MUSICOTHÉRAPIE

 

Les bienfaits de la musique sont désormais unanimement reconnus, notamment en ce qui concerne les enfants atteints de troubles psychiques ou comportementaux comme les autistes, par exemple. De même, la musique employée à bon escient a une action bénéfique sur les prématurés ainsi que sur les personnes dans le coma. Le film documentaire réalisé en 2005 par Jean-Michel Kuess, intitulé La mémoire retrouvée, montre également comment la musicothérapie devient un moyen de communication à nouveau possible avec des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer.

L’action de la musique se situe au niveau de ses trois modes d’expression : le rythme, la mélodie et l’harmonie. Le rythme est lié aux réactions physiologiques, la perception de la mélodie imprègne la totalité de l’être avec la prise de conscience du corps et l’harmonie, sensation provoquée par l’audition de plusieurs sons simultanés et distincts, possède essentiellement une valeur affective. La musique devient l’écho de notre intériorité suggestive et émeut notre Moi profond.

La musique et la médecine sont deux arts complémentaires depuis les origines de l’humanité. Le lien entre la médecine et la musique a connu trois grandes étapes historiques : la première, à l’époque du magicien-médecin qui utilisait l’incantation selon la loi de l’imitation, fondée sur l’action exercée sur le semblable par le semblable, et le rythme qui incite à la danse rituelle également basée sur cette loi du mimétisme. La seconde étape coïncide avec l’époque du prêtre-médecin, abandonnant l’incantation pour lui substituer un chant de louange adressé au dieu qui a donné aux hommes la musique et la médecine. Enfin à la troisième étape, la médecine hippocratique, les conceptions médicales entrent en relation avec la théorie de l’harmonie universelle, selon laquelle la santé devient synonyme d’harmonie et de beauté, et la musique est considérée comme une hygiène mentale.

La liaison Musique-Médecine peut s’appeler Musicothérapie dès le moment où elle repose sur un protocole scientifique qui exige des recherches rigoureuses établissant les effets de la musique, des sons et des rythmes sur l’être humain.

Les deux principales méthodes utilisées en musicothérapie sont la musicothérapie active et la musicothérapie réceptive.

La musicothérapie active est créée par le patient qui chante ou joue d’un d’instrument mis à sa disposition ; son impératif technique est d’établir la communication. C’est la méthode la plus utilisée chez l’enfant : elle permet en effet la rupture de la quotidienneté, la conjuration de l’angoisse par le jeu, la réhabilitation du vécu corporel, le développement des possibilités d’expression et du désir de communication, enfin la découverte de la sensibilité de l’autre et du groupe. La technique la plus fréquemment employée utilise l’instrumentarium Orff, composé de percussions variées, et donne un rôle important à l’improvisation et à l’imitation.

On sait que les commandes de la plupart des gestes sont localisées dans le cerveau. Le système pyramidal, composé de fibres cortico-spinales directes, est en relation avec l’habileté des doigts et leur mouvement individuel. Mais, si le cerveau est l’organe par lequel l’individu contrôle ses gestes et ses sensations, la réciproque est vraie : l’acquisition progressive de l’adresse manuelle et de l’indépendance des doigts correspond à une éducation psycho-sensorimotrice.

Des neurobiologistes de l’Institut Karolinska de Stockholm ont observé une augmentation de la substance du corps calleux, partie qui connecte les deux hémisphères du cerveau, chez les enfants et les adolescents étudiant le piano. L’étude du piano développe en effet la synchronisation entre les deux mains, dont chacune est commandée par l’un des deux hémisphères. La substance blanche, correspondant à l’ensemble des corps cellulaires des neurones, ou axones, qui relient entre elles les différentes parties du cortex cérébral, se développe jusqu’à l’âge de trente ans. Or la pratique du piano accélère ce processus et le volume de la substance blanche serait proportionnel au nombre d’heures de pratique de l’instrument.

Une étude de l’Université de Mc Master, au Canada, montre que la pratique musicale favorise généralement le développement du cerveau : deux groupes d’enfants entre quatre et six ans y ont participé, les uns recevaient des cours de musique, les autre non. La recherche a démontré que l’étude de la musique :

- améliore la mémoire : les enfants ayant écouté régulièrement de la musique avaient, en moyenne, une mémoire supérieure d’un an à leur âge biologique,

- augmente l’intelligence : les résultats du test de coefficient intellectuel des participants à l’étude qui allaient aux cours de musique furent meilleurs que ceux du groupe qui ne suivait pas ces cours,

- est utile aussi pour d’autres matières. Le rendement était meilleur dans des matières comme les mathématiques, la littérature et les langues chez les enfants familiarisés avec les mélodies, les instruments et le rythme.

