PIERRE-PETIT
1922 - 2000

fin musicien lettré et indépendant !


Pierre Petit en 2005
Pierre Petit en 2005
( coll. Marie-Claude Theuveny-Petit, avec son aimable autorisation ) DR

" A une époque où la musique ennuyeuse seule paraît mériter le nom de grande musique, et par la même les suffrages du public sérieux, j’estime nécessaire de défendre, non seulement la musique dite " légère ", mais toute espèce de musique qui tienne plus compte de la sensibilité que de la raison. "1 Cette pensée de Pierre-Petit résume parfaitement la philosophie que ce grand musicien se fit un point d’honneur à suivre toute sa vie durant. Sa mort récente, survenue dans une clinique parisienne le 1er juillet 2000, nous prive ainsi de la compagnie d’un fin musicien lettré faisant fi des modes et des courants, auteur d’une musique écrite dans le plus pur style français, qui était également un brillant conférencier, un critique musical au style simple et dépouillé, et en outre doté d’un caractère enjoué.

Lien vers le site de L'École Normale de Musique de Paris
Photo ENM
( aimablement communiquée
par M. Heugel )
Né le 21 avril 1922 à Poitiers, d’un père professeur de khâgne, il regagna rapidement la capitale afin de rentrer au Lycée Louis-le-Grand. Il fit ainsi parallèlement des études littéraires qu’il acheva à la Sorbonne en obtenant en 1945 le Diplôme d’Etudes Supérieures de grec et des études musicales au Conservatoire national supérieur de musique qui l’amenèrent l’année suivante à décrocher un Premier Grand Prix de Rome. Il était assurément le plus lettré des musiciens de sa génération. En 1958, il avait épousé la violoniste Marie-Claude Theuveny.

C’est en 1942 qu’il avait rejoint le Conservatoire de Paris, où il travaillait l’analyse avec Georges Dandelot, l’harmonie avec Nadia Boulanger, la fugue avec Noël Gallon et la composition avec Henri Busser. En 1945 il obtenait le 1er Prix de composition. Un an plus tard, il était admis à concourir au Prix de Rome en même temps que Jeanine Rueff, Jean-Michel Damase, Krettly, Lannoy et Dautel, tous élèves de Busser. C’est lui qui emporta le Grand Prix et en novembre de la même année sa scène lyrique Le jeu de l’amour et du hasard, écrite pour l’obtention du Prix de Rome, était interprétée par l’orchestre des Cadets du Conservatoire placés sous la direction de leur père spirituel, Claude Delvincourt. Mais Pierre-Petit n’avait pas attendu son prix pour se livrer à la composition. Dès 1941, alors qu’il n’avait pas atteint l’âge de 20 ans, une première Mélodie pour chant et piano était éditée chez Heugel et l’année suivante 6 Petites pièces à 4 mains pour enfants (piano) paraissaient chez Leduc, ainsi qu’un Concertino pour piano et une Suite pour 4 violoncelles (Heugel). Ses 6 Petites pièces figuraient déjà après guerre au programme des concerts parisiens, notamment le vendredi 18 octobre 1946 à la Salle Chopin de la rue Daru avec le Mouvement musical des jeunes, au cours duquel l’auteur lui-même et J. Bonneau se produisaient. Mais c’est dans le théâtre musical qu’il donna toute sa splendeur en triomphant en 1948 au Châtelet et à l’Opéra avec son opérette La Maréchale Sans-Gêne et son ballet Zadig.

École Normale de Musique de Paris (lien vers le site Internet)
L'École Normale de Musique de Paris
Photo ENM
( aimablement communiquée par M. Heugel )
Ses études de lettres lui serviront également à occuper des postes de choix dans lesquels son esprit sérieux et son éloquence naturelle le feront pleinement réussir. C’est ainsi qu’il occupa la chaire d’histoire de la civilisation au Conservatoire de Paris dès 1951, ainsi qu’à Polytechnique, et qu’il fonde à la même époque la Revue du Conservatoire. En 1960, il entre à l’ORTF, tout d’abord comme chef de service de musique légère, puis comme directeur des créations musicales en 1965, et enfin comme directeur de la musique de chambre en 1970. Entre temps, il avait été nommé en 1963 directeur général de l’Ecole Normale de Musique de Paris2, où, rappelons-le, de prestigieux musiciens, tels Nadia Boulanger, Georges Dandelot, Alfred Désenclos, Norbert Dufourcq ou encore Marguerite Roesgen-Champion enseignaient déjà. Il occupera ce poste durant près de 40 ans, jusqu’au mois de mai dernier.

Grand Prix du Conseil Général de la Seine en 1965 pour l’ensemble de son œuvre et Grand Prix de la musique de la SACEM en 1982, Pierre-Petit était également un animateur d’émissions de télévision apprécié. Tout le monde se souvient avec nostalgie de ses émissions dans lesquelles il savait si habilement captiver l’intérêt des téléspectateurs grâce à l’utilisation d’un langage approprié. Citons parmi celles-ci " Presto ", " Contre-ut ", Accords parfaits " ou encore " Figaro-ci, Figaro-là ".

