La vie et l'œuvre d'Albéric MAGNARD
 
Albéric Magnard, ca. 1911
Albéric Magnard, vers 1911( extrait photo Musica/Ruck, coll. DHM )

Pour plus de clarté, la vie de Magnard peut se séparer en quatre périodes qui n'ont d'ailleurs rien d'artificiel :

L'enfance - 1865-1883
La jeunesse épanouie - 1884-1894
Le repli - l 894-1904
L'exil - 1904-1914

Lucien, Denis, Gabriel, Albéric Magnard est né le 9 juin 1865, à Montmartre, rue des Rosiers devenue rue Chevalier de La Barre, le même jour que Cari Nielsen, la veille de la première mondiale de Tristan et Isolde à Munich et au milieu d'une époque qui a vu naître en France nombre de futurs compositeurs depuis Chausson en 1855, Charpentier en 1860, Debussy et Maurice Emmanuel en 1862, Bordes en 1863, Ropartz et Pierné en 1864 jusqu'à Dukas en 1865, Koechlin en 1867, Roussel en 1869, Séverac en 1873, Ravel en 1875. Le prénom usuel de Lucien sera Albéric, prénom de son parrain Albéric Second, journaliste, homme de lettres, auteur de vaudevilles qui triomphèrent sous le Second Empire.

Magnard est issu d'un milieu modeste. Sa mère, Emilie Bauduer est la fille d'un peintre sur porcelaine. Son père, Francis Magnard, est né à Bruxelles en 1837, fils d'une blanchisseuse qui abandonnée par son mari, l'a élevé seule.

Le parcours de Francis mérite d'être évoqué. Grâce au travail forcené de sa mère, il fait de bonnes études à l'école Saint-Nicolas.

En 1856, il est employé à la perception du 8e arrondissement avec un salaire mensuel de 65 puis de 80 euros. Il survit alors dans une misère qu'il n'oubliera jamais. En 1863, il quitte l'administration et devient chroniqueur à l'Evénement et au Grand Journal. Il s'entend fort bien avec de Villemesant qui à la haute main sur ces deux journaux et sur le Figaro hebdomadaire. Villemesant saborde les deux premiers quand il décide que Le Figaro deviendra quotidien en novembre 1866. Francis en intègre l'équipe rédactionnelle et débute là une carrière impressionnante.

Doté d'une rare intelligence, d'une mémoire qui deviendra vite légendaire et d'une plume qui l'aurait conduit à l'Académie Française s'il n'était mort, il gravit les échelons très vite : secrétaire de rédaction en 1874, co-rédacteur en chef en 1875, rédacteur en chef et directeur de fait en mai 1879 (mort de Villemesant). En 20 ans, le petit agent des Contributions est devenu l'un des personnages les plus importants sinon les plus craints du Tout-Paris. Les premières années d'Albéric sont heureuses. Mais le 2 avril 1869 survient un drame qui va marquer sa vie : sa mère qui présentait depuis plusieurs semaines des troubles du comportement se défenestre et meurt quelques heures après. Le sentiment de perte pour l'enfant est terrible. La plaie ne se cicatrisera pas, comme en témoigne ce passage d'un poème de M. Desbordes-Valmore qu'il met en musique en 1914, peu avant sa propre mort. Il y apostrophe sa mère, 45 ans après :

J'étais là sans défense,
Rien ne gardait mon cœur, rien ne veillait sur moi,
Où donc étais-tu toi.

De surcroît, en grandissant Albéric va s'imaginer que son père est en partie responsable du drame. D'où un rejet paternel et un repli total sur soi-même. Ses condisciples de lycée n'oublieront jamais ce camarade qui ne riait jamais et ne participait pas à leurs jeux.

Pour échapper à sa solitude affective, l'enfant se réfugie dans les études et, très brillant élève à Monge et à Condorcet, il obtient, en novembre 1883, son diplôme de bachelier ès-lettres. La musique l'aide aussi. Il prend des leçon de piano de 1876 à 1882 avec Charles Delioux de Savignac, le professeur du Tout Paris à cette époque, qui fera de lui un bon "gratteur d'ivoire", très attaché à son Erard et à Chopin. Cette formation musicale reste habituelle pour l'époque dans les milieux favorisés. Magnard n'a donc rien d'un enfant prodige.

Son autre recours est la lecture. Il dévore les auteurs grecs et latins mais aussi Shakespeare et les auteurs français des 17e et 18e siècle avec une prédilection pour Rousseau dont il va épouser les rêves et les projeter sur le monde qui l'entoure. Il n'a alors qu'un but dont il se souviendra dans ses Quatre poèmes en musique (1902) : quitter le dur cachot de son enfance et étreindre le monde qui, croit-il, l'attend dans une joyeuse ivresse.

Le "cynisme de l'homme" va rapidement le dégriser. Finalement Magnard ne se reconnaîtra jamais dans une réalité dont il finira par s'éloigner. Il ne fera pas plus le deuil de ses rêves qu'il n'a fait celui de sa mère.

Après avoir obtenu son baccalauréat, Magnard fait son service militaire à Blois de novembre 1883 à 1884. Il termine major de sa promotion avec le grade de sergent. Il sera nommé sous-lieutenant en 1888.

De retour dans ses foyers Magnard va débuter la seconde partie de sa vie. Son objectif est de devenir musicien mais avant de s'engager dans la voie qui l'appelle, il doit sacrifier à la vocation de son père qui veut faire de lui un avocat. Il s'inscrit donc à la faculté de Droit en novembre 1884.

Mais, en août 1886, il va à Bayreuth1 et revient ébloui par les représentations de Tristan et de Parsifal. Il décide alors d'affronter la colère paternelle, d'autant qu'il est contraint par la limite d'âge. Il s'inscrit en novembre comme auditeur dans la classe d'harmonie de Dubois. Ce qui ne l'empêche pas d'obtenir en juillet 1887 sa licence en droit. Il tourne alors définitivement le dos au Code civil.

A la rentrée, il poursuit ses études musicales au Conservatoire où il est élève dans la classe d'harmonie de Théodore Dubois et auditeur dans celle de composition de Massenet. En juillet 1888, il obtient un premier prix d'harmonie et il décide alors d'abandonner le Conservatoire, où il ne voit que conservatisme et sclérose. De surcroît, il ne veut pas concourir pour le Prix de Rome, but essentiel de la formation au Conservatoire. Il y a appris la grammaire et juge qu'il doit s'adresser ailleurs pour compléter sa formation. Il demande à d'Indy, dont la notoriété est alors immense, de le prendre en mains. Celui-ci accepte malgré un emploi du temps surchargé et Magnard sera son élève pendant 4 ans, deux heures tous les mercredis (jusqu'en juillet 1892). Il apprend la construction musicale et l'instrumentation.

ugène Ysaye, Albéric Magnard et Guy Ropartz
Albéric Magnard (debout, à gauche) en compagnie du violoniste Eugène Ysaye (debout, fumant la pipe) et du compositeur Guy Ropartz, dans le bureau de ce dernier alors directeur du Conservatoire de Nancy, vers 1911Musica/Ruck, coll. DHM )

En dehors du prix d'harmonie, il quitte le Conservatoire riche d'une amitié exemplaire avec Ropartz qu'il a connu en mai 1887 et qui deviendra un défenseur infatigable de son œuvre, jusqu'à sa propre mort. II a aussi composé ses deux premières œuvres Trois pièces pour piano : Choral et fuguette, Feuille d'album, Prélude et fugue, opus l, et la Suite dans le Style ancien2, opus 2, qui sera créée à Royan le 18 août 1890.

