Les orgues des séminaires de Nancy

 

Au Grand séminaire

Construit en 1885 par Jean Blési, facteur suisse invité à s’établir à Nancy par le curé-bâtisseur Mgr Joseph Trouillet, l’orgue était placé à l’origine dans la chapelle située dans l’ancien Hôtel des Missions royales, le long de l’actuelle Avenue de Strasbourg à Nancy :

" [...] Nous prions la Semaine religieuse de vouloir bien enregistrer encore une libéralité de Monseigneur Trouillet (ce ne sera pas la dernière d’ailleurs, nous en sommes sûrs), celle d’un orgue neuf pour le Grand Séminaire. Il faut avouer que le frère aîné de Nancy était quelque peu jaloux des préférences accordées depuis longtemps à son jeune frère de Pont-à-Mousson.

[...] Notre nouvel orgue possède seize jeux, deux claviers manuels et un pédalier de vingt-sept notes ; il a été confectionné par M. Jean Blési, l’excellent facteur dont la réputation n’est plus à faire et dont la modestie égale l’habileté.

Ce n’est pas que nous nous soyons séparés sans regret du cher petit orgue qui, depuis si longtemps, nous avait rendu avec dévouement tant de services ; mais au moment de quitter la maison, il nous dit : " Ne me plaignez pas : vous viendrez me voir à C... ; j’aurai trois claviers, plus de vingt jeux et vingt sept pédales. Pensez-vous que j’aie accompagné pendant trente ans tous les chants pieux des Séminaristes pour être jeté au rebut ? Dieu ne le permettrait pas [...] ".

Son remplaçant, destiné à occuper la tribune de l’ancienne église Saint-Pierre [...] est provisoirement installé au bas de notre chapelle ; l’inauguration en a été faite, le jeudi 17 septembre, sous la présidence de Mgr Trouillet. MM. Kling et Soyer, organistes, l’un de la Basilique Saint-Epvre, l’autre de Notre-Dame-de-Bon-Secours, ont fait ressortir, par leur jeu délicat et savant, toutes les qualités de l’orgue soumis à leur expertise ; la communauté a ensuite chanté à l’unisson un Tantum ergo accompagné par le fortissimo de l’instrument ; enfin M. Dedun, curé d’Essey-les-Nancy, a eu la complaisance de prêter son organe sonore et majestueux au Noël d’Adolphe Adam dont la dernière phrase répétée par la masse des auditeurs a produit un effet splendide. "

[THIRIET (Abbé H.-J), " Un Nouvel Orgue au Grand Séminaire ", La Semaine religieuse du diocèse de Nancy et de Toul, 1885, p. 1028-29.]

Chartreuse de Bosserville vers 1910
Chartreuse de Bosserville à Art-sur-Meuse, vers 1910 (vue du Pont de la Meurthe).
Elle accueillait autrefois de 1907 à 1936 le Grand Séminaire de l'évêché de Nancy et de Toul, ainsi que le Petit Séminaire entre octobre 1908 et octobre 1950
( coll. René Sedant/D.H.M. )

A partir de 1907, c’est la Chartreuse de Bosserville (Art-sur-Meurthe) qui accueillit le grand séminaire à la suite de la Séparation de l’Eglise et de l’Etat. Le 3 juillet 1910, le déplacement de l’orgue précité sur sa nouvelle tribune (qui en était jusqu’alors dépourvue) ainsi que les travaux d’agrandissement nécessaires furent inaugurés. A la vérité, le concert fut donné par trois organistes. Outre Charles Magin, on put entendre Auguste Kling, organiste de la Basilique Saint-Epvre et Henri Pilloy (né à Nancy le 17 septembre 1867, mort vers 1939), seul professeur laïc de musique au Petit Séminaire depuis la mort de son père Jean-Baptiste.

L’audition donna lieu à un article paru dans la Semaine religieuse de Nancy [1910, p. 622-623.] dont voici quelques extraits :

" [...] L’ancien orgue du Grand Séminaire, aujourd’hui réinstallé à Bosserville, n’était qu’un instrument médiocre.

Tous les organistes qui l’ont utilisé ont été unanimes à déplorer la dureté d’un de ses claviers, la pauvreté de l’autre, la nullité de la pédale expressive, la présence au grand-orgue d’une trompette assourdissante et de jeux criards, inutilisables pour l’accompagnement discret et délicat que réclament les mélodies grégoriennes. [...]

