Joseph NOYON

Compositeur de Musique sacrée

(1888 - 1962)


Joseph Noyon
( photo X... )

 

Il y a un peu plus d’un an [1962] disparaissait Joseph Noyon1. En saluant la mémoire de ce grand artiste, nous voulons nous pencher sur son œuvre qui est d'une haute qualité. Rares sont les compositeurs dont l'œuvre, faite en grande partie de musique sacrée, présente une si permanente et si parfaite unité.

Fragment (partie de voix : 4 voix mixtes) du Notre Père qui êtes aux cieux, oraison dominicale pour chœur à 4 voix mixtes et orgue (Quintette à cordes, cor et harpe ad libitum) de Joseph Noyon. Cette partition est dédiée "A M. J. Havard de la Montagne, Maître de Chapelle de Ste Marie des Batignolles, à Paris" . J. Lemoine-Biton, 1953
( Coll. J.H.M. )

Né le 3 octobre 18882, Joseph Noyon aura traversé soixante années de la période sans doute la plus révolutionnaire de la composition musicale sans se départir de la pureté de style qui distingue ses premières partitions. Toute sa vie durant, cet élève de Charles de Bériot, de Paul Viardot, d'Alfred Marichelle, d'Henri Dallier à l'Ecole Niedermeyer et de Paul Vidal au Conservatoire de Paris, ce disciple de Bach, de Franck et de Fauré demeurera lui-même. Musicien sensible, informé de toutes les tendances artistiques de son temps, doué d'un sens de l'analyse musicale absolument transcendant, jamais les influences extérieures n'auront d'emprise sur son inspiration, non plus que sur ses moyens d'expression. Sa musique coule de source, naturellement, sans artifices, toujours harmonieuse, délicate et exempte de toute banale facilité.

Jusqu'à la fin de sa vie le Maître gardera le juste sentiment de ce que peut et doit être la musique religieuse. Sa vocation s'affirma dès l'adolescence au contact des claviers de sa paroisse natale: Sainte-Trinité3 de Cherbourg et de celle voisine de Saint-Clément. C'est là que lui vint le sens de la musique religieuse, c'est là que se forma le talent précoce de celui qui devait occuper par la suite les postes d'organiste du grand-orgue et maître de chapelle à Saint-Cloud, puis maître de chapelle à Notre-Dame d'Auteuil, d'accompagnateur des Chanteurs de la Sainte-Chapelle, de chef des chœurs à la Radiodiffusion Française pour devenir, pendant douze ans, maître de chapelle de Saint-Honoré-d'Eylau.

Cette ascension ne lui aura fait perdre aucun contact avec les racines de sa forte personnalité artistique et c'est cette fidélité à lui-même qui nous prouve qu'une œuvre inspirée est de toutes les époques, la beauté n'ayant pas d'âge.

C'est dans l'expression religieuse que Joseph Noyon a trouvé le plein épanouissement de son talent. Son langage est simple et naturel. Il traduit en leur conservant toute leur pureté les textes sacrés dont il accentue la valeur spirituelle soit par un emploi élégant du contrepoint, soit par le jeu subtil des modulations. Certaines de ses œuvres chorales atteignent à une puissance impressionnante quand une envolée mystique emporte l'esprit du compositeur aux sphères sublimes de la foi rayonnante. Des pages telles que Jérusalem acclame4, Il est né le Divin Enfant, La nuit5 sont rapidement devenues célèbres, mais combien de centaines d'autres qui n'ont retenti que dans nos temples mériteraient une diffusion universelle !

Joseph Noyon avait le sens inné du chant choral. Ses chœurs à quatre voix d'hommes sont admirables par la distinction et la race de l'écriture. Mais sa science musicale, sa riche inspiration, son imagination d'harmoniste se sont d'autre part manifestées dans la composition de treize messes parmi lesquelles nous aurions à citer : Messe en l’honneur de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus pour 4 voix mixtes et orgue, instruments ad libitum, Messe en l’honneur de saint Augustin pour 4 voix mixtes et orgue, instruments ad libitum, Messe de la Nativité6 (sur des Noëls) pour 4 voix mixtes, orgue et hautbois, grand orchestre ad libitum. Enfin la très puissante et très belle Messe Pax Christi7 pour 4 voix mixtes, 2 orgues, 3 trompettes, 3 trombones, dédiée à son fidèle ami, Monseigneur Joseph Besnier, maître de chapelle de la cathédrale de Nantes qui en dirigea remarquablement la première audition. De 1946 à 1949 Joseph Noyon a mis tous les trésors de son inspiration religieuse dans la composition de ce grand Requiem demeuré inédit. Composé pour soli, chœurs et orchestre, il comprend : Introït, Kyrie, Offertoire, Sanctus, Pie Jesu, Agnus Dei, Lux aeterna, Libera me, In paradisum.