La première pièce de la Suite est intitulée Française. Il n'existe pas de danse classique de ce nom mais les suites traditionnelles commencent souvent par une Allemande. Magnard manifeste à sa manière un peu de cette souffrance3 que nombre de Français ressentaient depuis la perte de l'Alsace-Lorraine, contentieux que Delcassé disait imprescriptible.

Durant la décennie 1884 et 1894, Magnard va mener une vie trépidante. Il écume les salles de concert. Intelligent, cultivé, fort critique et d'une franchise redoutable, il ne ménage personne particulièrement les chefs d'orchestre ou les chanteurs et ce, en toute impunité. Il se fait ainsi de solides et multiples ennemis dont la mémoire ne défaillira pas. Il voyage beaucoup en Allemagne, Palestine4, Italie, Hollande et surtout Belgique où, élève de d'Indy, il est accueilli à bras ouvert (l'aura de d'Indy est immense). II y fait connaissance en particulier de Octave Maus, avocat, un des fondateurs en 1884 et ensuite cheville ouvrière de la Société des XX qui devient en 1893, la Libre Esthétique. Le but est d'organiser chaque printemps des expositions de peinture et des conférences. En 18865 Maus et d'Indy font connaissance et décide d'associer des concerts aux expositions. Les premiers ont lieu en avril 1888. Les derniers en mars 1914. Magnard y sera joué évidemment mais aussi tous les musiciens français ou étrangers de cette époque, sans aucun dogmatisme. Les peintres seront traités de la même façon. Le rôle capital tenu par Maus dans le brassage culturel européen entre les deux guerres ne sera jamais assez vanté.

Magnard écrit également des articles dans Le Figaro, dont un, "Pour Rameau", incitera l'éditeur Durand à faire réviser et à publier les œuvres de Rameau.

Il fréquente aussi le Tout-Paris où beaucoup de salons lui sont ouverts, en particulier celui de Robert et d'Henriette de Bonnières dont il tombera follement amoureux, lui dédiant plusieurs mélodies dont l'une, A elle, est la première pièce des Six Poèmes en musique, opus 3, et la première de ses œuvres à être exécutée en public le 31 mars 1888.

Magnard compose ensuite la Première Symphonie (mars 1889 - marsl890), opus 4 et son premier drame en musique, Yolande, opus 5, terminé en 1891 et créé à la Monnaie de Bruxelles le 27 décembre 1892. Y succède la Seconde Symphonie, opus 6, (janvier 1892 - janvier 1893). Magnard gardera toute sa vie ce rythme de travail et, sauf en 1911, année où il est absorbé par la préparation de Bérénice, salle Favard, il ne s'arrêtera plus.

Malgré ses plaintes, il écrit relativement vite, mais il n'est évidemment jamais satisfait du résultat : "Tout ce que j'écris me dégoûte de plus en plus, affirme-t-il en 1902, et je souffre toujours plus cruellement de l'écart fantastique qui existe entre ce que je fais et ce que je voudrais faire."6

Un autre événement notable de cette période est, en décembre 1891, la rencontre de Magnard avec Julia Creton sa future épouse. Il va lui dédier les Promenades, opus 7. Il s'agit, précédée d'un Envoi, d'une évocation musicale du Bois de Boulogne, de Villebon, Saint-Cloud, Saint-Germain, Trianon, Rambouillet, lieux où les amoureux aimaient faire plus ample connaissance.

L'automne 1894, durant lequel Magnard termine le Quintette pour piano et instruments à vent, opus 8, (flûte, clarinette, hautbois et basson) marque pour lui la fin de cette période que nous avons appelée la jeunesse épanouie et le début de son éloignement progressif du monde. Deux événements essentiels vont bouleverser sa vie :

Tout d'abord Ropartz prend la direction du Conservatoire de Nancy. Ce départ l'attriste profondément mais sera bénéfique pour son œuvre car à la tête de l'orchestre du conservatoire local Ropartz va la défendre avec une opiniâtreté toute bretonne : il programmera à seize reprises des œuvres de son ami, assurant la création de six d'entre elles, parfois sous les quolibets.

Mais surtout il perd son père qui meurt le 18 novembre. Comme le dit Albéric, les petites misères qui les avaient séparés, étaient oubliées et l'entente était bonne. Le choc est donc rude. D'autre part, en perdant son père, Magnard perd son bouclier. La note est lourde. "Je ne vois plus un chat" écrit-il à Maus en janvier 1895. Les colonnes du Figaro lui sont fermées et surtout son nom disparaît des affiches des concerts officiels. II n'y apparaît que deux fois entre 1894 et 1904 : le 20 janvier 1898, J. Raunay chante Nocturne, une mélodie qui dure trois minutes, aux concerts Colonne du jeudi à orchestre (et spectateurs) réduits et le 2 mai 1902 est créée la Sonate pour violon et piano, opus 13.

A la mort de son père, Magnard approche de ses 30 ans. C'est un homme petit, sec, un visage très coloré aux traits réguliers et aux yeux très bleus.

Sa vie est organisée quasi militairement : horaires stricts, gymnastique, marche, travail, hygiène alimentaire bien rare à l'époque dans les milieux aisés. En dehors de problèmes cutanés, il aura toujours une excellente santé. Enfin, contrairement à une légende tenace, Magnard n'a jamais été malentendant.

Toujours installé dans les quartiers cossus, Magnard apprécie les logements confortables, où il vit au milieu de meubles anciens, de ses livres et surtout de sa collection de tableaux car il a pour la peinture une passion aussi grande que pour la musique.

Il protège jalousement son intimité et ne reçoit que de rares amis avec lesquels il se montre enjoué, affectueux, direct, gaillard, d'une totale franchise et d'une fidélité exemplaire. Mais il existe un autre Magnard : agressif, coléreux, ombrageux et susceptible au point de parfois se croire persécuté. Traits de caractère que son sens aigu de la justice accentue. Il s'en prend souvent aux autorités en place, qu'elles soient politiques ou religieuses, et plus généralement, il pourfend les nullités du premier rang et leur ferblanterie honorifique. Rigide et absolu, il ne transige par sur ses idées et les met en pratique même si elles s'avèrent catastrophiques. Ainsi, toujours braqué contre les éditeurs de musique il prendra la décision désastreuse de s'éditer lui-même. Il fait imprimer ses œuvres dans une imprimerie communiste, l'Emancipatrice. Mais les factures exorbitantes freinent rapidement ses ardeurs marxistes et il se replie sur des maisons moins engagées et moins chères. Il distribue lui-même ses partitions par voie postale ou ferroviaire.

Sur le plan artistique, il a également des idées très tranchées. Il restera attaché aux principes classiques dans lesquels sa culture s'est modelée et il fait sien le vers de Chénier : " Sur des pensers nouveaux, faisons des vers antiques ". C'est la liberté dans la discipline qui s'oppose à la discipline dans la liberté de Debussy dont il ne condamne pas nommément les œuvres. Mais il s'en prend aux "chinoiseries" de cette nouvelle musique qui " avide de nouveau et d'imprévu glisse tout doucement vers l'Orient et la barbarie. "

Mais en réalité, il prendra aussi ses distances avec le franckisme et le dindysme. Il refusera toujours que la forme devienne formule et tout en se pliant à la discipline classique, il est resté libre de toute influence réellement forte d'école. Il écrit ainsi à Labey : " Tout ce que nous racontons est contradictoire. Il n'y a pas de règles précises en fait de techniques et les règles d'école ne sont utiles que comme gymnastique d'assouplissement. " II affiche en peinture et en architecture des goûts également fort classiques. Il a avec Maus des discussions orageuses sur Van Gogh et à la différence de Chabrier ou de Chausson, il ne comprend pas les Impressionnistes. Tout cela fait écrire à Carraud : " Magnard rêvait de continuer tout ce qu'autour de lui on ne rêvait que de supplanter. "

Ce refus en art des ruptures brutales est proche de sa conception des relations sociales qui est très inspirée du philosophe anglais Spencer. Magnard prône l'évolution, processus non violent basé sur l'initiative, la compétence et la responsabilité individuelle. Adversaire de l'étatisme, il redoute le syndicalisme dont il blâme le corporatisme. Il l'accuse de préparer la tyrannie ouvrière dans un pays à peine délivré de l'absolutisme royal et impérial. Il est en plein désaccord avec la grève et, légaliste inflexible, avec les violences qui l'accompagne souvent. Plus généralement il déteste la foule " son impuissance au bien et sa fureur au mal " avec sa corollaire, un mépris total du public et une même indifférence à l'égard du succès et de l'échec.

