’abbé Guy RUYER (1930 - 11 août 2007), premier prix d’orgue du Conservatoire de Nancy a longtemps tenu occasionnellement l’orgue de l’abbatiale de Remiremont, tout en touchant celui du petit séminaire d’Autrey où il était également professeur de lettres. Les deux derniers titulaires en date de l'orgue de cette abbatiale sont Claude DELAFENETRE, puis jusqu'à aujourd'hui Catherine GIROUD.

Olivier Geoffroy


 


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