Désormais, grâce à l’initiative de M. le Vicaire général Ruch, grâce à la générosité de nos bienfaiteurs, grâce au talent et à l’habileté de M. Lambert, directeur de la maison Didier Van-Caster et Kuhn, la Chartreuse possède un orgue de 23 jeux, qui sans doute ne peut rivaliser avec les orgues des cathédrales, mais qui permet une très suffisante exécution de la musique religieuse et qui se prête docilement à l’accompagnement du plain-chant.

L’ancien récit, en particulier, inexpressif et terne, composé de 4 jeux, est devenu un clavier de 10 jeux, moelleux, d’un maniement extraordinairement facile.

L’expertise de l’instrument faite par MM. Kling, Magin et H. Pilloy, a démontré que la maison Didier Van-Caster et Kuhn avait tenu ses promesses.

M. H. Pilloy, organiste de Saint-Laurent, fit entendre un grand choeur de Th. Dubois Laus Deo. M. Kling, organiste de Saint-Epvre, exécuta le Minuetto en si mineur de Gigout. Le Final en ré majeur de la Deuxième Symphonie de C. Widor, interprété par M. Magin, organiste du Sacré-Coeur, termina la cérémonie.

[...] Aucun des assistants n’oubliera les émotions pieuses et artistiques de cette soirée. "

En 1936, le grand séminaire de l’Asnée à Villers-les-Nancy, construit par l’architecte Criqui, fut inauguré. Peu après, les séminaristes rejoignaient leurs nouveaux locaux de formation. En 1938, E.A. Roethinger posa un orgue neuf, inauguré par le chanoine Pierre Camonin (1903-2003). En voici la composition (deux claviers de 61 notes et pédalier de 32 marches, transmission électro-pneumatique, console située à distance de l’orgue de tribune, près du choeur) :

Grand-orgue : Bourdon 16, Montre 8, Bourdon 8, Salicional 8, Flûte harmonique 8, Prestant-flûte 4, Nasard 2 2/3, Doublette 2, Cornet 5 rangs, Plein-jeu 4 rangs, Trompette 8, Clairon 4.

Récit expressif : Quintaton 16, Diapason 8, Cor de nuit 8, Flûte d’orchestre 8, Gambe 8, Voix céleste 8, Flûte octaviante 4, Octavin 2, Tierce 1 3/5, Cymbale 3 rangs, Basson-hautbois 8, Cromorne 8.

Pédale : Flûte 16, Soubasse 16, Quinte 10 2/3, Flûte 8, Flûte 4, Basson 16.

Acc. II/I en 16, 8, 4, II en 4, tir. I et II, tremolo II, combinaisons fixes et une combinaison libre.

Cet instrument de Roethinger a été vendu aux enchères (en même temps que les stalles) le 2 avril 2006 et acheté par un ingénieur pour son fils amateur d'orgue. Cette partie de la chapelle ainsi libérée, après quelques travaux, va être transformée en bibliothèque dans le cadre de l'installation des services de l'Évêché dans les locaux de ce grand séminaire.

 

Au Petit séminaire

Installé, comme son homologue, depuis octobre 1908 à la Chartreuse de Bosserville à la suite de l’expulsion survenue deux ans plus tôt de l’abbaye des Prémontrés de Pont-à-Mousson qu’il occupait depuis la Restauration en 1817, le petit séminaire ne déménagea qu’en novembre 1950, dans le domaine de Renémont à Jarville, la chaudière de la Chartreuse ayant donné d’évidents signes de faiblesse.

Domaine de Renémont à Jarville, où en novembre 1950 s'installe le Petit Séminaire de l'évêché de Nancy et de Toul
( supplément à la Semaine religieuse de Nancy, 2 avril 1950, coll. O. Geoffroy )

L’ancien orgue du Petit Séminaire de Pont-à-Mousson avait été vendu et placé en 1909 par le facteur Henri Didier, en tribune, sous le clocher de l’église Saint-Joseph de Nancy. Aujourd’hui encore, cette situation ne permet guère aux sonorités de se déployer dans le vaisseau. L’instrument d’origine remontait au XVIIIè siècle (Dingler 1758) et ne devait pas manquer de classe :

" L’harmonium poussif, indigne d’une nef abbatiale, se tut devant l’orgue de vingt-sept jeux, qui provenait de Saint-Sébastien. Cet instrument soigneusement relevé par M. Blési et installé par M. Klem fut béni en novembre 1882 par le donateur, Mgr Trouillet, curé-doyen de Saint-Epvre."

