Émile MARCELIN (1906-1954)

Émile Marcelin
( Photo J. Van Renteroren, Tourcoing, 1946, aimablement communiquée par Mme Marie-Louise Marcelin )

" Musicien et harmoniste délicat, dont les inspirations et les goûts se portent vers un langage musical simple et clair ", Emile Marcelin vint au monde au moment même où son père, le réputé ténor de l’Opéra-Comique Emile Marcelin (1885-1947) remportait un prix à un concours de chant organisé par la revue Comoedia. C’était le départ d’une prestigieuse carrière qui fit de lui l’un des piliers de la Salle Favart durant l’entre-deux-guerres : il y débutait le 6 mai 1912 dans le rôle-titre de Werther1.

Le ténor Emile Marcelin
 
Emile Marcelin dans Le Roi d'Ys
d'Edouard Lalo
 
Emile Marcelin (1885-1947), de l'Opéra-Comique, père du Prix de Rome
 
Emile Marcelin dans Werther
de Jules Massenet
 
Emile Marcelin dans Le Jongleur de Notre Dame de Jules Massenet
( Photos Paul Méjat, Paris, avec l'aimable autorisation de Madame Marie-Louise Marcelin )

De son vrai nom Emile Lucas, Emile Marcelin est né au Havre, le 12 décembre 1906. Il avait hérité du nom de scène de son père que le directeur de l’Opéra-Comique lui avait imposé, celui-ci préférant Emile Marcelin à Emile-Marcel Lucas ! Le jeune Marcelin, initié à la musique par son père, fit toutes ses études musicales au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, notamment dans les classes d’harmonie et de contrepoint et fugue de Jean et de Noël Gallon, ainsi que dans celle de composition d’Henri Busser. En 1928, il remportait brillamment un Premier Prix d’harmonie. Egalement lauréat de fugue, de contrepoint et de direction d’orchestre, ses études furent couronnées par un premier Second Grand Prix de Rome de composition musicale obtenu en 1932 avec sa cantate Le Pardon; Yvonne Desportes remportant cette année-là le premier Premier Grand Prix. L'année suivante, le 26 décembre 1933 à Vincennes (Val-de-Marne), il épousait Denise Léontine Henriette Salettes, dont il divorcera 13 ans plus tard, avant se de marier en secondes noces, le 10 juillet 1947 à Tourcoing (Nord), à la harpiste Marie-Louise Piedanna.

Émile Marcelin et Robert De Leersnyder
1952, salle des fêtes de l'hôtel de ville de Tourcoing (Nord), banquet de Sainte-Cécile des Crick-Sicks : au premier plan Émile Marcelin, à sa droite Robert De Leersnyder, directeur de la chorale des Crick-Sicks, et son épouse.
( coll. Brigitte De Leersnyder, avec son aimable autorisation ) DR

En 1935, Emile Marcelin fils était appelé à diriger le Conservatoire municipal de musique de Saint-Quentin, ce qui l’obligea à ralentir sa production musicale afin de se consacrer entièrement à l’enseignement, car il n’était pas homme à faire les choses à moitié. En quelques années il réussit ainsi à élever le niveau de cette école à un tel point qu’elle pouvait alors concurrencer sérieusement les mêmes établissements voisins. La déclaration de guerre interrompit précipitamment les activités d’Emile Marcelin, au moment même où il songeait reprendre la composition. C’est ainsi qu’il rejoignit son Corps le 24 août 1939 et fit toute la guerre comme chef de la section des brancardiers de son unité. N’abandonnant pas pour autant la musique, même si les circonstances se prêtaient peu à de telles activités créatrices, il réussit à se faire nommer par son Colonel responsable de l’organisation et de la direction de la musique régimentaire. Il sut d’ailleurs s’entourer de bon nombre de musiciens de la région lilloise qu’il avait côtoyés lors de son installation à Tourcoing. Son père d’ailleurs, après s’être retiré de l’Opéra-Comique, dirigeait à cette époque les études de chant et de déclamation lyrique au Conservatoire de Roubaix. Fait prisonnier la veille de l’Armistice, il dut cependant attendre 18 mois en captivité avant de pouvoir être rapatrié sanitaire en France, le 10 janvier 1942. C’est alors qu’il prit la tête du Conservatoire de Tourcoing, où il restera jusqu’à son décès arrivé dans cette ville 12 années plus tard. En plus des nombreuses activités propre à ses fonctions de directeur, auxquelles ils se dévoua entièrement et qui là encore lui permirent de hisser cette école de musique au rang des meilleures de la région, Emile Marcelin dirigea, avec beaucoup de compétence, la Société des concerts du conservatoire de Tourcoing et l’Harmonie municipale (fondée en 1854), tout en collaborant étroitement avec la Société nationale des Orphéonistes Crick-Sicks (fondée en 1852), dirigée à l'époque par M. Robert De Leersnyder. Bon nombre de Tourquennois se souviennent encore de cette période où la musique faisait partie intégrante de la vie de la cité.