Bien que cela paraisse contradictoire, Magnard manifeste un amour quasi métaphysique de l'humanité et désire son bonheur. Ainsi affiche-t-il des opinions féministes très avancées, plaidant pour une égalité des droits civils et politiques entre les hommes et des femmes. Il écrit à Maus en octobre 1900 : " La question des droits de la femme prime tout dans l'évolution sociale... Les plaies immondes de notre société, le militarisme, l'alcoolisme, la prostitution ne pourront s'atténuer et disparaître que par la volonté des femmes et la volonté des femmes ne comptera guère tant qu'elles n'auront pas les mêmes droits civils que nous et nos droits politiques... Cette question traînera tant que les hommes ne s'y mettront pas ; nous avons trop abruti les femmes depuis quatre mille ans pour qu'elles puissent déjà marcher toutes seules. "

Idéaliste, il juge que l'homme peut assurer sa propre rédemption grâce à une lutte incessante contre tous les désordres et par la volonté de chacun de tendre vers le bien. Chaque effort accompli est décompté pour l'éternité et de leur multitude naîtra la Raison, mère des Temps Nouveaux. L'humanité connaîtra alors la félicité d'une sorte de Paradis terrestre, mais dénué d'être suprême. En effet, Magnard ne croit (du moins il l'affirme) ni en l'immortalité de l'âme ni en Dieu, qu'il pare de sobriquets peu flatteurs : Fantoche, le vieux coquin, le vieux misérable, le grand misérable.

Cette conception qui exige beaucoup trop de la réalité ne peut engendrer que des désillusions avec ses corollaires, le pessimisme et la misanthropie. Magnard n'y échappera, pas mais sans qu'il ne garde une lueur d'espoir. C'est sans doute la raison pour laquelle les pièces funèbres présentes dans plusieurs de ses ouvrages ne sont jamais conclusives et que les péroraisons de ses œuvres sont sinon toujours lumineuses en tous cas jamais désespérées sauf Bérénice.

Albéric Magnard : couverture de la partition de Guercoeur
Couverture partition Guercoeur, drame musical d'Albéric Magnard terminé en 1901( coll. Simon-Pierre Perret )

Magnard se remet au travail trois mois après la mort de son père et c'est pour lui rendre hommage avec le Chant funèbre, opus 9. Il compose ensuite l'Ouverture, opus 10 et la Troisième Symphonie, opus 11 inspirée par l'Auvergne. Il s'attelle ensuite à son second drame en musique, Guercœur, opus 12, dont il avait achevé le livret en juillet 1894. Cette partition, la plus longue qu'il ait écrite (elle dure trois heures) lui demandera quatre ans de travail (mars 1897 à mars 1901). Il écrit après, en cinq mois, la Sonate pour violon et piano, opus 13.

Dans les trois actes de Guercœur Magnard expose sa vision très sombre du monde (trahison, violence, infidélité) et sa confiance en l'avenir de l'humanité grâce à l'addition des efforts immortels de chacun. Pour ce faire, il a imaginé une histoire très particulière en trois actes et cinq tableaux : Les regrets - Les illusions, l'amant, le peuple - L'espoir.

I : Chef d'état exemplaire mort, Guercœur s'ennuie au paradis et veut retourner sur terre.
II : De retour sur terre, il est trahi puis tué.
III : retour au paradis où il est consolé. Annonce des temps nouveaux.

Cette troisième période de la vie de Magnard est marquée par trois événements :

Le 15 février 1896 il épouse la compagne de ses Promenades, Julia Creton une jeune femme intelligente et intuitive, qui lui donnera deux filles, Eve en mars 1901 et Ondine en avril 1904. Le mariage de Magnard vérifie le mépris de fer qu'il montre à l'égard des conventions sociales mais surtout la sincérité de ses convictions : Julia est issue d'un milieu très pauvre ses parents sont journaliers - elle ne possède pas un centime de la sacro-sainte dot, sa corbeille de noce n'étant garni que de René, un enfant âge de cinq ans, fils de surcroît d'un voyageur de commerce allemand. Magnard élèvera René comme son fils. Le couple sera parfaitement heureux.

Le 13 janvier 1898, Zola publie dans l'Aurore son célèbre " J'accuse ". Magnard le soutient immédiatement dans une lettre qui sonne comme une fanfare : " Bravo Monsieur, vous êtes un crâne ! En vous, l'homme vaut l'artiste. Votre courage est une consolation pour les esprits indépendants. Il y a donc encore des Français qui préfèrent la justice à leur tranquillité, qui ne tremblent pas à l'idée d'une guerre étrangère, qui ne se sont pas aplatis devant ce sinistre hibou de Drumont et ce vieux polichinelle de Rochefort. Marchez, vous n'êtes pas seul. On se fera tuer au besoin. "

II signe ensuite les différentes pétitions publiées par L'Aurore demandant la révision du procès et la libération de Piquart. Il sera le premier musicien à le faire. Signeront également Savard et Kœchlin. Mais Magnard ne s'arrête pas là. En septembre 1899 a lieu à Rennes le procès en révision et Dreyfus est condamné à dix ans de détention (il est reconnu coupable avec circonstances atténuantes). Dix jours après ce verdict, il est gracié par le président Loubet7. Magnard est scandalisé et démissionne immédiatement de son grade de sous-lieutenant dans des termes si inconvenants que la lettre remonte sur le bureau du directeur de l'infanterie, le général Millet qui alerte le ministre de la guerre, de Gallifet. Sa démission est refusé et il doit la renouveler un an après dans des termes plus policés et plus officiels. Parmi les défenseurs de Dreyfus, le verrier E. Gallé8 n'était pas un des moindres. Magnard le connaissait bien et l'admirait. Il lui dédiera l'Hymne à la Justice, opus 14, composé en 1902. Au-delà du drame vécu par Dreyfus, Magnard y dénonce tous les dénis de justice et annonce dans sa péroraison le triomphe de la justice. Cette Hymne a été la première œuvre exécutée lors du concert inaugural de l'orchestre national libéré donné le 28 septembre 1944 sous la direction de M. Rosenthal.

Enfin, le 14 mai 1899, il a organisé au Nouveau Théâtre un concert de ses œuvres symphoniques. Il ne fait aucune publicité et, malgré le prix d'entrée modique, ce n'est pas la foule. Ce concert lui coûtera la bagatelle de 22.000 euros et n'aura aucune retombée. La presse (celle qui était prévenue) est dans l'ensemble favorable et Dukas en tête, vante tout particulièrement la Troisième Symphonie dont ce fut la création.

Au printemps 1904, Magnard et sa femme décident de quitter Paris. Ils trouvent la maison de leur rêve à Baron dans l'Oise, le Manoir des Fontaines, où ils s'installent au mois d'août 1904, scellant leur destin. Curieusement va alors commencer en France comme à l'étranger une période faste pour la musique de Magnard (surtout la 3e Symphonie et la Sonate pour violon et piano).

