Les organistes et les célébrations de mariages et d'obsèques catholiques

 

 

 

1. Célébrations de mariages

 

Les organistes relèvent très souvent des faits navrants à propos des célébrations de mariage : constat d’une absence totale de culture musicale de la part des fiancés, mépris ou hostilité vis-à-vis de l’orgue, goût marqué pour la musique enregistrée, profane de préférence. En matière de liturgie, ce sont certainement les mariages qui donnent lieu aux abus les plus graves. Faut-il le rappeler ? Depuis longtemps, L’église n’est plus considérée par le commun des mortels comme un espace sacré. Les responsables paroissiaux s'illusionnent en pensant que céder à tous les caprices des futurs mariés et de leur famille les fera revenir à une pratique religieuse régulière par la suite. Il en va du mariage à l'église comme du reste actuellement : le choix du lieu procède du consumérisme et du sentimentalisme et ne relève généralement pas de la foi.

 

L’organiste est fréquemment sollicité pour accompagner un instrumentiste (flûte, violon, trompette...) dans un répertoire de circonstance. Dans la plupart des cas, il a affaire à un vrai musicien et c’est assez heureux.

 

En revanche, les opinions sont plus nuancées en ce qui concerne la belle-sœur ou la cousine qui tient absolument à interpréter son Ave Maria ou son Panis angelicus. La justesse est aléatoire, le tempo variable en fonction de l’humeur et du degré de stress, mais la satisfaction est au rendez-vous...sauf pour les oreilles musiciennes. Les livrets d’accompagnement, les disques « Les plus belles musiques de mariage » et aujourd’hui les sites internet manquent cruellement d’imagination. Une cérémonie qui se veut unique et mémorable prend une tournure uniforme.

 

Le palmarès parle de lui-même : toujours les mêmes Toccatas (Bach, Boëllmann, Widor...), Choral du veilleur (!), transcriptions et arrangements des Trumpet tunes, Largo de Haendel, Te Deum de Charpentier, Jesus bleibet meine Freude, etc. Encore s’agit-il ici de musique véritable. Pour avoir voix au chapitre, certains confrères se voient contraints de jouer des extraits de musique de variété. Il est difficile de remédier à ces tendances fâcheuses.

 

Voici cependant quelques réflexions :

 

- Rien n’est véritablement possible sans le soutien du prêtre de la paroisse. Naturellement, s’il tombe lui aussi dans la démagogie...

- L’organiste devrait pouvoir être contacté suffisamment tôt par les fiancés, afin de déterminer un programme qui tiendra compte de ses conseils bienveillants et éclairés.

- Il existe un rituel à observer, à plus forte raison si une messe est célébrée au cours du mariage. A ce propos, que penser de ces intentions de Prière « universelle » uniquement tournées vers les mariés ? (« Pour X. et N. afin qu’ils… Prions pour X. et N. »). Le rituel prévoit pourtant déjà prières et bénédictions spéciales.

- Vouloir ménager des plages de silence relève de l’exploit, surtout dans l’euphorie compréhensible et l’agitation, voire le sans-gêne, des photographes et de certains membres de l’assemblée, ce qui est bien moins acceptable. Peut-être est-ce possible après l’homélie, si le climat y est favorable.

- Dans le cadre de la préparation du programme des chants, il faut envisager une moindre participation de l’assemblée. L’idéal, c’est une chorale ou un chantre compétents. En dépit d’une indéniable qualité musicale, les ensembles profanes (chœurs "Gospel" ou autres) quasi professionnels font du "sur-mesure" et n’arrivent généralement pas à entrer dans le caractère particulier d’une célébration religieuse avec ses lois. S'ils interviennent pour compenser l'absence de participation d'une assemblée largement non pratiquante, ils se doivent de rester discrets, de ne pas se donner en spectacle car ce qui compte, dans la célébration eucharistique, est ce qui se déroule à l'autel.

- Déplacer un organiste pour accompagner un refrain de psaume et lui faire subir durant une heure le son tonitruant d’un lecteur de disques à la place de ses interventions habituelles est odieux. Proposer plutôt de faire entendre ces œuvres profanes lors de la cérémonie civile ou après la célébration religieuse. La sonorisation des églises donne rarement de bons résultats pour le Rock, Rap ou extraits rythmiques à la batterie...

- Dans la mesure du possible, les félicitations devraient se faire sur le parvis ou au fond de l’église. Combien d’organistes sont obligés d’attendre ou de jouer les bouche-trous jusqu’à la sortie des mariés !

 

 

2. Célébrations d'obsèques

 

Il va de soi que les obsèques, de par leur nature, sont moins sujettes aux abus liturgiques que les célébrations de mariages même si, là aussi, le consumérisme et le mimétisme par rapport aux films ou séries américaines (la plupart du temps, il s'agit de cérémonies protestantes ou évangéliques, faut-il le rappeler ?) peuvent avoir la part belle. En effet, alors que les funérailles catholiques ne sont normalement pas le lieu d'un éloge funèbre mais l'occasion de prier pour l'âme du défunt et de célébrer le mystère pascal du Christ, la liturgie est de plus en plus souvent parasitée par des éléments non prévus au rituel comme les témoignages variés de membres de la famille et de proches qui interviennent tour à tour au micro, des lectures de textes profanes ou un temps d'écoute de la « musique » (comprendre « chanson ») préférée du défunt afin de « personnaliser » la célébration, alors que les éléments purement subjectifs cités précédemment peuvent très bien se dérouler au cimetière, dans une salle prévue pour le rassemblement des proches ou dans le cadre familial, a posteriori.

 

Si lors de funérailles médiatisées de personnalités du « show-business » bien souvent éloignées de toute pratique religieuse, l'évêque - invité à cette occasion - et de nombreux prêtres célèbrent une liturgie « adaptée », on ne peut que constater qu'en raison de la baisse des vocations, aujourd'hui la plupart des célébrations se déroulent sans prêtre et sont « élaborées » par une « équipe funérailles ». Elles n'en demeurent pas moins liturgiques et se doivent d'observer le rituel sans insérer certaines incongruités qui n'ont pas leur place à l'église. 

 

Les demandes faites à l'organiste (quand il n'est pas remplacé par un CD) d'exécution d’œuvres peuvent être acceptées tant qu'elles correspondent au caractère de la célébration et s'il s'agit de musique digne de ce nom, dans le mesure du possible composée pour des funérailles et non d'un extrait de répertoire profane inapproprié. L'organiste est aussi à même de faire des suggestions à la famille.

 

Les temps de silence et de recueillement ont de l'importance au cours d'une célébration d'obsèques. Il ne s'agit pas de les couvrir systématiquement par de la musique vocale ou instrumentale.

 

Olivier Geoffroy

(juin 2019)


 

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