Les orgues du Maroc

 

En préambule, je veux remercier ici toutes les personnes qui m'ont apporté leur aide dans la rédaction de cet article et particulièrement le facteur d'orgue Jean-Marc Cicchero. Je veux également mentionner ici le pasteur Jean-Teddy Ramaherijaona, l'abbé Simeon Stachera et monsieur Serge Médot, organiste. Il n'a pas été possible de faire un travail exhaustif sur l'ensemble des instruments présents au Maroc au cours des deux siècles écoulés, aussi les apports éventuels de lecteurs seront-ils les bienvenus.

 

CASABLANCA

Eglise Notre-Dame-de-Lourdes

Console de l'orgue de l'église Notre-Dame-de-Lourdes de Casablanca
Buffet de l'orgue de l'église Notre-Dame-de-Lourdes de Casablanca
Console de l'orgue de l'église Notre-Dame-de-Lourdes de Casablanca
( photo Jean-Marc Cicchero ) DR
Buffet de l’orgue de Notre-Dame-de-Lourdes de Casablanca
( photo Quentin Blumenroeder, août 2014 ) DR

Cette église construite en 1954 dispose d'un orgue en tribune qui proviendrait du Sacré-Coeur de Casablanca. C'est d'ailleurs dans ce vaste bâtiment de style art-déco des années 1930, aujourd'hui désacralisé que la Messe en ré pour orchestre, choeurs, soli et orgue de Georges Friboulet (1910-1992) a été créée en 1954 (source  : http://www.musimem.com/friboulet.htm). On ne sait précisément quand le transfert de l'instrument a eu lieu. En tout cas, il a été construit par la manufacture Guetton-Dangon de Lyon, mais probablement pas dès l'origine pour le Maroc. La transmission est mécanique avec une console en fenêtre. A Notre-Dame-de-Lourdes, il a été joué en concert notamment par l'organiste Germain Desbonnet, en novembre 1978. En 2009, le facteur Jean-Marc Cicchero n'a pu l'essayer car le ventilateur était hors-service.

Sa composition est la suivante  :

Grand-Orgue (56 notes)  : Bourdon 16', montre 8', bourdon 8', flûte 8', salicional 8', prestant 4', doublette 2', mixture, trompette 8', clairon 4'.

Récit expressif (56 notes)  : Bourdon 8', flûte harmonique 8', viole de gambe 8', flûte octaviante 4', nazard 2 2/3' (a peut-être remplacé une voix céleste 8'), trompette harmonique 8', basson-hautbois 8', voix humaine 8'.

Pédale (27 marches)  : Soubasse 16', flûte grave 8'.

Tir. I et II, acc. II/I, anches I et II, trémolo.

Durant l'été 2014, profitant de ses vacances sur place, le facteur d'orgue Quentin Blumenroeder a effectué bénévolement des travaux de remise en service de l'orgue de Notre-Dame-de-Lourdes, avec l'assistance de l'organiste titulaire Amine Hadef. Il va de soi qu'une restauration complète de cet instrument, très empoussiéré et attaqué par les insectes xylophages serait de la plus haute nécessité, d'autant que ces travaux de conservation ont permis de mesurer la qualité de la facture et des timbres de l'orgue, notamment son choeur d'anches.

 

Église Saint-François-d'Assise, rue Dupleix à Casablanca
Église Saint-François-d'Assise, rue Dupleix à Casablanca
( carte postale, coll. O. Geoffroy ) DR

Eglise Saint-François d'Assise

Cette église renferme un orgue Michel-Merklin-et-Kühn (1932-1933) qui comporte, semble-t-il, des éléments Merklin plus anciens. La console est indépendante et la transmission est électrique avec double registration.

L'orgue a été joué par Marie-Madeleine Duruflé le 24 mars 1958 à l'occasion d'un concert qui a permis d'entendre le Requiem de son mari. Maurice Duruflé en assurait lui-même la direction. Les époux Duruflé sont revenus à Casablanca le 25 avril 1962 dans le cadre d'une tournée de trois jours au Maroc (source  : www.france-orgue.fr/durufle/).

La composition relevée par Jean-Marc Cicchero (qui n'a pu l'essayer lors de sa visite) est la suivante  :

Grand-Orgue (56 notes)  : Bourdon 16', montre 8', bourdon 8', flûte harmonique 8', salicional 8', prestant 4', flûte 4', doublette 2', fourniture, trompette harmonique 8', clairon 4'.