Il mène à Baron, où il se tient farouchement à l'écart des autochtones, une vie calme, solitaire au milieu de la nature, de ses livres, de ses partitions. Fuyant les manifestations officielles, les comités, il ne s'éloigne guère de son havre. En 10 ans, ses seuls déplacements musicaux notables seront un voyage à Berlin où il dirige le 12 janvier 1905 sa 3e Symphonie. Le 23 février 1908, il est à Nancy où Ropartz dirige le 3ème acte de Guercoeur. En novembre 1911, il s'installe à Paris pour la préparation de la création de Bérénice à l'Opéra-Comique. Enfin le 1er février 1912, il est à Nancy pour la création du drame de Ropartz, le Pays.

Et il travaille inlassablement, composant le Trio opus 18, un autre drame en musique, Bérénice, opus 19, dont son ami Poujaud lui a soufflé le sujet. Le livret l'occupe de janvier à juillet 1905 et la partition d'octobre 1905 à décembre 1908. Il s'agit de l'histoire de la séparation de Titus et de la reine de Judée, Bérénice qui ne peuvent se marier en raison de l'hostilité du peuple romain qui refuse une reine juive. Il compose ensuite la Sonate pour violoncelle et piano, opus 20 et la Quatrième Symphonie, opus 21, écrite directement sur partition d'orchestre. Il commence à l'écrire en janvier 1912 et l'achève en avril 1913. Sur cette œuvre vibrante, dont la conclusion est d'une sereine douceur, le regard de Magnard montre qu'il reste d'un optimisme incurable, malgré un certain état dépressif : " L'optimisme de la Quatrième Symphonie est répugnant, car aucune œuvre ne m'a donné autant de mal9 et n'a été conçue dans un marasme plus complet. "

Son ultime composition, les Douze poèmes en musique, opus 22, composés sur six poèmes de Chénier et six de Marceline Desbordes-Valmore est perdue.

Le 1eraoût 1914, c'est la mobilisation générale et le 3 août les hostilités débutent. Dès le 1er août Magnard court de Senlis à Compiègne pour s'engager mais sans succès. Il conclut : " On reprendra l'Alsace et la Lorraine sans moi. "

Optimiste au début des hostilités Magnard déchante vite. Le 29 août les Allemands sont à Compiègne et Baron va se trouver au centre des combats. Le même jour il envoie à Pantin, sa femme Julia et ses filles. Malgré leurs supplications, Magnard reste à Baron avec son beaufils René. Il a précisé à son entourage qu'il défendrait le Manoir s'il était attaqué, disant en montrant son pistolet : " Ici il y a six balles, cinq pour les Allemands, une pour moi. "

Le 2 septembre, les Allemands occupent Baron et le 3 septembre le drame éclate. Sans doute à la suite d'une dénonciation, les Uhlans se présentent au manoir vers 8 heures 30. Heureusement René est à la pêche. Au moment des sommations, un coup de feu part de la troupe. Magnard dissimulé derrière les persiennes du cabinet de toilette riposte, tuant un soldat et en blessant un autre. Des tirs de salve sont immédiatement dirigés contre la maison. Des officiers se rendent alors chez le seul notable du village, le notaire et il est décidé que le village sera brûlé et ses habitants fusillées. Heureusement le notaire est assez éloquent et le "jugement" est modifié : seul le manoir sera incendié et son propriétaire fusillé. A 12 heures 45 le feu est mis au manoir où aucun signe de vie n'a été décelé durant la matinée. Vers 15 heures alors que le feu fait rage, un coup de feu est entendu. Un officier dit au notaire : " II a choisi la meilleure part. " En réalité, l'examen du pistolet retrouvé dans les ruines va montrer qu'il contenait six douilles sans balle, cinq étaient percutées, la sixième, non, et le chien était à l'armé. La dernière balle est donc partie sous l'effet de la chaleur. Il est probable que Magnard a été tué ou blessé mortellement lors des échanges du matin. Sa mort ne sera annoncée que le 21 septembre.

Le geste de Magnard que l'historien Frédéric Masson qualifie de "folie sublime" donne lieu à des interprétations dont le nombre remplace le caractère décisif. Beaucoup d'exégètes les orientent en fonction des sentiments que la victime, qui ne laissait personne indifférent, leur inspire :

- Ainsi le geste d'un maniaque voulant défendre ses trésors est évoqué. - Certains parlent d'un acte un peu fou ce qui n'est qu'un euphémisme. - D'autres affirment que Magnard, en défendant sa maison avait voulu s'associer symboliquement à la défense de la patrie.

- Ou que ne pouvant pas se battre en soldat régulier il serait devenu un de ces francs-tireurs, combattants irréguliers qui avaient fait tant de victimes dans les troupes allemandes en 1870.

- L'hypothèse d'un suicide a de nombreux partisans. Mais ils oublient que le suicide est le geste de celui qui ne peut plus vivre. Ce n'est pas le cas de Magnard, qui n'a pas recherché la mort pour elle-même. Mais il l'a pleinement assumée comme l'échéance inexorable d'un tout dont il n'avait pas la maîtrise.

- Aucune de ces hypothèses n'est satisfaisante. Mais il peut être possible d'approcher la vérité en s'en rapportant aux livrets ou aux poèmes, rédigés ou choisis par Magnard pour les mettre en musique en sachant que dans ses opéras, il expose sa philosophie et dans mélodies, il n'hésite pas à se livrer personnellement.

Ainsi, il écrit en 1899 et, compte tenu de son caractère, cette phrase n'est pas qu'une phrase : " Je crois que le triomphe de certaines idées vaut bien la suppression de notre tranquillité et même de notre vie. " Parmi les poèmes de Marcelline Desbordes-Valmore mis en musique en 1914, le choix du Nid solitaire n'est évidemment pas fortuit. Le Nid solitaire se confond avec le Manoir des Fontaines :

Moi je veux du silence, il y va de ma vie
Et je m'enferme où plus rien ne m'a suivi
Et de mon nid étroit d'où nul sanglot ne sort
J'entends le siècle courir à côté de mon sort.

Tout nous dit ici que Magnard s'est fondu en une unité harmonieuse et supérieure avec le manoir, asile, à ses yeux, de ces valeurs suprêmes, appelons-les civilisatrices, qui représentent son modus vivendi avec le monde.

Lorsque l'on est au fait de son caractère absolu, la conduite future de Magnard est prévisible. Il suffit de lire l'explication qu'il donne de l'attitude de Titus et Bérénice face à la raison d'état : " Titus et Bérénice aiment mieux détruire leur bonheur plutôt que d'assister à sa mort lente dans un milieu de haine, de défiance et de mensonge où il ne peut plus vivre. " Ce rapprochement entre le destin d'une Bérénice rayée de l'histoire et d'un Titus désespérant de l'avenir avec la mort de Magnard n'est pas infondé : parmi les quelques ossements de Magnard retrouvés dans les ruines du manoir se trouvaient des feuillets calcinés et irrécupérables du manuscrit autographe de Bérénice.

Ce qui fait écrire au musicien et musicologue suisse G. Doret : " Magnard a été tué pour avoir tenté désespérément de défendre la beauté. " Par cette seule phrase, Doret sublime l'acte de son ami. Le manoir devient symboliquement le dépositaire de la Beauté et la dimension personnelle du geste devient universelle.