Même s’il fut récompensé par de nombreux prix : Prix Clamageran-Hérold (composition musicale, Institut de France), Prix Yvonne de Gouy d’Arsy (trois années consécutives entre 1931 et 1933), Prix Fernand Halphen (harmonie, 1927, puis fugue et contrepoint, 1930-31), Prix Lili Boulanger (composition musicale), Prix Georges Hüe (composition musicale, 1933) et s’il exerça des fonctions importantes au sein du monde musical : professeur d’harmonie et conseiller technique auprès de MM. les candidats aux concours de l’Armée pour les emplois de chefs et de sous-chefs de musique, membre du Jury du Conservatoire national de musique et d’art dramatique de Paris, président des Jurys de l’Ecole de Musique de Paris (Fondation Descombes), Emile Marcelin était un homme modeste très attaché à ses fonctions d’enseignant et de pédagogue. C’est ainsi qu’il fonda et dirigea la publication Nouveau cours d’harmonie pratique, affiliée à la revue musicale Musique et Concours (éditée par Buffet-Crampon), destinée à favoriser le développement et la vulgarisation générale de l’harmonie parmi les principaux représentants des Sociétés musicales de France et des Colonies. Il était également membre de la Société des Auteurs, Compositeurs et Editeurs de Musique, et de la Société des Arts, des Sciences et des Lettres.

Attiré de par sa nature plutôt vers le théâtre et la musique dramatique, il a cependant composé de la musique orchestrale, dont un poème symphonique d’après les Nymphéas de Claude Monet, et une Suite brève pour orchestre extraite d’une suite pour piano et flûte, qui fut donnée en première audition par Lamoureux le 24 janvier 1943 et ensuite à Tourcoing; de nombreuses pièces pour musique de chambre, dont deux Suites pour hautbois et piano, flûte et piano et un Trio à cordes et plusieurs mélodies avec piano ou orchestre. On lui doit aussi la musique du film d’André Sauvage (1934), " La Croisière jaune ", écrite en collaboration avec Claude Delvincourt et la musique d’un film avec le chanteur et acteur André Baugé2.

Surpris brutalement par la mort le dimanche 18 avril 1954 à Tourcoing à l’âge de 47 ans, Emile Marcelin n’a pas eu le temps de donner pleinement sa mesure en matière de composition musicale. Il est cependant certain, que les quelques œuvres qui lui ont survécu et que l’on entend hélas plus guère de nos jours, laissent entrevoir toute la richesse d’écriture de ce musicien raffiné.

