La famille MANSION
Deux siècles au service de la musique !

L'église de Saint-Germain-en-Laye

1852 : à la veille de la proclamation du Second Empire par le futur Empereur Napoléon III, Horace Mansion, alors âgé d’une quarantaine d’années, inaugure l’orgue de l’église paroissiale de Saint-Germain-en-Laye, récemment reconstruit par Aristide Cavaillé-Coll. Professeur de piano et organiste, marié à Françoise Spiring, il habite 16 rue Neuve de l’Eglise à St-Germain, où il tient les claviers de l’orgue depuis plusieurs années. Né dans cette ville le 29 novembre 1809, son père Jacques-Antoine Mansion, né lui-même vers 1785, était déjà professeur de musique à St-Germain où il résidait avec son épouse Aimée Cotty. A-t-il un lien familial quelconque avec un certain Sr Mansion, maître de musique de la collégiale Notre-Dame de Mantes en 1733 et auquel Nicolas Bernier lègue dans son testament une somme de cent livres, nous l’ignorons dans l’état actuel de nos recherches?... Quoiqu’il en soit, le 5 août 1846 dans cette église de Saint-Germain l’abbé Henri Leviot, vicaire de la paroisse, baptise son fils, Marie Horace Antoine, né trois jours auparavant. Le parrain est Pierre-Antoine Mansion, représenté par Marie Antoine Augustin Mansion et la marraine, Marie Michelle Spiring.

Horace Mansion a probablement connu Manuel et Victorine Debussy, marchands faïenciers à Saint-Germain depuis quelques années, mariés en 1861, qui tenaient un commerce 38 rue du Pain. C’est là d’ailleurs que leur fils, Claude Debussy le futur auteur de Pelléas et Mélisande, naît le 22 août 1862, à 4 heures 30 du matin. Egalement il a certainement fréquenté Joseph Napoléon Ney, Prince de la Moskowa, mort à St-Germain, le 25 juillet 1857. Musicien averti et ami de Niedermeyer, il aida ce dernier à fonder sa célèbre Ecole de Musique Religieuse, en 1853.

Organiste durant plusieurs années, Horace Mansion eut pour successeur Gabriel Saint-René Taillandier, un ancien élève de César Franck au Conservatoire de Paris, qui se retira dans ses terres près de Tarascon sous la présidence de Sadi Carnot. C’était le fils de René Gaspard Saint-René Taillandier, membre de l’Académie française, et un neveu de l’abbé Henri Taillandier, curé de l’église Saint-Augustin à Paris.

En octobre 1864, Horace Mansion fils, alors âgé de 18 ans franchissait le portail d’entrée de l’Ecole de Musique Religieuse, alors installée 10 bis rue Neuve-Fontaine-St-Georges à Paris. Son père avait pu obtenir une demi bourse accordée par arrêté du Garde des Sceaux, ministre de la Justice et des Cultes. Fondée en 1853 par Louis Niedermeyer, cette école avait déjà produit de grands musiciens, tel Eugène Gigout. Saint-Saëns venait d’abandonner sa classe de piano cette même année. Gabriel Fauré, alors élève (depuis 1854) en sortait l’année suivante, ses diplômes de piano, harmonie, composition, contrepoint et fugue en poche. Notre jeune musicien resta près de trois ans dans cet établissement. Il eut notamment pour condisciples, en dehors de Fauré, Albert Périlhou, Paul Wachs, Adam Laussel, Jules Stoltz et Alexandre Georges et bénéficia de l’enseignement de Gigout, Clément Loret et Gustave Lefèvre. En février 1867, de dernier lui trouvait son premier poste : professeur de piano au Collège de Montignac, en Dordogne. Mais visiblement cela ne lui convenait guère car la même année il acceptait un poste d’organiste à Dreux, où il restait une dizaine d’années. Dans le courant du mois d’octobre 1878, il était appelé à Marseille afin de recueillir la succession d’Edmond Audran, le futur compositeur de célèbres opérettes (le Grand Mogol, Miss Hélyett...) à l’orgue de choeur de l’église Saint-Joseph. Mais il se désistait immédiatement et partait s’installer en Bretagne, à Nantes. Là, M. Mansion touchait les orgues des églises Saint-Félix et Notre-Dame-de-Bon-Port.

Mais Horace Mansion fils déménageait à nouveau pour rejoindre cette fois-ci la Vendée, où il succèdait au grand orgue de la cathédrale de Luçon à Jean Baptiste Vivier, l’un de ses anciens condisciples à l’Ecole Niedermeyer. Cela se passait en 1888... Après un passage à Sablé, où son fils Charles, tout jeune violoniste, avait le temps de laisser le souvenir d’un enfant virtuose avec notamment sa belle interprétation de la Berceuse de Reber, la famille Mansion s’installait enfin à Garches, en région parisienne. Là, Horace devenait organiste de l’église Saint-Louis, poste qu’il occupait jusqu’à sa mort survenue en 1925.

Charles Mansion, fils d’Horace, né en 1879, fit une carrière de violoniste. Elève de Piédeleu et de Firmin Touche, il obtint rapidement un succès mérité à Paris, où il se fit entendre avec notamment le concours d’artistes réputés comme Noël Gallon, Pierre Jamet, Alexandre Georges, Gabriel Paulet...