Mais là ne s'arrête pas la floraison des partitions qui furent inspirées à Joseph Noyon par l'office divin. Il a fait revivre le motet en développant avec une géniale originalité les thèmes liturgiques harmonieusement recréés par le compositeur au gré d’une imagination créatrice inépuisable.

C'est ainsi que furent composés ou harmonisés8 soixante-dix motets, onze chœurs et hymnes, une trentaine de Noëls, trois grandes cantates avec soli, chœurs et orchestre, l’une en l’honneur du Bienheureux Bénilde, l’autre à saint Jean-Baptiste de la Salle9, une troisième à sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, spécialement commandée par le Carmel de Lisieux et exécutée lors des fêtes de la canonisation de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus à Lisieux, vingt-quatre chœurs de concert, une vingtaine de cantiques recueillis par les soins de Mgr J. Besnier et publiés dans son Manuel de chant. Nombre de ces œuvres ont remporté un vif succès auprès des chorales et du public, car dans ses compositions Joseph Noyon a su ajouter à sa science admirable de l'écriture vocale sa sensibilité de poète des voix et de l'orgue.

Signature autographe de Joseph Noyon, 1959
( Coll. D.H.M. )

La musique instrumentale l'avait de bonne heure intéressé. Après l'interruption de la guerre de 1914-1918 qui devait l'empêcher de remporter le grand Prix de Rome10 pour lequel il concourait en juin 1914 et alors que, de l'avis unanime de ses maîtres, ses premières partitions faisaient prévoir son grand avenir de compositeur, Joseph Noyon publiait en 1919 sa Berceuse pour piano et violon ainsi que des œuvres pour piano : Impromptu, Ouverture de concert, Les heures roses, Danses grecques qui révélèrent chez Joseph Noyon une solide technique et une parfaite intelligence de cet instrument.

A partir de 1947, d'autres nombreuses œuvres instrumentales virent le jour à la grande joie de leurs interprètes. Ce fut Arioso pour violon et cordes, Elégie pour cor et orgue ou piano, Lamento pour violoncelle, Aria pour quintette à cordes, Concerto en ré majeur pour orgue et orchestre, Divertissement Pastoral pour hautbois, Esquisses normandes pour quatuor à vent, l'incomparable Nocturne, une grande Marche funèbre, etc., etc...

Et comment oublierons-nous de citer les admirables et si précieux recueils des Heures virginales ?

Là s'arrête cette sèche nomenclature que nous avons voulu placer sous les yeux de nos lecteurs afin qu'ils puissent juger de l'importance exceptionnelle des partitions, au nombre de 400 environ, de caractère religieux ou profane, toutes d'une lumineuse pureté d'écriture, d'une élévation de pensée et de style, d'une qualité esthétique qui leur assurera une pérennité certaine.

C'est sur ce vœu fervent que nous terminerons cet aperçu de l'œuvre pure, nombreuse et profondément musicale dont l'Ecole française est redevable à Joseph Noyon.

Albert MICQUELOT-LHOMME 11

Audio lecteur Windows Media Magnificat (choeur mixte), Montes gelboe (Antienne, 1er mode, 1ères Vêpres du Ve Dimanche après la Pentecôte, solo accompagné par voix d’hommes) et Victimae pascali (choeur mixte), arrangements polyphoniques de Joseph Noyon, par Le Campanile (choeur de Notre-Dame d’Auteuil à Paris) sous la direction dom Benoît de Malherbe (o.s.b.) et à l’orgue de choeur : Joseph Noyon.
Enregistrement : 1934 - disque 78 tours Columbia DFX 184 – numérisation : ©Denis Havard de la Montagne avec le concours de Alain Deguernel (Forgotten records), coll. D.H.M. (Armand Pierhal, dans l’hebdomadaire Sept, du vendredi 2 novembre 1934, parlant de cet enregistrement notait à l’époque de sa sortie : “La beauté de la musique, la pureté des voix et la somptuosité de la gravure en font un disque que tous les discophiles [...] voudront posséder...”)


