Le Panthéon des musiciens

De janvier 2005 à juin 2005

Joseph REVEYRON - Victoria de LOS ANGELES - Janos KOMIVES - Lazar BERMAN - Ursula SCHRÖDER-FEINEN - Sixten EHRLING - Marcello VIOTTI - Joseph OULÈS - Josef METTERNICH - Sergiu COMISSIONA - Gary BERTINI - George ROCHBERG - Siegfried PALM - Ghena DIMITROVA - Carlo Maria GIULINI

 

Joseph Reveyron
Joseph Reveyron,
Lyon, 1996
( coll. Caline Malnoury )

La musique se respire comme l'air marin ou comme le vent des cimes. Elle exprime facilement la tendresse, la joie, la grandeur, la tristesse même, mais la haine de l'intéresse pas. Elle s'empare de l'esprit, mais l'âme la domine et l'habille à son gré. Le musicien est un serviteur". Ainsi s'exprimait Joseph REVEYRON, ancien organiste de la Primatiale, qui s’est éteint le vendredi 7 janvier 2005 dans sa 88ème année.... Nul n'est prophète en son pays? Pas si sûr! Celui que le Guide de la Musique d'Orgue paru chez Fayard (Les Indispensables de la Musique) avait superbement ignoré s'en est allé, entouré d'une assemblée nombreuse ce mercredi 12 janvier 2005 au terme d'une vie de musicien particulièrement remplie. A l'heure d'une très grande technicité, de la multiplication des diplômes et des formations, s'en allait reconnu et regretté celui qui de sa vie n'avait jamais passé un seul concours!! Il lui fut rendu un hommage sensible qui évoqua sa Foi très forte et son long service à la Primatiale Saint-Jean de Lyon : le service dominical liturgique de chaque dimanche qui le passionnait, l'improvisateur exceptionnel qu'il était, savait commenter la parole de Dieu par des improvisations uniques. Collaborateur du maître de chapelle Marcel Godard, puis de Jean François Duchamp, il avait une présence indispensable dans la liturgie. L'Archevêché de Lyon lui avait commandé une Messe festive pour la célébration du septième centenaire du Concile Oecuménique, en la cathédrale. Cette Messe pour chœur, ensemble de cuivres, orgue et participation de l'assistance a été créée en 1974, ainsi que la Cantate Saint Jean-Baptiste dédiée à la Maîtrise de la Primatiale. Il avait été promu chevalier dans l’Ordre de Saint Grégoire-le-Grand

Fils  de  François Reveyron (1884-1958) fonctionnaire aux Hospices Civils puis négociant, et de Berthe Bizet (1889-1983), Joseph Reveyron est né à Lyon le 2 septembre 1917 à la Croix Rousse au cœur du quartier des canuts. Il y passe toute sa jeunesse. Il manifeste très tôt des dispositions musicales. Ses parents  lui  font découvrir l'orgue auprès de l'Abbé Joubert alors organiste à la Basilique de Fourvière. En 1934, à 17 ans il devient l’élève d’Edouard Commette (1883-1967) organiste de la Primatiale Saint Jean et ancien disciple de Valentin Neuville et de Charles Marie Widor. Commette fut organiste de la primatiale de 1904 à 1967. Il lui enseignera également l'harmonie, le contrepoint et la composition. La personnalité du jeune élève se manifestera tout de suite par le désir de composer. Après quelques essais il signe en 1937 ce qu'il considérera comme sa première oeuvre Ma douce amie, un chœur à trois voix égales dont il écrit les paroles et la musique. En 1941 il entre à la Sacem avec le parrainage de Georges Martin Witkowski (1867-1943), compositeur et Jean Witkowski violoncelliste et chef d'orchestre. Cependant le jeune artiste s'adonne aussi à la peinture et il expose au salon Regain trois années de suite. La première grande oeuvre de Joseph Reveyron est un oratorio Notre Dame (1947). Il en écrit le livret d'après des textes liturgiques et on voit apparaître les traits dominants de son art. Au milieu des foisonnements et des tendances il se crée son langage propre qui lui permettra d'être libre de toute école. Après une assez longue période à la tribune de Notre Dame de la Mulatière, (paroisse proche de Lyon et disparue depuis) il est appelé au jury du conservatoire. Nommé suppléant de son maître Edouard Commette en 1954, il lui succède quelques années plus tard et devient titulaire du grand orgue de la Cathédrale de Lyon. Il y restera plus de quarante années au cours desquelles il vivra l'évolution de la liturgie et l'utilisation du français.

Joseph Reveyron
Joseph Reveyron à l'orgue de la Primatiale Saint-Jean de Lyon
( coll. Thomas Daniel Schlee )

Il faut souligner son profond attachement à la foi catholique et l'utilisation abondante dans ses oeuvres des thèmes religieux. Par exemple et nous y reviendrons dans une analyse ultérieure détaillée Les Laurétanes, les Sept Sceaux, etc... A la même époque il rencontre Claude Leroudier qui, en devenant son épouse, a beaucoup contribué à l'éclosion de son oeuvre de compositeur. De cette union naîtront quatre enfants dont Dominique Reveyron-Gidrol, organiste et professeur de musique. Joseph Reveyron  effectue aussi une carrière de concertiste- où il brille aussi, comme dans les offices liturgiques de la Primatiale par la qualité de ses improvisations - qui le verra se produire principalement en France ...(Notre Dame de Paris, Chartres, Suisse : Genève, Lausanne, et Allemagne : Leipzig... Il compose alors sans cesse, édifiant au cours des ans un catalogue impressionnant. Ses premières oeuvres sont marquées par la rencontre à Lausanne (Suisse) avec le poète Edmond Kaiser (dont il met en musique plusieurs textes) et de sa femme Lucienne Duvallier, dont le timbre chaleureux de contralto lui inspire de nombreuses compositions vocales. Egalement à Lausanne, il se lie d'amitié avec Dante Granato, compositeur et organiste de Notre Dame du Valentin qui fait beaucoup jouer sa musique en Suisse. Il fait aussi la connaissance de Michel Corboz alors jeune chef de chœur au Valentin, qui lui commande des oeuvres pour son ensemble vocal. Avec le "Psaume du Serviteur" ce dernier avait remporté un premier prix au concours de Neuchâtel. Ainsi de nombreuses oeuvres chorales seront crées en Suisse et dirigées aussi par Michel Corboz (Psaume du Serviteur, Cantate Chronos, Cantate des Commencements, La Terre et le Ciel) jusqu'à la Messe de la Nativité créée en 1990 pour la messe de minuit en Eurovision!! En 1967 il s'établit aux Echets (Ain) et y mène une existence toute consacrée à l'orgue et à la composition entouré des siens et de ses amis.

Quand on regarde le catalogue de Joseph Reveyron il parait considérable au sens étymologique du terme, il mérite d'être considéré, il impressionne tant par sa diversité que par son importance : plus de cent opus!! L'orgue tient une place de choix où chaque pièce revêt un caractère spécifique. Mais quel monde entre la musique de scène de Romulus Le Grand, pièce de théâtre Friedrich Dùrenmatt et l'Anamnèse pour orgue à quatre mains! Si l'orgue a une place prépondérante dans sa production, Joseph Reveyron a composé pour toutes sortes de formations au gré des commandes de ses amis nombreux et fidèles : organistes, parmi lesquels Paul Couëffé, qui a réalisé des fêtes autour du compositeur à la tribune de son orgue du Saint Nom de Jésus à Lyon, cantatrices, chanteurs, instrumentistes-on ne peut ici les citer tous-, chefs de chœur : Raymond Jarniat. Tournons notre attention cependant vers Guy Cornut et son Ensemble instrumental et vocal qui créera le testament musical de Joseph Reveyron à Lyon en octobre 2004: La Cantate du Repos. C'était le terme d'une collaboration remarquable débutée en 1963!! -au cours desquelles furent jouées Le Psaume du Berger, La Dormition, Les Matines du Samedi Saint....

Les différents hommages entendus ces derniers jours soulignent aussi l'humour de Joseph Reveyron qui allait de pair avec son goût de la vie .Homme de terroir, ce solide descendant de canuts bien français qui aimait à décrire et à évoquer avait saisi l'importance médiatrice de la musique et c'est là sans doute une influence de sa fonction d'organiste Ses convictions et son tempérament lui ont fait modeler une oeuvre profondément originale qui lui confère une place de choix dans la musique d'aujourd'hui. S'il avait connu l'estime de ses pairs assez tard en dépit d'une activité aux multiples facettes et d'une oeuvre distinguée dès le début par sa qualité constante et son originalité, Joseph Reveyron fit quelques rencontres décisives et déterminantes pour diffuser sa musique. En effet une partie de sa production de pièces d'orgue fut éditée chez Universal Edition par les soins de Thomas Daniel Schlee et le fit connaître dans le monde entier des USA à la Russie...., en témoigne les programmes de collectés à ce jour! La quasi totalité de l'œuvre de Joseph Reveyron a été jouée en concert et aussi par des artistes d'audience internationale  et plusieurs sont éditées en disques (noirs puis compacts). Depuis 1996, l’ensemble de son oeuvre constitue un fonds spécial de la Bibliothèque Cantonale et Universitaire de Lausanne sous la direction de Jean Louis Matthey. A partir de ce fonds a été publié un catalogue des oeuvres précédé d' une chronologie biographique. Ce catalogue dressé par genre contient un index alphabétique de plus de cent opus publiés ou restés manuscrits.

Caline Malnoury
organiste et musicologue

Victoria de Los Angeles, vers 1952
Victoria de Los Angeles, vers 1952
( photo X..., le Guide du Concert, 22 mai 1953, coll. DHM )

La soprano espagnole Victoria de LOS ANGELES s’est éteinte le 15 janvier 2005 à la clinique Teknon de Barcelone, âgée de 81 ans. Retirée de la scène depuis 1979, elle avait brillé dans Faust, La Bohème, Carmen, Manon, Otello avant d’effectuer une carrière de récitaliste excellant tout particulièrement dans les mélodies espagnoles et françaises. Soprano colorature, devenue soprano lyrique, elle bénéficiait d’un timbre d’une grande pureté ce qui lui permit d’aborder un vaste répertoire dans l’opéra, la mélodie et la musique baroque, de Monteverdi à Ernest Chausson. En 1949, lors de sa première représentation en France à l’Opéra de Paris, où elle chantait Marguerite du Faust de Gounod, le critique musical Clarendon lui prédisait déjà un brillant avenir : "…Mais je ne vois pas en elle les progrès qui lui restent à accomplir dans le domaine de la sensibilité, de la fraîcheur, d’une exquise justesse et de cette émotion cristalline qui, tout à coup, rend une voix s’élançant vers l’aigu, semblable à un jet d’eau pur, diaphane et tressaillant sur sa tige en mouvement. Une telle voix doit convenir à la mélodie aussi bien qu’au théâtre. " [Le Figaro, 11 avril 1949].

Née à Barcelone (Espagne) le 1er novembre 1923, Victoria de Los Angeles, de son vrai nom Victoria Gomez Cima, apprend toute seule le chant avant d’entrer en 1940 à l’Ecole de musique Liceo de sa ville natale, où elle suit les cours de piano et de chant durant trois années. La première fois qu’elle est remarquée, c’est lors d’une représentation de l’Orfeo de Monteverdi, donnée par les élèves de son Ecole. En mai 1944, elle fait sensation dans un concert de Lieder à l’Association musicale culturelle de Barcelone, où l’on souligne la qualité exceptionnelle et l’émouvante puissance de sa voix. Elle rejoint l’ensemble Ars Musicae d’Enric Gispert, spécialisé dans l’interprétation de la musique baroque et de la Renaissance, puis fait ses débuts de cantatrice d’opéra en janvier 1945 au Gran Teatro del Liceo de Barcelone dans le rôle de la Comtesse des Noces de Figaro de Mozart, et en 1947 remporte un premier prix au Concours international de musique de Genève. C’est une carrière internationale qui s’ouvre alors à elle : Opéra de Paris (1949), Covent Garden de Londres sous la direction de Sir Thomas Beecham (1950) dans le rôle de Mimi de La Bohème, Carnegie Hall de New York (1950, récital), Scala de Milan dans Ariane à Naxos (1950), Metropolitan Opera de New York (17 mars 1951) où elle chante Marguerite, Colon de Buenos Aires (1952), Opéra de Vienne (1957), Festival de Bayreuth (1961, Tannhäuser, rôle d’Elisabeth).
Robert Ledent, Victoria de Los Angeles et S.M. la Reine Elisabeth de Belgique
Victoria de Los Angeles, en compagnie de la reine Elisabeth et du chef d'orchestre Robert Ledent, Bruxelles,Théâtre royal de la Monnaie, 1953
( photo Henri Vermeulen, coll. C.P. Perna )
On la verra se produire également dans Madame Butterly, Don Giovanni, le Freischütz, Le Barbier de Séville, Carmen, Pelléas et Mélisande, Les Contes d’Hoffmann et Mithridate Eupatore de Scarlatti. A Bruxelles, lors de sa première représentation (Madame Butterfly) au Théâtre de la Monnaie en 1952, on écrit que " [son] timbre chaud et velouté, [sa] tessiture très longue et également belle, se prêtent l’un et l’autre aux inflexions les plus souples, aux couleurs les plus variées, aux nuancements les plus subtils comme à une puissance qui à aucun moment jamais ne marque le moindre effort, la moindre dureté ", à New York, après sa prestation au Carnegie Hall, Arthur Berger écrivait dans le New Herald Tribune : " …Sa voix possède ce timbre resplendissant propre aux plus grands chanteurs seulement, mais à part cela elle possède encore beaucoup d’autres choses : élégance, distinction, une énorme personnalité et une technique exceptionnelle " et Seattle de rajouter dans le même journal : " Une voix d’une grande beauté lyrique, intelligente et subtile, entraînée à la perfection, tout cela est combiné dans une même personne et le résultat forme une artiste d’un calibre exceptionnel " . En 1979, elle se retire de la scène mais continue de se produire lors de récitals, genre dans lequel elle s’était lancé depuis plusieurs années avec bonheur. Interprétant des Lieder de Brahms, Schubert, Schumann, Mendelssohn et autres chansons populaires de Beethoven, des mélodies de Canteloube, Chausson, Duparc, Hahn, Delibes, c’est principalement dans les compositeurs contemporains catalans et espagnols qu’elle brillait, distillant chaque mélodie " comme on récite son chapelet ". Elle a ainsi durant plusieurs décennies fait découvrir sur les scènes du monde entier de Falla et Granados et bien d’autres compositeurs ibériques moins connus, et ce, jusqu’en 1998, année où elle se retira définitivement de la scène. Deux années auparavant on avait pu l’applaudir Salle Gaveau à Paris, où, à l’âge de 73 ans, elle nous avait encore charmés par un cycle de mélodies. En 1992 elle avait chanté lors des cérémonies de clôture des jeux Olympiques de Barcelone.

