Le Panthéon des musiciens

De décembre 1995 à octobre 1996

Sylvie RAYNAUD-ZURFLUH - Alain RIPOCHE - Ramon VINAY - Richard VERSALLE - Jean CAU - Alberto BRUNI TEDESCHI - Maurice POTÉ - Pilar LORENGAR - Ferdinand LEITNER - Alceo GALLIERA - Danielle SALVIGNOL-NISSE - Michel PHILIPPOT - Paul MERANGER - Rafaël KUBELIK - Gisèle KUHN - Rosita ARGUELLO - Georges ROBERT - Horace HORNUNG - Madame Charles TOURNEMIRE - Berthold GOLDSCHMIDT  

Sylvie Raynaud-Zurfluh
1958 : remise du diplôme de Premier Prix de piano (degré supérieur) du "Royaume de la Musique" à Max Méreaux par Sylvie Raynaud-Zurfluh
( coll. Max Méreaux, avec son aimable autorisation ) DR

" Le Royaume de la musique ", ce grand concours créé en 1947 destiné aux jeunes talents, est orphelin. En effet, sa fondatrice, Sylvie RAYNAUD-ZURFLUH, s’est éteinte à Paris en décembre 1995, dans sa 90e année. Cette grande dame de la musique, pianiste, violoncelliste et harpiste (1er prix du CNSM), avait toute sa vie durant privilégié la recherche de jeunes talents. C’est ainsi qu’elle créait, voilà 50 ans, ce fameux concours permettant ainsi à plusieurs générations de musiciens de se faire connaître. On lui doit notamment la découverte de toute une pléiade d’interprètes d’aujourd’hui : Pierre Amoyal, les soeurs Labèque, Catherine Collard, Jean-Claude Malgoire, Brigitte Engerer, Michel Portal, Christophe Coin.... Tous se sont un jour, alors qu’ils étaient adolescents, produits en concert salle Pleyel, ou plus tard à la Maison de la Radio, réunissant les premiers prix du Royame de la Musique.

Durant les fêtes de la fin de l’année 1995, c’est le cor anglais Alain RIPOCHE qui nous a quittés. Hautbois et cor anglais solo de l’Orchestre philharmonique de Radio-France, il est décédé à l’âge de 48 ans d’une crise cardiaque survenue au volant de sa voiture. C’est en 1977 qu’il était entré à l’Orchestre philharmonique en qualité de cor anglais solo.

Le 4 janvier 1996 dans une maison de retraite au Mexique, le célèbre ténor chilien d’origine franco-italienne Ramon VINAY mourrait à l’âge de 83 ans. Né à Chillan le 31 août 1914, après de solides études musicales, il s’est rapidement immortalisé dans le rôle d’Otello de Verdi qu’il a interprété durant une vingtaine d’années plus de 250 fois. Sa voix solide, son extraordinaire interprétation dramatique, sa naturelle dignité et son intelligence l’ont conduit au Met de New-York, à la Scala de Milan et au Covent Garden de Londres. Il aborda également des rôles wagnériens, notamment Tristan et Parsifal qu’il chanta à Bayreuth dans les années 1950. Son légendaire enregistrement d’Otello, avec le bouillant Toscanini à la Scala de Milan vient de ressortir en CD (RCA GD 60 302). C’est un document sonore à conserver bien précieusement!

Alors qu’il chantait " On ne peut vivre éternellement ", le ténor américain Richard VERSALLE est mort sur la scène du Met de New-York! Cela se passait au début du mois de janvier 1996 durant une représentation de l’opéra L’Affaire Maskropoulos, composé en 1923-25 par le musicien tchèque Leos Janacek (1854-1928). Interprétant le rôle de l’avoué, c’est alors qu’il montait à une échelle pour extraire le dossier de la fameuse affaire qu’il fit une chute de 3 mètres. Il était âgé de 63 ans.