Charles MANSION, violoniste (1879-1962)
Charles MANSION, violoniste
(1879-1962)

Il exécuta aussi la Sonate de Marcel Dupré avec la collaboration de ce dernier. Professionnel du violon, la beauté et la richesse du son qu’il parvenait à produire de son instrument captivaient les auditeurs. Jeune virtuose, il interprétait déjà avec talent Vieuxtemps avec, entre autres oeuvres, la Rêverie. Douceur et tendresse, finesse et étendue des phrases, suavité délicieuse, grande science du mécanisme sont quelques uns des qualificatifs que l’on rencontrait couramment dans les articles de presse de l’époque le concernant. Augusta Holmès félicita, un certain jour de 1909, Horace Mansion pour la magnifique interprétation d’une Berceuse écrite par ce dernier et admirablement jouée par son fils Charles. Son programme était vaste et ses succès nombreux : Sonate en la majeur de Haendel, Fantaisie pour violon et harpe de Saint-Saëns, Chant d’hiver d’Ysaye, Sonate de violon de Debussy, Chaconne de Vitali, des pièces de Périlhou...

Décédé en 1962, Charles Mansion laissait de son mariage avec Solange Maunoury un fils qui fit également carrière dans la musique : Charles, né le 6 novembre 1912 à Garches. Celui-ci devint à son tour, tout comme son grand-père, élève de l’Ecole de Musique de Niedermeyer, alors installée, depuis 1923, à Issy-les-Moulineaux. Cela se passait dans les années 1925-1930. Le rayonnement de cette école était hélas éteint depuis quelques années et le déclin, après la mort de Henri Heurtel en 1928, n’allait pas tarder à s’amorcer pour se terminer par la fermeture de l’établissement au cours des années 1930. C’est ainsi que Charles Mansion fils fut pour ainsi dire l’un des derniers élèves de cette prestigieuse institution qui forma tant de grands musiciens durant près de 80 ans. Il bénéficia d’un enseignement de grande qualité dispensé par Henri Defosse, professeur d’harmonie, remarquable pianiste et chef d’orchestre à l’Opéra; Jean Courbin, également excellent pianiste et professeur de piano, ou encore par Henri Mulet, brillant organiste. Henri Busser était alors directeur artistique et André Messager le président du Comité des études.

Sur les bancs de l’Ecole Niedermeyer Charles Mansion croisa ou rencontra notamment René Legeay, futur organiste de la cathédrale du Mans (1929 à 1958), puis de l’église Notre-Dame-du-Bon-Voyage à Cannes (1959 à 1981), ainsi que Pierre Béguigné qui termina sa carrière artistique comme maître de chapelle de Notre-Dame de Versailles (1942 à 1980), après avoir fondé la Manécanterie des Petits Chanteurs de Versailles. Ce dernier, admirable vieillard qui vient de fêter ses 89 ans et qui se souvient parfaitement des grands-messes d’autrefois avec Ingeneri, Mozart, Vierne, Haendel et le grégorien que des " aggiornamenteurs " ont éradiqué, a parfaitement résumé l’esprit de l’Ecole lors d’une interview du Monde, le 18 janvier 1981 :

Charles MANSION, organiste (1912-1996)
Charles MANSION, organiste
(1912-1996)

" J’ai eu le grand bonheur d’être des derniers élèves de l’école créée par Niedermeyer, " école de musique religieuse et classique ", à qui l’on doit la résurrection des maîtrises en perte de vitesse depuis la Révolution. Il s’agissait de former des organistes et des maîtres de chapelle, ceux qui sont chargés de la direction des choeurs. Quant j’y suis rentré, l’école Niedermeyer avait quitté Paris pour Issy-les-Moulineaux, et, dans la liste des anciens élèves, excusez du peu, il y avait Fauré, Gigout, Messager, Audran, Boëllmann, Busser... un palmarès de Conservatoire! Dans une ambiance bien particulière -- imaginez dix élèves à dix pianos jouant ensemble dans la même salle! -- nous apprenions notre métier, c’est à dire la responsabilité des offices liturgiques qui étaient comme autant de petits concerts hebdomadaires. Et qu’on ne vienne pas me dire que la messe n’est pas un concert. Elle n’est que cela. Un concert de prières et de louanges... Si la musique l’embellit, ce ne doit pas être plus désagréable à Dieu qu’aux fidèles... qui n’ont pas le mauvais goût qu’on leur prête... et leur impose si souvent!  "

Charles Mansion, tout comme son grand-père et son arrière-grand-père devint organiste à son tour. C’est ainsi que dès 1950 il fut nommé titulaire de l’orgue Gonzalez de l’église Sainte-Pauline du Vésinet (Yvelines), succédant là à Mademoiselle Arlette Amelot. Cet instrument, composé de 11 jeux, 2 claviers manuels de 56 notes et un pédalier de 32 notes, installé sur une tribune de fer, au fond de la nef, sous le clocher dans une église construite en, 1913, date de 1932. C’est Madame Cruvellier de Vandeul, alors organiste dans les années 1920, qui l’avait offert à la paroisse avant de se retirer dans son château de Bruyères à Bernay (Eure), où d’ailleurs elle se fit construire un petit orgue. Gaëtan Fleury, le père d’André, avait précédé de quelques années Charles Mansion dans cette église où il fut maître de chapelle à partir de 1913.

Charles Mansion, homme affable et généreux, après 46 ans de service à Sainte-Pauline du Vésinet est décédé à la fin du mois de novembre 1996. Il exerçait également ses talents d’organiste à l’abbatiale St-Géraud à Aurillac (Cantal) durant les périodes estivales. Membre de notre Association depuis plusieurs années, sa récente disparition nous est douloureuse, d’autant plus que nous avions eu l’occasion à plusieurs reprises d’apprécier son érudition et la haute conception qu’il se faisait de son métier d’organiste liturgique. Avec lui s’éteint une dynastie de musiciens qui ont admirablement servi la musique durant plus de 160 ans avec talent et modestie. Que Madame Mansion veuille bien trouver dans ces modestes lignes un fervent hommage rendu à l’un de nos amis trop tôt disparu.

Denis Havard de la Montagne

 

 


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