Récit expressif (56 notes)  : Cor de nuit 8', flûte traversière 8', gambe 8', voix céleste 8', flûte octaviante 4', nazard 2 2/3', octavin 2', tierce 1 3/5', trompette harmonique 8', basson-hautbois 8'.

Pédale (30 marches)  : Soubasse 16', échobasse 8', octavebasse 8', basse 8', violoncelle 8', quinte 5 1/3', bourdon 4'.

Tir. I et II en 8 et 4, acc. II/I en 16, 8 et 4, II/II en 16 et 4, supp. II/II en 8, appels anches I et II, crescendo, trémolo.

Malheureusement, tout récemment, la tuyauterie en étain de l'orgue a été entièrement volée, le métal ayant suscité la convoitise de malandrins. Aussi ne reste--t-il que les tuyaux de bois et les tuyaux en zinc de la façade (qu'il aurait été du reste difficile de subtiliser sans attirer l'attention). L'avenir de cet instrument, qui provient en grande partie de l'orgue Merklin (1880 ?) de l'église Notre-Dame-du-Port de Clermont-Ferrand, est donc aujourd'hui terriblement compromis. Il fut longtemps joué par Suzanne Guillaud (décédée en 1981), ancienne élève de Marcel Dupré, puis par Roland Serres.

 

Temple protestant

Buffet de l'orgue du Temple protestant de CasablancaConsole de l'orgue du Temple protestant de Casablanca
Buffet et console de l'orgue du Temple protestant de Casablanca
( photos Jean-Marc Cicchero ) DR

Un orgue des Etablissements lyonnais Ruche (inauguré par André Marchal le 15 février 1953) a été installé dans le temple de Casablanca. C'est le seul lieu de culte protestant du Maroc qui bénéficie d'un instrument à tuyaux. Actuellement, le ventilateur est débranché mais pourrait fonctionner. Cependant, l'orgue aurait besoin d'un bon relevage et des démarches ont été entreprises en ce sens. La transmission est électrique et la console est indépendante avec double registration. La façade est constituée de tuyaux muets en zinc.

Composition  :

Grand-Orgue (61 notes)  : Montre 8', bourdon 8', flûte 8', prestant 4'.
Récit expressif (61 notes)  : Cor de nuit 8', gambe 8', voix céleste 8', flûte 4', salicional 4', nazard 2 2/3', flageolet 2', larigot 1 1/3', trompette 8', clairon 4'.
Pédale (30 marches)  : Soubasse 16', bourdon 8', flûte 4', trompette 8', clairon 4'.
Tir. I et II, acc. II/I, anches II et péd., tutti, trémolo.

 

Orgues disparus

Il semble qu'un un orgue se trouvait dans l'église du Christ-Roi de Port-Lyautey (aujourd'hui Kénitra) car André Marchal y a donné un concert le 16 février 1953.

Un orgue aujourd'hui disparu se trouvait selon toute vraisemblance au fond de l'église Saint-François-d'Assise de Fès.

Un témoignage rapporte la présence d'un petit orgue de six jeux dans une communauté religieuse féminine du Maroc mais cet instrument n'est a priori plus en place aujourd'hui.

Dans sa demeure de Casablanca, le docteur Pierson possédait jadis un orgue de salon du facteur E. Ruche. (Norbert Dufourcq, « En flânant... au fil des jours et des orgues » in : L'Orgue n° 77,1955-IV, pp. 111-114).

Dans le même article, Norbert Dufourq évoque la présence d'un orgue dans l'église des pères franciscains de Casablanca.

 

MARRAKECH

Église des Saints-Martyrs de Marrakech
( photo Serge Médot ) DR

Eglise des Saints-Martyrs

Dans cette église construite en 1928-29, un orgue à traction mécanique avec console indépendante a été installé grâce à la générosité de Denise Masson (1901-1994), islamologue réputée et traductrice du Coran, qui en fut, d'ailleurs, titulaire durant une quinzaine d'années. L'instrument a été construit vers 1875 par un facteur inconnu. Il se trouvait à l'église Saint-Léon de Paris (XVe arrondissement) et a été démonté par Jules Isambart en 1948, lorsque ce facteur l'a remplacé par un orgue d'occasion de Mutin-Cavaillé-Coll datant de 1920. Le buffet est resté en place à Saint-Léon où il abrite aujourd'hui encore la partie instrumentale de Mutin. En 1951, Denise Masson fit l'acquisition de l'orgue, privé de son buffet, en vue de son remontage à l'église des Saint-Martyrs derrière une nouvelle façade. La même année, il traversa la Méditerranée en même temps que l'orgue privé de Mme Masson sur le paquebot «  Djenné  » qui avait été renfloué quelques années plus tôt.