Depuis le début des années quarante, Victoria de Los Angeles a enregistré, essentiellement chez EMI, près d’une centaine de disques, incluant une vingtaine opéras complets (Manon, Werther, Faust, le Barbier de Séville, Madame Butterfly, Paillasse, La Vie brève (de Falla), Simon Boccanegra, Carmen, Les Contes d’Hoffmann, La Bohème…) et au moins autant de récitals. A 3 reprises dans les années cinquante elle a remporté le Grand Prix du disque. Parmi ses grands enregistrements, il faut noter la Damoiselle élue (Debussy) et les Nuits d’été (Berlioz) avec l’Orchestre symphonique de Boston dirigé par Charles Munch, L’Enfance du Christ (Berlioz) avec l’Orchestre du Conservatoire, sous la direction André Cluytens, et avec le même orchestre le Requiem de Fauré, avec Fischer Dieskau et la Chorale Elisabeth Brasseur, sans oublier les Tonadillas (mélodies) de Granados avec le pianiste Gonzalo Soriano, ainsi que les Chants d'Auvergne de Canteloube et le Poème de l'amour et de la mer avec l'Orchestre Lamoureux dirigé par Jean-Pierre Jacquillat . Baroqueuse bien avant la mode, elle a aussi gravé des airs extraits de pages de Haendel (Jules César, Acis et Galatée, Joshua, Judas Macchabée), le Lamento d'Arianna de Monteverdi, l'opéra Didon et Enée de Purcell et l'opéra Orlando Furioso de Vivaldi. Bon nombre de ses enregistrements ont été réédités et sont actuellement disponibles à la vente. Parmi ceux-ci, notons "The fabulous Victoria de Los Angeles" (coffret 4 CD, EMI Classics, sorti en 1994) ou encore "The very best of Victoria de Los Angeles" (coffret 2 CD, EMI Classics, sorti en 2003) ou "The early recordings, 1942-1953" chez Testament (sorti en 1998), qui permettent au profane de découvrir cette voix exceptionnelle. Mais incontestablement la réédition récente (septembre 2004) par EMI, dans sa collection "Great recordings of the century", de mélodies d'Espagne (The Maiden and the Nightingale, Songs of Spain) avec des pièces de Granados, Rodrigo, Montasalvatge, Mompou, Espla et Toldra est l'enregistrement, inégalé à ce jour, à posséder tant l'artiste scintille dans ce genre.

Docteur honoris causa de l'Université de Barcelone (1987), ruban de l'Ordre civil espagnol Alphonse X le Sage (1962), Victoria de Los Angeles était mariée depuis 1948 à Enrique Magrina Mir. Ses obsèques ont été célébrées le 17 janvier 2005 en la basilique Santa Maria del Mar de Barcelone.

Denis Havard de la Montagne

Le 28 janvier 2005 dans sa maison d’Hédouville (Val-d’Oise), s’est éteint le compositeur et chef d’orchestre français d’origine hongroise Janos KOMIVES, à l’âge de 72 ans. Inspecteur principal de la musique au Ministère de la Culture (1980), directeur artistique des " Fêtes Romantiques de Nohant " de 1990 à 1992, il s’était installé en France en 1956 où il avait notamment fondé en 1980 le Conservatoire de musique de Châteauroux (Indre) qui rassembla plus de 350 élèves dès son ouverture. Comme compositeur, abordant les genres les plus variés, son œuvre lui vaut de nombreuses récompenses : Prix Italia (1968 et 1978), Prix de l’Académie du disque lyrique (1973), Prix Opéra et Ballet de Genève (1975), Orphée d’argent de la Sacem (1978), Prix René Dumesnil de l’Académie des Beaux-Arts (1991), Grand Prix Musique de la S.A.C.D. (1992). Fondateur et directeur des ensembles " Opus 95 " et " Sérénade Orchestra " avec lesquels il effectua des tournées à travers toute l’Europe et réalisa des enregistrements, il s’adonnait également à la pédagogie, enseignant l’instrumentation et l’orchestration au Conservatoire national supérieur de musique de Paris (1986-1988) et à l’Ecole normale de musique (1996), ainsi que la direction d’orchestre au Conservatoire national de région de Boulogne-Billancourt (1999) jusqu’en 2002.

Janos Komives
Janos Komives,
fin des années 1980
( coll. Mme Komives, avec son aimable autorisation )

Né le 11 décembre 1932 à Budapest (Hongrie), Janos Komives débute en 1951 ses études musicales à l’Académie Franz Liszt de sa ville natale, auprès de Zoltan Kodaly et Ferenc Farkas (qui compte également parmi ses élèves György Ligeti) pour la composition, et Laszlo Somogyi, alors chef de l’Orchestre symphonique de la Radio et de la Télévision hongroise, pour la direction d’orchestre. En 1956, au moment de l’invasion de son pays par les russes, il se réfugie à Paris et entre au CNSMP où il termine sa formation dans les classes de Darius Milhaud et de Jean Rivier. L’année suivante il est lauréat du célèbre Concours International des jeunes chefs d’orchestre de Besançon et dès lors s’ouvre à lui une carrière internationale. Durant 3 années (1958-1961), il est à l’Opéra de Coblence (Allemagne), puis revient en France où il est invité par les principaux orchestres parisiens et dirige notamment celui de la Radio. En 1975, il est nommé responsable des programmes de France-Musique, poste qu’il occupera durant 3 années. La même année, il est chargé d’inspection de la Réunion des Théâtres lyriques municipaux de France, et en 1977 fonde le Conservatoire de Châteauroux qu’il va diriger jusqu’en 1980, année de sa nomination au grade d’Inspecteur principal, chargé de la création et des enseignements artistiques à la Direction de la musique au Ministère de la Culture. En 1990, il succède à Jean Darnel comme directeur artistique des " Fêtes Romantiques de Nohant ", articulées autour de la Maison de George Sand, avec un festival associant musique et littérature qui connaît un succès international.

Comme chef d’orchestre, Janos Komives fonde en 1979 l’orchestre à vent " Les Philharmonistes de Châteauroux ", devenu en 1990 " Opus 95 , puis " Sérénade Orchestra " en 1996, qu’il dirige à travers toute la France et avec lesquels il effectue des tournées en Europe et même jusqu'en Polynésie. Son répertoire, plutôt axé vers la musique française des XIXe et XXe siècles, est cependant assez vaste (Berlioz, Saint-Saëns, d’Indy, Dukas, Roussel, Debussy,Chabrier, Pierné, Hahn, Bartok, Jacques Charpentier…) et on lui doit la création de plusieurs œuvres contemporaines, entre autres Canzoni per sonar pour 15 instruments à vent de Jean-Jacques Werner (Radio-France, 14 janvier 1982) et Vitrail II pour instruments à vent de Daniel Meier (1982). Parallèlement aux nombreuses fonctions qu’il exerce au cours de sa carrière, Janos Komives n’a jamais cessé de composer. Il fera preuve d’ailleurs une intense activité dans ce domaine, ses compositions s’étalant sur un demi siècle, les premières datant du début des années cinquante : 3 Mélodies pour soprano et piano (1954), Mouvement pour quatuor à cordes (1955), l'opéra A Vörössipkas " Le Soldat au képi rouge " (1955)…et les dernières du début du XXIe siècle : La Griffe et le souffle (jeux symphonique), soit en tout environ 160 œuvres. Attaché à aucune chapelle, il aborde tous les genres : musique symphonique, de chambre, opéras, ballets, chœurs, musiques pour le cinéma, la télévision et la radio, arrangements. Parmi cet important catalogue, citons l’oratorio pour baryton, chœur d’enfants et ensemble instrumental La Vera itsoria della cantoria di Luca della Robbia (1968) et l’essai radio A cœur ouvert (1976) qui lui valurent à deux reprises le Prix Italia, l’opéra pour un homme seul avec mannequin L’Antichambre (1975) couronné à Genève, L’Interview, créée en 1978 à l’Espace Pierre-Cardin à Paris par Mady Mesplé et Jacques Duby, le conte musical L’Histoire de Nikita, chien chanteur d’opéra (1970) récompensé par l’Académie du Disque Lyrique, la comédie lyrique Le Muet au couvent, ou les Clarisses qui chantent (1993) créée à l’Opéra de Tours, et également une Pop-Symphonie pour orchestre (1973), un Concerto pour quatuor à cordes (1970), une Sonate pour violon seul (1958), Tache sur tache pour cordes (1982), des Chansons de jadis pour vents (1989), Catéchisme de nuit pour soprano et orchestre (1971), l’opéra pour enfants La Révolution en culottes courtes (1989), la comédie musicale Le Microbe et la passion (1972), les musiques pour le théâtre de Jacquou le croquant, L’Oiseleur, Les Brigands…, pour la radio d’Andromaque, Le météore, Le serpent à plumes (19 épisodes), Les Buddenbrook (42 épisodes)…, et pour le cinéma de Galaxie, Rendez-vous avec l’histoire…, ainsi qu’une cinquantaine d’arrangements, la plupart du temps pour ensemble de vents ou orchestre d’harmonie, parmi lesquels les Danses allemandes de Mozart, les Chants d’un compagnon errant de Mahler, le Chœur des esclaves du Nabucco de Verdi, le Carnaval des animaux de Saint-Saëns, ou encore la Rhapsodie hongroise de Liszt et les 9 Valses d’amour de Brahms.

Janos Komives a enregistré plusieurs disques, notamment chez Arion avec " Les Philharmonistes de Châteauroux " de nombreuses pièces de Joseph Haydn (Divertissements, Marches militaires…), au Chant du Monde avec l’Orchestre symphonique de l’ORTF Le Livre des Katuns et Salomé de Jean Prodomidès, et chez Métropole (Met 2599.010) avec ce même orchestre 3 de ses œuvres : Pop-Symphonie, Rallye pour orchestre à cordes et Recitativo pour orchestre, mais seuls sont actuellement disponibles sur le marché sa comédie lyrique en un acte d’après Boccace : Le Muet au couvent ou les Clarisses qui chantent, enregistrée par l’auteur à la tête de son ensemble " Sérénade Orchestra " (Maguelone 111.161) sorti en 2003, sa pièce Paganini aux enfers pour violon et ensemble de vents, qu’il a enregistrée avec ce même ensemble, en même temps que des œuvres de Lladov, Farkas, Zimmermann, Tomasi et Drogoz, chez Koch Schwann, sous le titre de " Humoresques " (sorti en 1999), la Sonate pour piano en si mineur de Liszt (version pour piano et version pour 15 instruments), avec Karoly Mocsari et l’ " Opus 95 " sous sa direction (disque Rem, sorti en 1995 et réédité en 2001), des pages de musique de chambre de Bizet, Liszt et Weber, avec cette même formation et le même éditeur, et enfin, avec sa " Sérénade Orchestra " un CD de " Musique impressionniste " comportant des œuvres de Chabrier, d’Indy et Théodore Dubois (Kock Schwann, sorti en 1997).