Compositeur, pianiste, pédagogue, conférencier, directeur d’école, animateur télé, Pierre-Petit avait encore une autre corde à son arc : critique musical. C’est ainsi qu’il entre au Figaro littéraire, puis succède à Bernard Gavoty (Clarendon) en 1975 au Figaro. Ses articles étaient toujours remarqués. L’une des dernières fois où il prit la plume le fut à l’occasion du décès de son ami le flûtiste Jean-Pierre Rampal. Il écrivait alors en guise de conclusion : " ...C’est un immense bonhomme qui vient de nous quitter. "3 Cette pensée était-elle prémonitoire ? Sans aucun doute elle s’applique comme un gant à sa personne !

Sa facilité à communiquer et à écrire nous vaut également plusieurs ouvrages remarquables que tout amateur de musique doit posséder dans sa bibliothèque : Autour de la chanson française (1952), Verdi (1958), Ravel (1970) et un excellent Mozart (1991).

En tant que compositeur, Pierre-Petit pensait que " ...nous n’avons nul besoin de rétrécir notre sensibilité, déjà mise à rude épreuve par les dodécaphonistes et [...] nous avons tout avantage à remonter aux sources d’un lyrisme plus généreux, ou d’une gaieté vraiment franche "4 et était convaincu de la puissance émotive de la Traviata, de Carmen ou encore de Paillasse. C’est ainsi qu’il s’efforça de toujours composer une musique simple et fine à la fois, typiquement française, où le plaisir auditif l’emporte sur la théorie académique. Comme nous l’avons déjà souligné, c’est dans les œuvres pour la scène qu’il est le plus à l’aise. Ses opérettes, opéras ou ballets ont d’ailleurs toujours remporté un vif succès auprès du public. En dehors de ceux déjà cités, rappelons les ballets Romanza romana (1950), donné au Théâtre de l’Empire par les Ballets des Champs-Elysées, Ciné-Bijou (1952), composé pour Roland Petit sur des thèmes de jazz, Feu rouge, feu vert (1953) et Orphée (1975) ; les opéras bouffes Furia italiana (1958) et Concerto pour tête-à-tête (1959) et l’opéra-comique Migraine (1959). Il émane également un certain charme de sa musique pour orchestre, comme par exemple dans son Concertino pour orgue, cordes et percussion (1958), son Concerto pour deux guitares (1964), sa Tarentelle pour orchestre (1971) ou encore sa Suite pour deux violoncelles et orchestre écrite en 1974. Ses pièces vocales : Deux mélodies sur des poèmes de Ch. Oulmont (1949) ou Quatre poèmes de P. Gilson (1965), ainsi que sa musique de chambre et instrumentale : Bois de Boulogne, 5 pièces pour piano (1946), Toccata et Tarentelle pour deux guitares (1959), Le Diable à deux pour deux piano (1970), Mouvement perpétuel pour guitare (1984).... sont écrites avec le même souci de plaire au public. N’omettons pas également une Messe avec orchestre trop rarement donnée, car Pierre-Petit aimait également la musique religieuse, du moins celle de qualité ! Conformément à ses dernières volontés, Caroline Dumas, de l’Opéra de Paris et l’organiste Sébastien Maigne ont même interprété lors de ses obsèques, célébrées le 5 juillet5 à Saint-Charles de Monceau, deux pièces admirables tirées du répertoire sacré telles qu’on savait les composer autrefois : le Pie Jesu de Gabriel Fauré (extrait du Requiem) et l’Ave Maria de Charles Gounod.

Il est difficile de conclure lorsque l’on a affaire à un tel homme ; joignons tout simplement ici notre voix à celle du père François de Charnacé, curé de la paroisse Saint-Charles de Monceau, qui déclarait dans son homélie prononcée au cours de son enterrement : " Son chemin fut unique et lumineux. "6

Denis HAVARD DE LA MONTAGNE

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1) Bernard Gavoty et Daniel Lesur, Pour ou contre la musique moderne ?, Paris, Flammarion, 1957, p. 258. [ Retour ]

2) Fondé en 1919 par Alfred Cortot et Auguste Mangeot, cet établissement d'enseignement privé s'est entouré dès le début de grands noms : Paul Dukas, Jacques Thibaud, Wanda Landowska ou encore Georges Enesco. De nombreux élèves devenus célèbres par la suite l'ont fréquenté : Samson François, Dinu Lipatti, Elliot Carter... [ Retour ]

3) Le Figaro, 22 mai 2000. [ Retour ]

4) Bernard Gavoty et Daniel Lesur, op. cité. [ Retour ]

5) Pierre-Petit a été ensuite inhumé au cimetière de Poitiers. [ Retour ]

6) Rapporté par Le Figaro, 6 juillet 2000. [ Retour ]

 


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