Lorsque Denise Masson cessa son activité, l'orgue ne fut plus joué durant près de trente ans. Des personnes sensibilisées à la cause de l'orgue créèrent en 2002 une Association des Amis de l'orgue de Marrakech qui se donnait pour objectif la restauration de l'instrument ou la construction d'un instrument neuf plus ou moins grand, éventuellement placé dans le choeur de l'église et qui réemploierait la tuyauterie de cet orgue symphonique. Marrakech étant une ville touristique et culturelle très dynamique, des projets plus ambitieux (classe d'orgue, emploi de l'orgue du Riad Denise Masson comme instrument d'étude, construction d'un positif d'étude...) étaient alors évoqués. Deux facteurs furent sollicités pour établir un devis de relevage (Jean-Marc Cicchero et Denys Delporte).

Voici ce que Jean-Marc Cicchero disait en 2003 de cet instrument dans la revue L'Orgue normand  :

"Cet orgue-là, de mémoire de paroissiens là-bas, ils ne l'ont jamais entendu. Le récit est complètement démonté, le grand-orgue à moitié et personne ne sait pourquoi  ! On ne peut même pas le mettre en route. Il y a à dépenser un peu de sous pour voir ce qu'il a dans les entrailles, à trier un peu, voir ce qui est démonté. Certains tuyaux sont pliés  ! Pourquoi y a-t-il 20, 25, 30 ans que cet orgue est démonté  ? Pourquoi aujourd'hui veut-on qu'il parle  ? Simplement parce que vient d'arriver un curé qui a été élève d'orgue d'un grand professeur à Paris quand il était jeune. Il a de la chance, car il est nommé en Afrique où il n'y a quand même pas tant d'orgues. Il arrive, et non seulement il y a un orgue, mais il ne parle pas et il est démonté. Vous imaginez  ! Lui, il n'a qu'une envie, c'est qu'il marche, donc il s'est entouré de gens qui eux aussi ont envie de faire quelque chose. En plus, Marrakech est une ville qui monte, il y a de plus en plus de monde, les habitations dans la «  Médina  » sont rachetées par des gens qui ne sont pas musulmans mais chrétiens, donc en fait, il y a un potentiel de chrétiens et ces gens ne sont pas forcément les plus pauvres. Donc c'est porteur. Il suffit de peu de chose..."

(Soret Monique, «  Entretien avec Jean-Marc Cicchero  » in  : L'Orgue normand, publication de l'Association « Connaissance de l'orgue  », n°35, Le Havre, 2003, p. 19-20)

C'est le facteur belge Delporte qui fut retenu pour effectuer des travaux de sauvegarde afin de rendre l'orgue jouable. A l'issue de ceux-ci, le clavier de grand-orgue était à nouveau opérationnel.

Mais, au fil des ans, l'instrument dont Serge Médot fut titulaire de 2004 à 2011, usé par le manque d'entretien et d'utilisation durant une trop longue période, perdit à nouveau son souffle et attend aujourd'hui une vraie restauration ou son remplacement par un autre orgue à tuyaux, opérations qui, l'une comme l'autre, nécessitent de lourds moyens financiers qui ne peuvent actuellement être réunis et les différents projets envisagés autour de l'orgue dans la ville de Marrakech sont pour le moment en sommeil.

Voici la composition de l'instrument  :

Grand-Orgue (54 notes)  : Bourdon 16', montre 8', flûte harmonique 8', salicional 8', prestant 4'.
Récit expressif (54 notes)  : Cor de nuit 8', gambe 8', voix céleste 8', flûte octaviante 4', oboe-basson 8', trompette 8'.
Pédale (30 marches)  : soubasse 16'.
Tir. I et II, acc. II/I, [appel anches, trémolo?]