Denis Havard de la Montagne

* Pianiste soviétique naturalisé italien, dont la technique exceptionnelle a fait dire à certains médias italiens que c’était un nouveau Liszt, Lazar BERMAN est mort à la veille de ses 75 ans le 6 février 2005 à Florence (Italie), où il s’était installé en 1990. Enfant prodige qui donna son premier concert publique à l’âge de 4 ans, il avait été révélé à l’Ouest dans les années 1970, lorsque son enregistrement devenu légendaire, des années cinquante, des Etudes d’exécution transcendante de Liszt franchirent enfin le rideau de fer (Voix de son Maître), suivi d’un autre époustouflant enregistrement (1975) du 1er Concerto de Tchaïkovsky avec Karajan et l’Orchestre philharmonique de Berlin (Deutsch Grammophon). Son jeu pianistique stupéfiant, son aisance dans les passages les plus ardus, ne l’empêchaient nullement de faire preuve de beaucoup de lyrisme, car il était avant tout un poète amoureux de la musique. Il affectionnait la musique romantique, sans dédaigner pour autant les compositeurs modernes avec notamment Scriabine et Prokofiev qu’il aimait particulièrement.

Lazar Berman
Lazar Berman
( photo X..., DG )

Né le 26 février 1930 à Léningrad, c’est sa mère qui lui donne ses premières leçons de musique et lui enseigne la technique du piano. Elle avait autrefois étudié au Conservatoire de Saint-Pétersbourg, principale école de piano avant la Révolution russe de laquelle sortirent notamment Rachmaninov et Rubinstein. A l’âge de 7 ans, il se produit en concert au Bolchoï et enregistre dans la foulée un disque d’œuvres de Mozart. En 1939, il entre à l’Ecole centrale de musique de Moscou, où ce jeune virtuose de 9 ans est pris en main par Alexandre Goldenweiser qui le suivra plus tard en 1948 au Conservatoire de Moscou. Ancien élève de Pabst et d’Arenski, Goldenweiser, qui professa durant un demi-siècle au Conservatoire de Moscou, a formé plusieurs générations de pianistes, s’efforçant de leur enseigner les traditions de l’école de piano russe. Berman dira plus tard que c’est lui qui lui a appris l'art d'approcher une interprétation authentique, allient l’esprit même de l’œuvre et la technicité… Il se perfectionne également auprès de Vladimir Sofronitsky, une grande figure du piano russe, et de Sviatoslav Richter, l'ami de Rostropovitch et de Prokofiev. Lauréat de nombreux concours soviétiques et européens, notamment du Concours international Reine Elisabeth de Belgique et du Concours Liszt de Budapest (1956), il même en premier lieu une brillante carrière dans son pays et ceux de l’Est. Devenu rapidement un interprète fabuleux de Liszt, Beethoven et des compositeurs russes, ce n’est cependant qu’au début des années 1970 qu’il est autorisé par les autorités soviétiques à se produire à l’Ouest. Sa première sortie officielle en 1971 est pour l’Italie, pays où il se fixera définitivement en 1990 avant d’en adopter la nationalité 4 années plus tard. En 1975 Karajan le choisit pour graver le 1er Concerto de Tchaïkovsky, ce qui lui vaut un immense succès mondial. Il est alors demandé sur la plupart des scènes des grandes capitales, fait ses débuts en 1976 au Carnegie Hall de New York et joue avec les grands chefs du moment : Karajan, Bernstein, Barenboïm, Ormandy, Giulini, Maazel, Abbado… Son répertoire est vaste : Mozart, Beethoven, Brahms, Chopin, Liszt, Schubert, Chostakovitch, Khatchaturian, Moussorgski, Profoviev, Rachmaninov, Tchaïkovski, Scriabine…, ainsi que Ravel et Debussy. A la fin des années 1980, Lazar Berman se fait plus rare sur les scènes et finit pas se retirer définitivement à Florence, tout en se consacrant à l’enseignement, notamment au Conservatoire d’Imola, et durant une saison (1995-1996) à celui de Weimar. Il enseignait à ses jeunes élèves ce que ses maîtres lui avaient appris : aimer profondément la musique, méditer et sentir l'œuvre jouée, mettre sa technicité à son service.

A l’égal de son jeu, la discographie de Lazar Berman est impressionnante puisqu’elle couvre plus de 70 années (fait sans doute unique dans l’histoire de la musique), depuis son premier disque de 1937, la Fantaisie K 397 de Mozart (LP Columbia/Melodiya BTS 37) –rappelons qu’il est alors âgé de 7 ans !-, jusqu’à son dernier réalisé en mars 2003 au Megaron Concert Hall d’Athènes (les Polonaises op. 26, n° 1 et 2, op. 40 n° 2 et op. 53 de Chopin, la Sonate D 960 de Schubert et l’Etude op. 8 n° 11 de Scriabine). Néanmoins, parmi ses centaines d’enregistrements signalons celui du Concerto n° 1 de Tchaïkovski avec Karajan, réalisé à Berlin en novembre 1975 (CD DG 429 166) qu’il a d’ailleurs réenregistré par la suite à une dizaine de reprises avec Lukas Foss, Antal Dorati, Lorin Maazel, Klaus Tennstedt, Yuri Temikanov, Jan Kranz et Donato Ranzetti ; Les Etudes de Liszt, gravées à de nombreuses reprises chez BMG et Melodiya ; Les Années de pèlerinage du même compositeur enregistrées dans leur intégralité et actuellement disponibles chez Deutsche Grammophon (coffret de 3 CD, 02894714472) et la réédition en 1977, chez Hungaraton (5991813 1655824), d’un enregistrement d’octobre 1956 à Budapest qui comporte des œuvres de Liszt (Funérailles, Rhapsodie hongroise n° 9, Rhapsodie espagnole) et de Prokofiev (Toccata, Concerto pour piano n° 1, op. 10). On lui doit également une autobiographie, parue en 2003, intitulée Schwarz und Weiss : Erinnerungen und Gedanken eines Pianisten Zwischen Ost und West [Noir et blanc : souvenirs et pensées d’un pianiste entre l’Est et l’Ouest] uniquement disponible en langue allemande (Staccato Verlag, Düsseldorf, ISBN 3-932976-22-3). Ses obsèques se sont déroulées le 8 février à Florence.

Denis Havard de la Montagne

* Le 9 février 2005 à Hennef, près de Bonn (Allemagne), s'est éteinte la soprano dramatique Ursula SCHRÖDER-FEINEN à l'âge de 68 ans. Sa carrière, bien que courte car s'étalant seulement sur une douzaine d'années, fut assez prestigieuse. Elle se produisit en effet sur la plupart des grandes scènes mondiales, notamment au Met de New York où en 1972 elle chantait Brunehilde dans La Tétralogie, au Festival de Salzbourg en 1974-75 avec le rôle de la Teinturière dans La Femme sans ombre de Richard Strauss et au Festival de Bayreuth, où elle était régulièrement affichée à partir de 1971. Spécialisée dans Strauss et Wagner, elle avait également à son répertoire la plupart des grands rôles dramatiques des opéras allemands et italiens. A la fin des années 1970, à l'âge de 44 ans, souffrant d'une grave dépression qui l'empêchait sur scène d'être au mieux de sa forme, elle se retira définitivement et se fixa à Siegerland (Allemagne).

Ursula Schröder-Feinen
Ursula Schröder-Feinen
( coll. G&K, avec l'aimable autorisation de Dirk Körschenhausen, fondateur du site
Mild und Leise )

Née le 21 juillet 1936 à Gelsenkirchen, en Rhénanie du Nord (Allemagne), Ursula Schröder-Feinen étudie le chant auprès de Maria Helm dans sa ville natale et effectue ses études musicales à la Folkwandschule d'Essen. En 1958, elle intègre le chœur du Théâtre de Gelsenkirchen avant d'y débuter réellement 3 années plus tard dans Aïda (rôle titre). Sa carrière prend alors un rapide essor en Allemagne (Hambourg, Munich, Stuttgart, Essen, Hanovre) et entre 1968 et 1972 elle est l'un des piliers des Opéras de Dusseldorf et de Berlin. A cette même époque, le 4 décembre 1970, elle fait ses débuts au Met de New York dans Elektra de Strauss (rôle de Chrysothemis) et deux années plus tard y triomphe dans La Tétralogie. Elle est ensuite invitée à se produire à Chicago, San Francisco, Vienne, Copenhague, Prague, Amsterdam, Lisbonne, Milan, Salzbourg, Bayreuth, à Montréal en 1973, où elle chante Salomé (rôle-titre) de Richard Strauss et plus tard Tristan et Isolde (rôle d'Isolde), et en 1976 à l'Opéra de Paris dans Elektra. Elle remporte également d'éclatants succès au Festival de Bayreuth : en 1971, elle est Senta dans Le Vaisseau fantôme, en 1972 Ortrud dans Lohengrin, l'année suivante Brünnhilde dans La Tétralogie et en 1975 Kundry dans Parsifal. Parmi les autres opéras dans lesquels Ursula Schröder-Feinen a particulièrement brillé, citons encore Tristan et Isolde (Wagner), La Tosca et Turandot (Puccini), Fidelio (Beethoven), Hans Heiling (Henrich Marschner), Oberon (Weber), Alceste (Gluck) et Jules César (Haendel). Elle s'est également essayée aux opéras contemporains, notamment avec Jenufa de Leos Janacek. Très anxieuse et peu sûre d'elle, à la fin des années 1970 se font jour des problèmes de régularité dans la voix qui la font sombrer dans une sévère dépression et l'obligent à renoncer définitivement à sa carrière de cantatrice en 1979.

Ursula Schröder-Feinen a peu enregistré et ses quelques disques sont épuisés depuis longtemps. Néanmoins la firme Gala a réédité en 2003 l'enregistrement d'Hans Heiling (rôle de La Reine des Esprits souterrains) qui avait été effectué en live le 20 juin 1972 à Turin (GL100730) et Bella Voce a de son côté réédité en 2001 l'enregistrement de 1977 à Munich d'Elektra, sous la conduite de Karl Böhm (avec Leonie Rysanek). On doit également à Gala (GL 100583) une compilation des meilleurs enregistrements de Schröder-Feinen, effectués à l'apogée de sa carrière, dans laquelle on trouve le prologue d'Hans Heiling, des extraits de Lohengrin, d'Oberon et de La Femme sans ombre sous la direction de Georges-Alexander Albrecht (Choeur et Orchestre de la Radio de Turin), Karajan (Chœur de l'Opéra de Berlin et Orchestre philharmonique de Berlin), Rafael Kubelik (Orchestre philharmonique de Berlin), et Karl Böhm (Orchestre philharmonique de Vienne). Ce coffret de 2 CD intitulé "The art of Ursula Schröder-Feinen" (sorti en 2001) est l'occasion de découvrir, pour ceux qui ne la connaissent pas, cette artiste qui telle une étoile filante dans le ciel n'a brillé que quelques instants, et pour les autres un précieux témoignage à conserver.

Denis Havard de la Montagne

Le pianiste et chef d’orchestre suédois Sixten EHRLING est décédé le 12 février 2005 à l’hôpital St. Luke’s-Roosevelt de New York, dans sa 87ème année. Il avait succédé en 1963 à Paul Paray à la tête de l’Orchestre symphonique de Detroit (DSO). Travailleur acharné et doté d’une mémoire exceptionnelle, il dirigeait de tête 400 œuvres qu’il connaissait sur le bout des doigts et durant la décennie passée comme directeur musical du DSO il avait donné plus de 700 concerts ! Il découvrit durant cette période les compositeurs américains contemporains (Aaron Copland, William Schuman, Roger Sessions, Alan Hovhaness, Ned Rorem…) dont il devint un spécialiste. Très exigeant envers lui, il l’était également envers les autres, ce qui se traduisait par une certaine froideur envers ses musiciens et autres collaborateurs. En outre, un caractère bien affirmé lui occasionna parfois des frictions avec le monde de la musique. Il avait également dirigé à de nombreuses reprises à partir de 1973 au Met de New York, notamment la Tétralogie de Wagner et la première représentation dans ce temple de la musique de l’opéra Le Château de Barbe-Bleue de Bartok (janvier 1975). Il enseigna aussi la direction d’orchestre à la Juilliard School of Music de New York, entre autres élèves à Myung-Whun Chung et à JoAnn Falletta. Il abordait un vaste répertoire, mais brillait cependant davantage dans les romantiques, notamment dans les Symphonies de Malher et les compositeurs scandinaves : Jan Sibelius, Carl Nielsen, Hilding Rosenberg, Franz Berwald, Kurt Atterberg, Karl-Birger Blomdahl...