Le 19 janvier 1996, Jean CAU, un des membres les plus influents des " Amis de l’Orgue ", disparaissait. Organiste durant de longues années à l’église du Très-Saint-Sacrement de Fives, dans la banlieue de Lille, il était à l’origine, avec Pierre Avot, de la création d’une Commission interdiocésaine des Orgues de la Province ecclésiastique de Cambrai, peu après la fin de la Seconde Guerre. Technicien-conseil à la Commission supérieure des Monuments historiques (Section orgues) et expert-organier de la ville de Paris, il a participé à d’importants chantiers aussi bien en province (Bayeux, Le Mans, Nantes...) qu’à Paris. Admirateur de Bach, Jean Cau n’aimait pas moins les contemporains, tel Tournemire pour lequel il avouait être fortement influencé lors de ses improvisations. Esprit très ouvert, il avait notamment déclaré à propos de la nécessité d’écouter d’autre musique que celle de l’orgue, lors d’une enquête menée en 1961 par les Amis de l’Orgue [L’Orgue, n°100, pp.95-96] : " Il faut aller au concert pour entendre d’autre musique. Question élémentaire de culture musicale. Et un organiste aura mal compris J.S. Bach s’il ne sait pas comment il écrivit pour archets. Et sans tomber dans le travers de l’orgue orchestral, il y a beaucoup à apprendre de l’orchestre : équilibre des plans, des volumes, reliefs, etc. " Il n’est que justice de rappeler ici cette belle phrase écrite par Jean Cau lui-même en 1947 lors du décès de l’organiste Henri Peers [l’Orgue, n° 42, p.27] , qui s’applique parfaitement à sa personne : " Au moment où elle va rejoindre les ombres de ceux qui furent ses maîtres, saluons avec déférence cette figure pleine de noblesse ".

Nicolas Sarkozy
Nicolas Sarkozy
Président de la République française
( portrait officiel )

Le 17 février 1996 est décédé à Paris Alberto BRUNI TEDESCHI. Né en 1915 à Montcalieri (près de Turin, Italie), son père, Virginio, riche industriel, dirigeait la Cavi Electrici Affini Torino, importante entreprise familiale spécialisée dans les pneumatiques automobiles. Parallèlement à des études de droit, Alberto étudiait la musique, notamment auprès de Giorgio Federico Ghedini (1892-1965), alors assistant au Liceo Musicale de Turin. Plus tard, devenu à son tour le directeur de la CEAT, dans son château de Castegneto Po (à Turin), il collectionnait les oeuvres d'art et s'adonnait à la composition musicale. Mais, en 1970, il quittait l'Italie pour se réfugier à Paris de peur des Brigades rouges qui s'attaquaient alors au grand patronat italien. A cette époque, il est surintendant du Théâtre Regio de Turin, a déjà à son actif plusieurs compositions, dont Villon, son premier opéra (créé à Bergame en 1941), des Variations pour orchestre (créées en 1948 au Festival de musique contemporaine de Venise), une Messe pour la mission de Nyondo (donnée à Hambourg en 1951), l'opéra Diagramma Circolare (1959, la Fenice à Venise) et est marié à l'actrice de cinéma et pianiste italienne Marisa Borini, née d'une mère française (originaire de Saint-Etienne). En France, Alberto Bruni Tedeschi poursuit son oeuvre musicale avec, entre autres compositions, les opéras Paolino, la giusta causa e une buona ragione (Festival de Spoleto, 1978), Secondatta (Acropolis de Nice, 1987), Mobile rouge (Opéra d'Avignon, 1994) et son oeuvre ultime le ballet Journal intime, dernières pages (composé entre 1992 et 1994).

A son décès, Albertro Bruni Tedeschi laisse trois enfants : Virginio, diplômé en arts graphiques (décédé en 2006), Valeria (née le 16 novembre 1964 à Turin), actrice et réalisatrice à laquelle on doit notamment les films Il est plus facile pour un chameau (2003) et Actrices (2007) dans lesquels joue sa mère, et Carla (née le 23 décembre 1967 à Turin), top-modèle international, chanteuse et épouse (le 2 février 2008) du Président de la République française Nicolas Sarkozy (élu de 6 mai 2007), divorcé de Cécila Ciganer Albéniz (née le 12 novembre 1957 à Boulogne-Billancourt), arrière-petite-fille du compositeur et pianiste espagnol Isaac Albéniz (1860-1909).