L'un des poèmes de Marcelline Desbordes-Valmore mis en musique par Magnard en 1914, est en forme d'épitaphe. Il a peut-être écrit là ses dernières notes de musique :

Que mon nom ne soit rien qu'une ombre douce et vaine
Qu'il ne cause jamais ni l'effroi ni l'ennui
Qu'un indigent l'emporte après m'avoir parlé
Et le garde longtemps dans son cœur consolé.

Essayons d'imaginer la mélodie qu'il a composée et depuis ce qu'il appelait l'infini des choses, Magnard aura-t-il la consolation de savoir que sa musique nous accompagne toujours et que ses rêves ne cessent de parler à notre espérance et à notre fraternité.

Simon Pierre Perret.

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1) II y retournera en 1888, 1889 et 1896. [ Retour ]

2) Selon la mode de l'époque: Suite Holberg, Suite en ré de d'Indy, Mozartiana. [ Retour ]

3) Il la manifeste à la même époque en mettant en musique le Rhin allemand de Musset, mélodie qu'il orchestrera en 1896 [ Retour ]

4) Inauguration du chemin de fer de Jaffa à Jérusalem. 6 Le 10 avril 1886 lors de la création de Gwendoline. [ Retour ]

5) Le 10 avril 1886 lors de la création de Gwendoline. [ Retour ]

6) Voir Beethoven : " Le véritable artiste ne connaît pas l'orgueil. Il se rend compte malheureusement que l'art n'a pas de limite et comprend obscurément combien il reste éloigné du but suprême. " [ Retour ]

7) L'Affaire sera définitivement close le 12 juillet 1906 avec l'acquittement et la réintégration de Dreyfus dans l'armée. [ Retour ]

8) Ligue des droits de l'homme et Ligue de la patrie française (d'Indy est au comité directeur). [ Retour ]

9) Composée de la mi-janvier 1912 à la mi-avril 1913. [ Retour ]


Albéric Magnard

 Fuyant Paris qu'il déteste, Albéric Magnard en 1908 — il a quarante-trois ans — vient chercher la solitude au Manoir des Fontaines qu'il possède à Baron, près de Nanteuil-le-Haudoin, dans l'Oise.

Le 3 septembre 1914, les uhlans qui ont envahi le bourg, cernent la propriété du compositeur. Il s'est réfugié dans une pièce du premier étage. Tout à coup, des volets s'ouvrent et des coups de revolver retentissent. Deux Allemands tombent, touchés à mort. Aussitôt un incendie est allumé et Magnard pérît dans les flammes. Il a voulu, dira Gaston Carraud, défendre sa maison " comme le sanctuaire de sa pensée, de sa famille, le symbole de sa patrie ".

Cette fin tragique est largement commentée dans la presse. Un académicien, Edmond Rostand, lui consacre même un sonnet — pas l'un des meilleurs, il est vrai — :

Celui-là qui, rebelle à toute trahison,
Et préférant la Muse à toute Walkyrie,
A défendu son Art contre la Barbarie,
Devait ainsi mourir défendant sa maison...
etc.

En apprenant la mort d'Albéric Magnard, bien des gens apprirent aussi son existence. Le compositeur, en effet, n'a jamais connu que des succès, parfois enthousiastes, mais qui ne dépassaient pas le cercle d'une élite. Pourquoi ? II faut sans doute incriminer son caractère.

Magnard avait le culte de l'indépendance, de la liberté. Il ne voulait pas entraver la marche des événements. Quoique de nature austère et pessimiste, il croyait à l'évolution de l'humanité vers un mieux-être moral. Et, il pensait peut-être contribuer à cette évolution, en formulant des jugements sévères et mordants contre ceux qui n'avaient pas une haute conscience de leur art. Parfois, d'ailleurs, il ne négligeait ni la moquerie, ni le rire.

A ce propos, Paul Landormy raconte que Vincent d'indy lui demanda, un jour, de le remplacer à son cours de la Schola. Il avait travaillé au Conservatoire avec Dubois et Massenet, mais d'indy était le professeur de son choix. A l'heure dite, Magnard se présente à son jeune auditoire, vêtu d'un " complet à grands carreaux et en gilet breton ". II énonce d'abord des déclarations " ahurissantes ". Puis, il met en fuite ses élèves en leur racontant des " plaisanteries à faire rougir un corps de garde "...

Ce penchant à la grosse gaieté, qu'il manifestait encore à l'époque de sa maturité, ne l'empêchait pas d'être le plus souvent autoritaire, violent, passionné, avec, d'ailleurs, une noblesse hautaine, et une intransigeance farouche à l'égard de ce qu'il considérait être le devoir.

On en sait assez pour penser qu'il était bien incapable d'aller au-devant du succès et encore moins de l'organiser. Jamais il ne voulut profiter des facilités que pouvait lui obtenir son père qui avait pris au Figaro la succession de Villemessant. C'eût été d'ailleurs prêter le flanc à la raillerie de ceux qui, à cause de sa situation de fortune, le traitaient d'amateur.

Autre aspect de son caractère : sa sensibilité, son besoin d'effusion. Mais il les réservait à ses proches et à ses amis. Il comptait de nombreux amis parmi ses condisciples de la Schola. Guy Ropartz, par exemple, qui, avec le dévouement dont il est coutumier, reconstitua l'orchestration du 1er et du 3e acte de Guercoeur que l'incendie du Manoir des Fontaine avait détruite. Des critiques aussi : Gaston Carraud, Pierre Lalo, Paul Dukas, Samazeuilh, Boschot, Schneider... qui défendirent chaudement l'œuvre de Magnard contre ses détracteurs, contre quelques confrères aussi. En pensant à eux, G. Carraud écrivait : " Tout ce que l'homme crée de simplement grand et beau n'excite que la haine et l'envie : c'est une gêne et un reproche ; et l'indifférence est la meilleure arme pour s'en débarrasser ".

D'autre part, la musique de Magnard porte le reflet de son individualité. Elle en exprime la franchise brutale, l'austérité, l'élévation de la pensée et du sentiment. Ce sont des qualités peu propres à engendrer la popularité.

Et puis, les mélomanes alors susceptibles de s'intéresser aux œuvres de leurs contemporains n'avaient d'oreilles que pour les merveilles de l'impressionnisme. Or Magnard, comme le notait Paul Dukas, manifestait de plus en plus "une tendance admirable (...) à se défaire de ces éléments séduisants qui sont pour la pensée autant d'entraves fleuries et à s'ouvrir, parmi des chemins en apparence plus rigides, une route plus sûre vers des horizons d'où l'on découvre toute la vie". Son art tout classique et qui, selon Gabriel Fauré, présentait " des qualités d'imagination, une puissance émotive, une richesse de moyens techniques, une solidité et une dignité qui ne fléchissent en aucun moment ", paraissait réactionnaire aux auditeurs du début de ce siècle.

Mais, depuis, les esthétiques se sont succédé. Celles qui étaient à l'honneur il y a quarante ans sont maintenant entrées dans l'histoire. Ce n'est point une raison pour ne plus admirer les œuvres qu'elles ont engendrées, et même lorsque celles-ci ne suscitent plus la curiosité. Elles ne sont plus liées à ces querelles partisanes qui souvent en faussaient la valeur véritable. Est-ce dire que le public d'aujourd'hui est mieux placé que celui d'il y a quarante ans pour goûter pleinement les œuvres de Magnard ? On le peut croire. Et d'autant plus qu'il ne serait pas impossible d'y trouver quelques tendances communes à celles que contient une certaine production plus récente. Un Darius Milhaud n'a-t-il pas compté — et sans doute compte-t-il encore — parmi les admirateurs de Magnard ?