Sixten Ehrling
Sixten Ehrling
interprète Wagner, Mahler et Weinberger
( CD Caprice/Socadisc )

Sixten Ehrling voit le jour le 3 avril 1918 à Malmo, port de la Suède méridionale, et effectue ses études musicales à l’Académie royale de musique de Stockholm, où il apprend le piano, l’orgue, la composition et la direction d’orchestre. Il se perfectionnera plus tard auprès de Karl Böhm dont il devient l’assistant à l’Opéra de Dresde durant une année (1941), puis à Paris auprès d’Albert Wolff (après la guerre). Il exerce quelque temps une carrière de pianiste, et entre à l’Opéra royal de Stockholm en 1940, où il est successivement répétiteur, chef d’orchestre, puis premier chef entre 1953 et 1960. En 1942-1943 il est également chef d’orchestre à Göteborg, puis directeur musical de la Société des Concerts de Stockholm. Si le romantisme scandinave l’attire, Ehrling ne dédaigne pas pour autant la musique moderne, pour preuve il créé, le 31 mai 1959 dans la capitale suédoise, Aniara, un opéra futuriste avec sons électroniques, sur un livret d’Erik Lindegren, d’après le roman de Harry Martinson sur un voyage interplanétaire, qui fera connaître son compositeur le suédois Karl-Birger Blomdahl dans le monde entier. En 1961, il fait ses débuts à l’Orchestre symphonique de Detroit alors dirigé par Paul Paray et deux années plus tard il lui succède. Après une décennie passée à conduire cette formation, avec laquelle il s’efforcera de faire connaître la musique scandinave, effectuera plusieurs tournées mondiales, notamment au Carnegie Hall de Londres en 1968, et participera en 1964 à la fondation du Meadow brook music festival à l’Université d’Okland, il est nommé directeur des études de direction d’orchestre à la Juilliard School (jusqu’en 1987) et y dirige l’Orchestre des étudiants. C’est le chef d’orchestre italien Aldo Ceccato, marié à la fille de Victor De Sabata, qui lui succède en 1973 à la tête du DSO. Parallèlement, à partir de 1973 il se produit régulièrement au Met et durant ses cinq saisons passées ce théâtre, il dirige Verdi, Puccini, Wagner, Saint-Saëns, Bartok et Britten (Peter Grimes). Il est également conseiller musical de l’Orchestre philharmonique de Floride (1975), de l’Orchestre symphonique de San Antonio (1985) et chef invité à l’Orchestre symphonique de Denver (1975). En 1993, à 75 ans, il accepte encore le poste de chef et conseiller des 3 orchestres de l’Ecole de musique de Manhattan. A partir de la fin des années 1980, il revient fréquemment diriger dans son pays natal, notamment à l’Opéra royal de Stockholm qu’il avait quitté en 1960 pour s’établir aux U.S.A. C’est là qu’il donne son dernier concert en août 2004, à l’âge de 86 ans.

Au sein de sa discographie, retenons plus particulièrement son enregistrement avec l’Orchestre philharmonique royal de Stockholm des Symphonies 1 à 7 de Sibélius (Finlandia 3984227131) sorti en 2000 chez WEA Europe/Warner music France, en 1983 la 3ème Symphonie de Kurt Atterberg avec le même orchestre, et l’admirable Symphonie de psaumes et le Sacre du printemps de Stravinski avec le Chœur et l’Orchestre symphonique de la Radio suédoise, gravée chez BIS (BIS0400). On peut également trouver à la vente Rigoletto de Verdi (BIS), et les 4 Symphonies de Franz Berwald enregistrées avec l’Orchestre symphonique de Malmo (BIS).

Chevalier dans l’Ordre de la Rose blanche de Finlande, Sixten Ehrling laisse une veuve, Gunnel Lindgren, ancienne première ballerine du Royal Swedish Ballet, et deux filles

Denis Havard de la Montagne

Le chef d’orchestre italien Marcello VIOTTI, qui fit une brillante carrière internationale dans le monde de l’opéra, est mort le 16 février 2005 dans une clinique de Munich (Allemagne) à l’âge de 50 ans. Il y avait été admis dans le coma le 10 février, terrassé par un infarctus cérébral alors qu’il dirigeait une répétition de Manon avec l’Orchestre de la radio bavaroise. Quelques jours auparavant, il avait ouvert une série de représentations à l'Opéra de Vienne avec La Norma chantée par Edita Gruberova. Directeur musical du Théâtre de La Fenice à Venise, chef de l’Orchestre de la radio de Munich où il avait succédé à Roberto Abbado, chef invité des Orchestres philharmoniques de Vienne et de Berlin, récemment intronisé chef permanent du Metropolitan Opera de New York, il devait diriger le 12 mars à La Fenice une nouvelle production de Parsifal. Spécialisé dans le théâtre lyrique et plus particulièrement dans les opéras italiens et français, il était connu et estimé du grand public qui aimait en lui, non seulement ses qualités de chef d’orchestre, mais également ses qualités humaines qui se traduisait par de profonds sentiments d’humanité et une grande affabilité. Sa famille et ses amis appréciaient en outre sa fidélité, sa noblesse de sentiments et sa générosité.

Marcello Viotti, 2000
Marcello Viotti, Munich, 2000
( coll. Silvio Viotti, avec son aimable autorisation )

Né le 29 juin 1954 à Vallorbe (Suise), de parents italiens, Marcello Viotti étudie le chant, le piano et le violoncelle au conservatoire de Lausanne et est engagé dans le Chœur de la radio suisse romande, alors dirigé par Wolfgang Sawallisch. C’est lui qui lui donne le goût de la direction et à l’âge de 20 ans il fonde l’ensemble à vent " La Camerata romande " avec lequel il se produit en concerts à Genève. En 1977, il devient assistant du chef suisse Jean-Marie Auberson et cinq années plus tard remporte le premier prix du Concours Gino Marinuzzi (concours international de chefs d’orchestre à San Remo) en Italie où il fonde également l’ "Orchestre international des Jeunesses musicales d’Italie ". S’ouvre alors à lui une carrière de chef en Italie, en Suisse et en Allemagne : kapellmeister à l’Opéra de Turin (1986-1989), directeur artistique du Théâtre de Lucerne (1987-1991), directeur général de la musique de la ville de Brême, chef d’orchestre principal de l’Orchestre symphonique de la radiodiffusion de Sarrebruck (1991-1995), succédant-là à Myung-Whun Chung, chef de l’Orchestre symphonique de la radiodiffusion de Leipzig (1996-1999), chef d’orchestre principal de l’Orchestre de la radiodiffusion de Munich (à partir de 1998). C’est principalement à partir de 1990 que sa renommée devient internationale et qu'il se produit sur la plupart des scènes de théâtre d’Europe, notamment à Vienne, Berlin, Zurich, Bruxelles, Paris, Milan, Londres, Salzbourg, Oslo, ainsi qu’au Met de New York, à San Francisco ou encore à Sydney et Tokyo. En janvier 2002 il est nommé directeur musical de La Fenice. Sa courte présence dans cette institution, interrompue par une mort prématurée, lui a tout de même permis de diriger de grands classiques de la scène, entre autres Thaïs et Le roi de Lahore de Massenet et plusieurs opéras verdiens : La Traviata, Ernani, Attila, Rigoletto, Simon Boccanegra. A Paris, il s’était produit à plusieurs reprises, notamment au palais Garnier en juin et juillet 1992 avec Le Barbier de Séville et en octobre 2000 à l’Opéra Bastille, dans La Tosca avec Sylvie Valayre, Franco Farina et Jean-Philippe Lafont. A l’aise dans tous les genres, Marcello Viotti dirigeait toujours avec la même passion les opéras de Bellini, Donizetti, Puccini, Rossini, Verdi, Mozart, Gounod (Roméo et Juliette), Massenet (Hérodiade, Manon, Werther, Thaïs), Bizet (Carmen), Debussy (Pelléas et Mélisande), Richard Strauss (Arabella, Ariane à Naxos, La Femme sans ombre, Daphné, Le Chevalier à la rose) qu’il affectionnait tout particulièrement, mais également L’Enfant et les sortilèges et L’Heure espagnole de Ravel, Mors et Vita de Gounod, le Requiem de Verdi, le Stabat Mater de Rossini, le Requiem et l’Ave verum de Mozart, les Symphonies de Schubert ou encore les Concerto pour piano n° 1 et 2 de Frank Martin, ceux pour violon (n° 1 et 2) de Paganini et la Suite d’orchestre Les Animaux modèles de Poulenc.

Marcello Viotti depuis une quinzaine d’années a beaucoup enregistré et sa discographie comporte une soixantaine de disques. Parmi ceux-ci, signalons plus particulièrement les Concerto pour piano de Frank Martin, avec Jean-François Antonioli et l’Orchestre philharmonique de Turin (Claves) qui lui valut un Grand Prix de l’Académie du disque Charles Cros en 1986, les Concerto pour violon de Paganini, avec Alexander Markov et l’Orchestre symphonique de la radio de Sarrebruck (Warner music France), les Symphonies de Schubert gravées avec ce même orchestre (Claves), des " solos de cantates pour soprano " (œuvres de Monteverdi, Vivaldi, Haydn, Rossini) avec Tereza Berganza et l’English Chamber Orchestra (Claves), un récital de " chants sacrés " avec Placido Domingo (DG) et les opéras La Favorite et Marie Stuart de Donizetti, avec l’Orchestre Symphonique de la radio de Munich (BMG, Codaex France), Hérodiade et Thaïs de Massenet, avec les Chœur et Orchestre de l’Opéra de Vienne (BMG) et ceux de La Fenice (Codaex France), Les Pêcheurs de perles de Bizet, avec l’Orchestre de La Fenice (Codaex France) qui vient tout juste de sortir dans les points de vente (mars 2005), l’Enlèvement au sérail de Mozart, avec le Royal symphony orchestra Frankfort (Adda) et La Gioconda de Ponchielli, avec Placido Domingo et l’Orchestre de la radio de Munich (EMI).

Les obsèques de Marcello Viotti ont été célébrées le 23 février au temple Vallorbe (Suisse), au cours desquelles fut jouée l’admirable Adagietto de la 5ème Symphonie de Mahler et a notamment été déclaré que "  les qualités humaines et le talent de ce prince de la musique étaient un don de Dieu  " [Jean-Jacques Rapin, ancien directeur du Conservatoire de Lausanne] . Parmi sa famille et ses nombreux amis venus d’Italie, Suisse, Belgique, France et Allemagne, était notamment présent un prêtre de la Communauté de la Roche d’Or à Besançon, où il avait coutume de venir régulièrement, vivant en France avec sa femme, une violoniste française, et leurs 4 enfants. Il a été ensuite inhumé dans sa terre natale. Le 25 février, le Théâtre de La Fenice a tenu à rendre un hommage public à leur chef : sous la direction de Zoltan Pesko le Requiem en ré mineur KV 626 de Mozart a été donné en son honneur devant une salle comble.

Denis Havard de la Montagne

Joseph Oulès
Joseph Oulès
( photo Bernard Oulès )

* Le 17 février à Saint-Yrieix-la-Perche, dans le Limousin (Haute-Vienne), s'est éteint Joseph OULES au lendemain de ses 95 ans. Doyen des organistes, il avait tenu le grand-orgue Cavaillé-Coll de la collégiale du Moustier durant 71 ans, approchant ainsi de près le record de longévité dans le même poste d'Octave Rodde (1885-1975) qui toucha durant 80 ans l'orgue de Nogent-sur-Oise (Oise)! En 1994 le "Livre Guinness des records" avait décerné à Joseph Oulès le diplôme honorifique de "doyen mondial d'âge des organistes" avec inscription dans son célèbre ouvrage. Artiste complet, c'était un musicien de grande valeur et un compositeur raffiné, avec l'âme d'un poète, excellant en outre dans la sculpture du bois.

Joseph Oulès à l'orgue de la collègiale du Moustier à Saint-Yrieix-la-Perche
Joseph Oulès à l'orgue de la collègiale du Moustier à Saint-Yrieix-la-Perche
( photo Bernard Oulès )

Né le 2 février 1910 à Saint-Pierre-de-Trivisy (Tarn) dans une famille d'agriculteurs, Joseph Oulès perdit la vue à l'âge de 11 ans. Il fréquenta alors une école spécialisée pour non-voyants à Toulouse et acheva ses études à l'Institution Nationale des Jeunes Aveugles du boulevard des Invalides à Paris. On sait que cet établissement a toujours voulu conserver le caractère "d'école, d'atelier et d'académie de musique" que son fondateur Valentin Haüy en 1784 avait souhaité. A l'époque, la qualité de l'enseignement de la musique et plus particulièrement de l'orgue permettait à cette école de rivaliser avec le Conservatoire de Paris, pouvant se targuer de compter dans ses rangs bon nombre de musiciens renommés qui ont marqué l'école d'orgue française (Lebel, Marty, Vierne, Marchal, Langlais, Litaize....) Joseph Oulès, qui reçut en 1929 des mains de Louis Vierne en personne son 1er Prix de piano, étudia également l'orgue, tout d'abord avec Adolphe Marty, puis avec André Marchal, alors organiste de Saint-Germain-des-Prés. C'est auprès de lui qu'il découvrit l'œuvre immense de Jean-Sébastien Bach et la musique française des XVIIe et XVIIIe siècle. C'est également lui qui lui enseigna l'importance de la registration dans l'interprétation des oeuvres à l'orgue, ce qu'il s'affaira toute sa vie à appliquer. En 1932, son ancien professeur d'harmonie Albert Mahaut, disciple de César Franck dans sa classe d'orgue au Conservatoire de Paris, homme de cœur qui avait interrompu en 1924 sa brillante carrière de musicien pour se consacrer uniquement à l'amélioration du sort des aveugles, lui procura la place d'organiste à la collégiale du Moustier à Saint-Yrieix. Dans cette belle église romane-gothique des 12e et 14e siècles venait d'être installé un orgue de 2 claviers et 10 jeux, qui sera porté par la suite à 12 jeux. Cet instrument, construit en 1878 par le facteur Cavaillé-Coll pour le salon parisien de Mme Poirson, une ancienne élève de Widor, amie de Gounod, Massenet et Alexandre Dumas, avait été racheté par la paroisse de Saint-Yrieix qui le fit installer en mai 1932 par le facteur Gutschenritter, puis inaugurer le mois suivant par Albert Mahaut, spécialement venu de Paris, et Joseph Oulès avec le concours de Rose Heilbronner de l'Opéra-Comique. Auparavant, en avril 1895, le célèbre organiste de Saint-Vincent-de-Paul Léon Boëllmann l'avait touché pour jouer en séance privée et en première audition le Requiem de Gabriel Fauré en présence de l'auteur. Quelques 37 années plus tard Joseph Oulès touchait à son tour ces mêmes claviers qu'il conservera d'ailleurs durant 71 ans, avant de prendre sa retraite en 2003 à l'âge de 93 ans. Au cours de ses longues décennies passées aux claviers de son orgue, Joseph Oulès, "musicien de l'ombre, de la discrétion, du dévouement", dont le rôle tenait une place importante dans le déroulement des cérémonies liturgiques, n'a sans doute jamais oublié que "l'orgue est un piédestal sur lequel l'âme se pose pour s'élancer dans les espaces [...] parcourir l'infini qui sépare le ciel et la terre." (Honoré de Balzac dans La Duchesse de Langeais). Cet artiste s'adonna également à la pédagogie, enseignant la musique (entre 1932 et 1940) au collège de Saint-Yrieix et donnant des cours particuliers de piano et de violon durant 40 ans de 1932 à 1973. Parmi ses nombreux élèves, on peut citer son fils unique, Bernard Oulès (né en 1956), auquel il apprit aussi l'orgue et qui le suppléa à la collégiale du Moustier dans les années 1980.