Le 15 mars 1996, à Nantes, c’est l’organiste Maurice POTÉ qui nous quittait à l’âge de 87 ans. Né le 13 mars 1909 à Angers, il débuta ses études musicales, en octobre 1927, au Conservatoire de Nantes, avec notamment Paul Ladmirault (contrepoint et fugue) tout en s’initiant à l’orgue avec Arthur Colinet (1885-1956), pianiste et organiste virtuose, alors titulaire de la basilique St-Nicolas de Nantes, ainsi qu’avec le chanoine Auguste Fauchard (1881-1957), un ancien élève de Vierne qui tint durant trente ans le grand orgue de la cathédrale Ste-Trinité de Laval. Puis, à Paris, il devint l’élève d’Olivier Messiaen (esthétique) et de Norbert Dufourcq (histoire de la musique) au Conservatoire National Supérieur de Musique, et reçut les conseils de Marcel Dupré et de Gaston Litaize. Son premier poste fut celui d’accompagnateur de St-Nicolas de Nantes en 1929. Auguste Le Guennant l’avait précédé dans cet endroit quelques années auparavant. En 1933, Maurice Poté est organiste de St-Clair de Nantes et enfin, en 1941, il est nommé organiste et maître de chapelle de Notre-Dame-de-Bon-Port de Nantes. Très influencé par la musique de Messiaen, son ami d’enfance et son professeur, il a adopté les principales notions de celui-ci : la place de la musique entre l’espace et le temps, entre le son et la couleur. Son oeuvre musicale est principalement composée de pièces religieuses (O Salutaris, Ave Maria, Prière à l’Enfant Jésus, motets O Maria et Bone Pastor...) et de pages pour piano ou orgue : Interlude pour piano et violoncelle; Etude, Prélude, Petite chanson pour piano; Variations sur un Noël imaginaire, Epithalame en forme de Suite, Offertoire pour orgue. Signalons également un Magnificat pour 4 voix, percussion et orgue (1981). Maurice Poté était aussi un journaliste apprécié, particulièrement dans Presse-Océan dont il fut le chroniqueur attitré. Il avait été élevé par le Vatican au grade de Chevalier de l’ordre de Saint Grégoire le Grand, en 1988, pour ses cinquante-cinq ans au service de la musique liturgique.

Au début du mois de juin 1996 la soprano espagnole Pilar LORENGAR est morte âgée de 68 ans. Née à Saragosse le 16 janvier 1928, élève du Conservatoire de Barcelone, elle débutait comme mezzo-soprano dans cette ville, en 1949, avant se de faire connaître à Paris et Londres. Invitée aux Festivals de Glyndebourne et d’Aix-en-Provence, elle chantait également beaucoup Mozart à Berlin et Salzbourg. Au Met de New-York, où elle était engagée en 1966, elle fit ses débuts dans Dona Eliva de Don Giovani. Mais en réalité son répertoire était très vaste allant de Verdi à Puccini et Cherubini, ainsi que de Debussy à Janacek.

Au mois de juin 1996 mourrait en Suisse le chef d’orchestre allemand Ferdinand LEITNER, à l’âge de 84 ans. C’était l’un des derniers de ces grands Kapellmeister qui, après la dernière guerre mondiale, contribuèrent tant à la transmission de cette grande tradition musicale germanique. Né à Berlin le 4 mars 1912, il travailla avec F. Schreker et J. Prüwer, ainsi que A. Schnabel et K. Muck. Ses véritables débuts remontent à 1935, lorsque Fritz Busch le prit comme assistant au festival de Glyndebourne. Quoique très peu connu en France, Ferdinand Leitner a beaucoup voyagé dans son pays et même dans le monde entier. Sa carrière s’est déroulée à Berlin, Hanovre, Munich, Stuttgart, Venise, Buenos Aires, Zürich, La Haye, Turin et Tokyo. Là, il passe vingt ans à la tête de l’Orchestre de la NHK. S’intéressant beaucoup au répertoire lyrique, il défendait aussi le répertoire germanique de son temps. C’est ainsi qu’il a beaucoup interprété Carl Orff, K.-A. Hartmann. Mais, il a aussi dirigé maintes oeuvres de Busoni et notamment créé, le 6 décembre 1980 à Stuttgart, l’opéra Hamlet du compositeur allemand Hermann Reutter (1900-1985).