[KALTNECKER (Mgr Maurice), Le Petit Séminaire de Pont-à-Mousson, 1817-1906, Histoire et souvenirs, Nancy, G. Thomas, 1957, p. 56-57.]

Voici la composition actuelle de l’orgue à l’église St Joseph (deux claviers de 54 notes et pédalier de 27 marches, transmission mécanique avec machine Barker au Grand-Orgue) :

Grand-orgue : Bourdon 16, Montre 8, Bourdon 8, Flûte harmonique 8, Salicional 8, Prestant 4, Quinte 2 2/3, Doublette 2, Plein-jeu 2/3 rangs, Trompette 8, Clairon 4, Régale 8.

Récit expressif : Montre-violon 8, Rohrflûte 8, Harpe éolienne 8, Voix céleste 8, Flûte octaviante 4, Quinte 2 2/3, Cctavin 2, Tierce 1 3/5, Trompette harmonique 8, Basson-hautbois 8.

Pédale : Flûte 16, Bourdon 16, Flûte 8, Flûte 4, Bombarde 16.

Acc. II/I, tir. I et II, anches, trémolo récit.

Acquis le 11 mai 1937, le site de Renémont était riche d’une histoire chargée. C’est là, en effet que se déroula en 1477 une partie des événements constituant la Bataille de Nancy qui s’acheva par la victoire de René II sur Charles le Téméraire. Malgré la présence d’un château du XIXè siècle sur les murs duquel une façade Renaissance d’une demeure italienne avait été plaquée, des travaux de construction et d’extension s’avéraient nécessaires. La seconde guerre mondiale ralentit considérablement le travail dont l’achèvement prévu initialement pour la rentrée d’octobre 1940 ne put se conclure qu’en 1951.

La cérémonie de bénédiction de la première pierre par Mgr Fleury eut lieu le 18 mai 1939 dans la cour du futur Séminaire avec le son " à la fois puissant et délicat d’un orgue Hammond de la maison Martin ". [HATON (Abbé Emile), " S. Exc. Mgr Fleury bénit la première pierre du nouveau Petit Séminaire de Renémont ", Renémont, Petit Séminaire, Nancy, Vagner, [1939], p. 32.]

La Schola du Petit Séminaire exécutait, sous la direction du chanoine Kaltnecker, les parties vocales avec une litanie des Saints, un Tantum ergo et un cantique en français, Exaucez-nous, Vierge Marie.

Le cycle d’étude dispensé dans les Petits Séminaires correspondait aux classes d’enseignement secondaire des collèges et lycées. Pour les élèves de sixième et cinquième nancéiens - donc non pensionnaires – existait rue Drouin à Nancy, l’Ecole presbytérale Notre-Dame. Après la classe de cinquième, ils entraient à Bosserville ou Renémont où ils étaient internes.

A Renémont, les vastes locaux disposaient de plusieurs oratoires dans lesquels se trouvaient des harmonium et la chapelle se vit dotée de l’orgue de Bosserville transféré en 1951 par Pierre Jacquot de la Manufacture de Rambervillers :

" [...] L’orgue [...] a bien failli nous échapper, mais votre générosité, alertée par qui vous savez, l’a préservé de l’abandon, d’une vente à l’encan et lui a permis de nous suivre à Renémont.

Messieurs, au service de la charité, vous êtes d’infatigables quêteurs et vous savez tendre la main ; j’ose dire que vous savez encore mieux l’ouvrir et très largement. Grâce à vous, le vieil instrument, - il a mon âge – revigoré par M. Jacquot, de Rambervillers, continuera à Renémont son rôle éducateur, en soutenant la prière chantée et en affinant le goût de nos petis séminaristes. " 

[" Toast de M. le chanoine Kaltnecker ", Semaine religieuse de Nancy, Nancy, Vagner, 1951, p. 388-89.]