Joseph Oulès, malgré les difficultés inhérentes à son handicap qu'il a su surmonter avec beaucoup de talent, car il faut savoir que le décodage (et l'écriture) d'une partition de musique en braille est pour l'essentiel analytique, qu'elle demande une parfaite connaissance du solfège et exige une intense activité cérébrale, a également composé de la musique en braille, essentiellement pour le piano et pour l'orgue. Sa production n'en a que plus de valeur! Ses oeuvres, finement écrites et savamment construites, laissent apparaîtrent le poète qui habitait l'artiste. En dehors de son oeuvre majeure qui est une Suite languedocienne pour piano, regroupant une trentaine de pièces écrites à la gloire de sa province natale, tout comme l'ont fait en leur temps Déodat de Séverac et Joseph Canteloube, citons pour piano : Invocation à Sainte-Cécile, Toccata des moissonneurs, Le Petit chien roux du grand chasseur, Rêve bleu, Jardin fleuri, Badinage, Quand il pleut sur la route, Le poète Occitan (valse)..., et pour orgue : une grande Toccata en do majeur, composée en 1969 pour l'inauguration de l'orgue de Saint-Yrieix après une restauration par le facteur Gonzalez.

Chevalier des Arts et des Lettres (2002), croix du Mérite diocésain (1993), médaille d'honneur de la ville de Saint-Yrieix (1994), Joseph Oulès a été inhumé dans sa terre natale, au petit cimetière de Saint-Pierre-de-Trivisy, là-même où son cousin Firmin Oulès (décédé en 1992) avait vu le jour en 1904. Professeur d'économie politique à l'Université de Lausanne (Suisse), économiste distingué, auteur d'ouvrages fondamentaux, il est le fondateur de la Nouvelle Ecole de Lausanne.

Denis Havard de la Montagne

Le 21 février 2005 s'est éteint le baryton allemand Josef METTERNICH à l'âge de 89 ans. Célèbre chanteur des années cinquante, il s'était produit sur la plupart des grandes scènes mondiales, mais cependant avait réalisé la plus grande partie de sa carrière dans son pays d'origine (Berlin, Hambourg, Munich) et en Autriche (Vienne). Ses interprétations de Mandryka aux côtés d'Elisabeth Schwarzkopf dans Arabella de Richard Strauss, et de Dapertutto dans Les Contes d'Hoffmann d'Offenbach (air de Scintille diamant) restent légendaires. Doté d'un charme naturel et de grandes facilités d'interprétation il était très aimé par le public qui lui resta fidèle durant ses 35 ans de scène. A l'Opéra de Paris, on put l'entendre pour la première fois le 27 novembre 1959 dans Siegfried (Alberich). Les opéras verdiens avaient sa préférence et c'est avec Don Carlos de La Force du destin qu'il fit de brillants débuts au Met de New York en 1953.

Josef Metternich
( CD, label Preiser, février 2005, arias et scènes extraits d'opéras )

Né le 2 juin 1915 à Hürth-Hermülheim, non loin de Cologne (Allemagne), Josef Metternich est très tôt attiré par le chant, mais issu d'une famille non fortunée il est obligé de jouer du violon, qu'il avait appris fort jeune, dans un orchestre de danse. Il débute sur scène dans les chœurs des opéras de Cologne et de Bonn, puis sur recommandation du ténor hollandais Henk Noort qui l'avait remarqué, il entre en 1939 à l'Opéra de Berlin. Ses débuts avec quelques petits rôles sont interrompus par la guerre et à la fin des hostilités il a enfin l'opportunité de chanter des rôles plus importants : Figaro du Barbier de Séville (Rossini), Escamillo dans Carmen (Bizet), Pizarro dans Fidelio (Beethoven), Alfio dans Cavalleria rusticana (Mascagni), Jago dans Otello (Verdi)... A partir de 1946 il acquiert la notoriété en Allemagne et en Italie, et en 1951 il se produit au Covent Garden de Londres dans le Vaisseau fantôme de Wagner. L'année suivante, et ce jusqu'en 1959, il fait partie de la troupe de l'Opéra de Vienne, tout en chantant également à la Scala de Milan, au Festival d'Edimbourg (1952), à l'Opéra de Paris, au Met de New York (1953-1956), à Amsterdam, Tokyo et Séoul. En 1954, les Opéras de Munich, Berlin et Hambourg le recrute à leur tour et sa carrière, bien qu'internationale, se déroule principalement dans ces lieux jusqu'en 1971, année où il quitte la scène. Sa voix vibrante et puissante, avec un registre aigu capable de rivaliser avec celui d'un ténor, lui permet d'aborder un vaste répertoire. Plus particulièrement à l'aise dans les opéras de Verdi : Macbeth, Rigoletto, La Traviata, Le Trouvère, Otello, il aborde avec succès ceux de Wagner : Lohengrin, L'or du Rhin, Les Maîtres chanteurs, Le Vaisseau fantôme. Citons encore parmi ses meilleures interprétations : Enrico (Lucia di Lammermoor, Donizetti), Peter (Hänsel et Gretel, Humperdinck), Tonio (Paillasse, Leoncavallo) et Barak (La Femme sans ombre, Richard Strauss).

Josef Metternich se livra également à l'enseignement, notamment à l'Ecole supérieure de musique de Cologne à partir de 1965 jusqu'à 1980, année de sa retraite. On lui est ainsi redevable de la formation de bon nombre de chanteurs et chanteuses de qualité, parmi lesquels : Gerd Grochowski, Ruthild Engert, Lilian Hynen, Cornelia Kallisch, Adrienne Mille, Mechthild Gessendorf, Birgit Harnisch, Stella Kleindienst, Donald George, Michael Volle, Eike Wilm Schulte. Il laisse une importante discographie enregistrée à partir du début années cinquante. Parmi celle-ci, notons plus particulièrement Arabella de Richard Strauss, avec Elisabeth Schwarzkopf, Nicolaï Gedda, Walter Berry et Lovro von Matacic à la tête du Philharmonia Orchestra (Columbia FCX385), Un Bal masqué de Verdi, avec Richard Tucker et Dimitri Mitropoulos conduisant l'Orchestre et les Choeurs du Metropolitan Opera (1955, Cetra LO4), Hänsel et Gretel d'Humperdinck, aux côtés d'Elisabeth Schwarzkopf et d'Elisabeth Grümmer, avec le Philharmonia Orchestra dirigé par Karajan (1953, EMI, ASD 3618 et 3619), Lohengrin de Wagner, avec Maud Cunitz, Rudolph Schock et Wilhlem Schuchter à la tête des Choeurs et Orchestre du Nordwestdeutschen Rundfunks Hambourg et Cologne (1954, Voix de son maître, FALP 296 à 299), Salomé de Richard Strauss, sous la conduite de Rudolf Moralt et l'Orchestre symphonique de Vienne (1953, Philips, A000163-164). Plusieurs de ses enregistrements ont été réédités en CD ces dernières années par Myto Records : Rigoletto (Berlin, 1950), par EMI : Lohengrin, Hänsel et Gretel, par Philips : Salomé, ou encore par le label Archipel : Les Contes d'Hoffmann (version d'août 1951, avec Rudolf Schock, Rita Streich et le Royal Philharmonic Orchestra dirigé par Sir Thomas Beecham). Tout récemment, en janvier 2005 Walhall (Dom disques) a ressorti le Macbeth enregistré en septembre 1954 à Cologne, avec Astrid Varnay, Walter Geisler, Ludwig Weber, Hasso Eschert et Richard Kraus dirigeant les Chœur et Orchestre de la Radio Ouest-Allemande, excellente version a découvrir!

Les funérailles de Joseph Metternich ont été célébrées le 28 février 2005 en l'église St-Pierre-St-Paul de Feldafing (près de Munich), suivies de son inhumation dans le cimetière de cette ville. En 1997, Hürth, sa ville natale, avait donné le nom de Joseph Metternich à son Ecole de musique.

Denis Havard de la Montagne

Chef d’orchestre américain d’origine roumaine, Sergiu COMISSIONA est mort d’un infarctus le 5 mars 2005 dans un hôtel d’Oklahoma City (USA) alors qu’il s’apprêtait à diriger un concert avec l’Oklahoma City philharmonic. Il était âgé de 76 ans et avait notamment à son actif la fondation en 1960 de l’Orchestre de chambre d’Israël, ainsi que du Concours de direction d’orchestre du Baltimore symphony orchestra. Parmi les nombreux orchestres qu’il a dirigés de par le monde au cours de sa longue carrière débutée en 1946 à l’âge de 17 ans, il s’était produit plus de 800 fois avec l’Orchestre de Baltimore entre 1969 et 1984. Plus d’un demi siècle après ses débuts, il occupait encore des fonctions musicales importantes : directeur musical émérite de l’Orchestre symphonique de Vancouver, chef lauréat du Baltimore symphony Orchestra, directeur musical de l’Asian Youth Orchestra, premier chef invité de l’Orchestre symphonique de Jérusalem, de l’orchestre philharmonique Georges Enescu de Bucarest et des Orchestres de l’Université de Sud Californie à Los Angeles. La France lui avait rendu hommage en l’élevant au grade de chevalier dans l’ordre des Arts et des Lettres. En 2001, il s'était produit à la tête de l’Orchestre philharmonique de Strasbourg dans un concert symphonique donné au festival de Besançon, où il était président du jury du célèbre Concours. Plus récemment, le 8 février 2005 au Théâtre des Champs-Elysées, on avait pu l'applaudir dirigeant l'Ensemble orchestral de Paris avec la Symphonie n° 97 en ut majeur de Haydn, le Concerto pour piano et orchestre en la mineur op. 16 de Grieg, le Prélude à l'unisson pour cordes (extrait de la Suite n° 1 op. 9) d'Enesco et le Divertimento du Baiser de la fée de Stravinsky.

Sergiu Comissiona
Sergiu Comissiona
( photo aimablement communiquée par Hostnews.com )

C’est à Bucarest (Roumanie) que Sergiu Comissiona voit le jour le 16 juin 1928 au sein d’une famille de musiciens. Dès l’âge de 5 ans il commence l'étude du violon, puis entre au Conservatoire de sa ville natal où il poursuit l’étude de son instrument, tout en apprenant la direction d’orchestre auprès de Constantin Silvestri et Edouard Lindenberg. Violoniste dans le Quatuor de la Radio de Budapest, puis à partir de1947 à l’Opéra national roumain, il en devient le directeur musical trois années plus tard. Lauréat du Concours international de chefs d’orchestre de Besançon en 1956, fuyant le régime communiste il émigre peu après en Israël (1959), où il est nommé directeur musical de l’Orchestre symphonique d’Haïfa (1960) et fonde la même année l’Orchestre de chambre d’Israël dont la renommée devient rapidement internationale, ainsi que le Ramat Gan chamber Orchestra qu'il dirige jusqu'en 1967. A la même époque il fait ses débuts au Covent Garden de Londres à la tête du London symphonic Orchestra (1960) et aux Etats-Unis avec l'Orchestre de chambre d'Israël (1963). En 1969 Sergiu Comissiona, qui a pris la nationalité israélienne dix ans plus tôt, se fixe dans ce dernier pays, dont il adoptera plus tard (1976) la nationalité ; entre temps, il dirige l’Orchestre de Göteborg (1966-1973). Directeur musical et chef d’orchestre de l’Orchestre symphonique de Baltimore (1969-1984), chef d'orchestre du Festival de Chautauqua de New York (1976-1980), premier chef de l'American symphony Orchestra (1977-1982), directeur musical de l'Orchestre symphonique de Houston (1983-1988), directeur musical du NewYork City Opéra (1987-1989) et de l'Orchestre symphonique de Vancouver (1990-2000), il ne cesse jamais pour autant de diriger en Europe où il est chef permanent de l'Orchestre symphonique de la Radio aux Pays-Bas, directeur musical de l'Orchestre symphonique de la Radio-Télévision de Madrid (1990-1998) et invité par de nombreux autres orchestres. En France il se produit à de nombreuses reprises et dirige, entre autres formations et encore tout récemment pour certaines, l'Orchestre symphonique de Mulhouse (Enesco, Poulenc Dvorak), l'Orchestre philharmonique de Strasbourg (Barber, de Falla, Rimski-Korsakov), l'Orchestre national des Pays de la Loire (12 janvier 2005), l'Ensemble orchestral de Paris... Si le chef est apprécié pour l'élégance de son style, la finesse de ses interprétations et la constante recherche de la perfection, l'homme n'en est pas moins aimé pour son charisme.