Juin 1996 a vu également disparaître, dans sa quatre vingt septième année, un autre grand chef d’orchestre italien Alceo GALLIERA. Né à Milan le 3 mai 1910, il fut l’élève de son père, Arnaldo, compositeur et professeur au Conservatoire de Parme, avant d’entrer au Conservatoire de sa ville natale, puis d’y enseigner à partir de 1932. Il débuta sa carrière artistique comme organiste, mais se tourna en 1941 vers la direction d’orchestre. Premier chef à l’Opéra de Gênes (1957), puis directeur artistique de l’Orchestre Municipal de Strasbourg (1964-1972) il a été invité par les plus grands orchestres et a notamment dirigé les pianistes Clara Haskil et Claudio Arrau, les violonistes Henryk Szeryng et David Oïstrakh ou encore le violoncelliste Pierre Fournier avec lesquels il a enregistré nombre de disques. C’est lui qui a réalisé l’intégrale du Barbier de Séville de Rossini, avec la Callas et le célèbre baryton italien Tito Gobbi.

Egalement durant le mois de juin, le 26 exactement, l’organiste Danielle SALVIGNOL-NISSE succombait à Caen des suites d’une douloureuse maladie, à l’âge de 52 ans. Elle venait d’enregistrer un disque intitulé l’Orgue chante la joie. Quel beau titre convenant parfaitement à la personnalité de son interprète! En effet, aveugle de naissance, il émanait de sa personne, malgré son handicap, une joie profonde... Née à Castres, elle avait été tout d’abord élève de Jean Langlais et de Gaston Litaize à l’Institut National des Jeunes Aveugles à Paris, où elle était rentrée dès l’âge de 12 ans, avant de devenir celui de Rolande Falcinelli au CNSM et d’obtenir le 1er Prix d’orgue en 1966. Son premier poste d’organiste était celui de l’église St-Denis à Amboise, où elle ne restait que quelques années avant de rejoindre le grand-orgue de l’église Notre-Dame à Saint-Lô en 1969. En 1977, elle s’installait à Perpignan où elle enseignait l’orgue au Conservatoire National de Musique et tenait l’instrument de l’église Notre-Dame-la-Réal, puis celui de l’église St-Mathieu. Animée par une foie intense et sereine, elle parvenait à faire chanter sa joie à l’orgue . C’est ainsi que ses interprétations étaient toujours pleinement appréciées des fidèles au cours des cérémonies religieuses et même des simples auditeurs lors de concerts... Mariée à Christian Nisse, du Molay-Littry dans le Calvados, Danielle Salvignol avait gardé d’étroites relations avec sa ville natale, Castres, où d’ailleurs elle dirigea avec son mari la restauration de l’orgue de l’église Notre-Dame-de-la-Platé, par le facteur Alfred Kern en 1980. C’est sur cet instrument (35 jeux, 3 claviers et pédalier) qu’elle a enregistré l’Orgue chante la joie qui aurait dû être le premier d’une série de disques. Le programme de ce CD, que nous recommandons à nos lecteurs [disponible à la Librairie Publica, 46 rue St-Jean à Caen, tél. 02 31 86 03 00] s’articule autour d’oeuvres de J.S. Bach, avec notamment le célèbre choral du veilleur, et de danses du XVI° siècle, ainsi que des pièces de Pachelbel, Dandrieu, Haydn et également Jean Langlais (Pastticcio, Te Deum). Ses obsèques ont été célébrées le 2 juillet, à 14h30, en l’église Saint-Clair du Molay-Littry (Calvados).