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE3

Inhumation d'Émile Marcelin
Jeudi 22 avril 1954, cimetière de Tourcoing (Nord), inhumation d'Émile Marcelin. Parmi les personnes présentes, 2ème (avec des lunettes) à la gauche de l'orateur : Robert De Leersnyder, directeur de la chorale des Crick-Sicks
( coll. Brigitte De Leersnyder, avec son aimable autorisation ) DR


Article de Jean Gallon, in la revue Le Conservatoire de juin 1954
Article de Jean Gallon, in la revue Le Conservatoire de juin 1954
( coll. DHM ) DR
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1) Emile Marcelin père fit également carrière à l'Opéra où il débuta le 29 juillet 1924 en chantant Araquil dans La Navarraise, mais c'est surtout à l'Opéra-Comique qu'il remporta un immense succès en interprétant la plupart des grands rôles des répertoires français et italiens. Il a enregistré de nombreux disques acoustiques puis électriques, notamment chez Gramophone. Son premier enregistrement date de juin 1919 avec " Pourquoi me réveiller… ", extrait de Werther de Massenet. La maison de disques Malibran - Music a sorti récemment un CD comportant 21 interprétations d'Emile Marcelin dans des œuvres d'Auber, Massenet, Offenbach, Bizet, Gounod, Delibes, Meyerbeer, Rossini, Léoncavallo, Mozart, Wagner et Fauré qui avaient été enregistrées entre 1919 et 1929. Notamment figurent les deux mélodies de Fauré " La Fée au chansons " (sur un poème d'A. Silvestre) et " Dans les ruines d'une abbaye ", dans lesquelles il est accompagné au piano par son fils. [CDRG 165] [ Retour ]

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Le ténor Marcelin " CDRG 165, collection Tendil-Dumazert

  • 01 - Amis, la matinée est belle..., La Muette de Portici, Auber (1923)
  • 02 - O Souverain, o juge..., Le Cid, Massenet (1924)
  • 03 - O bien aimée..., La Navaraisse, Massenet (1920)
  • 04 - O liberté m’amie..., Le jongleur de Notre-Dame, Massenet (1920)
  • 05 - Alleluia du vin, avec choeurs, Le jongleur de Notre-Dame, Massenet (1921)
  • 06 - Allons, séparons-nous..., Madame Chrysanthème, Messager (1920)
  • 07 - Allons, courage et confiance..., Les contes d’Hoffmann, Offenbach (1919)
  • 08 - Pourquoi me réveiller..., Werther, Massenet (1919)
  • 09 - N’achevez-pas, hélas..., avec Lucy Perelli, Werther, Massenet (1926)
  • 10 - Air de la fleur, Carmen, Bizet (1919)
  • 11 - Duo final, avec Lucy Perelli, Carmen, Bizet (1926)
  • 12 - La foi, de son flambeau divin..., Mireille, Gounod (1920)
  • 13 - Le rêve de des Grieux, Manon, Massenet (1926)
  • 14 - duo C’est le dieu de la jeunesse..., Lakmé, Delibes (1926)
  • 15 - Jadis régnait en Normandie..., Robert le diable, Meyerbeer (1924)
  • 16 - Des rayons de l’aurore, Le barbier de Séville, Rossini (1924)
  • 17 - Pour logis, je n’ai qu’une chambrette..., La bohême, Léoncavallo (1923)
  • 18- Mes yeux contemplent..., La flûte enchantée, Mozart (1926)
  • 19 - L’aube vermeille..., Les Maîtres-chanteurs de Nüremberg, Wagner (1924)
  • 20 - La fée au chansons, avec Emile Marcelin fils au piano, Fauré / A. Silvestre (1929
  • 21 - Dans les ruines d’une abbaye, avec Emile Marcelin fils au piano, Fauré / V. Hugo (1929)
2) Né à Toulouse le 6 janvier 1893, mort à Paris, le 25 mai 1966, André Baugé, ex-premier baryton de l'Opéra-Comique, où il avait débuté en 1917, se tourna ensuite vers l'opérette au Trianon-Lyrique et au Châtelet et enseigna le phonologie au CNSM jusqu'en 1965. Il joua également dans l'un des premiers films parlant français (La route est belle, R. Florey, 1930) et par la suite interpréta de nombreux autres films musicaux. [ Retour ]

3) Nous remercions vivement Madame Marie-Louise Marcelin, veuve du compositeur, d'avoir eu l'amabilité de nous renseigner quelque peu sur la biographie de son mari, et Madame Brigitte De Leersnyder pour sa documentation. [ Retour ]

 


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