II faudrait être optimiste pour penser que [les opéras] Bérénice et Guercœur revivront prochainement au théâtre, mais des fragments pourraient en être donnés au concert, où des œuvres comme l'Hymne à la justice, l'Hymne à Vénus, le Chant funèbre, les Poèmes en musique, les Symphonies (surtout la 3e et la 4e), et les compositions de musique de chambre devraient conquérir une place digne d'elles.

Ce serait une revanche méritée.

Gabriel Bender (1954)
Le Guide du Concert, n° 48,
29 octobre 1954


ALEXANDRINS SUR LA MORT D'ALBÉRIC MAGNARD

Celui-là qui rebelle à toute trahison
Et préférant la Muse à toute Walkyrie
A défendu son art contre la barbarie
Devait ainsi mourir, défendant sa maison.
Mort pleine de clarté, de goût et de raison !
D'une oeuvre et d'un destin, par faite symétrie
Qu 'il aille aux profondeurs où se fait la patrie,
Près des poètes fiers du disciple qu 'ils ont.
Deux ombres lui viendront parler de Bérénice
Que leur rivalité par ce héros finisse !
Dressons-lui pour tombeau la pierre de son seuil
Et dans le plus doux sol que ce Français sommeille
Qui, réconciliant la mesure et l'orgueil,
Chante selon Racine et meurt selon Corneille.

 

Edmond Rostand
Membre de l'Académie française
(1868-1918)


ALBERIC MAGNARD

CATALOGUE CHRONOLOGIQUE DES ŒUVRES


Opus 1: Trois pièces pour piano n°1 : Choral et Fuguette (février et mars 1888) n°2 : Feuille d’Album (novembre 1887) n°3 : Prélude et Fugue (février et mars 1888). Première audition : 9 janvier 1892, Paris, Société Nationale
décembre 1890, Choudens
 
Opus 2 : Suite d’orchestre dans le style ancien en sol mineur (1888, remaniée au mois de janvier 1889) Française – Sarabande – Gavotte – Menuet – Gigue
Première audition : 18 août 1890, casino de Royan (Charente-Maritime)
1892, Philippe Maquet

Opus 3 : Six Poèmes en musique I – A Elle ! (automne 1887) Première audition : 31 mars 1888, Paris, Société Nationale
II – Invocation (printemps 1889, orchestration : 1893 ?) Premières auditions : piano et chant : 4 mars 1892, Bruxelles, Concerts des XX
version orchestrée : 19 août 1893, casino de Blankenberge (Belgique)
III – Le Rhin allemand. Chant patriotique (automne 1889. Transcription pour chœur d’hommes et orchestre : octobre 1896) Premières auditions : piano et chant : 16 février 1915, Paris, Schola Cantorum
transcription pour orchestre : 24 janvier 1897, Nancy, Salle Poirel
IV – Nocturne (novembre et décembre 1888, orchestration : 1893 ?) Premières auditions : piano et chant : 10 mars 1890, Bruxelles, concerts des XX
transcription pour orchestre : 19 août 1893, casino de Blankenberge
V – Ad fontem Bandusiae (mai et juin 1889, orchestration : 1893 ?) Premières auditions : piano et chant : 7 novembre 1899. Bruxelles, Cercle artistique
transcription pour orchestre : 19 août 1893, casino de Blankenberge
VI – Au poète (décembre 1889) Première audition : 10 février 1965, Paris, Salle des conservatoires
1891 et 1915, Choudens

Opus sans numéro : "En Dieu mon espérance et mon épée pour ma défense", pour piano (novembre 1888) Première audition : aucune exécution publique
février 1889 in Almanach de l’escrime, Quantin

Opus 4 : Première Symphonie en ut mineur (avril 1889 – avril 1890) Spretitato – Largo – Presto – Molto energico Premières auditions : des deux premiers mouvements : 18 avril 1891, Paris, Société Nationale - de la symphonie entière : 12 mars 1893, Angers
1894, Baudoux

Opus sans numéro : A Henriette pour chant et piano (décembre 1890 et janvier 1891) Première audition : 3 mai 1919, Paris, Société Nationale
janvier 1892, Le Figaro musical. Opus 5 : Yolande, drame en musique en un acte, paroles de l'auteur (janvier 1890 – septembre 1891) Première représentation : 27 décembre 1892, Bruxelles,Théâtre de la Monnaie
1892. Choudens (transcription piano et chant)

Opus 6 : Deuxième Symphonie en mi mineur Première version : Ouverture – Fugues et Danses – Chant varié – Final Version remaniée : Ouverture – Danses – Chant varié – Final (janvier 1892 – septembre 1893, révision : été – automne 1896) Premières auditions : première version : 9 février 1896, Nancy, Salle Poirel, version remaniée : 14 mai 1899, Paris, Nouveau Théâtre

Opus 7 : Promenades, pièces pour le piano
Envoi – Bois de Boulogne – Villebon – Saint-Cloud – Saint-Germain – Trianon – Rambouillet (avril 1893 – octobre 1893) Première audition : 15 mars 1911, Concerts Durand, Paris, Salle Erard
février 1894, Durand
Audio lecteur Windows Media Albéric Magnard, Trianon pour piano, morceau extrait des 7 pièces des Promenades, op. 7, 1892, éditions Durand, Paris.
Fichier audio par Max Méreaux (DR.)

Opus 8 : Quintette pour flûte, hautbois, clarinette, basson et piano, en ré mineur (janvier 1894 – juillet 1894) Sombre – Tendre – Léger – Joyeux
Première audition : 3 avril 1895, Bruxelles, Concerts de la Libre Esthétique
printemps 1904, l’auteur

Opus 9 : Chant funèbre pour orchestre (février 1895 – juin 1895) Première audition : 14 mai 1899, Paris, Nouveau Théâtre
printemps 1904, l’auteur

Opus 10 : Ouverture pour orchestre (août 1894 – août 1895) Première audition : 14 mai 1899, Paris, Nouveau Théâtre
printemps 1904, l’auteur

Opus 11 : Troisième Symphonie en si bémol mineur (septembre 1895 – octobre 1896) Première audition : 14 mai 1899, Paris Nouveau Théâtre
décembre 1902, l’auteur.

Opus 12 : Guercœur, tragédie en musique en trois actes, paroles de l'auteur (mars? 1897 – mars 1901) Premières exécutions en concert: acte III : 23 février 1908, Nancy, Salle Poirel, acte I : 18 décembre 1910, Paris, Théâtre du Châtelet
Première représentation : 24 avril 1931, Paris, Théâtre de l’Opéra
automne 1901 (livret), l'auteur
printemps 1904 (chant et piano), l’auteur

Opus 13 : Sonate pour violon et piano, en sol majeur (mars 1901 – août 1901) Large puis animé – Calme – Très vif – Large puis animé Première audition : 2 mai 1902, Paris, Salle Pleyel
printemps 1904, l’auteur

Opus 14 : Hymne à la Justice pour orchestre (septembre 1901 – mars 1902) Première audition : 4 janvier 1903, Nancy, Salle Poirel
1903, l’auteur (réduction pour piano)
1904, l’auteur, (partition d’orchestre)

Opus 15 : Quatre poèmes en musique pour baryton et piano (avril 1902 – septembre 1902) I – Je n’ai jamais connu les baisers d’une mère II – Les rose de l’amour ont fleuri sur tes joues III – Enfant rieuse, enfant vivace IV – Quand la mort viendra Première audition : 21 avril 1906, Paris, Société Nationale
1903, l’auteur
Opus 16 : Quatuor pour deux violons, alto et violoncelle, en mi mineur (septembre 1902 – septembre 1903) Sonate – Sérénade – Chant funèbre – Danses Première audition : 19 mars 1904, Paris, Société Nationale
printemps 1904, l’auteur