Parmi la discographie de Sergiu Comissiona, il faut tout particulièrement noter l'enregistrement de l'intégrale des Danses symphoniques de Rachamaninov avec l'Orchestre symphonique de Vancouver (CBC) qui lui valut le "Classical Music Magazine" en décembre 1995, le Concerto en ré mineur pour 2 pianos et orchestre de Poulenc avec l'Orchestre de la Suisse romande (Decca), la Symphonie n° 14 de Gustaf Allan Pettersson avec l'Orchestre philharmonique de Stockholm (Phono Suecia records), Les Pins de Rome de Respighi, La Mer de Debussy et le Boléro de Ravel avec l'Orchestre symphonique de Houston (Carère music) et avec la même formation la Symphonie en ré mineur de Franck et les Nocturnes de Debussy (id.), l'intégrale des Concertos pour piano et orchestre de Saint-Saëns enregistrée avec Gabriel Tacchino et l'Orchestre symphonique de Baltimore (Brilliant classics/ Abeille musique), le Concerto pour orchestre d'Ezra Laderman et les Diversions sur un thème, op. 21, pour piano (main gauche) et orchestre de Britten avec Leon Fleisher et l'Orchestre symphonique de Baltimore (Phoenix USA), et les oeuvres pour piano et orchestre de Liszt avec Jérôme Lowenthal et l'Orchestre symphonique de Vancouver (Music & Arts program)...

Denis Havard de la Montagne

Le chef d’orchestre franco-israélien d’origine russe Gary BERTINI s’est éteint le 17 mars 2005 au Sheba Medical Center de Tel Hashomer, dans la banlieue de Tel Aviv, à l’âge de 77 ans. Auparavant, il avait été hospitalisé à Paris durant plusieurs semaines. Fondateur de l’Orchestre de chambre d’Israël (1965), attaché depuis une trentaine d’années à l’Opéra de Paris comme chef invité, ce citoyen israélien qui avait pris également la nationalité française, était non seulement un musicien de grande valeur mais aussi un homme cultivé, parlant neuf langues, et fort courtois. Enseignant depuis 1958 à l’Université de Tel Aviv, il était en outre l’auteur d’une cinquantaine de partitions, parmi lesquelles un Concerto pour cor, cordes et timbales (1952), une Sonate pour violon seul (1953), un ballet : The Unfound Door (1963) et plusieurs musiques de films ou de pièces de théâtre pour le Théâtre national d’Israël et le Théâtre Cameri. Personnage cosmopolite, il avait étudié en Palestine, en Italie, à Paris, s’était installé à Tel Aviv tout en conservant un appartement à Paris et dirigé à Jérusalem, Cologne, Francfort, New York, Detroit, Tokyo, Naples, Paris, Londres, Vienne Munich… Il avait notamment conduit le Requiem de Mozart à Berlin le 17 septembre 2001 en mémoire des victimes de l’attentat du 11 septembre, concert alors retransmis par toutes les radios d'Europe. Peu avant de disparaître, il dirigeait en janvier dernier pour la première fois dans son pays natal où il n’était pas revenu depuis son enfance l’Orchestre national Russe à Moscou et l’Orchestre du Théâtre Mariinsky à Saint-Pétersbourg. Le Ministre de la culture Renaud Donnedieu de Vabres a déclaré au lendemain de sa mort que " les passionnés de musique et particulièrement d’opéra, en France, en Israël et dans le monde entier conserveront le souvenir de ce grand artiste au répertoire immense. "

Gary Bertini
Gary Bertini dirigeant la 7e Symphonie de Mahler à la tête du Tokyo Metropolitan Symphony Orchestra
( CD Emi Classics, Fontec FOCD9195 )

C’est à Brichevo (Moldavie) que Gary Bertini voit le jour le 1er mai 1927, d’un père poète et d’une mère biologiste. Fuyant la grande famine organisée par Staline en 1931, il émigre avec sa famille en Palestine, où enfant il apprend le violon et entre au Conservatoire de Tel Aviv. Après la deuxième guerre mondiale, en 1946, il part compléter sa formation musicale au Conservatoire Verdi de Milan et les achève plus tard au Conservatoire et à l’Ecole Normale de Musique de Paris où il réside durant 3 années (1951-1954). Elève de Nadia Boulanger, Jacques Chailley, Arthur Honegger et Olivier Messiaen, il obtient en 1953 un prix de direction d’orchestre, puis retourne l’année suivante en Israël, son pays d’adoption depuis 1947, et débute à la tête de l’Orchestre philharmonique d’Israël. Après avoir fondé l’Orchestre de chambre d’Israël (1965) qu’il dirige durant une dizaine d’années, il prend la direction de l’Orchestre symphonique d’Israël (1978 à 1986). A la même époque il est chef principal de l’Orchestre national d’Ecosse à Glasgow (1971), est demandé à paris par Rolf Liebermann pour diriger la reprise à l’Opéra, en 1975, d’Ariane et Barbe Bleue de Dukas et il fait ses débuts à Berlin dans l’Enlèvement au sérail de Mozart. Il est ensuite conseiller musical de l’Orchestre symphonique de Detroit (1981), premier chef de l’Orchestre symphonique de la Radio de Cologne (1983 à 1991) et premier chef de l’Opéra de Francfort (1987). On lui doit également dans les années 1980 la création d’un festival de musique liturgique et plus tard la direction artistique, depuis 1994, du New Israeli Opera à Tel Aviv, ainsi que de l’Orchestre symphonique de Tokyo à partir de 1997. Durant la dernière saison 2004-2005, il est encore directeur musical de Théâtre de San Carlo de Naples. En tant que chef lyrique il a dirigé sur toutes les plus grandes scènes, notamment à la Scala de Milan où récemment, le 26 février 2002, il conduisait Samson et Dalila de Saint-Saëns avec Placido Domingo et l’année suivante La Tosca. A Paris, où il aimait fréquemment se rendre, on le vit pour la dernière à l’Opéra Bastille le 22 avril 2004 dans Manon de Massenet avec Alexia Cousin et Roberto Alagni, mais on se souvient surtout de sa belle prestation, en février 2000, dans ce même théâtre, avec l’opéra La Guerre et la paix de Prokofiev dans une mise en scène de Francesca Zambello. Il s’était également produit, voilà peu, le 18 mars 2004 à la tête de l’Orchestre philharmonique de Strasbourg, dirigeant la Symphonie " Titan " de Malher, compositeur qu'il affectionnait tout particulièrement.

Gary Bertini a enregistré de nombreux disques. Parmi ceux actuellement disponibles en CD citons L’Italienne à Alger de Rossini avec Lucia Valentini-Terrani, Ugo Benelli, Sesto Bruscantini et le Chor der staatsoper Dresden Staatkapelle Dresden (Dom disque, sorti en septembre 2004), Les Symphonies de Mahler gravées à plusieurs reprises, notamment avec l’Orchestre de la Radio de Cologne (Emi classics), le Requiem für einen jungen Dichter de Bernd Alois Zimmermann (Harmonia Mundi), le Requiem de Berlioz (Emi classics), L’Enfant prodigue et La Demoiselle élue de Debussy avec José Carreras, Fischer-Dieskau et Jessye Norman (Harmonia Mundi), la Symphonie des Psaumes pour chœur et orchestre de Stravinsky avec Fischer-Dieskau (Harmonia Mundi), la Symphonie n° 5 de Tchaïkovsky avec le Bamberg symphony Orchestra (Intercord), les Symphonies 1 et 2 de Kurt Weill avec le BBC symphony Orchestra (Emi classics) et les Concertos en sol majeur et ré mineur (pour la main gauche) pour piano et orchestre de Ravel avec Kun Woo Paik et le Stuttgart SWR Radio-Symphony Orchestra (Orfeo)… Avec la Chorale israélienne Rinat, qu'il avait fondée en Israël en 1955 (devenue plus tard le Chœur de chambre d'Israël) et qu'il dirigea durant 15 ans, Bertini s'était déjà produit en France à plusieurs reprises au cours des années cinquante et avait concouru en 1956 aux 1ères olympiades de chant choral amateur de Paris avec enregistrement d'un disque (Erato, LDE 1059). En 1958, avec cette même formation il avait gravé pour le label français Le Chant du Monde (LDY 4074) des chants juifs (Miracle des miracles, Sur les collines de Shek Abrek, Car de Sion sortira la loi, Le Chant de l'eau, Debout errants du désert!, Le Jour des prémices) mais ces vieux disques 33 tours, 17 cm, sont épuisés depuis bien longtemps et n'ont jamais été réédités en CD!

Denis Havard de la Montagne

Le 29 mai 2005, dans un hôpital de Philadelphie (Pennsylvanie), s’est éteint le compositeur américain George ROCHBERG. Figure marquante de l’enseignement, docteur honoris causa de l’Université de du Michigan (1980) et de celle de Pennsylvanie (1985), ainsi que du Curtis Institute of Music (1988), membre des Académies américaines des Arts et Lettres (1985) et des Arts et Sciences (1986), il ne cessera de composer tout au long de sa carrière. Sa production s’étale sur plus de 60 années et s’il fut dans sa jeunesse profondément influencé par Schoenberg et Webern, il revint ensuite, au cours des années soixante, à la musique de forme plus classique, abandonnant la sérialité et l’atonalité pour utiliser un langage beaucoup plus expressif, correspondant davantage à son esthétique. C’est ainsi que sont notamment nés en 1970 ses 50 Caprice Variations pour violon (se référant à Paganini), en 1974 son admirable Concerto pour violon, joué à de nombreuses reprises par Isaac Stern, l’année suivante ses Transcendental Variations pour quatuor (transcrites par la suite pour orchestre à cordes) et qui ne sont pas sans rappeler les derniers quatuors de Beethoven, en 1984 sa Cinquième Symphonie, créée deux années plus tard par George Solti à la tête de l’Orchestre symphonique de Chicago, qui contient des accents de Malher et de Chostakovitch… Peu avant que la mort vint le surprendre à l’âge de 86 ans il travaillait encore sur une Septième Symphonie. On a écrit que l’œuvre de Georges Rochberg et sa place au sein de la musique étaient à l’identique de son homologue français Henri Dutilleux ! Il est néanmoins certain que ses positions affichées contre les modernistes l’ont fait considérer par ces derniers comme un " traître "… En réalité, il avait pris conscience de l’impasse dans laquelle il s’était engagée au début de sa carrière en suivant le sérialisme au moment de la mort prématurée, à l'âge de 20 ans, de son fils le poète Paul Rochberg, survenue en 1964, estimant qu'un tel langage ne pouvait en aucun cas traduire, ni même refléter, le poids de sa douleur. Il avait lui-même précisé à l’occasion de la composition de son Contra Mortem et Tempus pour violon, flûte, clarinette et piano, écrit peu après : " Pour moi, cela est clair comme du cristal, je ne pourrai plus continuer d’écrire cette prétendue musique sérielle. " Et plus tard, il ajouta que le sérialisme était "fini, creux, dénoué de tout sens" !

