Les œuvres pour orgue et orchestre en France
dans la première moitié du XXe siècle  
 

L'association de l'orgue à l'orchestre symphonique (ou du moins à un orchestre développé), dans le cadre de la musique profane peut se faire à l'église mais aussi dans la salle de concert, à condition, bien entendu, que celle-ci soit dotée d'un orgue. Cela n'est pas si fréquent, du moins en France, comme en témoigne l'état des rares instruments installés à partir du XIXè siècle et conservés dans les salles des villes importantes de notre pays. On sent toutefois s'amorcer un changement dans ce domaine, si l'on tient compte des récentes installations d'orgues dans diverses institutions de la région parisienne. La Symphonie n°3 en ut mineur « avec orgue » de Camille Saint-Saëns (1835-1921), créée à Londres le 19 mai 1886, est une œuvre emblématique de cette collaboration de l'orchestre avec l'orgue, instrument qui est déjà un orchestre à lui seul. Parcourons la première moitié du XXè siècle et, sans prétendre à l'exhaustivité, faisons un tour d'horizon de l'apport des compositeurs (pour la plupart organistes de profession) à cette formation instrumentale originale.

Saint-Saëns, premier prix d'orgue du Conservatoire de Paris, longtemps organiste dans les paroisses parisiennes de Saint-Merri et de La Madeleine, en plus de sa Symphonie déjà citée, compose, en 1919, lors d'un séjour en Algérie où il aimait se rendre depuis une trentaine d'année, Cyprès et Lauriers (op. 156) pour orgue et orchestre. Cette œuvre concertante, dédiée au président Poincaré célèbre la victoire des alliés lors de la Première Guerre mondiale. L'orgue intervient seul durant la première partie.

Transcrite ensuite pour l'orgue et pour piano, l'œuvre de Marcel Dupré (1886-1971) intitulée Cortège et Litanie (op. 19) et écrite autour des années 1921-1922, s'apparente au genre du poème symphonique. A l'origine composée pour un petit ensemble instrumental, la pièce a connu plusieurs arrangements effectués par le compositeur lui-même. La version pour orgue et orchestre date de 1925.

En 1927, Marcel Dupré débute cette fois la composition de sa Symphonie en sol mineur (op. 25) pour orchestre et orgue, œuvre de plus grande envergure que la précédente et qui est achevée en 1928.

Georges Migot (1891-1976), artiste complet, signe en 1928 La Jungle, « polyphonie pour orgue principal et orchestre » créée à Paris le 9 janvier 1932. Cette pièce manifeste la volonté de détacher la voix de l'orgue de celle de l'ensemble instrumental. Dans sa jeunesse, Migot avait étudié l'orgue sous la direction de Louis Vierne.

Compositeur prolifique, Marcel Dupré aborde en 1934 de manière plus formelle le genre du dialogue instrumental avec son Concerto en mi mineur pour orgue et orchestre (op. 31), œuvre en trois mouvements, créée quatre ans plus tard.

Le Concerto pour orgue, timbales et orchestre à cordes de Francis Poulenc (1899-1963) date de 1938. Cette œuvre qui dure un peu plus d'un quart d'heure compte sept parties de tempi contrastés et qui en composent l'unique mouvement.

En 1947, l'organiste vosgien Gaston Litaize (1909-1991) compose une Passacaille pour orgue et orchestre.

Ecrit autour de 1948-49, le Premier Concerto pour orgue ou clavecin et orchestre (op. 61) de Jean Langlais (1907-1991), organiste de la basilique Sainte-Clotilde à Paris, prend en compte la rareté des instruments à tuyaux dans les salles de spectacles en offrant la possibilités aux exécutants de jouer la partie d'orgue (sans partie de pédale, du reste) au clavecin. L'œuvre en trois mouvements (Poco Allegro, Andante, Final) d'une durée avoisinant les vingt minutes a été créée en Suisse en 1951.

Jeanne Demessieux (1921-1968), prodige de l'orgue, disciple de Marcel Dupré, organiste de l'église du Saint-Esprit à Paris, puis de La Madeleine, écrit en 1949 son Poème pour orgue et orchestre (op. 9). L'œuvre composée d'un mouvement unique est créée un an plus tard à Nancy (Jeanne Demessieux y était alors professeur titulaire de la classe d'orgue au Conservatoire).

Gaston Litaize, déjà cité, est aussi le compositeur de Cortège, œuvre pour orgue et cuivres, datant de 1950 et éditée un an plus tard.

Enfin, comment passer sous silence l'une des rares œuvres écrites (mais inédite) d'un des plus grands organistes et improvisateurs du XXè siècle ? Pierre Cochereau (1924-1984), célèbre titulaire du grand orgue de Notre-Dame de Paris, laisse un Concerto pour orgue et orchestre en ut dièse majeur datant de 1951.

Olivier Geoffroy
(octobre 2015)


N.D.L.R. : méritent d'être également cités ici : Alexandre Guilmant (Symphonie n° 2, op. 91b, pour orgue et orchestre, 1906), Charles-Marie Widor (Symphonie sacrée, op. 81/1, pour orgue et orchestre, 1907), Charles Tournemire (Poème, op. 38, pour orgue et orchestre, 1910), Louis Vierne (Symphonie pour orgue n° 3 « Adagio », op. 28b, pour orgue et orchestre, 1911), Charles Quef (Prélude grave, op. 40, pour orgue et orchestre, 1912), Henriette Puig-Roget (Montanyas del Rosello, pour orgue et orchestre, 1934), Léonce de Saint-Martin (Genèse, op. 26, pour orgue et orchestre, 1940, et Te Deum, paraphrase, op. 0, pour orgue et ensemble de cuivres, 1942), Rolande Falcinelli (Choral et Variation sur le Kyrie de la Messe « Orbis Factor », op. 12, pour orgue et orchestre, 1942) et Jeanne Joulain (Symphonie concertante, op. 9, pour orgue et orchestre, 1947).

 


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