Opus 17 : Hymne à Vénus pour orchestre (décembre 1903 – avril 1904) Première audition : 4 décembre 1904, Nancy, Salle Poirel
décembre 1906, l’auteur

Opus 18 : Trio pour piano, violon et violoncelle, en mi mineur (mai 1904 – mars 1905) Première audition : 19 janvier 1906, Paris, Salle Aéolian
décembre 1905, l’auteur

Opus 19 : Bérénice, tragédie en trois actes, paroles de l'auteur (octobre 1905 – décembre 1908) Première représentation : 15 décembre 1911, Paris, Théâtre de l’Opéra
Publication de la partition chant et piano : décembre 1909, l’auteur

Opus 20 : Sonate pour violoncelle et piano, en la majeur (août 1909 – août 1901) Sans lenteur – Sans faiblir – Funèbre – Rondement. Première audition : 25 février 1911, Paris, Société Nationale
décembre 1911, l’auteur

Opus 21 : Quatrième Symphonie en ut dièse mineur (février 1912 – avril 1913) Modéré – Vif – Sans lenteur et nuancé – Animé. Première audition : 2 avril 1914, Paris, Salle de l’ancien Conservatoire
1918, Rouart et Lerolle

(opus 22) : Douze Poèmes en musique (novembre 1913 – juillet 1914) Poèmes d’André Chénier : I - Rien n’est doux que l’amour (Epigramme III) - II - Accours, jeune Chromis (Epigramme XV) - III - Des vallons de Bourgogne (Bucoliques, fragment XXIII) - IV - O vierge de la chasse (Bucolique III) - V - Toujours ce souvenir m’attendrit (Bucoliques, fragment) - VI - Là reposait l’amour (Epigrammes X)
Poèmes de Marcelline Desbordes-Valmore : VII - Orages de l’amour - VIII - Les cloches et les larmes - IX - Le nid solitaire - X - Fierté, pardonne-moi - XI - La couronne effeuillée - XII - Que mon nom ne soit rien qu’une ombre… Cette œuvre est perdue.
 
 
 

TEXTES D’ALBERIC MAGNARD.


" Les XX ". Le Figaro, 16 février 1890.
" Les Troyens à Carthage ". Le Figaro, 6, 8 et 10 décembre 1890.
" Sur Wagner ". Le Tabarin marseillais, mars 1891 in Echo de Paris, 16 mars 1891.
" La collection de Vigeant ". Le Figaro, 25 février 1892.
" Le Chant de la Cloche à Amsterdam ". Le Figaro, 6 avril 1892.
" L’inauguration du chemin de fer de Jaffa à Jérusalem ". Le Figaro, 1er et 8 octobre 1892.
"  Isaÿe ". Le Figaro, 31août 1893.
" Félix Mottl ". Le Figaro, 18 mars 1894.
" Pour Rameau ". Le Figaro, 29 mars 1894.
" Au Louvre ". Le Figaro, 6 mai 1894.
" Une traduction de la Walkyrie ". Le Figaro, 16juillet 1894.
" La synthèse des arts ". La Revue de Paris, 15 septembre 1894.
" Les concours du Conservatoire ". L’Art moderne, 11 octobre 1903.    
Simon-Pierre Perret

BIBLIOGRAPHIE

 
L’essentiel de la documentation récoltée est le fruit de recherches menées de façon méthodique dans la presse généraliste et spécialisée entre les années 1860 et l’époque actuelle mais aussi dans des ouvrages contemporains où la place réservée à Magnard est d’ailleurs souvent anecdotique. Il serait fastidieux de dresser la liste complète des journaux ou des revues visionnés ou feuilletés sur des décennies. Il a donc semblé plus raisonnable de citer seulement les ouvrages qui recèlent des études importantes sur Magnard et les articles essentiels qui le concernent après avoir toutefois répertorié isolément tous les ouvrages qui lui sont exclusivement consacrés.

 

I - Etudes consacrées exclusivement à Magnard

Bardet (Bernard) " Albéric Magnard, 1865-1914 ". Catalogue de l’exposition Paris B.N. 1966. B.N.F. musique. 8° Vm Pièce 428.
Barrès (Maurice), Rostand (Edmond), (Ganche (Edouard). " 1914, une défense héroïque. Magnard, le fils d’un sceptique. La mort d’Albéric Magnard ". Eugène Figuière. Paris, 1915.
Boucher (Maurice). " Albéric Magnard ". Editions de la Maison des deux-collines. Lyon, 1919.
Bender (Gabriel). " Un anniversaire oublié, Albéric Magnard ".Le Guide du concert, n° 48, 29 octobre 1954.
Carraud (Gaston). " Albéric Magnard ". Conférence lue aux Concerts historiques Pasdeloup. Le Ménestrel, 14 mai 1920.
Carraud (Gaston). " La vie, l’œuvre et la mort d’Albéric Magnard ". Rouart, Lerolle et Cie. Paris, 1921.
Ducros (Frédéric). " L’œuvre vocal d’Albéric Magnard ". Maîtrise d’éducation musicale. Paris Sorbonne, 1984.
Magnard (Albéric). " Correspondance 1888-1914 ". Réunie et annotée par Claire Vlach Magnard. Publications de la Société française de musicologie. Klincksieck. Paris, 1997.
Michel (Fabien). " Albéric Magnard, sa vie, son œuvre de piano et de musique de chambre ". Maîtrise d’éducation musicale. Université Louis Lumière, Lyon II, 1991.
Milhaud (Darius). " Albéric Magnard ". Conférence prononcée à Paris le 7 janvier 1917. Manuscrit autographe. B.N.F. musique. Réserve V.M.C. ms 19.
Moreau (Mme). " Albéric Magnard. Son œuvre musical à la Bibliothèque nationale et petite bibliographie ". B.N. musique 4° Vm 457.
Perret (Simon Pierre), Halbreicht (Harry). " Albéric Magnard ". Fayard. Paris, 2001.
Ropartz (Guy). " C’est au Conservatoire… ". Manuscrit autographe s. d. B.N.F. musique. Res V.M.A. 146.
Ropartz (Guy). " Albéric Magnard ". Conférence prononcée devant les amis du Conservatoire de Strasbourg, Février 1923. Manuscrit autographe, B.N.F. musique Res V.M.A. 146.
Ropartz (Guy). " L’Orchestre National de la radio ". Manuscrit autographe s.d. B.N.F. musique. Res V.M.A. 146. [Ce commentaire se rapporte à une exécution de la Quatrième Symphonie lors d’un concert donné à la Radio Nationale le 4 mars 1948 par l’Orchestre National sous la direction de Roger Désormière]
Vlach-Magnard (Claire), Ducros (Frédéric). " Albéric Magnard ". Revue Zodiaque. Cahiers de l’atelier du cœur meurtry. Abbaye Sainte-Marie de la Pierre-qui-Vire. 89830 Saint Léger Vauban, Janvier 1986.