Les Feuillets de l'organiste, supplément à la Revue Sainte Cécile, janvier 1924
Élévation pour orgue (premières mesures)
Élévation pour orgue (couverture et premières mesures), Joseph Noyon, in Les Feuillets de l'organiste, supplément à la Revue Sainte Cécile, janvier 1924, Procure générale de la musique religieuse
( coll. Max Méreaux )
Audio lecteur Windows Media fichier audio par Max Méreaux
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1) Joseph Noyon est décédé le 15 octobre 1962 en son domicile parisien de Boulogne-sur-Seine, 72 avenue de la Reine, où il habitait depuis de nombreuses années, laissant une veuve et un fils Claude. Ses obsèques furent célébrées le 18 à Saint-Honoré-d'Eylau et le lendemain il était inhumé dans le cimetière de Listrac-Médoc (Gironde). [ La présente note, ainsi que toutes les suivantes sont de la rédaction de Musica et Memoria ] [ Retour ]

2) C'est précisément à Cherbourg, en Normandie, qu'est né Joseph-Aimé-Paul Noyon, où son père Auguste était commis de comptabilité de la Marine. [ Retour ]

3) A l'époque où Joseph Noyon fréquentait cette église Camille Harquet tenait les orgues. Ancien élève de l'Ecole Niedermeyer (1894-1896) c'est certainement sur ses conseils et son influence que le jeune Noyon fut envoyé à Paris pour intégrer cette école de musique en 1904. Quelques années plus tard Camille Harquet quittait la Normandie pour la Côte d'Azur où il fut nommé titulaire de l'église St-François-de-Paule de Nice. [ Retour ]

4) Cette page, sans doute la plus célèbre et la plus jouée, ainsi qu'une quinzaine autres pièces religieuses de Boëllmann, Delibes, Franck, Gounod, Fauré, Bonnal, Quignard et Saint-Saëns ont été enregistrées en 1994 dans la Collégiale Saint-Martin de Saint-Rémy-en-Provence par les Chœurs d'enfants et solistes de l'Ecole Maîtrisienne de Nîmes, orgue : Jean-Pierre Lecaudey, direction : Alain Chambon. CD « Musique sacrée française, XIXème - XXème siècle », produit par l'Institution Béthanie (1300, avenue Georges Dayan, 30904 Nîmes Cedex). [ Retour ]

5) La Nuit de Rameau, harmonisée à 4 voix mixtes, ainsi que Les anges dans nos campagnes, harmonisés à 4 et 6 voix mixtes, La marche des rois (Noël provençal attribué à Lully), harmonisé à 4 voix mixtes, Il est né le Divin Enfant, harmonisé à 4 et 6 voix mixtes (version de concert) et le motet Adeste fideles pour 4 voix mixtes, hautbois et cordes ont été enregistrés sur disque 33 tours en novembre 1963 (Lumen LD 1521 A), par Les Chanteurs de la Maîtrise de Saint-Honoré d'Eylau, avec le concours de J. Subra (soprano), J. Coquier (ténor) et Cl. Maisonneuve (hautbois). Citons également parmi les pages de Joseph Noyon les motets Panis Angelicus pour 4 voix mixtes et orgue, In Me Gratia (motet à la Sainte Vierge) pour 4 voix d'hommes et a cappella, Tantun Solennel, dit du Congrès, pour unisson de voix d'hommes, puis chœur à 4 voix mixtes, 2 orgues, trompettes et trombones, Cantate Domino, chœur à 4 voix mixtes, 2 orgues, trompettes et trombones... N'oublions pas enfin ses pièces pour orgue, parmi lesquelles on trouve un Allegretto en sol, des Variations sur un vieux Noël, et un Final en ut majeur qui furent notamment interprétés par l'abbé Félix Moreau le 12 mai 1953 au grand orgue de la cathédrale de Nantes, au cours d'un concert spirituel consacré aux œuvres de Joseph Noyon. [ Retour ]

6) Messe de la Nativité : sur des Noëls populaires à 2 ou 3 voix égales ou à 4 voix mixtes avec accompagnement d'orgue, Procure de musique religieuse, 1942. [ Retour ]

7) Messe solennelle « Pax Christi » pour chœur à 4 voix mixtes, 2 orgues, trompettes et trombones (grand orgue et cuivres ad. Lib.), créée le 22 mai 1952 par la Maîtrise de la cathédrale de Nantes (Procure générale, 1953). [ Retour ]

8) La plupart des œuvres de Joseph Noyon étaient éditées à Paris, aux Editions de la Schola-Procure où à St-Laurent-sur-Sèvre, chez Lemoine-Biton. [ Retour ]

9) Saint-Jean-Baptiste de la Salle : oratorio en 7 parties pour soli, chœurs, orchestre et orgue, sur un livret du chanoine E. Blineau (Procure générale des Frères des écoles chrétiennes, 1950). [ Retour ]

10) En 1914 Joseph Noyon s'était vainement présenté au Concours de composition musicale de l'Institut, en même temps d'ailleurs que Marcel Dupré et André Laporte. Il n'eut pas la possibilité de concourir à nouveau les années suivantes, les épreuves du Prix de Rome ayant été suspendues entre 1915 et 1918 durant la Grande Guerre. [ Retour ]

11) Cet article est paru simultanément dans les numéros 98 (avril 1964) de la revue Musique et Liturgie, et 84 (mai 1964) de la revue Musique sacrée (avec une légère variante). [ Retour ]

 


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