Orgue des Saint-Martyrs, Marrakech
Orgue des Saint-Martyrs (Marrakech) détails du buffet
Orgue des Saint-Martyrs et détails du buffet. Les peintures sont l'oeuvre de Philippe Jayat dit Hugo.
( photos Serge Médot )

 

Orgue de cinéma

Une ancienne salle de cinéma de Marrakech abriterait encore un orgue à tuyaux mais le lieu est dangereux et inaccessible, de sorte qu'il n'est pas possible pour le moment de donner davantage de précisions concernant cet instrument.

 

Orgue du Riad Denise Masson

Orgue de salon installé dans le riad de Mme Denise Masson à Marrakech
Orgue de salon installé dans le riad de Mme Denise Masson à Marrakech
( photo Jean-Marc Cicchero ) DR

Ancienne élève d'André Marchal (1894-1980), Denise Masson, «  la Dame de Marrakech  », qui fut organiste à l'église des Saint-Martyrs - qu'elle avait fait doter d'un instrument -, possédait un orgue de salon dans sa superbe propriété en médina de Marrakech. Le Riad qui porte désormais son nom est aujourd'hui la propriété de la Fondation de France et c'est l'Institut français de Marrakech qui en assure la gestion. Les services culturels de l'Ambassade sont chargés du rayonnement de l'instrument placé dans cette maison que Denise Masson souhaitait voir devenir un espace de dialogue entre les cultures. Il est actuellement impossible de prévoir quel sera l'avenir de cet instrument dont le ventilateur est encore branché sur le 110 volts.

L'orgue a été construit par la Manufacture Parisienne de Grandes Orgues (Isambart, Perroux, de Froissard), lointaine héritière de la maison Cavaillé-Coll. Il a été monté dans le salon de Denise Masson en 1951. Sa propriétaire ayant exigé la mise en place d'un cartouche «  Cavaillé-Coll  » sur la console en fenêtre, un ultime exemplaire retrouvé par Antoine de Froissard a permis l'exécution de son souhait. La traction est électrique avec des sommiers de type «  unit  » qui comportent de nombreux emprunts et dédoublements à partir de six séries de tuyaux (bourdon, principal, flûte harmonique, gambe, larigot, basson-hautbois). Il est à noter que certains éléments de la tuyauterie proviennent de l'orgue dit «  Erard  », instrument d'étude de la maison Cavaillé-Coll, lorsque celle-ci se trouvait Avenue du Maine, à Paris. Suivant le conseil d'André Marchal, le larigot a remplacé une voix céleste 8'.

La composition est la suivante  :

Grand-Orgue expressif (56 notes)  : Bourdon 16', montre 8', bourdon 8', flûte harmonique 8', prestant 4', flûte 4', flageolet 2'.
Récit expressif (56 notes)  : Bourdon 16', bourdon 8', gambe 8', flûte 4', flageolet 2', larigot 1 1/3', basson-hautbois 8'.
Pédale (32 marches)  : Soubasse 16', bourdon 8', flûte 4', basson 8'.
Tir. I et II, acc. II/I, appel larigot.

 

 

RABAT

Cathédrale Saint-Pierre

Construite autour de 1921, cette cathédrale possède un orgue de tribune des facteurs Gray and Davison, de Londres. Cet orgue d'occasion a été remonté à Rabat par Vignolo en 1929. Des devis avaient également été demandés à d'autres facteurs - notamment Rinckenbach - par le directeur des phosphates M. Reinhart. D'après Jean-Marc Cicchero qui a pu approcher l'instrument en juin 2009, l'entretien en était assuré depuis 2003 par Daldosso, mais le ventilateur était inopérant lors de la visite de M. Cicchero.

En voici la composition  :

Great (56 notes)  : Open diapason 8', stopped diapason 8', dulciana 8', principal 4', wald flute 4', harmonic piccolo 2'.
Swell (56 notes)  : Lieblich bourdon 16', principal violon 8', lieblich gedackt 8', gamba 8', voix céleste 8', gemshorn 4', mixture III rgs, cornopean 8', basson-hautbois 8'.
Pedale (30 marches)  : Bourdon 16', geigen principal 8', violoncelle 8'.
Acc. II/I, tir. I et II, appel et renvoi fonds I et II (séparément).
La transmission est mécanique tant pour les notes que pour les jeux et la console est en fenêtre latérale.