George Rochberg : Concerto pour violon (Naxos)
George Rochberg
( CD Naxos, Concerto pour violon )

Né le 5 juillet 1918 à Paterson, New jersey (U.S.A.), George Rochberg débute enfant des études musicales qu’il poursuit en 1939 au Mannes College of Music de New York, auprès d’Hans Weisse, George Szell et Leopold Mannes (contrepoint et composition). Mais la Seconde Guerre mondiale, à laquelle il participe activement à partir de 1942 comme lieutenant d’infanterie –il débarque en Normandie-, l’oblige à interrompre son cursus qu’il reprend néanmoins à la fin des hostilités. Il entre alors au Curtis Institute of Music de Philadelphie où il travaille la composition avec Rosario Scalero et Gian Carlo Menotti (Bachelor of Music, 1947) et passe un master d’Arts (1948) à l’Université de Pennsylvanie. Cette même année il débute une carrière d’enseignant au Curtis Institute, qu’il achèvera en 1983 étant alors titulaire de la chair Annenberg de Professor of the Humanities. Il avait rejoint l’Université de Pennsylvanie en 1960 pour y prendre le poste de chef du département de la musique. Mais, si le professorat a tenu une place importante dans la vie de George Rochbert, c’est cependant en tant que compositeur que sa notoriété à largement franchi les frontières. Il attachait en effet un soin tout particulier à ses compositions dans lesquelles il avait le soucis constant de renouveler les qualités humainement expressives de la musique, considérant que s’était pour sa survie même. Figure haute en couleurs de la musique américaine, dans la lignée des Charles Ives, Aaron Copland et Samuel Barber, chef de file de plusieurs générations de compositeurs, du moins de ceux fuyant un avant-gardisme considéré comme stérile, on lui doit plus d’une centaine d’œuvres, dont plusieurs ont connu et connaissent encore le succès. Il a écrit pour tous les genres, mais c’est principalement la musique orchestrale et la musique de chambre qui l’attiraient. Ses œuvres ont été jouées, et même souvent créées, par des personnalités musicales de classe internationale. En plus des œuvres déjà mentionnées supra, citons, entre autres, sa 1ère Symphonie (1948) créée par Dimitri Mitropoulos, sa 5ème (1984) créée en 1986 par Sir George Solti, sa 6ème (1986) par Lorin Maazel en 1987, son Imago Mundi pour grand orchestre (1973) par Sergiu Commissiona et l’Orchestre Symphonique de Baltimore en 1974, son Concerto pour hautbois (1983) par Zubin Mehta, l’Orchestre Philharmonic de New York et Joseph Robinson en 1996, son Concerto pour violon (1974) par Donald Johanos, l’Orchestre Symphonique de Pittsburgh et Isaac Stern, en 1975... Parmi ses oeuvres de musique de chambre, notons également son Beetween two Worlds (Ukiyo-E III) pour flûte et piano (1982) créé par Sue Ann Kahn et Vladimir Sokoloff en 1979, La Bocca delle Verita pour violon et piano, par Lewis Kaplan et Gilbert Kalisk en 1960, sa Sonate pour alto et piano (1979) par Joseph de Pasquale et Vladimir Sokoloff en 1979, sa Sonate pour violon et piano (1988) par Maria Bachmann et Jon Klibinoff en 1989...
Signature autographe de George Rochberg
Signature autographe (dédicace de l'auteur
au violoncelliste Haden McKay)
( Coll. Haden McKay, Birmingham, Michigan, USA )
Dans d’autres genres signalons enfin l’existence d’un Book of songs pour voix et piano (1937-1969), d’un monodrame pour mezzo-sporano et orchestre : Phaedra (1973), d’un opéra en 2 actes : The Confidence Man (Opéra de Santa Fe, 1982), de Trois Psaumes (23, 43 et 150) pour chœur mixtes a cappella (1954), d’un Book of contrapuntal Pieces pour clavier (1979) et d’une Fantaisie pour harpe et piano : Nach Bach (1966).

Curieusement, la discographie de George Rochberg en France est peu étoffée. On trouve actuellement sur le marché seulement quelques enregistrements parmi lesquels son Concerto pour violon gravé par Peter Sheppard et l’Orchestre Symphonique de la Radio de Saarbruck conduit par Christopher Lyndon-Gee (Naxos, 1 CD sorti en mars 2004), sa 5éme Symphonie et ses Transcendental Variations par Lyndon-Gee (Naxos, 1 CD 8-559115 sorti en juillet 2003), et Cantio Sacra pour petit orchestre, avec le monodrame Phaedra et les varésiens Black Sounds (1965) par le Boston Modern Orchestra Project et Gil Rose (Naxos, 1 CD sortie en juillet 2003). On peut néanmoins se procurer d’autres enregistrements aux Etats-Unis, notamment son 1er Quatuor à cordes, sa 2ème Symphonie et son quatuor pour violon, flûte, clarinette et piano : Contra Mortem et Tempus (1 CD, CRI 768, collection American Masters).

Les obsèques de George Rochberg, au cours desquelles ont été interprétées ses Transcendental Variations, se sont déroulées le 3 juillet à la Washington Chapel de Philadelphie, suivies de son inhumation au Valley Forge Cemetary. Ses mémoires, intitulées Five lines and four spaces, sur lesquelles il travaillait encore peu avant sa mort vont être prochainement publiées.

Denis Havard de la Montagne

Ardent défenseur de la musique contemporaine, le violoncelliste, pédagogue et directeur d’opéra allemand Siegfried PALM s’est éteint le 6 juin 2005, à Frechen-Buschbell, des suites d’une longue maladie. Ancien violoncelle solo des orchestres de Lubeck, Hambourg et Cologne et membre du Quatuor Hamann, il avait donné de nombreux cours d’interprétation dans le monde entier : Darmstadt (1962), Stockholm (1966), Helsinki (1971), Darmouth (1969), Marlboro (1970), Los Angeles (1983)… Sa technique, que l’on s’accorde à qualifier de brillante, lui permettait de jouer toutes les œuvres de ses contemporains écrites pour son instrument, mêmes celles réputées les plus ardues. On lui doit ainsi la création de pages de Penderecki (Capriccio per Siegfried Palm, Concerto), Xenakis (Nomos, Alpha), Boris Blacher (Concerto), Ligeti (Concerto), Zimmermann (Canto di speranza, 4 Petites Pièces), Zillig (Concerto), Feldman (Concerto), Sinopoli (Tombeau d’Armor III)… Il fut aussi durant plusieurs années président de la Société Internationale de Musique Contemporaine (1982 à 1988), puis de la Société Allemande de Musique Nouvelle.

Siegfried Palm - Cliquer pour voir la photo entière.
Siegfried Palm, été 1983
( détail photo X..., coll. Haden McKay, avec son aimable autorisation )

Né en Allemagne, à Wuppertal (Barmen), le 25 avril 1927, Siegfried Palm débute l’étude du violoncelle à l’âge de 8 ans auprès de son père (prénommé également Siegfried), lui-même ancien élève de Julius Klengel considéré comme le fondateur de l’école de violoncelle allemande. N’ayant jamais fréquenté une école de musique ou un conservatoire, il acquit cependant une grande technique qu’il va perfectionner plus tard (1950-1953) en suivant les masters-classes du violoncelliste italien Enrico Mainardi, à Salzbourg et Lucerne. Entre temps, dès l’âge de 9 ans il se produit en public, fait ses débuts de soliste à 14 ans, donne des concerts dans les hôpitaux durant la Seconde Guerre mondiale, puis entre en 1945 à l’Orchestre de Lubeck comme violoncelle solo, avant de rejoindre deux années plus tard l’Orchestre Symphonique du N.D.R. de Hambourg. A l’époque où il suit les cours de Mainardi, il rejoint (1951) également le Quatuor Hamann spécialisé dans l'interprétation de la musique nouvelle (Schoenberg, Berg, Webern…), qu’il quittera une dizaine d’années plus tard. A partir de 1962 Siegfried Palm, sans abandonner pour autant sa carrière de violoncelliste, se lance dans l’enseignement à la Hochschule de Cologne, dont il deviendra directeur en 1972, et participe à de nombreuses masters-classes tant dans son pays qu’à l’étranger. Dans ce domaine pédagogique on lui doit encore des ouvrages consacrés à l’interprétation des nouvelles musiques, parmi lesquels : Pro Musica nova : Studien zum spielen neuer Musik für cello (1974)…Violoncelle solo de l’Orchestre Symphonique du W.D.R. de Cologne (1962 à 1968), il se produit ensuite comme chambriste, tout d’abord en duo avec son compatriote le pianiste Aloys Kontarsky (1962 à 1983), un spécialiste de la musique moderne (créateur d’œuvres de Stockhausen, Bério, Pousseur et Bussotti) et professeur à Darmstadt. Deux années après Siegfried Palm forme également le Trio Köln aux cotés du pianiste allemand Heinz Schröter, fondateur à la Radio de Francfort des Semaines de musique nouvelle (dès 1946), et du violoniste autrichien Max Rostal, révélateur au public anglais du Second Concerto de Bartok. Enfin, au cours des années 1980 il fonde un nouveau trio avec le pianiste italien Bruno Canino (professeur au Conservatoire de Milan et défenseur de la musique contemporaine) et le violoniste allemand Saschko Gawriloff (créateur à Darmstadt en 1971 de Widmung pour violon seul de Bruno Maderna). Mais, bien que fervent adepte de la musique avant-gardiste, Siegfried Palm ne néglige pas pour autant les œuvres du répertoire plus classique qu’il enseigne et joue notamment au Festival de Marlboro, auquel il participe à plusieurs reprises entre 1970 et 1990 : Mozart, Beethoven, Schumann, Brahms, Verdi, Saint-Saëns, et pour le répertoire contemporain : Hindemith, Copland, Stravinsky, Chostakovitch, ainsi que Messiaen dont il grave dès la fin des années 1970 le Quatuor pour la fin du temps pour violon, clarinette, violoncelle et piano, en compagnie de Gawriloff, Deinzer et Kontarsky (Deutsche Harmonia Mundi, C065-99.711)… En plus de ses activités de violoncelliste et d’enseignant, il est également un temps (1976 à 1981) directeur général du Deutsche Oper de Berlin, où il succède à Egon Seefehlner. Là, il s’efforce d’élargir le répertoire et de monter de nouvelles productions. Parmi les nouveautés à mettre à son actif citons l’opéra en 3 actes Cardillac, op. 39, de Paul Hindemith et Les Brigands d’Offenbach....

Siegfried Palm a abondamment enregistré des oeuvres de musiques nouvelles, même si son catalogue comporte également des pages plus classiques. Dans la première catégorie mentionnons tout particulièrement deux CD qui donnent un aperçu assez complet de ses interprétations dans ce domaine. Le premier, sorti en avril 2004 (Deutsche Grammophon, collection 20/21) et intitulé "Siegfried Palm, intercomunicazione" contient des oeuvres de Webern (Sonata for cello and piano et Drei Kleine stücke op. 11), Xenakis (Nomos alpha), Kagel (Unguis incamatus est), Penderecki (Capriccio per Siegfried Palm), Brown (Music for cello and piano), Yun (Glissées) et Zimmermann (Intercomunicazione). Le second (avril 2005) chez Wergo (distribué par Abeille Musique), intitulé "Siegfried Palm, violoncello" contient des pages de Ligeti (Concerto), Hindemith (Sonate op. 25, n° 3), Penderecki (Sonate) et également les 3 Petites Pièces op. 11 de Webern. Quant à ses enregistrements d'œuvres plus classiques, citons les Sonates pour viole de gambe, wq 88, 136 et 137 de Carl Philip Emmanuel Bach, enregistrées avec Christiane Jaccottet (Berlin classics, 1 CD sorti en avril 1997), les Sonates pour hautbois et continuo, op. 70 et 71, de François Devienne, aux côtés de Burkhard Glaetzner et de Christine Shornsheim (Berlin classics, 1 CD sorti en septembre 1994) et un CD intitulé "Italien recorder Music" (Capriccio, sorti en 1994) qui contient notamment des oeuvres de Vivaldi (Sonate pour flûte et continuo RV 49) et de Frescobaldi (Canzoni per canto solo). Ses enregistrements lui ont valu plusieurs récompenses, notamment le Deutschen Schallplattenpreis en 1969 et 1976, et le Grand Prix International du Disque de l'Académie Charles Cros en 1972 et en 1975

Siegfried Palm laisse une fille Corinna. Jeune metteur en scène, elle est spécialisée dans l'opéra et s'est déjà illustrée dans plusieurs productions, notamment à Bayreuth (Curlew River de Benjamin Britten), à Maastricht (La Flûte enchantée) et à Mannheim (La Vaisseau Fantôme).

Denis Havard de la Montagne

Le 11 juin 2005 à l'hôpital de Milan s'est éteinte la soprano dramatique bulgare Ghena DIMITROVA à l'âge de 64 ans. Le président du parlement bulgare Borislav Velikov lui a rendu hommage en déclarant que "Gehna Dimitrova a marqué l'opéra mondial par la beauté et la brillance de sa voix." Il est vrai que celle-ci, essentiellement lyrique, liée à une puissance de volume impressionnante, lui a permis de devenir l'une des plus grandes interprètes verdiennes des années 1970-1980. Abigaille (Nabucco), Aïda, Desdemona (Otello), Léonora (La Force du destin et Le Trouvère), Macbeth sont quelques-uns de ses grands rôles, auxquels il faut rajouter Turando, La Tosca et Manon Lescaut de Puccini, la Norma de Bellini et La Gioconda de Ponchielli. Toutes les grandes scènes du monde l'ont accueillie. En France, elle fit sa première apparition au Théâtre de Rouen en 1971 dans La Force du destin, et en 1982 à Paris au Théâtre des Champs-Elysée dans Nabucco, avant de chanter Macbeth deux années plus tard (septembre 1984) au Palais Garnier sous la direction de Georges Prêtre. Sa dernière apparition dans notre pays fut en 1995 au MIDEM de Cannes.