 

La musicothérapie réceptive, appelée aussi passive, consiste à écouter un programme sonore, choisi et prescrit par un thérapeute. Elle permet la production d’effets régressifs et l’ouverture des canaux de communication qui donnent accès à la dynamique psychique, le déclenchement d’effets réactifs, la rééducation émotionnelle, l’atténuation de l’agressivité, le rétablissement des rythmes biologiques (tout corps vivant est animé par des vibrations rythmiques), la relaxation et la détente.

L’audition de certaines musiques particulièrement harmonieuses, aux tempos lents et réguliers, fait diminuer la concentration sanguine en hormone de stress. Les chercheurs Ann Blood et Robert Zatorre, de l’Université Mac Gill, et Isabelle Peretz, de l’Université de Montréal ont montré que la musique active des structures cérébrales intervenant dans la perception des émotions, notamment le complexe amygdalien et le cortex orbito-frontal, lesquels interagissent avec l’hypothalamus. Chez une personne stressée, le complexe amygdalien stimule l’hypothalamus qui provoque la sécrétion d’ACTH (AdrenoCorticoTropin Hormone) par l’hypophyse. Cette hormone circule dans le sang jusqu’aux glandes surrénales qui libèrent le cortisol, l’hormone du stress.

Le cortex auditif activé par une musique apaisante, réduit l’activité du complexe amygdalien et inhibe toute la chaîne des réactions. L’effet antistress ne dépend pas tellement du goût personnel pour la musique entendue. Les caractéristiques des morceaux de musique agissent de façon inconsciente sur des structures cérébrales relativement constantes d’un individu à l’autre : il apparaît, par exemple, que plus la vitesse du débit sonore est faible dans un mouvement lent, plus la détente s’affirme chez l’auditeur. De même la perception du rythme est d’autant plus aisée que ses rapports de durées sont plus proches de nos rythmes vitaux ; mais d’autres facteurs psychologiques en relation avec la perception du phénomène musical déterminent la tension ou l’apaisement, notamment dans la façon dont les fréquences sonores sont agencées entre elles (au niveau de la combinaison des intervalles mélodiques et harmoniques).

 

La biomusicothérapie, établie sur ces bases scientifiques, est une méthode fondée sur l’individualisation et la détente du patient. Elle fut élaborée dans les années 80 par le docteur Léon Bence en collaboration avec moi-même. La biomusicothérapie définit d’abord les conditions nécessaires pour une bonne thérapie : dans une "cabine de musicothérapie" individuelle, située dans un local silencieux, le patient dispose d’un fauteuil qui lui permet de surélever les jambes, de se détendre et d’écouter la musique avec un casque. Le casque donne l’impression de personnaliser la musique que seul le patient entend. Enfin on utilise de préférence dans la cabine des couleurs apaisantes et rééquilibrantes, comme la couleur verte et la couleur rouille. Il existe d’ailleurs, entre les sons et les couleurs, des correspondances que l’on peut établir scientifiquement d’après leurs longueurs d’ondes.

Une séance de musicothérapie réceptive se compose ordinairement de l’audition de trois fragments programmés. Le premier consiste en une musique susceptible d’évoquer l’état psychologique actuel du sujet pour le mettre progressivement en condition. Le second fragment tend à neutraliser la réaction émotive provoquée par l’écoute du premier et enfin le troisième suscite un mouvement dans la direction désirée. La cure de biomusicothérapie prévoit un quatrième extrait musical personnalisé à écouter en état de relaxation et déterminé selon plusieurs critères : le compositeur, la tonalité et le mode de l’œuvre sont choisis en fonction du caractère, de la constitution et de la diathèse du patient.

La musique, langage même de l’émotion, peut traduire par les sons des états d’âme que la parole ne saurait exprimer. Le style d’un compositeur, ce qui le caractérise, reflète son image dans ses œuvres : l’audition de sa musique permettra un maximum de réceptivité à un patient de même typologie que lui. Le mode et la tonalité d’une composition sont d’autres critères pour le choix d’un extrait ; ils prennent un caractère plus ou moins particulier selon le compositeur.

La programmation d’une séance (ou d’une série de séances) de biomusicothérapie demande de la part du praticien, des connaissances précises dans des domaines aussi variés que l’analyse musicale, l’acoustique, la psychophysiologie, l’oligothérapie, etc.. La biomusicothérapie n’est jamais employée seule. Sans être une simple technique d’appoint elle est toujours associée à l’oligothérapie ou à d’autres techniques naturelles dont elle favorise l’action. De même que dans les traditions anciennes, chinoise, indienne ou grecque, les recettes médicinales n’ont jamais pu se passer des sons musicaux pour assurer leur efficacité. Le diagnostic d’un médecin n’en demeure pas moins indispensable.

Max Méreaux

 

Bibliographie :

Bence, Léon (Dr) et Méreaux, Max : La Musique pour guérir (Editions Van de Velde).
Bence, Léon (Dr) et Méreaux, Max : Guide pratique de musicothérapie (Editions Dangles).

Guide pratique de musicothérapie

 


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