Maurice Duruflé (1902-1986) dirigea son Requiem le 23 mars 1958 dans la cathédrale de Rabat. Son épouse tenait les claviers et des oeuvres de Couperin, Bach, Buxtehude et Vierne furent aussi jouées lors de ce concert.
Germaine Francart-Terrillon était titulaire de cet instrument dans les années cinquante, avant d'être nommée à l'orgue Callinet de l'église Saint-Jean-Baptiste de Solliès-Pont (Var) où elle était en poste au début de la décennie suivante (NDLR)

Rabat, façade de l’ancien orgue de l’église Saint-François d’Assise.
Rabat, façade de l’ancien orgue de l’église Saint-François d’Assise.
Avec l’aimable autorisation du Frère Manuel,
de la communauté franciscaine.
(DR.)

 

Saint-François d'Assise

La tribune de cette chapelle abritait un orgue espagnol signé Oeja. Jean-Marc Cicchero a pu en relever la composition en juin 2009 mais l'orgue n'était pas en état de marche, le ventilateur étant ici aussi hors-service. La console est en fenêtre et la traction est électrique. Les registres sont placés horizontalement au-dessus des claviers de 56 notes. Le second clavier est expressif et le pédalier est de 30 marches. Un essai de l'instrument n'ayant pas été possible, il serait présomptueux d'attribuer les jeux à chacun des claviers. Voici toutefois la composition que l'on peut trouver sur les registres de droite à gauche à la console  :

Soubajo 16' (probablement au pédalier), violon 8', flautado 8', drimenca 8', corno, otava 4', violon 8', gamba 8, céleste 8', conica 4', lleno III rgs, trompeta 8.
Trémolo I, trémolo II + sept cuillers non identifiées (tirasses  ? Accouplements?)

Cet orgue a récemment été démonté car l'humidité avait eu raison de ses nombreux tuyaux de bois. En tribune, il n'en subsiste qu'une façade de tuyaux.

 

 

TANGER

Cathédrale Notre-Dame

L'église «  La Purisima  » de Tanger, construite pour la communauté espagnole de la ville et inaugurée en 1880 se trouvait dotée d'un orgue. Durant la seconde moitié du XXè siècle, de moins en moins fréquenté par les fidèles pour le culte, l'édifice a changé de destination, la communauté s'est davantage tournée vers l'action sociale et l'orgue a été transféré à la cathédrale Notre-Dame de Tanger où il se trouve aujourd'hui encore. Depuis lors, cette cathédrale construite au début des années 1960 renferme un grand orgue de tribune et un orgue de choeur qui, tous deux, ne fonctionnent malheureusement plus depuis de nombreuses années.
Grand-orgue de tribune de la cathédrale Notre-Dame de TangerGrand-orgue de tribune de la cathédrale Notre-Dame de Tanger
Grand-orgue de tribune de la cathédrale Notre-Dame de Tanger, console, buffets.
( photos Père Siméon Stachera ) DR


Claviers du Grand-orgue de tribune de la cathédrale Notre-Dame de Tanger
Claviers du Grand-orgue de tribune de la cathédrale Notre-Dame de Tanger
( photo Père Siméon Stachera ) DR

L'orgue de tribune est du à la manufacture Organeria Espanola. La transmission, tant pour les jeux (par langues de chat) que pour les notes, est électrique. La console indépendante de trois claviers à frontons biseautés est placée entre les deux buffets, l'organiste regardant la rosace au fond de la tribune. Les naturelles sont plaquées d'ébène et les feintes de matière plastique blanche.

Sa composition est la suivante  :

Grand-Orgue (56 notes)  : Violon 16', flautado 8', flauta chimenea 8', octava 4', tapadillo 4', lleno IV-V rgs, trompeta 8'.
Positif (56 notes)  : Bordon 8', flauta chimenea 4', quincena 2', nazardo 1 2/3' [sic], cimbalita II rgs, clarin 4'.
Récit expressif (56 notes)  : Flauta holandesa 8', celeste II rgs, principal 4', corno gamo 2', corneta VI rgs, zimbala III-IV rgs, dulzaina 16', campanas 25 notes (cloches).
Pédale (30 marches)  : Contras 16', flauta dulce 16', principal 8', violon 8', flauta 4', lleno III rgs, fagot 16', trompeta 8', regalia 4'.
I/P, II/P, III/P, II/I, III/I, III/II, trémolo III, annulation 16', annulation anches, annulation mixtures, tutti, combinaisons fixes par boutons poussoirs sous le premier clavier (flûtes 8', flûtes 8' et 4', plein-jeu, anches).