Michel Philippot, vers 1968
Michel Philippot, vers 1968
( photo X..., coll. DHM ) DR

En juillet 1996, c’est le compositeur français Michel PHILIPPOT qui nous a quittés le 28, dans sa soixante douzième année, des suites d’un cancer. Né à Verzy (Marne) le 2 février 1925, il avait débuté des études de mathématiques mais celles-ci étaient interrompues par la guerre. Il travaillait ensuite la musique aux Conservatoires de Reims et de Paris (G. Dandelot, harmonie), tout en prenant des leçons particulières auprès de René Leibowitz. Après avoir occupé diverses fonctions à la Radio de 1949 à 1976 (metteur en ondes, adjoint de Pierre Schaeffer au Groupe musicale de recherches de la RTF, adjoint à la direction de France Culture, directeur du service des créations musicales de l’ORTF, responsable des productions et émissions musicales, conseiller auprès du directeur général de l’ORTF et du président de l’INA), il crée le département de musique à l’Université d’Etat de Sao Paulo, en 1976, et devient professeur à l’Université fédérale de Rio de Janeiro. De retour en France, il reprend son poste de conseiller scientifique auprès de l’INA (1983-1989)... Théoricien et pédagogue, Michel Philippot, spécialiste du son, a mené durant tout sa vie des recherches musicales et scientifiques dans les secteurs de l’acoustique. Professeur de composition au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris durant vingt ans (1970-1990), il est considéré comme l’un des théoriciens de la musique contemporaine. Ses activités de théoricien, mathématicien et de cybernéticien sont d’ailleurs indissociables. Président de l’Académie Charles Cros, il a reçu le Grand Prix national de la musique en 1987. Son oeuvre musicale comprend des musiques instrumentale, vocale et concrète. Il a aussi laissé quelques écrits : Electronique et techniques compositionnelles (Paris, 1956), Pierre Boulez aujourd’hui, entre hier et demain (Paris, 1964), Stravinski (Paris, 1965), Diabolus in musica. Analyse des variatioons " Diabelli " de Beethoven (Sao Paulo, 1978), Traité de l’écriture musicale (Sao Paulo, 1984).

Le 28 juillet 1996 à Marly-le-Roi, un compositeur français, Paul MERANGER disparaissait, à l’âge de 60 ans, emporté par une longue et douloureuse maladie. Auteur d’oeuvres pour orchestre d’harmonie jouées la plupart du temps à l’étranger, son oeuvre est peu connue en France... Né à Paris en 1936, après avoir débuté des études musicales au Conservatoire, il dut les arrêter pour les poursuive en privé avec Manuel Ronsenthal. Il s’adonna ensuite à la composition en essayant de ne jamais perdre de vue le but qu’il s’était fixé lui-même : " Participer à conserver à la Musique la place qu’elle occupe aux plus hauts degrés de l’expression humaine ". On lui doit de nombreuses pièces instrumentales et orchestrales, de la musique de chambre (oeuvres pour saxophone et piano, pour quatuor de saxophones ou quatuor de clarinettes, ou encore pour quintette de cuivres). Bien que plus joué à l’étranger (Nul n’est prophète dans son pays!), notamment en Belgique avec Yvon Ducène et le Grand Orchestre d’Harmonie de la Musique Royale des Guides, Pierre Bigot, à la tête de la Musique de la Police Nationale, essaye de faire connaître dans notre pays la musique de Paul Méranger, avec notamment la création de Fresque,op. 26 (1979) et de Thalassa, op. 39 (1984).