 

II - Etudes fragmentaires et Articles

Anonyme. " Sur les traces des Allemands à Baron. Mort tragique de Magnard. Détails inédits et complets ". Union nationale du moniteur de l’Oise, 27 novembre 1914.
Ansermet (Ernest). " Les fondements de la musique dans la conscience humaine ". Bouquins. Robert Laffont. Paris, 1989.
Aranjo (Daniel). " Saint-John Perse et la musique ". Pages 335-337. J. et D. éditions. Pau, 1988.
Astruc (Gabriel). " Le pavillon des fantômes ". Belfond. Paris, 1987.
Boschot (Adolphe). " Albéric Magnard, un poète en musique ". Echo de Paris, 5 mai 1919.
Busser (Henri). " De Pelléas aux Indes galantes ". Fayard. Paris, 1955.
Busser (Henri). " Albéric Magnard ". La Revue des deux mondes, 16 septembre 1964.
Carraud (Gaston). "  Bérénice ". La Liberté, 1er avril 1910.
Carraud (Gaston). " Bérénice , tragédie en musique ". Le Courrier musical, 1er mai 1910.
Carraud (Gaston). " La musique pure dans l’école française contemporaine ". Revue S.I.M. N° 8 et 9, août et septembre 1910.
Carraud (Gaston). " La préface de Bérénice ". La Liberté, 13 décembre 1911.
Carraud (Gaston). " Albéric Magnard ". Bibliothèque universelle et revue suisse, tome LXXXIII,  n°249, septembre 1916. B.N.F. imp. Z 22543.
Carré (Albert). " Souvenirs de théâtre ". Plon. Paris, 1950.
Chabrier (Edouard). " Correspondance ". Editions R. Delage et Frans Durif avec la collaboration de Thierry Bodin. Klincksieck. Paris, 1994.
Chantavoine (Jean). " De Couperin à Debussy ". Alcan. Paris, 1921.
Chausson (Ernest). " Ecrits inédits " choisis et présentés par J. Gallois et I. Brétaudeau . Editions du Rocher. Paris, 1999.
Chénier (André). " Œuvres complètes ". La Pléiade, Gallimard. Paris, 1958.
Coeuroy (André). " Panorama de la musique conptemporaine ". Simon Kra. Paris, 1928.
Cooper (Martin). " French music from the death of Berlioz to the death of Fauré ". Oxford University press. London., 1961.
Daudet (Léon). " Un héros. Albéric Magnard ". L’Action française, 26 septembre 1914.
Davies (Laurence). " César Franck and his circle " Barrie and Jenkins. London, 1970.
Devries (Annick) et Lesure (François). " Dictionnaire des éditeurs de musique français ". Volume II. Minkoff. Genève, 1988.
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Djémil (Enyss).  " J.G. Ropartz ou la recherche d’une vocation ". J. Vilaire. Le Mans, 1967.
Doret (Gustave). " Musique et musiciens ". Foetisch frères S.A. Lausanne, s. d.
Doret (Gustave). " Temps et contretemps ". Editions de la librairie de l’Université. Fribourg, 1942.
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Dumesnil (René). " La musique en France entre les deux guerres, 1919-1939 ". Editions du milieu du monde. Genève. Paris. Montréal, 1946.
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Goubault (Christian). " La critique musicale dans la presse française, 1870-1914 ". Siatkine. Genève, 1984.
Ghéon (Henri), Gide (André). " Correspondance 1904-1944 ". N.R.F. Gallimard. Paris, 1976.
Ginisty (Paul). " Les artistes morts pour la Patrie ". Librairie Félix Alcan. Paris, 1916.
Goncourt de ( Edmond et Jules). " Journal ". Bouquins. Robert Laffont. Paris, 1989.
Grétry (Félicien). " La musique à Nancy ". Musica, N° 34, juillet 1905.
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Halbreich (Harry). " Arthur Honegger ". Fayard. Paris, 1992.
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Simon-Pierre Perret


 

ALBÉRIC MAGNARD (Classe 1885)

Officier de réserve, né le 9 juin 1865, à Paris, tué le 3 septembre 1914, à Baron (Oise) Albéric Magnard n'avait pas besoin de mourir héroïquement pour être un grand musicien. Dans les 21 numéros de son œuvre considérable, il a traité tous les genres, le religieux excepté : drame lyrique; symphonie et poème symphonique ; musique de chambre, de piano et de chant. La Sonate pour violon et piano n'est pas seulement l'un de ses ouvrages les plus achevés, mais encore l'un des plus complètement caractéristiques de son art et de sa personnalité. Art et personnalité, œuvre et vie, tout d'ailleurs ne fait qu'un chez cet homme admirable, et toute sa musique, comme tous ses actes, n'est que l'expression directe d'une pensée dominée par l'amour intransigeant de la lumière et de la vérité : pensée qui, à la française, est toujours de l'action, soit qu'elle se révolte contre l'injustice et la souffrance humaines, soit qu'elle s'égaye robustement aux échos de la joie populaire, soit même qu'elle rêve l'idéal le plus pur ; musique essentiellement mélodique et rythmique, pleine d'ordre, de mesure et d'équilibre, autant, que de passion et de verve ; art original malgré son cadre tout classique, art qui témoigne, par sa grandeur comme par son élégance, du sens profond de notre race.

Albéric Magnard est né à Montmartre, le 9 juin 1865 : son père était le célèbre rédacteur en chef du Figaro, Francis Magnard. Il perdit sa mère tout enfant. Elève d'abord du pianiste Charles Delioux, il entra en 1886 au Conservatoire, dans la classe de Théodore Dubois, et remporta, deux ans après, n brillant premier prix d'harmonie. Puis il travailla quatre ans avec Vincent d'Indy. Sa vie sans événements se passa tout entière dans la culture passionnée des arts, des lettres et de la philosophie, et une production acharnée, jamais satisfaite d'elle-même, celle d'un grand caractère, étranger au lucre et dédaigneux de l'ambition. En 1899, il donna et dirigea lui-même au Nouveau-Théâtre un concert composé de ses œuvres. Ce fut la seule fois qu'il s'inquiéta de les faire jouer. Aussi les connut-on, pendant longtemps, fort peu. On les méconnut ensuite, car on leur fit une réputation d'obscurité et d'austérité scolastique que cette musique, toute d'expression, ne mérita jamais.

Depuis dix ans, Albéric Magnard vivait retiré au milieu du paysage français qu'il aimait, dans une demeure ancienne, dominant un parc sillonné d'eaux vives, qu'il avait achetée à Baron, entre Senlis et Nanteuil-le-Haudouin, et remplie de tableaux et d'objets d'art choisis. C'est là que l'attendait son destin. Ancien officier de réserve, il avait, malgré son âge, réclamé sa réintégration dès la déclaration de guerre. Les formalités traînèrent et le rebutèrent si bien, qu'il fut surpris à Baron par l'invasion : à peine eut-il le temps de faire partir sa femme et ses filles.

Le 3 septembre au matin, il entendit sur sa terrasse un grand tumulte mêlé de coups de feu : une troupe de uhlans ligotait à un tilleul son beau-fils, et forçait la porte. De sa fenêtre, Albéric Magnard en abattit deux. Une salve meurtrière lui répondit. Puis les Allemands incendièrent le « Manoir des Fontaines », non sans avoir, bien entendu, déménagé sur des camions de la Croix-Rouge ce qu'il contenait de plus précieux, et jusque, probablement, des manuscrits inédits.

En levant son revolver, Magnard n'a pas obéi à une impulsion irraisonnée. Il avait mûrement délibéré, et il avait lui-même annoncé l'acte suprême que d'aucuns affectent de ne pas comprendre. L'idée de patrie et l'idée de justice prenaient dans ce cerveau cultivé, mais absolu, et cette sensibilité affinée ,la même force d'instinct que chez un homme du peuple. C'est pour ces idées que Magnard est mort, regardant plus haut que ses affections et que ses intérêts, plus haut que son art, plus loin que le piètre voisinage provincial où il était haï. Geste inutile, et il le savait tel ; geste illégal, il le savait aussi ; geste dangereux pour quelques individus ; mais geste sublime, dicté par des lois supérieures aux codes : l'un de ces gestes qui résument en un éclair la décision d'une nation. Le lendemain de ce geste-là, ce fut la bataille de la Marne.

G. C.
[Gaston Carraud, juin 1917]

 
 
( coll. Musica et Memoria) DR.
 

 

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