L'orgue de choeur, quant à lui, est placé à gauche dans le transept. La partie instrumentale est contenue dans un joli buffet en chêne doté de jalousies d'expression en son milieu. Cet instrument a été construit par la maison Roques Hermanos de Zaragoza, comme en atteste la plaque figurant au niveau de la console en fenêtre et sa facture remonte manifestement à la fin du XIXè siècle. Une seconde plaque plus petite indique un probable relevage par Luis Moreno Barbero de Màlaga.

Orgue de choeur de la cathédrale Notre-Dame de Tanger
Orgue de choeur de la cathédrale Notre-Dame de Tanger
( photo Père Siméon Stachera ) DR


Console de l'orgue de choeur de la cathédrale Notre-Dame de Tanger
Plaques des facteurs de l'orgue de choeur de la cathédrale Notre-Dame de Tanger
Console de l'orgue de choeur de la cathédrale Notre-Dame de Tanger et plaques des facteurs
( photos Père Siméon Stachera )

La console comporte 13 tirants, dont un pour le trémolo, et un clavier unique de 56 touches, à frontons droits, rendu expressif par le moyen d'une pédale à bascule. La hauteur des jeux n'est précisée que sur deux porcelaines. La transmission est entièrement mécanique. Actuellement, il n'y a pas de pédalier mais cela n'a peut-être pas toujours été le cas. L'attribution des jeux au seul clavier est donc purement hypothétique, d'autant que le violon, par exemple, est actionné par deux tirants, l'un placé à gauche du clavier et l'autre à droite ce qui peut signifier que le jeu est coupé en basse et dessus, qu'il s'agit de deux jeux distincts (l'un de 16 pieds et l'autre de 8, par exemple) ou bien que l'un des deux registres correspond au jeu d'un éventuel pédalier aujourd'hui disparu.

Voici la composition de cet instrument  :

Clavier manuel expressif (56 notes)  : Flautado 8 pies, violon [16' ou 8'  ?], flauta armonica 8', celeste [8'], octava [4'], viola [8' ou 4'  ?], quincena [2'], bajon [16' ou 8' ?], trompeta real [8'], fagot y oboe [8'], voz humana [8'].
Trémolo.

 

 

En guise de conclusion

Les organistes parisiens appréciaient les instruments d'Afrique du Nord, parmi lesquels figuraient en bonne place ceux du Maroc, comme le signalait Norbert Dufourcq (1904-1990) dans un article déjà ancien de la revue L'Orgue  :

Nos territoires métropolitains et coloniaux de l'Afrique du Nord avaient reçu peu avant la guerre la visite de Marcel Dupré. La prochaine tournée que doit accomplir ici, pour les Jeunesses Musicales de France, André Marchal (Casablanca, Rabat, Alger, Tunis), attire à nouveau l'attention sur ces contrées, qui semblent à première vue déshéritées, mais où s'accomplit un travail en profondeur, grâce aux efforts de certains apôtres soucieux d'ouvrir à notre art nombre d'amateurs éclairés.

(L'Orgue, n°46, Paris, Floury, janvier-Mars 1948, p. 18)

La vie culturelle intense du Maroc ne pouvait bien entendu le laisser de reste sur le plan de la facture et de la musique d'orgue au XXè siècle comme en témoigne cet extrait de La Revue musicale du Maroc qui a exprimé clairement son attachement à l'instrument en citant un article de Paul Allard sur la musique enregistrée à l'église paru dans L'Education musicale vivante  :

"[…] Autant que l'on peut, c'est de l'organiste que doit venir la musique et non de disques sans âme. […] Mais il n'est pas possible de réaliser partout cet idéal. […]

Mais, même dans ce cas, il est inadmissible d'installer dans le silence mystérieux et frais de nos églises de campagne cette musique bruyante, surchauffée, qui fait la joie de nos théâtres et parfois de nos dancings. Seuls peuvent être employés les disques qui ont enregistré les chants religieux et toujours exprimés en plain-chant et particulièrement en chant liturgique grégorien. […]

Il faut voir aussi une conséquence de l'introduction de la musique mécanique à l'église  : N'est-il pas à craindre que, peu à peu, elle fasse disparaître les quelques choeurs et les quelques organistes qui demeurent encore  ?  "

("Le disque à l'église" in  : La Revue musicale du Maroc, 2e année, n° 11, mai 1931, Imp. Réunies, p. 202)

Olivier Geoffroy (avril 2016)

 


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