Dans le courant du mois d’août 1996 nous avons perdu un grand serviteur de la musique en la personne de Rafaël KUBELIK, chef d’orchestre et compositeur d’origine tchèque décédé au début d’août à Lucerne, où il s’était retiré après avoir adopté la nationalité suisse. Il avait 82 ans et depuis une dizaine d’années ne se produisait plus en raison de sa maladie... Fils du violoniste tchécoslovaque naturalisé hongrois Jan Kubelik (1880-1940) qui était souvent comparé à Paganini en raison de la perfection de sa technique, Rafaël était né le 29 juin 1914 à Bychory (Prague). Elève de son père puis du Conservatoire de Prague, il fit ses débuts à la tête de l’Orchestre philharmonique tchèque en 1934. En 1948, il quitte son pays natal fuyant le communisme, pour se rendre aux Etats-Unis, puis en Angleterre et enfin en Allemagne où il prend la direction de l’Orchestre Symphonique de la Radiodiffusion Bavaroise à Munich (1961 à 1979). Après la révolution de 1989, il était retourné en Tchécoslovaquie, en 1990, pour diriger l’Orchestre philharmonique tchèque pour deux exécutions du cycle de Smetana, Ma Vlast, en ouverture du Printemps de Prague. Chef invité en Europe occidentale et aux Etats-Unis, Rafaël Kubelik était réputé pour ses interprétations magistrales de la musique de son pays. Il avait également beaucoup contribué à la découverte de Malher en Europe et a d’ailleurs été l’un des tout premiers, avec Bernstein, à enregistrer l’intégrale de ses Symphonies chez Deutsche Grammophon. Sa production comporte trois Requiem, plusieurs opéras (Veronika, Cornelia Faroli), une symphonie pour choeur et orchestre, des Séquences pour orchestre, une autre symphonie intitulée Orphikon, des oeuvres chorales, des quatuors à cordes, de la musique de chambre, des mélodies, ainsi qu’une Symphonic Peripeteia pour orgue et orchestre.

Le 21 août 1996 se sont déroulées au cimetière de Choisy-le-Roi les obsèques de Gisèle KUHN, veuve de Jacques BAUMANN, morte quelques jours auparavant le 14 août. Pianiste concertiste, celle-ci a également longtemps enseigné le piano (classe supérieure d’interprétation) à la Schola Cantorum jusque la fin des années 1980. Chevalier de la Légion d’honneur, chevalier des Palmes académiques, médaille de Vermeil de la Ville de Paris, cette artiste laisse le souvenir d’un excellent professeur et d’une interprète de grand talent.

Le 21 août 1996, en l’église Notre-Dame-des-Pins de Cannes, ont eu lieu les obsèques de Mme Maurice FAURE, née Rosita ARGUELLO, de l’Opéra-comique. Cette musicienne fut aussi professeur de chant à Paris durant plusieurs années.

Georges Robert (père)
Georges Robert (père)
( Coll. Agnès Robert )

Le 1er septembre 1996 c’est probablement l’un des doyens des organistes français, avec l’abbé Camonin (né en 1903) et Michel Boulnois (1907), qui nous a quittés à l’âge de 91 ans en la personne de Georges ROBERT. Né le 2 juin 1905 à Honfleur, atteint de cécité, il commença par prendre quelques leçons de piano auprès d’une dame Pichereau, avant de devenir l’élève d’Henri Sibout, l’organiste de l’église Sainte-Catherine de Honfleur, dont il épousera d’ailleurs la fille plus tard. A 12 ans il rentrait à l’Ecole Nationale des jeunes Aveugles de Paris où il séjournait de 1917 à 1925 et recevait des leçons de Maurice Bourdeaux (violoncelle) et Adolphe Marty (orgue). En 1925, il était nommé titulaire de l’orgue de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon, dans le Finistère, où il restera durant 70 ans, soit jusque 1995! Egalement professeur de musique, c’est tout naturellement qu’il a dirigé l’âiné de ses enfants, prénommé aussi Georges, vers la musique. Celui-ci est d’ailleurs actuellement titulaire du grand orgue de l’église Notre-Dame de Versailles, professeur d’orgue au CNR de Versailles et à la Schola Cantorum, après avoir longtemps enseigné à l’INJA.

Cette fidélité de 70 ans à l’orgue de St-Pol-de Léon, quoique remarquable et relativement rare, n’est cependant pas exceptionnelle: Emilien Moreau tint les claviers de l’église d’Aigrefeuille-sur-Maine (Loire-Atlantique) durant 77 ans (1892 à 1979), ainsi d’ailleurs que Joseph Erb à St-Jean de Strasbourg (1867 à 1944). Adolphe Delaye resta 73 ans (1861 à 1937) à l’église Saint-Denis-de-l’Estrée à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), et Mme Ajon 72 ans à la cathédrale d’Alès (1861 à 1933). Quant à Henri Peers, à Notre-Dame de Roubaix il assura ses fonctions durant également 70 ans (1875 à 1945)... Le record en France est certainement détenu par Octave Edouard Rodde (1885-1975) qui toucha l’orgue de l’église de Nogent-sur-Oise à partir de 1895 jusqu’à sa mort, soit pendant 80 ans!.. (Sur la longévité des organistes, voir nos articles publiés dans les numéros 36 et 38 de Musica et Memoria)