Il put se faire entendre lors de la consécration de la nouvelle chapelle :

" L’orgue, pour la première fois, se fait entendre et c’est un émerveillement... Cette vieille voix, tumultueuse et chaude, mille fois entendue en d’autres murs et qui a chanté nos ordinations successives, la voilà, comme jadis. Je la reconnais aussi fraîche, aussi fraternelle qu’autrefois. Je reconnais le Grand choeur de Guy Ropartz et le jeu du Maître Magin, qui ajoute à l’émotion de tous la ferveur priante de la musique...

[...] La messe s’achève [...] et la foule s’écoule maintenant, pendant que coule du grand orgue, dans l’éclat scintillant des timbres multicolores, la Quatrième Symphonie de Widor, bruissante et joyeuse comme une cascade où se joue la lumière. "

[" Consécration de la chapelle du Petit Séminaire ", Semaine religieuse de Nancy, Nancy, Vagner, 1951, p. 386-87.]

Si la tribune de la Chartreuse laissait encore une hauteur sous voûte suffisante pour un imposant buffet, il n’en allait pas de même à Renémont où la tribune était en largeur. L’orgue y fut posé sans autre décoration et protection qu’un soubassement de bois et les tuyaux de façade en alignement. A la Chartreuse, l’ancien buffet, vidé de ses tuyaux, demeura quelques années avant d’être honteusement déposé et détruit.

Il n’a pas été possible de retrouver la composition exacte de cet orgue lorsqu’il se trouvait à Bosserville et Renémont. En voici les éléments assurés (incertitudes entre crochets) :

Grand-Orgue : Bourdon 16, Montre 8, Bourdon 8, Salicional 8, Prestant 4, Quinte-flûte 2 2/3, Doublette 2, Trompette 8, [plein-jeu ou clairon 4 ?].

Récit expressif : [montre-viole 8 ou ?], Bourdon 8, Flûte traversière 8, Gambe 8, Voix céleste 8, Flûte octaviante 4, [octavin 2 ?], Trompette 8, Basson-hautbois 8, Voix humaine 8.

Pédale : Contrebasse 16, Soubasse 16, Flûte 8, Violoncelle 8.

Il est cependant certain que sur cet instrument de vingt-trois jeux, le clavier de Grand-Orgue en comptait neuf, le récit dix et la pédale quatre.

Charles Magin (1881-1956) enseigna l’orgue au Petit Séminaire de 1945 à 1957, succédant à Jean Marck, premier prix d’orgue de la classe de Louis Thirion à Nancy et qui avait poursuivi ses études durant peu de temps auprès de Marcel Dupré (1886-1971). Organiste à la Basilique Notre-Dame-de-Lourdes à Nancy, Jean Marck professait depuis 1931 aux côtés d’Henri Pilloy déjà cité :

" Mon plus cordial merci, je l’offre [...] à M. H. Pilloy, qui depuis plus de quarante ans, avec une assiduité exemplaire, forme à l’accompagnement du plain chant des générations de séminaristes..."

[KALTNECKER (Maurice), Chants français et latins, Nancy, SAEM, 1934, p. IV.]

Après la fermeture du Petit Séminaire en 1971, la partie instrumentale fut cédée à la commune de Saint-Max dans la banlieue de Nancy, remaniée et installée dans un nouveau buffet en 1980.

Voici la composition de l’orgue remonté :

Grand-orgue : Bourdon 16, Montre 8, Bourdon 8, Salicional 8, Prestant 4, Nazard 2 2/3, Doublette 2, Tierce 1 3/5, Plein-jeu 5 rangs.

Récit expressif : Flûte traversière 8, Bourdon 8, Gambe 8, Voix céleste 8, Flûte octaviante 4, Flûte 2, Trompette 8, Basson-hautbois 8, Voix humaine 8.

Pédale : Contrebasse 16, Soubasse 16, Flûte 8, Flûte 4.

Acc. II/I, tir I et II, tremolo récit.

La dynamique Association des amis de l’orgue de Saint-Livier a permis, en plusieurs tranches, des travaux de transformations de l’instrument par le facteur Yves Koenig (Manufacture d’orgues de Sarre-Union) achevés en 2003. De nouveaux sommiers et une console en fenêtre ont été installés. Des projets d’aménagements futurs sont encore à l’étude.

Ainsi s’achève l’histoire mouvementée des orgues des séminaires diocésains de Nancy.

Olivier Geoffroy

 


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