Née le 6 mai 1941 à Beglej, près de Sofia en Bulgarie, Ghena Dimitrova entre en 1959 au Conservatoire de la capitale où elle suit notamment les cours de chant de Hristo Brambarov qui compte parmi ses autres élèves Dimiter Uzinov, Stojan Stoyanov et Nicolaï Ghiaurov. Elle travaille aussi avec Fritz Lunzer et se perfectionne plus tard (1970) à l'Ecole de la Scala à Milan auprès de la cantatrice Margherita Cardosio (récemment décédée le 10 janvier 2005) et Renato Pastorino, puis avec la soprano française Gina Cigna. Elle fait ses débuts à l'Opéra national de Sofia en décembre 1967 dans Nabucco (Abigaille) et remporte trois ans plus tard le 1er Prix du Concours International de Sofia. Mais c'est surtout à partir de 1972, avec Amélia du Bal masqué qu'elle joue à Parme aux cotés de José Carreras et Piero Cappuccilli, que lui vient le succès, et que sa carrière s'ouvre réellement. Elle débute par une tournée en France (Rouen, Bordeaux, Strasbourg, Toulouse, Marseille, Nice, Tours) avec Leonora de La Force du destin, remporte le Concours International de Trévise (1972), puis parcourt l'Italie (Parme, la Scala à Milan), avant de se rendre à Saragosse (1975) où elle chante André Chénier avec Placido Domingo, à Barcelone (Le Bal masqué), en Amérique du Sud au Colon de Buenos Aires (Turandot), au Bolchoï de Moscou, à Vienne (1978, La Tosca), aux Arènes de Vérone (1980, La Gioconda avec Pavarotti) où elle se produira ensuite plusieurs années, à Londres (1983, La Gioconda) et aux Etats-Unis. Là, elle chante Nabucco et La Gioconda au Carnegie Hall (1984,1986), Le Trouvère à l'Opéra de San-Francisco (1986) et Turandot au Met de New York (1987). A la Scala, où elle se produit à plusieurs reprises à partir de 1973, elle joue principalement dans un Bal Masqué (1973), Turandot (1983), Les Lombards et Macbeth (1984), Nabucco (1986), Cavaleria Rusticana (1988) et La Tosca (1989). On la verra également au Megaron d'Athènes (1997, Macbeth) et à Tokyo (2000, Turando). En 2001, elle réserve cependant ses dernières apparitions scéniques pour l'Opéra de Sofia (La Tosca, Don Carlo), où elle avait débuté 34 ans plus tôt, avant de se produire une ultime fois la même année à Gelsenkirchen (Allemagne) dans Aïda (rôle d'Amnéris). Retirée des planches, Ghena Dimotrova se consacre ensuite à l'enseignement et donne des master-classes, principalement à Sofia, Budapest, Athènes, Rome et Avenches (Suisse). Parmi ses élèves citons plus particulièrement la mezzo-soprano bulgare Jeannette Nicolaï.

Curieusement, malgré la beauté de sa voix et l'immense succès qu'elle rencontra sur toutes les scènes mondiales au cours de ses quelques 35 ans de carrière, Ghena Dimitrova a peu enregistré. Elle a été en somme victime de l'exceptionnelle brillance de sa voix, faite pour la scène et non pour les studios d'enregistrement, où l'on préfère des voix moins puissantes que l'on peut ainsi plus aisément travailler artificiellement! On conserve cependant heureusement quelques enregistrements qui gardent ainsi le souvenir d'une voix consacrée l'une des plus prestigieuses du monde (Vérone,1980), avec notamment et surtout Nabucco aux côtés de Cappuccilli, Domingo, les Chœurs et l'Orchestre de l'Opéra de Berlin sous la direction de Guiseppe Sinopli (DG 2741.021, coffret 3 disques 33 tours paru en 1983 et réédité en 1989 en coffret 2 CD), et accessoirement Oberto sous la direction de Gardelli (coffret 2 CD Harmonia Mundi, 1987), Aïda avec Pavarotti, dirigé par Lorin Maazel (CD Decca, 1991) et Turandot avec les Chœurs et l'Orchestre de l'Opéra de Gênes sous la conduite de Daniel Oren (enregistré en 1989, paru chez Art Music en 2002). Signalons également la parution en 2004 par les Editions de la Scala d'une version en DVD filmée de Nabucco avec Ghena Dimitrova, Renato Bruson, Paata Buchuladze et Bruno Beccaria dirigés par Ricardo Muti (Warner Vision France).

Ainsi que l'a déclaré un jour Ghena Dimitrova "Chaque talent est comme une étoile – il brille de sa propre lumière".

Denis Havard de la Montagne

Davantage de détails peuvent sur le site officiel de Ghena Dimitrova (www.ghenadimitrova.com

Chef d’orchestre unanimement loué par les musiciens, Carlo Maria GIULINI est mort le 14 juin 2005 à l’hôpital de Brescia (Italie), à l’âge de 91 ans. Sir Simon Rattle avait dit un jour que pour lui "la musique est un acte d’amour", et Bernard Gavoty, dressant une esquisse du portrait "de l’élégant, l’irréprochable Carlo Maria Giulini", écrivait dans Le Figaro du 24 mai 1980 : "silhouette élancée, cintrée, pas un geste superflu, le juste nécessaire pour assurer la bonne marche du navire…" Sa renommée mondiale lui vaudra la place de premier chef de l’Orchestre symphonique de Vienne (1973), avant de succéder 6 ans plus à Zubin Mehta à la tête de l’Orchestre philharmonique de Los Angeles. Chef romantique, spécialisé dans l’opéra mozartien et italien, il vivait intensément toutes les musiques qu’il dirigeait sans partition, s’efforçant d’associer ses musiciens en les guidant et en usant d'une gestique minimum, sans les considérer comme de simples exécutants en les conduisant avec de grands gestes théâtraux, souvent désordonnés, comme certains chefs se plaisent à le faire ! Il disait lui-même que "l’orchestre, ce n’est pas un instrument, mais des êtres humains qui jouent". [Le Monde de la musique, septembre 1978]. L’homme était tout aussi généreux que le chef. En 2003, à la question de savoir quelle était sa devise, posée par le journaliste Robert Parienté, il répondait : "Que la justice et le bien règnent en ce monde". La France l’accueillit pour la dernière fois en février 1998 pour l’exécution du Requiem de Verdi à la tête de l’Orchestre de Paris. Quelques mois plus tard (octobre), alors âgé de 85 ans il se retirait du monde musical.

Carlo Maria Giulini
Carlo Maria Giulini
( Photo X... )

Né le 9 mai 1914 à Barletta, port de pêche sur les bords de l'Adriatique situé dans les Pouilles (province de Bari, Italie), Carlo Maria Giulini s’installe avec sa famille à Bolzano (Dolomites), au lendemain de la première guerre mondiale, où il débute l’étude du violon auprès d’une religieuse. A 16 ans il intègre le Conservatoire Sainte-Cécile de Rome et suit les cours d’alto de Remy Principe, de composition d’Alessandro Bustini et de direction d’orchestre de Bernardino Molinari. Il étudie également cette dernière discipline à l’Académie Chigiana de Sienne avec Aldredo Casella, un ancien élève de Louis Diémer et de Gabriel Fauré au Conservatoire de Paris. Sa carrière musicale débute dès 1934 par un emploi d’altiste dans l’Orchestre de l’Augusteo de Rome, alors dirigé par Molinari, au sein duquel il à l’occasion de jouer sous la direction de grands chefs invités, notamment Furtwängler, Monteux, De Sabata, Klemperer et surtout Bruno Walter qui l’influence pour le choix de sa future carrière. Mais la guerre interrompt ses projets : antifasciste, il se retrouve en 1940 sur le front tchèque mais déserte et regagne Rome, où il doit vivre dans la clandestinité le temps des hostilités. C’est au cours de cette période qu’il épouse en 1942 Marcella Girolami. Celle-ci lui donnera trois fils : Francesco, Stefano et Alberto. En 1980, il confiait à un journaliste du magazine Panorama de la musique que "la moitié de tout ce que j’ai fait est pour Marcella. Nos rapports sont encore plus beaux aujourd’hui qu’au début de notre mariage". Et lorsqu’un an plus tard, celle avec qui il partageait tout sera victime d’une attaque qui la diminuera, Carlo Maria Giulini en sera profondément affecté au point de s’éloigner de la scène durant plus d’un an et par la suite de limiter ses déplacements à quelques grandes villes européennes….

En 1944, au moment de la libération de Rome par les troupes alliées, Carlo Maria Giulini dirige son premier concert à la tête de l’Orchestre de l’Augusteo, puis est l’assistant de Fernando Previtali à l’Orchestre symphonique de la R.A.I. de Rome, avant d’en devenir le directeur musical (1946). Nommé chef permanent de l’Orchestre symphonique de la R.A.I. de Milan, au moment de sa création en 1950, nommé assistant de Victor De Sabata à la Scala l’année suivante, il lui succède en 1954 et rencontre alors ses premiers véritables succès avec La Traviata et Maria Callas, sur une mise en scène de Visconti. Au Festival d’Edimbourg de 1955, Falstaff lui vaut également la sympathie du public. C’est à cette époque que sa carrière devient internationale : chef invité par l’Orchestre symphonique de Chicago (1955), premier chef de l’Orchestre symphonique de Vienne (1973), premier chef de l’Orchestre philharmonique de Los Angeles (1978). Avec ces formations successives il parcourt le monde, se produisant à travers toute l’Europe, les Etats-Unis, le Canada et le Japon. En France, il dirige dès 1953, au Festival d’Aix-en-Provence, Le Barbier de Séville, puis en 1957 à Paris, l’Orchestre national de la R.T.F. Mais le public français aura la chance de le revoir à maintes occasions, notamment en 1979 au Palais des Congrès où il conduit la Quatrième Symphonie de Schubert et le Stabat Mater de Rossini, et en 1998 Salle Pleyel. En 1984, afin de mieux s’occuper de sa femme, il abandonne le Philharmonique de Los Angeles et regagne l’Italie. Il va l’accompagner et la soutenir jusqu’à sa mort arrivée en 1995, puis se retire à Milan où il donne quelques cours à de jeunes musiciens.

Carlo Maria Giulini, même s’il interprétait parfois les compositeurs contemporains, dont il créa quelques œuvres (Ghedini, Darius Milhaud), avait une prédilection toute particulière pour les grands classiques qu’il s’efforçait de jouer avec beaucoup de respect, considérant que "le chef d’orchestre est un musicien au service des génies de la musique. Nous ne sommes que des interprètes". Les oeuvres modernes n’avaient pas l’attrait émotionnel que Giulini recherchait dans la musique qu’il appréhendait comme un acte quasi religieux. Monteverdi, Bach, Mozart, Haydn, Beethoven, Brahms, Schubert et Bruckner l’attiraient davantage. Dans l’opéra, Mozart et Verdi étaient ses préférés, délaissant Wagner et Puccini. Il s’était d’ailleurs détaché de la scène lyrique à la fin des années soixante pour se tourner vers la musique symphonique. Sa conception de l’interprétation d’une oeuvre dans le respect total de son créateur, qui implique que non seulement la musique soit parfaite, mais également le texte et l’action, lui demandait trop d’investissement personnel et surtout il s’accommodait de plus en plus mal avec certains metteurs en scène mégalomanes… Son importante discographie s’étale sur près d’un demi-siècle, entre 1949 et 1995. Certains enregistrements ont fait date, notamment Don Giovanni de Mozart, le Requiem et Falstaff de Verdi. Il a gravé bon nombre de chefs d’œuvre du grand répertoire (chez EMI, Deutsche Grammophon ou La Voix de son Maître), parmi lesquels : Brahms (Concerto pour violon avec Perlman et l’Orchestre de Chicago), Malher (Symphonie n° 9 avec le même orchestre), Beethoven (Messe en ut majeur avec le Chœur et l’Orchestre Philarmonia), Liszt (Les 2 Concertos pour piano avec Berman et l’Orchestre de Vienne), Dvorak (Symphonie du Nouveau Monde avec l’Orchestre de Chicago), Verdi (Requiem avec Schwarzkopf, Ludwig, Gedda, Ghiaurov, le Chœur et l’Orchestre Philarmonia ; La Traviata enregistrée à la Scala avec la Callas), Mozart (Les Noces de Figaro avec Schwarzkopf, Moffo, Cassotto, Taddei, Walchter, l’Orchestre Philarmonia), Bach (Messe en si mineur), Britten (War Requiem), Fauré (Requiem), Saint-Saëns (Concerto pour violoncelle n° 1)… On trouve actuellement sur le marché de très nombreuses rééditions en CD, qui se comptent par dizaines, voire davantage!, parmi lesquels il est très difficile de faire un choix, tant ce grand chef a enregistré d'œuvres majeures !

Les obsèques de Carlo Maria Giulini, qui croyait profondément en Dieu et se plaisait souvent à interpréter des oeuvres religieuses, se sont déroulées en privée le 17 juin à Bolzano. Il a été ensuite inhumé dans le cimetière de cette ville, auprès de sa chère femme.

Denis Havard de la Montagne

 


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