Le 16 septembre 1996, en l’église réformée de l’Oratoire du Louvre, à Paris 1er, s’est déroulée la cérémonie religieuse pour le décès de Horace HORNUNG. Maître de chapelle dans cette église durant 52 ans, il y avait également fondé le Choeur de l’Oratoire du Louvre en 1934. Là, il travailla longtemps avec les organistes Henriette Puig-Roget et Marie-Louise Girot, qui se partageaient les claviers des années 1940 jusqu’à la fin des années 1970. Horace Hornung avait été aussi durant quelque temps maître de chapelle du temple réformé du St-Esprit, dans le huitième arrondissement parisien, à la fin des années 1940. Le 16 septembre 1996, en l’église réformée de l’Oratoire du Louvre, à Paris 1er, s’est déroulée la cérémonie religieuse pour le décès de Horace HORNUNG survenu à l'âge de 89 ans (né en 1907).

Le 14 septembre 1996 décédait dans sa quatre vingt quinzième année Madame Charles TOURNEMIRE, née Alice ESPIR. La célébration des obsèques eut lieu le 18 septembre en la basilique Sainte-Clotilde, à Paris VII°. C’est la seconde femme de Charles Tournemire (1870-1939), qu’il avait épousée le 18 juillet 1934, alors veuf d’Alice Taylor (morte en 1919). Rappelons que celui-ci, élève de Franck, Widor et de Camille Doney, fut durant 41 ans titulaire des orgues de Sainte-Clotilde, où il avait succédé à Gabriel Pierné en 1898, après avoir touché les claviers de St-Pierre et de St-Seurin à Bordeaux, puis ceux de St-Médard et de St-Nicolas-du-Chardonnet à Paris. Improvisateur remarquable, c’est lui qui avait recréé le rôle de l’organiste d’église en ressuscitant la musique inspirée des textes liturgiques et des mélodies grégoriennes. Alice Espir était également une excellente musicienne. Elle avait obtenu un premier prix de violon dans la classe de Lefort, au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, et avait aussi travaillé la musique de chambre dans la classe d’Ensemble de son futur époux dans ce même établissement. C’est ainsi qu’ils eurent notamment l’occasion d’interpréter tous deux la Sonate-poème pour piano et violon, op.65, composée en 1934 par Charles Tournemire.

Dans le courant du mois d’octobre 1996 s’est éteint dans son domicile londonien le compositeur et chef d’orchestre anglais d’origine allemande Berthold GOLDSCHMIDT à l’âge de 93 ans. Né le 18 janvier 1903 à Hambourg, il débuta ses études à l’Université de cette ville avant de les poursuivre dans celle de Berlin, ainsi qu’à l’Académie de musique de Berlin. Tout d’abord chef assistant à l’Opéra de Berlin, en 1926, il est ensuite chef d’orchestre à celui de Darmstadt l’année suivante, puis entre à la Radio de Berlin notamment. En 1935, il s’installe en Angleterre et adopte la nationalité britannique en 1947. Dans ce pays, Berthold Goldschmidt est l’invité de divers orchestres. Il a composé, entre autres oeuvres, deux opéras : Der gewaltige Hanrei (Le Cocu magnifique) et Beatrice Cenci; des concertino pour violoncelle, ou harpe, ou encore pour clarinette; des quatuors à cordes, ainsi que diverses pièces pour piano. Il avait eu la joie d’assister, en 1988, à la création de son opéra Beatrice Cenci qu’il avait écrit en 1951. La firme anglaise Decca a d’ailleurs consacré récemment une collection de disques d’oeuvres des compositeurs mis à l’index en 1933 par le régime nazi : Paul Hindemith, Erich Korngold, Ernst Krenek, Franz Schreker, Kurt Weill, et Berthold Goldschmidt. C’est ainsi qu’est publié son premier opéra Le Cocu magnifique, écrit en 1932.

Denis Havard de la Montagne

 


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